Dieu le Père, source et accomplissement de la vocation de Marie de Nazareth
fr. François-Marie Léthel ocd
Pour éclairer à partir de l'Ecriture Sainte cette méditation sur Dieu le Père, source et accomplissement de la vocation de la Vierge Marie, il convient de reprendre le texte de saint Paul dans la lettre aux Galates:
"Quand est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme, né sujet de la loi, afin de racheter les sujets de la loi, afin de nous conférer l'adoption filiale. Et la preuve que vous êtes des fils, c'est que Dieu a envoyé dans nos coeurs l'Esprit de son Fils qui crie: Abba, Père!" (Gal 4/4-6).
Lu et interprété à la lumière des Evangiles, ce texte nous permet de contempler la place de Marie dans les plus vastes perspectives de l'Economie du Salut. Elle est cette femme par laquelle Dieu nous a donné son Fils qui est sa Parole. Par l'action de l'Esprit-Saint, elle a accueilli dans son âme et dans son Corps la Parole à laquelle elle a donné chair. Le Fils unique du Père est devenu réellement son Fils, le fruit de son sein. Le Fils de Dieu est vraiment né d'une femme, en sorte que cette femme est vraiment Mère de Dieu (Théotokos). Le but de l'Incarnation, c'est la rédemption, l'accomplissement du salut de l'homme qui consiste dans l'adoption filiale. Le bref texte de Paul nous présente Marie dans la perspective des deux Missions du Fils et de l'Esprit-Saint, en rapport avec les deux Mystères de l'Incarnation et de la Rédemption, dans la dynamique d'aller et retour qui caractérise toute l'Economie: tout vient du Père par Jésus dans l'Esprit et tout retourne au Père par Jésus dans l'Esprit. Le mouvement descendant des Missions du Fils et de l'Esprit à partir de la Source qui est le Père suscite le mouvement ascendant de notre retour au Père. En nous rendant capables de dire: Abba! l'Esprit-Saint nous unit de la façon la plus intime avec le Fils incarné, et par lui, il nous donne accès à la Source qui est le Père, le sein du Père. Il nous fait retourner par le même chemin, par l'unique chemin qui est Jésus lui-même, la voie, la vérité et la vie.
Tout cela est repris dans le Symbole de Nicée-Constantinople et dans les symboles de l'Eglise ancienne, ou Jésus est présenté au centre de la Trinité, entre le Père et l'Esprit. Marie est elle même contemplée au coeur du Mystère de Jésus. Unie de la façon la plus intime à Celui qui est le chemin, évidemment présente dans le mouvement descendant de l'Incarnation, elle est aussi mystérieusement présente dans le mouvement ascendant de notre divinisation, de notre retour au Père par Jésus dans l'Esprit.
Au cours de cette méditation, nous allons nous efforcer de contempler Marie dans cette grande perspective christocentrique et trinitaire qui est à la fois celle de la théologie dogmatique et de la théologie spirituelle, sans jamais séparer le Père de ses deux Mains qui sont le Fils et l'Esprit-Saint, selon le beau symbole de saint Irénée. Marie doit toujours être contemplée dans ces deux Mains, c'est à dire du point de vue christologique et du point de vue pneumatologique, dans le Mytère de l'Incarnation et dans le Mystère Pascal.
Du point de vue méthodologique, le principal instrument que nous utiliserons est le "prisme" de la théologie des saints, c'est-à-dire la convergence théologique des Pères de l'Eglise, des Docteurs médiévaux et des Mystiques. Dans cette perspective, l'intelligence spéculative de la foi est toujours complétée par la connaissance expérimentale de la charité. Cette "science d'Amour" est la forme la plus haute de la théologie, de la connaissance de Dieu[1]. La théologie mystique est cette "sympathie avec les réalités divines"[2]; telle est la Sagesse comme premier Don de l'Esprit-Saint[3]. Chez les Pères et chez les Mystiques, elle est intimement liée avec la théologie symbolique[4].
En fonction du sujet de notre méditation, nous donnerons une place privilégiée à saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Après sainte Thérèse de Lisieux, ce saint devrait être lui aussi proclamé bientôt Docteur de l'Eglise.
Au terme de cette introduction et pour ouvrir notre méditation, il convient de citer ses deux oeuvres principales qui sont le Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge (VD) et le Secret de Marie (SM).
D'abord, au début du Traité il rappelle la vérité la plus fondamentale et la plus paradoxale concernant Marie: elle n'est qu'une créature, mais Dieu lui a donné une place inouïe dans l'accomplissment de son oeuvre:
"J'avoue, avec toute l'Église, que Marie n'étant qu'une pure créature sortie des mains du Très‑Haut, comparée à sa Majesté infinie, est moindre qu'un atome, ou plutôt n'est rien du tout, puisqu'il est seul "Celui qui est", et que, par conséquent, ce grand Seigneur, toujours indépendant et suffisant à lui‑même, n'a pas eu ni n'a pas encore absolument besoin de la Très Sainte Vierge pour l'accomplissement de ses volontés et pour la manifestation de sa gloire. Il n'a qu'à vouloir pour tout faire. Je dis cependant que, les choses supposées comme elles sont, Dieu ayant voulu commencer et achever ses plus grands ouvrages par la Très Sainte Vierge depuis qu'il l'a formée, il est à croire qu'il ne changera point de conduite dans les siècles des siècles, car il est Dieu, et ne change point en ses sentiments ni en sa conduite" (VD 14-15).
Ce dessein de Dieu qui enveloppe Marie, notre auteur le contemple du point de vue de chacune des personnes divines, et d'abord du point de vue du Père:
"Dieu le Père a communiqué à Marie sa fécondité autant qu'une pure créature en était capable, pour lui donner le pouvoir de produire son Fils et tous les membres de son Corps mystique" (VD 17).
La même vérité essentielle concernant la relation entre Marie et le Père est exprimée au début du Secret de Marie, toujours du point de vue christocentrique, mais cette fois en rapport avec la grâce:
"Dieu le Père, de qui tout don parfait et toute grâce descend comme de sa source essentielle, en lui donnant son Fils, lui a donné toutes ses grâces; en sorte que, comme dit saint Bernard, la volonté de Dieu lui est donnée en lui et avec lui" (SM 9).
Dans cette lumière, notre méditation se développera en trois moments:
1/ Marie dans les "deux Mains" du Père:
"Fille du Père, Mère du Fils et Epouse de l'Esprit-Saint".
2/ Le sein du Père, le sein de Marie et le côté de Jésus. Cet aspect, plus longuement développé sera véritablement le coeur de notre méditation.
3/ La communion de Marie à l'Amour du Père "qui n'a pas épargné son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous" (cf Rm 8/32).
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1/ Marie dans les "deux Mains" du Père:
"Fille du Père, Mère du Fils et Epouse de l'Esprit-Saint"
A partir du symbole biblique du "modelage" de l'homme (cf Gn 2/7), saint Irénée contemple toute l'économie de la création et du salut comme l'oeuvre des "deux Mains" du Père qui sont le Fils et l'Esprit-Saint[5]. Grâce à ce symbole, il montre de façon simple et géniale le caractère trinitaire de toute l'oeuvre de Dieu, manifestant particulièrement l'harmonie entre le point de vue christologique et le point de vue pneumatologique. Face aux gnostiques, il valorise spécialement la réalité et la dignité du corps humain dans les Mystères de la Création, de l'Incarnation et de la Résurrection. Pour lui, ce n'est pas seulement l'âme de l'homme, mais aussi son corps qui a été modelé à l'Image de Dieu[6]. Dans sa synthèse théologique, l'Incarnation est le Mystère central, en relation avec le Mystère de la Création et avec le Mystère Pascal de la Passion et de la Résurrection de Jésus. Marie est contemplée dans l'Incarnation, d'une part comme la Nouvelle Terre, la Terre vierge à partir de laquelle les Mains du Père ont modelé le Nouvel Adam, et d'autre part comme la Nouvelle Eve dont la mission est de "porter Dieu en obéissant à sa parole"[7]. Par la maternité virginale de Marie, le Père opère l'Incarnation de son Fils comme le chef-d'oeuvre de ses deux Mains. Dans le sein de la Vierge, le Fils de Dieu prend chair par l'action de l'Esprit-Saint[8].
Saint Louis-Marie contemple longuement le même mystère. Son Traité commence avec une longue symphonie trinitaire (VD 1-36) présentant Marie enveloppée par la Trinité. Tout cela est résumé dans le Secret de Marie (SM 7-15). Cette symphonie est comme "rythmée" par l'antienne mariale de saint François d'Assise dans laquelle Marie est saluée comme: "Fille et servante du roi très-haut et souverain, le Père céleste, Mère de Notre très saint Seigneur Jésus-Christ, Epouse de l'Esprit-Saint"[9].
C'est exactement dans le même sens que Louis-Marie écrit:
"Je vous salue Marie, Fille bien-aimée du Père Eternel; je vous salue Marie, Mère admirable du Fils; je vous salue Marie, Epouse très fidèle du Saint-Esprit" (SM 68).
La même vérité est exprimée, mais dans l'autre sens, lorsque notre auteur écrit:
"C'est à Marie que Dieu le Père a dit: "In Jacob inhabita": Ma Fille, demeurez en Jacob, c'est‑à‑dire dans mes prédestinés figurés par Jacob. C'est à Marie que Dieu le Fils a dit: In Israel haereditare: Ma chère Mère, ayez votre héritage en Israël, c'est‑à‑dire dans les prédestinés. Enfin, c'est à Marie que le Saint‑Esprit a dit: In electis meis mitte radices: Jetez, ma fidèle épouse, des racines en mes élus" (SM 15).
Cette expression, si profondément théologique, a d'abord l'avantage d'expliciter la relation de Marie avec chacune des Personnes divines, sa maternité par rapport à la Personne du Fils restant toujours le point de vue central, celui du christocentrisme. L'autre avantage de cette expression est de situer par rapport à la Trinité toutes les dimensions fondamentales de l'être de Marie comme créature humaine, comme femme; c'est l'aspect anthropologique[10]. L'humanité féminine de Marie s'épanouit fondamentalement dans son Amour de Fille, de Mère et d'Epouse qui la fait vivre au coeur de la communion trinitaire. Dans la lumière de la totale Virginité de Marie, ces expressions ne présentent aucune difficulté. Toutes ces relations sont en effet des relations virginales. Marie est toujours vierge, vierge-épouse et vierge-mère. De même qu'elle est vraiment Mère de Dieu (Theotokos), elle est vraiment Epouse de Dieu (Theonumphos), la nouvelle Sion, l'Epouse du Cantique des Cantiques.
Marie est la Mère de la seule Personne du Fils, tandis que ses deux autres titres, de Fille et d'Epouse, peuvent être mis en relation avec l'une ou l'autre des Personnes Divines. Ainsi, Dante appelle Marie: "Fille de ton Fils" [11], en tant qu'elle est créée par Lui. Bérulle l'appelle "Epouse du Père", parce qu'ils ont en commun le même Fils: "Fille et Epouse du Père, Mère et servante du Fils et sanctuaire du Saint-Esprit"[12]. On pourrait même dire que Marie est Epouse de son Fils, sans qu'il n'y ait rien d'inconvenant. L'interprétation mariale du Cantique des Cantiques, qui est traditionnelle, identifie Marie avec l'Epouse du Christ, ce qui est tout-à-fait exact théologiquement, puisque Marie est l'image parfaite de l'Eglise, l'Epouse de Jésus sans taches ni rides. Il faut rappeler à ce propos que si le Nom de Fils exprime la propriété d'une Personne Divine, le Nom d'Epoux est en réalité commun à toute la Trinité. Ce nom divin d'Epoux peut donc être légitimement approprié à chacune des trois Personnes. Il est surtout approprié au Fils à cause de l'Incarnation, mais il peut être en vérité approprié au Père et à l'Esprit, car en vérité, les trois Personnes sont un seul Epoux, et non pas trois Epoux.
La communion trinitaire est toujours virginale; elle est la source de relations inouïes, divino-humaines, radicalement nouvelles par rapport aux simples relations humaines, naturelles. Ainsi, pour saint François, toute personne qui vit dans la charité est à la fois Mère et Soeur et Epouse de Jésus, en sorte que Jésus est vraiment son Epoux et son Frère et son Enfant[13]. Une telle expression, que sainte Claire applique plus particulièrement à la femme consacrée dans la virginité[14], convient éminemment à Marie. On peut encore ajouter que pour saint François, le titre d'Epouse de l'Esprit-Saint n'est pas réservé à Marie; il l'applique aussi à Claire et à ses soeurs, lorsqu'il leur écrit: "vous avez épousé l'Esprit-Saint en choisissant de vivre selon la perfection du saint Evangile"[15].
Il convient de remarquer que, malgré certaintes critiques récentes contre ce titre marial d'Epouse de l'Esprit-Saint, le Pape Jean-Paul II n'a pas hésité à l'employer dans l'encyclique Redemptoris Mater, (n°26). Paul VI l'avait déjà fait dans Marialis Cultus (n° 26). Le fait que le Concile Vatican II n'ait pas employé cette expression ne doit donc pas être interprété comme une condamnation. Parmi les saints qui ont illustré cette expression, on peut aussi citer saint Maximilien Kolbe.
Enfin, toute la spiritualité de Louis-Marie, qui consiste essentiellement en cet "esclavage amoureux" ou "dépendance" totale de Jésus en Marie, trouve son ultime fondement dans cette situation de Marie enveloppée par toute la Trinité:
"Qu'on [se] rappelle ici, pour preuve de la dépendance que nous devons avoir de la Très Sainte Vierge, ce que j'ai dit ci‑dessus, en rapportant les exemples que nous donnent le Père, le Fils et le Saint‑Esprit, dans la dépendance que nous devons avoir de la Très Sainte Vierge. Le Père n'a donné et ne donne son Fils que par elle, ne se fait des enfants que par elle, et ne communique ses grâces que par elle; Dieu le Fils n'a été formé pour tout le monde en général que par elle, n'est formé tous les jours et engendré que par elle dans l'union au Saint‑Esprit, et ne communique ses mérites et ses vertus que par elle; le Saint‑Esprit n'a formé Jésus‑Christ que par elle, ne forme les membres de son Corps mystique que par elle, et ne dispense ses dons et faveurs que par elle. Après tant et de si pressants exemples de la très Sainte Trinité, pouvons‑nous, sans un extrême aveuglement, nous passer de Marie, et ne pas nous consacrer à elle, et dépendre d'elle pour aller à Dieu et pour nous sacrifier à Dieu? (VD 140).
2/ Le sein du Père, le sein de Marie et le côté de Jésus.
Selon le langage symbolique de l'Ecriture, le sein du Père est la source profonde, l'origine ultime de tout, de toute la théologie et de toute l'économie. C'est la source de la génération du Fils et de la procession de l'Esprit, de la mission du Fils et de la mission de l'Esprit.
Le Père, source du Fils et de l'Esprit
A la fin du prologue de son Evangile, l'apôtre Jean désigne Jésus comme "Dieu Fils unique, Celui qui est dans le sein du Père" (ho ôn eis ton kolpon tou patros) (Jn 1/18). L'évangéliste applique à Jésus le Nom Divin révélé à Moïse: "je suis Celui qui est" (LXX: egô eimi ho ôn) (Ex 3/14). Ce Nom n'appartient qu'au Père, à son Fils et à son Esprit. Ainsi, dans son prologue, Jean emploie le verbe être uniquement pour désigner l'Etre divin. Pour parler de la création, il emploie le verbe "devenir" (genesthai). Alors que le Verbe "était" Dieu, tout est "devenu" par lui (cf 1/1-2), tout est "venu à l'existence" en étant créé par Lui. Jean le précurseur est "venu à l'existence", il n'est qu'une créature, "il n'était pas la lumière" (cf 1/6-8). On retrouve ces deux verbes, avec la même signification, dans l'affirmation culminante de Jésus: "avant qu'Abraham ne vînt à l'existence (genesthai), je suis (egô eimi)" (Jn 8/58).
Au coeur du même prologue, Jean contemple la merveille de l'Incarnation: cette Parole éternelle du Père, Celui qui est dans le sein du Père est devenu chair (cf 1/14); il est entré dans sa création. Et nous savons par les premiers chapitres de Matthieu et de Luc comment s'est réalisée cette Incarnation de la Parole: par l'action de l'Esprit-Saint dans le sein virginal de Marie. Il y a donc un rapport profond, symbolique, entre le sein divin, incorporel, du Père et le sein humain, corporel, de la Vierge, car l'un et l'autre contiennent et engendrent le même Fils unique, le Père selon la divinité et Marie selon l'humanité. On trouve ici comme la plus haute vérification de ce qu'affirme Irénée sur le corps humain comme image de Dieu: le sein de Marie comme image du sein du Père. Certes, le mot employé par Jean pour désigner le sein du Père (kolpon) n'évoque pas explicitement le sein maternel. Cette connotation "féminine" apparaît davantage dans certains textes de l'Ancien Testament, elle est fortement soulignée par la traduction latine de la vulgate[16].
Ainsi, dans l'Incarnation, le Père exprime et actualise d'une façon nouvelle sa Paternité envers son Fils unique à travers la Maternité virginale de Marie, maternité divine et humaine. Le sein de Marie est comme l'expression corporelle du sein du Père. Par l'action de l'Esprit-Saint, Celui qui est dans éternellement dans le sein du Père devient chair dans le sein de Marie, le Fils unique du Père devient vraiment le Fils de Marie, "le Fruit de son Ventre".
Et de même que la fécondité du Père ne s'épuise pas dans la génération du Fils mais se prolonge dans la procession de l'Esprit-Saint par le Fils, de même, dans l'économie, la générosité du Père, son Amour pour les hommes (philanthrôpia. Tit 3/4) ne s'achève pas dans le don qu'Il nous fait de son Fils, mais se prolonge dans le don qu'Il nous fait de son Esprit, l'Esprit de son Fils qu'il nous donne par son Fils. De même que l'Esprit est présent dans le sein du Père, présent dans la génération éternelle du Fils, de même il est présent dans le sein de Marie, présent dans la génération temporelle du même Fils qui est sa Mission dans l'Incarnation. Toutefois, l'Esprit ne nous est pleinement donné que dans le côté ouvert de Jésus, dans le Mystère de sa Passion et de sa Résurrection. Le même apôtre Jean qui contemplait Jésus dans le sein du Père, a contemplé l'eau vive de l'Esprit jaillissant de son côté transpercé, mêlée avec le Sang rédempteur (Jn 19/34-35); il a vu ce côté demeurant ouvert après la résurrection (20/20,25,27). C'est encore lui qui nous a rapporté les paroles de Jésus promettant d'avance ce don de l'Esprit: "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive, celui qui croit en moi! selon le mot de l'Ecriture: des fleuves d'eau vive couleront de son sein" (Jn 7/37-38), littéralement: "de son ventre" (koilia). Le mot qui est employé ici est celui qui désigne le plus souvent le sein maternel de Marie: "tu es bénie entre les femmes et le fruit de ton ventre est béni" (Lc 1/42).
De même que le sein de Marie est le le lieu principal de la Mission du Fils dans l'Incarnation, de même le sein de Jésus mort et ressuscité est le lieu principal de la Mission de l'Esprit, de cet Esprit-Saint que le Père nous donne par son Fils. Nous ne recevons le Fils du Père que dans le sein virginal de Marie; nous ne recevons l'Esprit du Père et du Fils que dans le côté virginal de Jésus. Et de même que l'Esprit procède du Père et du Fils "comme d'une seule source" (Concile de Florence), de même la vie divine nous vient de la même source qui est le sein du Père à travers le sein de Marie et le côté de Jésus, dans le don du même Fils et du même Esprit. Il est important de ne jamais séparer l'aspect christologique et l'aspect pneumatologique, l'Incarnation et le Mystère Pascal, le Corps masculin de Jésus "en qui habite toute la plénitude de la Divinité" (cf Col 2/9), et le Corps féminin de Marie qui le porte et le nourrit, contenant "Celui que les cieux ne peuvent contenir". Les Corps de Jésus et de Marie, sont véritablement Corps-Source, lieu de la même vie et de la même fécondité du Père pour toute l'humanité. Le sein de Marie et le côté de Jésus sont donc des lieux corporels qui sont des lieux théologiques essentiels: c'est par ces mêmes lieux que passe le chemin descendant des Missions du Fils et de l'Esprit et le chemin ascendant de notre divinisation. Toute l'économie du salut est caractérisée par ce mouvement d'aller et de retour (exitus et reditus): tout vient du Père par Jésus dans l'Esprit et tout retourne au Père par Jésus dans l'Esprit. Notre retour dans le sein du Père s'accomplit par la Mission du Fils et de l'Esprit, par le sein de Marie et le côté de Jésus. L'Esprit qui nous fait dire "Abba, Père!", qui nous fait enfants de Dieu, nous fait pénétrer réellement dans les profondeurs de Dieu (cf I Cor 2/10), c'est-à-dire dans le sein du Père, en nous faisant pénétrer dans les profondeurs de l'Incarnation et de la Pâque de Jésus. On ne peut pas vivre dans le sein du Père sans vivre en même temps dans le sein de Marie, là où le Fils nous est donné, et dans le côté de Jésus, là où l'Esprit nous est donné.
Jésus et tout son Corps Mystique dans le sein de Marie, selon saint Louis-Marie de Montfort; l'Eglise et toute l'humanité dans le côté de Jésus selon sainte Catherine de Sienne.
Pour approfondir ce Mystère, il convient surtout d'utiliser de façon convergente l'enseignement de saint Louis-Marie de Montfort et celui de sainte Catherine de Sienne. En effet, le centre de la théologie de Louis-Marie est la contemplation de Jésus en Marie dans le Mystère de l'Incarnation, tandis que le centre de la théologie de Catherine est la contemplation de l'Eglise en Jésus dans le Mystère Pascal. De même que Louis-Marie contemple principalement Jésus dans le sein de Marie, de même Catherine contemple principalement l'Eglise dans le côté ouvert de Jésus. Dans ce double regard sur le Nouvel Adam et la Nouvelle Eve, le fait que Catherine soit une femme et Louis-Marie un homme n'est pas du tout indifférent.
Le regard de Louis-Marie est typiquement le regard profond, pur et amoureux d'un homme contemplant la Femme par excellence, l'Immaculée, la plus Belle parce qu'elle est toute remplie de la Beauté de Dieu, pleine de l'Infinie Beauté de Celui qu'Elle porte en elle, dans son Coeur et dans son Corps, pleine de grâce, sans aucune tache. C'est en Elle, comme dans l'écrin de sa Beauté, qu'il contemple le Fils éternel du Père: Jésus vivant en Marie (cf VD 246). Un tel amour de Jésus en Marie, de Marie portant Jésus dans son sein, rend l'homme profondément heureux: "beatus vir"! Ce "cri du coeur" se fait entendre dans le Traité, lorsque Louis-Marie dit à Jésus: "Oh! qu'heureux est l'homme qui demeure dans la maison de Marie où vous avez le premier fait votre demeure" (VD 196). Le même cri se fait entendre quand il dit: "Oh! qu'un homme qui a tout donné à Marie, qui se confie et perd en tout et pour tout en Marie, est heureux! Il est tout à Marie et Marie est tout à lui!" (VD 179).
Dans l'autre sens, le regard de Catherine est typiquement le regard pur et amoureux d'une femme contemplant l'Homme par excellence, le plus beau des enfants des hommes, l'Homme-Dieu en qui habite corporellement toute la plénitude de la Divinité, entièrement dévoilé et révélé sur la Croix. Dans toutes ses blessures, Catherine contemple son amour infini pour nous. "Epoux de sang" (cf Ex 4/25-26), il fait naître son épouse dans son côté ouvert. Le mot grec pleura employé par Jean pour parler du côté ouvert de Jésus dans sa mort et sa résurrection évoque certainement ce mystère de la naissance virginale de l'épouse de Jésus. Ce mot féminin signifie d'abord la côte, et c'est celui que les Septante avaient employé dans la traduction du chapitre 2 de la Genèse: Eve, la première femme, l'épouse du premier Adam, créée par Dieu à partir de la côte ou du côté d'Adam pendant son sommeil. C'est ainsi que l'épouse du Nouvel Adam, l'Eglise, est née dans son côté ouvert pendant le sommeil de sa mort.
C'est toujours le même Père qui dans le même Esprit est la source de cette même fécondité, de cette double naissance virginale: naissance de Jésus dans le sein de Marie, naissance de l'Eglise dans le côté de Jésus. Le sein de Marie et le côté de Jésus sont comme la double expression corporelle, féminine et masculine, du sein du Père. Il faut redire que ces lieux corporels sont des lieux théologiques: ils sont l'oeuvre de Dieu et ils contiennent Dieu et son oeuvre. En Jésus habite toujours corporellement toute la plénitude de la Divinité. La plénitude de l'Esprit qui remplit son coeur est pour tous les hommes. Son côté est ouvert pour toute l'humanité, il contient toute l'humanité. De même, le sein de Marie contenant Celui que les cieux ne peuvent contenir, Celui qui est la Tête du Corps, contient en même temps tous les membres de ce Corps, toute l'humanité sauvée par Lui. La nouvelle naissance des fils de Dieu s'accomplit par l'action de l'Esprit-Saint inséparablement dans le côté de Jésus et dans le sein de Marie. Ainsi, Catherine et Louis-Marie appellent tous les hommes à entrer dans le côté de Jésus et dans le sein de Marie, dans une même perspective missionnaire, universelle.
Il faut toutefois remarquer que la théologie féminine de Catherine est extrêmement incarnée, plus encore que la théologie masculine de Louis-Marie. Catherine est par excellence la théologienne du Corps, de la Chair et du Sang de Jésus. Elle nous invite à contempler sans crainte toute la réalité des Corps de Jésus et de Marie comme réalité théologique, comme réalité d'amour et de vie par laquelle le Père nous donne la vie. Toute la théologie symbolique de Catherine est essentiellement corporelle. Elle nous conduit à contempler ce rapport mystérieux, intérieur entre le sein du Père, le sein de Marie et le côté de Jésus. C'est le sein qui conçoit et qui contient, le sein qui enfante, le sein qui nourrit l'enfant et qui enivre l'époux et l'épouse.
Par l'action de l'Esprit-Saint, dans le Mystère de l'Incarnation, Marie a conçu dans son âme et dans son corps Celui qui est le le Fils et la Parole du Père. En reprenant les mots de saint Luc, on peut dire que Marie a "recueilli dans son coeur" (sumballousa en kardia; Lc 2/19) et "conçu en son sein" (sullabousa en koilia; cf Lc 2/21) la même Parole et le même Fils de Dieu devenant son Fils, le fruit de son ventre. Sa conception virginale est "symbolique" dans le sens le plus profond, inséparablement corporelle et spirituelle. Par elle s'accomplit la merveille de l'Incarnation de la Parole qui est la plus grande "action symbolique" de Dieu. A la fin de son étude sur la théologie symbolique de Denys l'Aréopagite, Edith Stein ne craint pas d'affirmer que le Verbe Incarné est le symbole primordial[17].
Dans Oraison pour la fête de l'Annonciation (Or XI), sainte Catherine de Sienne exprime magnifiquement ce Mystère de la conception virginale dans sa double dimension spirituelle et corporelle. Selon ses propres paroles, au moment de l'Annonciation, par le ministère de l'Ange, c'est le Fils de Dieu lui-même qui vient "frapper à la porte de la volonté de Marie". Par son "fiat", Marie lui ouvre pleinement la porte de sa volonté, et c'est alors qu'il "descend dans son ventre" où il prend chair[18]. Elle prononce la parole de son obéissance, de sa foi et de son amour, et c'est alors qu'elle conçoit dans son âme et dans son corps la Parole du Père. Dans l'âme toute sainte de Marie se réalise de la façon la plus éminente ce que décrit saint Jean de la Croix: comment l'âme transformée en Dieu, pleinement épouse, participe aux opération éternelles des Personnes divines, c'est-à-dire à la génération du Fils et à la spiration de l'Esprit[19].
Catherine s'inspire de saint Thomas qui a particulièrement approfondi ce Mystère de la conception de Jésus[20]. Dès le premier instant de sa conception dans le sein de Marie, Jésus est le Dieu-Homme, le Verbe Incarné, le Sauveur de tous les hommes, la Tête de son Corps Mystique. Unie pour toujours à sa Personne divine de Fils (union hypostatique ou "grâce d'union")[21], son Humanité possède déjà la plénitude de l'Esprit-Saint dès ce premier instant de l'Incarnation, cette plénitude de grâce qu'il communiquera à tous les membres de son Corps mystique ("grâce capitale")[22], à travers le Mystère de sa Passion et de sa Résurrection[23]. Dès ce premier instant de l'Incarnation le Christ Tête est dèjà uni aux membres de son Corps et c'est déjà ce Christ Total que Marie porte en son sein. En nous donnant de communier de la façon la plus intime à tous les Mystères de Jésus, c'est l'Esprit-Saint lui-même qui nous donne réellement accès à ce Mystère de Jésus vivant en Marie.
A la suite de saint Thomas, les saints ont exploré ce Mystère de Jésus excerçant déjà son activité de Sauveur dans le sein de Marie. En effet, dès le premier instant de l'Incarnation, à cause de son union avec le Verbe et de cette plénitude de l'Esprit, l'âme de Jésus voyait la face de Dieu (la "vision béatifique")[24]. Ainsi, dès l'instant de sa Conception, Jésus était humainement conscient d'être le Fils du Père et le Sauveur de tous les hommes: il voyait et aimait son Père, il voyait et aimait chacun d'entre nous personnellement. Le premier acte de la volonté humaine de Jésus, dès ce premier instant de son existence, est son obéissance à la volonté du Père, l'obéissance qui est la source du salut, qui rétablit l'alliance brisée par la désobéissance. La parole que Jésus prononcera dans sa prière à Gethésémani: "Père, que ta volonté soit faite!" (Mt 26/42), il la prononce déjà silencieusement au premier instant de son entrée dans le monde. C'est ainsi que pour Catherine, Jésus porte la "Croix du saint désir" dès le moment de sa conception[25]. Dans la même ligne et sur les mêmes bases théologiques, le Cardinal de Bérulle a consacré sa dernière oeuvre, la vie de Jésus, qui est aussi son chef-d'oeuvre, à ce Mystère de Jésus en Marie dans le Mystère de l'Incarnation. Il y commente longuement les paroles de la Lettre aux Hébreux: "en entrant dans le monde, le Christ dit: tu n'as voulu ni sacrifice ni oblation, mais tu m'as façonné un corps... alors j'ai dit: voici je viens... pour faire, ô Dieu, ta volonté" (Hb 10/5-9)[26]. Disciple de Bérulle, saint Louis-Marie se réfère à cet "ecce venio" lorsqu'il écrit:
"Le temps ne me permettant pas de m'arrêter ici pour expliquer les excellences et les grandeurs du mystère de Jésus vivant et régnant en Marie, ou de l'Incarnation du Verbe, je me contenterai de dire en trois mots que c'est ici le premier mystère de Jésus‑Christ, le plus caché, le plus relevé et le moins connu; que c'est en ce mystère que Jésus, de concert avec Marie, dans son sein, qui est pour cela appelé des saints aula sacramentorum, la salle des secrets de Dieu, a choisi tous les élus; que c'est en ce mystère qu'il a opéré tous les mystères de sa vie qui ont suivi, par l'acceptation qu'il en fit: Jesus ingrediens mundum dicit: Ecce venio ut faciam, voluntatem tuam etc.; et, par conséquent, que ce mystère est un abrégé de tous les mystères, qui renferme la volonté et la grâce de tous" (VD 248).
Dans cette perspective, le sacrifice rédempteur qui sera consommé sur la Croix commence dès l'instant de l'Incarnation. Le sein de Marie est donc comme le premier autel du Christ Prêtre. Bérulle exprime avec splendeur la relation entre Marie et le Père, entre le sein de Marie et le sein du Père:
"O Père, O Vierge! O Fils, O Mère! O Sein du Père, ô sein de la Vierge: sein du Père adorable et impénétrable, sinon au Fils qui est conçu et qui repose en icelui! O sein de la Vierge clos et vénérable, et ce qui passe les merveilles de la terre (et rend hommage au sein du Père) sein pur et fécond, sein clos à l'homme et ouvert au Fils de l'homme; sein virginal et maternel tout ensemble; sein adorant le sein du Père et les émanations éternelles! O sein du Père, ô sein de la Vierge!"[27].
Dans le même sens, Louis-Marie commence sa prière de Consécration par ces mots:
"0 Sagesse éternelle et incarnée! ô très aimable et adorable Jésus, vrai Dieu et vrai homme, Fils unique du Père éternel et de Marie toujours vierge! Je vous adore profondément dans le sein et les splendeurs de votre Père, pendant l'éternité, et dans le sein virginal de Marie, votre très digne Mère, dans le temps de votre incarnation" (L'Amour de la Sagesse Eternelle n° 223).
Lieu de l'Incarnation de Dieu, le sein virginal de Marie est aussi le lieu de la divinisation de l'homme par l'action du même Esprit-Saint. C'est là un des points essentiels de la doctrine de Louis-Marie. En utilisant le symbole du moule, il en donne une magnifique expression résumée lorsqu'il écrit:
"Marie est le grand moule de Dieu, fait par le Saint-Esprit, pour former au naturel un Homme Dieu par l'union hypostatique et pour former un homme Dieu par la grâce" (SM 17).
Toute la spiritualité mariale de Louis-Marie s'appuie sur la christologie, la pneumatologie et l'ecclésiologie: l'union entre la Divinité et l'humanité dans la personne de Jésus (union hypostatique), l'union entre le Christ tête et les membres de son Corps par la grâce de l'Esprit. A la suite de Bérulle et de saint Thomas, Louis-Marie exprime principalement la relation intime entre Jésus et l'Eglise selon le symbole paulinien de la Tête et des membres. Par la fécondité de l'Esprit-Saint, le sein de Marie ne cesse de porter, enfanter et nourrir le Corps de Jésus, sans que l'on ne puisse jamais séparer la Tête et les membres.
De façon splendide, et avec une grande sûreté théologique, Louis-Marie résume les principaux aspects de cette vie, notre vie dans le sein de Marie:
"il faut demeurer dans le bel intérieur de Marie avec complaisance, s'y reposer en paix, s'y appuyer avec confiance, s'y cacher en assurance et s'y perdre sans réserve, afin que dans ce sein virginal: 1. l'âme y soit nourrie du lait de sa grâce et de sa miséricorde maternelle; 2. y soit délivrée de ses troubles, craintes et scrupules; 3. y soit en sûreté contre tous ses ennemis, le démon, le monde et le péché, qui n'y ont jamais eu entrée: c'est pourquoi elle dit que ceux qui opèrent en elle ne pécheront point: Qui operantur in me, non peccabunt, c'est‑à‑dire ceux qui demeurent en la Sainte Vierge en esprit ne feront point de péché considérable; 4. afin qu'elle soit formée en Jésus‑Christ et que Jésus‑Christ soit formé en elle: parce que son sein est, comme disent les Pères, la salle des sacrements divins, où Jésus‑Christ et tous les élus ont été formés: Homo et homo natus est in ea" (VD 264).
Comme Catherine, il ne craint pas les expressions les plus corporelles, les plus incarnées, celle de la gestation, de l'enfantement, de l'allaitement. Parlant des fidèles esclaves de Marie, il affirme:
"Ils s'attachent à ses mamelles de miséricorde et de douceur, pour avoir le pardon de leurs péchés par son intercession ou pour goûter ses douceurs maternelles dans leurs peines et leurs ennuis. Ils se jettent même, se cachent et se perdent d'une manière admirable dans son sein amoureux et virginal, pour y être embrasés du pur amour, pour y être purifiés des moindres taches et pour y trouver pleinement Jésus, qui y réside comme dans son plus glorieux trône" (VD 199).
Au contraire, les réprouvés (et les faux dévots) "ne goûtent point les douceurs du sein et des mamelles de Marie" (ibid). De son côté, Marie nourrit et enivre d'amour ceux qui s'attachent à elle:
"Elle leur donne à manger le pain de vie qu'elle a formé; A generationibus meis implemini mes chers enfants, leur dit‑elle, sous le nom de la Sagesse, remplissez‑vous de mes générations, c'est‑à‑dire de Jésus, le fruit de vie, que j'ai mis au monde pour vous. Venite, comedite panem meum et bibite vinum quod miscui vobis; comedite, et bibite, et inebriamini, carissimi: Venez, leur répète‑t‑elle en un autre endroit, manger mon pain, qui est Jésus, et buvez le vin de son amour, que je vous ai mêlé avec le lait de mes mamelles. Comme c'est elle qui est la trésorière et la dispensatrice des dons et des grâces du Très‑Haut, elle en donne une bonne portion, et la meilleure, pour nourrir et entretenir ses enfants et serviteurs. Ils sont engraissés du pain vivant, ils sont enivrés du vin qui germe les vierges. Ils sont portés à la mamelle: Ad ubera portabimini" (VD 208).
Dans ce très beau texte, Louis-Marie enchaîne de façon très cohérente quatre citations de l'Ancien Testament: Sir 24/26, Pr 9/5, Ct 5/1, Is 66/12, en faisant également allusion à Za 9/17. Le climat eucharistique est évident, avec l'allusion au pain et au vin. Jésus pain de vie est le fruit du sein virginal de Marie qui l'a enfanté. Ce "sein amoureux et virginal" est celui de la Mère qui nourrit l'enfant de son lait et celui de l'Epouse qui enivre l'époux "plus que le vin" (cf Ct 1/2 selon la vulgate, cf également Pr 5/19). La Bien-Aimée du Cantique des Cantiques est la Terre sainte, la Terre vierge, la Terre promise dans laquelle Dieu lui-même est entré en s'incarnant en elle. Les mots de l'Epouse cités ici par Louis-Marie: "mangez et buvez, enivrez-vous, mes bien-aimés", sont précédés par les paroles de l'Epoux: "j'entre dans mon jardin, ma soeur, mon épouse, je récolte ma myrrhe avec mon baume, je mange mon pain avec mon miel, je bois mon vin avec mon lait" (Ct 5/1). Toute la spiritualité de Louis-Marie est essentiellement eucharistique et baptismale, elle est animée par une dynamique qui va du baptême à l'eucharistie, de la Nouvelle naissance de l'eau et de l'Esprit au festin des noces de l'Agneau, où il nous fait don de sa chair et de son sang.
Depuis les origines de l'Eglise, les saints et les saintes ont parlé de façon merveilleuse de ce "lieu théologique" qu'est le sein virginal de Marie, et dans toutes ces dimensions: christologique et ecclésiologique, maternelle et sponsale. C'est le même sein qui par l'action du même Esprit conçoit, porte, enfante et nourrit le Christ Tête et tous les membres de son Corps Mystique. Rappelons simplement quelques exemples.
Saint Irénée contemple le Mystère de la Nouvelle Naissance qui est inséparablement la naissance virginale de Jésus et notre naissance baptismale. Selon ses propres paroles, Jésus est l'Emmanuel, né de la Vierge, "le Pur qui a ouvert de façon pure le sein pur qui fait renaître les hommes en Dieu et qu'il a lui-même fait pur"[28]. Jésus est "le premier né" (cf Lc 2/7) de la Vierge, "l'aîné d'une multitude de frères" (Rm 8/29). Sa naissance humaine est déjà notre renaissance en Dieu le Père.
Avec le même réalisme, et en se référant à l'eucharistie, saint François et sainte Claire montrent comment la charité nous identifie à Marie en faisant de nous la Mère de Jésus, en nous donnant de le porter dans notre âme et de notre corps et de l'enfanter par les oeuvres[29].
Chez saint Jean de la Croix, l'accent est toujours mis de façon privilégiée sur la dimension sponsale. A la suite de saint Thomas[30], il contemple l'Incarnation comme le fondamental "mariage spirituel" entre le Fils de Dieu et notre humanité. L'enfantement est le moment où le Christ Epoux sort de sa chambre nuptiale qui est le sein de Marie[31].
Fille de saint Jean de la Croix, mais aussi héritière de la spiritualité bérullienne comme carmélite française, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus contemple le sein de Marie comme le "second ciel" de Jésus[32], le premier ciel étant le sein du Père. Pour elle, l'Enfant-Jésus est déjà l'Epoux, son Epoux qui l'a toujours aimée et connue personnellement. Contemplant l'Enfant dans les bras de Marie, elle lui dit: "tu pensais à moi"[33]. Elle vit la communion eucharistique comme une identification à Marie, contenant en elle Jésus, "le Tout Puissant, l'Océan de l'Amour". Le vrai corps de Jésus repose et demeure en elle comme il a reposé et demeuré en Marie[34]. Comme Marie et avec Marie, elle est le tabernacle du Corps de Jésus. La première poésie de Thérèse contemple le mystère de l'allaitement virginal, lorsque pour la première fois Marie donne le sein à son enfant nouveau-né[35]. C'est un texte d'une grande fraîcheur et délicatesse, et aussi un petit chef-d'oeuvre de théologie symbolique. Thèse dit le corps avec des fleurs; pour exprimer ce mystère si corporel, si incarné, elle utilise en effet ce symbole central dans ses écrits. Jésus nouveau-né est la "fleur à peine éclose". Le sein de Marie est en même temps le "doux soleil" qui lui donne sa chaleur et la source de la "rosée" qui le nourrit. Ce "lait virginal" de Marie devient alors le Sang de Jésus, le sang qu'il versera pour nous lorsqu'il sera "fleur épanouie" sur la Croix, le même sang qu'il nous donne avec son Corps dans l'Eucharistie. Epouse de Jésus Crucifié, Thérèse se considère elle-même comme "une virginale fleur" qui en recevant au plus intime d'elle-même cette "rosée" du Sang de Jésus, "rosée d'Amour", "rosée féconde", devient réellement mère des âmes, "capable dès ce monde d'enfanter un grand nombre de coeurs". Et c'est alors qu'elle s'écrie: "Je suis vierge, ô Jésus, cependant quel mystère/ En m'unissant à toi, des âmes je suis mère"[36]. Elle devient comme un pur miroir de la participation de Marie dans le mystère de la Rédemption, "corrédemptrice" comme Epouse et Mère.
Pour conclure ces réflexions concernant le sein du Père, le sein de Marie et le côté de Jésus, il faut rappeler brièvement certaines harmoniques de la théologie symbolique Catherine. Pour elle, le côté de Jésus est comme le sein maternel qui accueille, contient, enfante et nourrit. Elle contemple toute l'humanité, "le peuple fidèle et peuple infidèle" entrant dans le côté de Jésus[37]. C'est là, dans la "caverne" du côté de Jésus, que l'humanité pécheresse devient l'Eglise, sa "douce épouse", en étant purifiée par son Sang et vivifiée par son Esprit[38]. Ceci culmine dans la communion eucharistique par laquelle Jésus nous fait entrer et demeurer dans le temple de son Corps. Pour Catherine, le côté ouvert de Jésus est comme le sein qui enfante et comme le sein qui nourrit. C'est par le côté de son Fils que le Père nous communique "le lait de la divine charité". En l'invitant à boire à la source de son côté, Jésus fait pour Catherine ce que la Mère fait pour son enfant[39], et la sainte invite les fidèles à boire à la même source[40]. Ainsi, l'amour virginal de Jésus pour son épouse est exprimé par Catherine à travers ces symboles féminins, des symboles qui nous renvoient tous à l'origine, à la source ultime qui est le sein du Père. Enfin, il faut remarquer que Marie elle-même est née dans le côté de Jésus. Elle est rachetée par son Fils, la première des rachetées. Elle est membre éminent de l'Eglise Epouse, elle en est la figure parfaite, sans tache ni ride.
3/ La communion de Marie à l'Amour du Père "qui n'a pas épargné son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous" (cf Rm 8/32)
L'aspect le plus mystérieux et le plus bouleversant de l'Amour du Père envers son Fils unique et envers nous est exprimé par saint Paul dans la lettre aux Romains:
"Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Lui qui n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous acordera-t-il pas toute faveur? (Rm 8/31-32).
Telle est en effet la mystérieuse "volonté du Père" à laquelle Jésus consent si douloureusement au moment de son Agonie (cf Mt 26/39-42). Le Père veut que son Fils boive la Coupe de sa Passion, et même, il lui donne cette Coupe (cf Jn 18/11). Dans le texte que nous venons de citer, Paul fait certainement allusion au sacrifice d'Abraham qui "n'a pas refusé son fils unique" (Gn 22/12, 16). A la suite de saint Anselme, les saints de l'Occident ont particulièrement contemplé cette volonté aimante du Père dans la Passion de son Fils: Dieu préfère la mort de son Fils sur la Croix à la mort éternelle de l'homme[41]. "Dieu veut que tous les hommes soient sauvés" (I Tim 2/4) par la mort de son Fils, et en ce sens il veut la mort de son Fils: il ne l'épargne pas mais il le livre pour nous tous. Telle est l'expression la plus extrême de l'Amour du Père pour le monde: "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique" (Jn 3/16). La Passion de Jésus révèle jusqu'où va ce don du Fils unique.
En contemplant Marie près de la Croix, les saints ont compris comment elle communie à cet Amour du Père, comment avec Jésus elle adhère à la volonté du Père, au point de vouloir elle aussi la mort du Fils unique qui est son propre Fils.
L'expression la plus forte de ce Mystère se trouve dans les Lettres de sainte Catherine de Sienne. Comme nous l'avons noté précédemment, sa théologie est centrée sur la Passion, aussi est-ce près de la Croix qu'elle contemple Marie et qu'elle rejoint Marie dans le Mystère de sa Maternité. Alors que déjà, par excès d'humanisme, l'iconographie de son époque représentait Marie évanouie et soutenue par Jean, Catherine la montre au contraire debout, selon la vérité du texte de l'Evangile, forte et courageuse dans sa Foi et son Amour, acceptant pleinement la mort de son Fils, prête à faire de son propre corps une échelle pour aider son enfant à monter sur la Croix[42]. C'est là une des expressions les plus typiques de Catherine pour exprimer le paradoxe de l'Amour maternel de Marie, doublement liée à son Fils par le lien de la chair et celui de l'Esprit. Par l'action de l'Esprit-Saint, Marie a donné sa chair au Fils de Dieu, mais en retour par l'action du même Esprit, le Fils a imprimé dans le coeur de sa Mère son désir de mourir pour notre salut. Marie est une vraie Mère humaine, qui ressent dans sa chair la souffrance de son enfant, et en même temps elle est la Sainte Mère de Dieu, Mère du Fils par l'action de l'Esprit, acceptant pleinement la volonté de Dieu. Ainsi, son amour maternel franchit les limites de l'amour naturel d'une mère qui veut toujours la vie de son enfant[43]. Catherine partage très profondément cet amour maternel de Marie près de la Croix, dans son caractère radicalement oblatif et nullement possessif. Elle le présente en exemple aux mères de ses disciples et à sa propre mère[44], et elle-même n'épargne pas ses enfants[45].
La même vérité est exprimée par saint Louis-Marie, avec la comparaison entre Marie et Abraham dans le sacrifice du Fils unique. Dans un texte très synthétique du Traité, il contemple la communion de Marie avec Jésus depuis le moment de l'Incarnation jusqu'au moment de la Passion:
"Dieu le Fils est descendu dans son sein virginal, comme le nouvel Adam dans son paradis terrestre, pour y prendre ses complaisances et pour y opérer en cachette des merveilles de grâce. Ce Dieu fait homme a trouvé sa liberté à se voir emprisonné dans son sein; il a fait éclater sa force à se laisser porter par cette petite fille; il a trouvé sa gloire et celle de son Père à cacher ses splendeurs à toutes créatures d'ici‑bas, pour ne les révéler qu'à Marie; il a glorifié son indépendance et sa majesté à dépendre de cette aimable Vierge dans sa conception, en sa naissance, en sa présentation au temple, en sa vie cachée de trente ans, jusqu'en sa mort, où elle devait assister, pour ne faire avec elle qu'un même sacrifice, et pour être immolé par son consentement au Père éternel, comme autrefois Isaac par le consentement d'Abraham à la volonté de Dieu. C'est elle qui l'a allaité, nourri, entretenu, élevé et sacrifié pour nous" (VD 18).
Le Concile Vatican II affirme clairement ce consentement de Marie au Sacrifice de son Fils[46]. Quant à Jean-Paul II, il a développé la comparaison entre Marie et Abraham[47]. Si la Passion de Jésus est la suprême expression de son Amour et de l'Amour du Père, elle est aussi la suprême expression de l'amour de Marie, de cet amour qui va jusqu'au don total, sacrificiel, du Fils unique.
De même qu'elle n'a pas épargné son Fils unique, Marie n'épargne pas ses enfants. Elle leur donne abondamment la Coupe de Jésus, elle leur donne la Croix, mais en même temps elle les aide à boire cette Coupe amère, elle les aide à aimer cette Croix si douloureuse. Louis-Marie insiste particulièrement sur ce point (cf VD 154 et SM 22).
Enfin, sainte Thérèse de Lisieux nous invite à contempler l'Amour Miséricordieux dans le Coeur du Père, dans le Coeur de Jésus et dans le Coeur de Marie. Avant son entrée au Carmel, à l'âge de 14 ans, elle avait déjà vécu la plus forte expérience de cet Amour, en espérant contre toute espérance et en obtenant de Jésus Crucifié le salut du criminel Pranzini qu'elle appelle "mon premier enfant"[48]. La source d'une telle espérance, c'est une perception inouïe de "la miséricorde infinie de Jésus". La résolution de la jeune fille: "se tenir en esprit près de la Croix" pour recueillir le Sang de Jésus et le répandre sur les âmes, s'épanouissait immédiatement en maternité. Ayant reçu de Jésus comme premier enfant le cas le plus désespéré, Thérèse vivra une espérance absolue, sans limites, une espérance qui va jusqu'à espérer pour tous (cf H.U. von Balthasar). Au jour de sa Profession, elle demande à Jésus "que pas une seule âme ne soit damnée aujourd'hui"[49], en sachant qu'elle va à l'encontre de l'opinion commune. Dans son Offrande à l'Amour Miséricordieux comme victime d'holocauste, elle remonte à la Source de l'Amour Miséricordieux qui est le Père[50]. Cet Amour Infini est le Feu et l'Eau de l'Esprit-Saint que le Père nous donne à travers le Coeur de Jésus, "Coeur brûlant d'Amour", qui est heureux de "ne point comprimer les flots d'infinies tendresses qui sont renfermées en lui"[51]. Thérèse "abandonne son offrande" à Marie[52]. Comme Louis-Marie elle nous montre la même place de Marie au coeur de l'admirable échange entre Dieu et nous dans le Christ, dans ce grand mouvement d'aller et retour de l'économie: c'est par le Christ Notre-Seigneur que le Père nous donne l'Esprit et que l'Esprit nous conduit au Père.
Comme femme, à travers son propre coeur maternel, Thérèse pouvait ressentir du dedans, au plus intime d'elle-même, ce frémissement des "entrailles de la Miséricorde divine" du Père. C'est avec ce coeur et ces entrailles de mère qu'elle avait demandé et obtenu le salut de Pranzini. Mais cette profonde harmonie entre le coeur miséricordieux du Père et le coeur miséricordieux d'une mère, Thérèse la contemple en Marie. Elle en parle de façon splendide dans sa petite pièce de théatre sur La Fuite en Egypte (RP 6). Le leitmotiv de cette oeuvre est précisément "un coeur de mère". La carmélite révèle la profondeur et la beauté de son coeur de mère en faisant parler deux mères apparemment bien différentes: d'une part Marie, la Vierge Mère, la toute sainte, et d'autre part Susanna la mère du petit Dimas (le futur Bon Larron), une païenne, une pécheresse, la femme du chef des brigands[53]. En réalité, elles sont mystérieusement très proches l'une de l'autre, elles se comprennent du dedans parce qu'elles ont l'une et l'autre un coeur de mère. A la fin de la pièce, lorsque Dimas a été guéri de sa lèpre, Susanna dit à Marie sa crainte que son enfant suive les traces de son père dans une vie de péché. La réponse de Marie est la plus audacieuse et la plus bouleversante expression de l'accord intérieur entre la Miséricorde divine et un coeur de mère:
"Sans doute, ceux que vous aimez offenseront le Dieu qui les a comblés de bienfaits; cependant ayez confiance en la miséricorde infinie du Bon Dieu ; elle est assez grande pour effacer les plus grands crimes lorsqu'elle trouve un coeur de mère qui met en elle toute sa confiance"[54].
Thérèse fait dire par Marie à Susanna ce qu'elle-même avait vécu par rapport à Pranzini. Il y a donc un accord bien mystérieux, une sympathie, une connaturalité, on oserait dire une complicité entre la Miséricorde infinie du Bon Dieu et un coeur de Mère, entre le "Père Miséricordieux", source de la Miséricorde, et la "plus miséricordieuse des Mères"[55]. Mais cette miséricorde envers le fils pécheur ne s'exercera qu'à travers la mort du Fils unique sur la Croix. Marie l'annonce à Susanna:
"Jésus ne désire pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive éternellement. Cet enfant qui, sans effort, vient de guérir votre fils de la lèpre, le guérira un jour d'une lèpre bien plus dangereuse... Alors, un simple bain ne suffira plus, il faudra que Dimas soit lavé dans le sang du Rédempteur.... Jésus mourra pour donner la vie à Dimas et celui-ci entrera le même jour que le Fils de Dieu dans son royaume Céleste"[56].
C'est en se tenant en esprit près de la Croix de Jésus, en recueillant son sang, que Thérèse avait obtenu le salut de son enfant Pranzini. Ainsi, elle rejoignait Marie qui la première s'était tenue maternellement près de la Croix de Jésus, priant pour Dimas et tous ses enfants pécheurs, répandant sur eux le Sang rédempteur de son Fils unique, ce Sang dont elle avait été la source[57].
Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. Telle est la volonté aimante et miséricordieuse du Père qui a conduit son Fils jusqu'à la mort de la Croix. Pleinement donné à travers le Coeur humain de son Fils dans le feu de l'Esprit, cet Amour du Père a trouvé son écho le plus profond dans le coeur de la Mère de son Fils.
[1]Cf mon livre: Connaître l'Amour du Christ qui surpasse toute connaissance. La théologie des saints (Venasque, 1989, ed du Carmel).
[2]Cf Denys l'Aréopagite: Les Noms Divins, ch 2, n° 9.
[3]Cf Saint Thomas d'Aquin: Somme Théologique, II-II q. 45 art 2.
[4]cf par exemple la place de la poésie chez saint Jean de la Croix.
[5]Cf Adversus Haereses IV/20/1.
[6]Cf AH IV Pr; V/6/1.
[7]Cf AH V/19/1; III/21/10-22/4.
[8]Cf AH V/1/2-3; III/18/7-19/1.
[9]François d'Assise: Ecrits (Paris, 1981, ed. du Cerf, "Sources Chrétiennes" n°285, p. 290-291).
[10]On retrouve ce double aspect théologique et anthropologique dans la Lettre aux Fidèles (Première recension), lorsque saint François présente la splendeur de la vie chrétienne: vie dans le Christ, dans toute la Trinité, qui comble le coeur humain dans toutes ses dimensions: filiale, sponsale, maternelle, fraternelle (cf Ecrits p. 220-223).
[11] Paradis, chant 33.
[12]Troisième Elevation (in Oeuvres Complètes, vol 8, p 346).
[13] Cf la Lettre à tous les fidèles.
[14] C'est l'aspect le plus beau de ses quatre Lettres à Agnès de Prague. Cf Claire d'Assise: Ecrits (Paris, 1985, ed du Cerf, "Sources Chrétiennes" n° 325, p. 82-119).
[15]Forme de vie donnée à sainte Claire (in: François d'Assise. Ecrits, p. 214-215).
[16] Par exemple dans le Psaume 109, Dieu dit à son Messie: "ex utero ante luciferum genui te". En Isaïe 46/3, Dieu déclare à son Peuple: "audite me, domus Jacob et omne residuum domus Israel, qui portamini a meo utero, qui gestamini a mea vulva".
[17]Le titre original de cette oeuvre écrite en 1941 est Wege der Gotteserkenntnis. Elle a paru pour la première fois en traduction anglaise dans la revue The Thomist, en 1946. Elle a été traduite en italien par Soeur Giovanna della Croce OCD, dans le volume intitulé Vie della Conoscenza di Dio (Padova, 1983, ed. Messagero, p. 125-187).
[18]S. Caterina da Siena: Le Orazioni (ed. critica a cura di G. Cavallini, Roma 1978, ed. Cateriniane, p. 126).
[19]Cf Cantique Spirituel B, commentaire de la strophe 39.
[20]III q. 33 et 34.
[21]III q. 2.
[22]III q. 7 et 8.
[23]III q. 46-56.
[24]III q. 34 art 4.
[25]Cf Or XI, citée supra, p. 128.
[26]Ce sont en particulier les chapitres 24 à 27 de la Vie de Jésus. Cf Bérulle: Oeuvres Complètes (Paris, 1996, Oratoire/ ed. du Cerf, p. 276-303).
[27]La vie de Jésus, ch 18, p. 265.
[28] Dans sa belle musicalité, le texte latin exprime à la fois toute la pureté et tout le réalisme corporel de ce mystère de l'enfantement virginal: "Purus pure puram aperiens vulvam, eam quae regenerat homines in Deum, quam Ipse puram fecit" (A.H. IV/33/11).
[29]cf en particulier la Lettre de François à tous les fidèles et la Troisième lettre de Claire à Agnès de Prague.
[30]III q. 30 art 1.
[31]Romances, 9, se référant au Ps 18, tel qu'il est repris dans la liturgie de l'Avent et de Noël.
[32]Poésie Jésus mon Bien-Aimé, rappelle-toi! (PN 24/1). Nous citons les textes Thérèse d'après la récente édition de ses Oeuvres Complètes (Paris, 1993, ed. Cerf/DDB). Ce volume contient les trois Manuscrits Autobiographiques (Ms A, B et C), les Lettres (LT), les Poésies (PN), les Récréations Pieuses (RP) et les Prières (Pri).
[33]PN 24/6.
[34]cf PN 54/5.
[35]PN 1.
[36]PN 24/21-22.
[37]Lettre 219.
[38]Lettre 273.
[39]Cf Raymond de Capoue: Vie de sainte Catherine (legenda major), l. II, ch. 6.
[40]Lettre 97.
[41]Saint Anselme: Cur Deus Homo, livre I, ch 9.
[42]Cf Lettres 30, 144, 342.
[43]Lettre 30.
[44]Lettre 117.
[45] On voit bien cela dans ses lettres à Raymond de Capoue, son Père qui est encore plus son Enfant: L 104, 267, 333, 344. Cf ma conférence: L'amore di Cristo centro della vita sacerdotale secondo S. Caterina (Siena, 1995, ed. Cantagalli, col "Quaderni Cateriniani", n° 83).
[46]Lumen Gentium, ch VIII, n° 58.
[47]cf Redemptoris Mater n° 14.
[48]Ms A 46v.
[49]Pri 2.