VIVRE L'EUCHARISTIE SELON LA VIE ET L'ENSEIGNEMENT DES SAINTS DU CARMEL

 

fr François-Marie Léthel ocd

 

I/ La place des saints du Carmel dans le grand courant eucharistique de l'Eglise d'Occident.

 

            Selon Jean-Paul II, l'Eglise doit apprendre à respirer avec ses "deux poumons", oriental et occidental. L'Eglise latine d'occident et les Eglises d'Orient ont des trésors spirituels complémentaires.  Elles ont la même foi en l'Eucharistie, mais le développement de la spiritualité eucharistique est un trésor de l'Eglise d'Occident, grâce à des grandes crises depuis le Moyen-Age jusqu'à nos jours:

- La crise médiévale et la réponse de l'Eglise et des saints. Depuis le XIe siècle,  des théologiens rationalistes (comme Béranger de Tours) mettaient en doute la présence réelle de Jésus dans l'Eucharistie. La réponse de l'Eglise culmine au XIIIe siècle avec l'institution de la Fête du Corpus Domini et le témoignage des saints, spécialement saint François d'Assise et saint Thomas d'Aquin.  Au XIV siècle, sainte Catherine de Sienne déploie une extraordinaire spiritualité eucharistique très en avance sur son temps, vivant déjà la communion quotidienne.

- La crise de la Réforme, au XVIè siècle remet en discussion tous les aspects de l'Eucharistie: Le Sacrifice de la Messe, la Présence Réelle, et aussi le Sacerdoce ministériel.  La réponse de l'Eglise au Concile de Trente est illustrée par une multitude de saints parmi lesquels se trouvent sainte Thérèse d'Avila et saint Jean de la Croix.  Résumer les principaux aspects de leur spiritualité eucharistique autour du thème central qui est l'Oraison. Insistance sur la Présence Réelle de Jésus au centre de la Communauté, sur l'intimité et l'union d'Amour avec lui dans la Communion (l'Epoux et l'Epouse).  Thérèse met l'accent sur sa présence en nous, dans la "demeure de notre âme", alors que Catherine mettait l'accent sur notre présence en Lui,  dans "le Temple de son Corps".

- La crise de la Modernité, après la Révolution Française,  est caractérisée par une remise en cause de toute la Foi chrétienne et de l'Eglise.  La réponse de l'Eglise durant tout le XIXe siècle est illustrée par une multitude de saints, depuis Saint Jean-Marie Vianney, le saint Curé d'Ars, jusqu'à sainte Thérèse de Lisieux. Chez tous, on retrouve les mêmes grands accents spirituels: l'Eucharistie et le Sacré-Coeur, la Vierge Marie et l'Eglise, représentée par le Pape. C'est le grand siècle des Missions.  En ce qui concerne la spiritualité mariale, il faut rappeler particulièrement le Dogme de l'Immaculée Conception en 1854, la découverte du Traité de saint Louis-Marie Grignion de Montfort en 1842 et les apparitions de Paris en 1830 (la "médaille miraculeuse") et de Lourdes en 1858.  Toute cette spiritualité eucharistique trouvera son couronnement au début du XXe siècle avec saint Pie X qui ouvrira définitivement la voie de la communion quotidienne pour le Peuple de Dieu.

 

 

II/ Sainte Thérèse de Lisieux

 

            Déjà désignée par saint Pie X comme "la plus grande sainte des temps modernes", Thérèse a été nommée Docteur de l'Eglise par Jean-Paul II.  Sa doctrine eucharistique est inépuisable.  Elle bénéficie de toutes les richesses spirituelles de son temps, mais elle va encore bien au-delà. Elle est d'une très grande actualité pour notre temps, après le Concile Vatican II.  Son principal accent concerne la valeur de la communion quotidienne (parfois remise en cause aujourd'hui).

            Nous allons nous efforcer de recueillir les principaux aspects de cette spiritualité eucharistique de Thérèse à partir de ses textes.

 

- Première Communion et Consécration à Marie (Ms A 35rv).

 

- La Grâce de Noël et le Salut de Pranzini (Ms A 44v-46v) comme grâces eucharistiques.

 

-Vie eucharistique de Thérèse: "Il se donnait Lui-même à moi dans la Ste Communion..." (Ms A 48v).

 

- La Lettre de Thérèse novice à sa cousine Marie Guérin, l'encourageant à communier malgré ses scrupules (LT 92 du 30 mai 1889). Ce texte qui avait enthousiasmé saint Pie X.

 

- La Communion eucharistique est l'union d'Amour la plus intime avec Jésus:

            - L'union de l'Epouse avec son Epoux (PN 17/3, PN 32/ 3)

- L'union de la Mère avec son Enfant (PN 54/4-5), comme Marie "Femme eucharistique".

 

- "Restez en moi comme au Tabernacle, ne vous éloignez jamais de votre petite hostie" (Pri 6).  Dans son Offrande à l'Amour Miséricordieux, Thérèse exprime cette demande audacieuse de garder continuellement en elle, dans son coeur et dans son corps, la présence eucharistique de Jésus.

 

- Eucharistie et Sacerdoce:

"Il faut que cette année nous fassions beaucoup de prêtres qui sachent aimer Jésus!... qui le touchent avec la même délicatesse que Marie le touchait dans son berceau" (LT 101 à Céline).  La même pensée est exprimée dans la prière que Thérèse adresse à Marie pour son frère spirituel, le séminariste Bellière: "Daignez lui enseigner déjà avec quel amour vous touchiez le Divin Enfant Jésus et l'enveloppiez de langes, afin qu'il puisse un jour monter au Saint Autel et porter en ses mains le Roi des Cieux" (Pri 8).  Telle est la vocation du prêtre que Thérèse sent en elle: "Avec quel amour, ô Jésus, je te porterais dans mes mains lorsque à ma voix tu descendrais du Ciel...  Avec quel amour je te donnerais aux âmes" (Ms B 2v).

 

- L'Eucharistie, sacrement de la petitesse évangélique:

 "Le propre de l'Amour étant de s'abaisser" (Ms A 2v),  dans les Mystères de l'Incarnation, de la Passion et de l'Eucharistie, Thérèse contemple dans l'hostie l'extrême de l'amour, de l'abaissement et de la petitesse: "Caché dans l'Eucharistie/ Je vois le Dieu Tout-Puissant/ Je vois l'Auteur de la Vie/ Bien plus petit qu'un enfant!" (RP 2, 5r; cf PN 1, Pri 20)

Son "testament eucharistique" est la dernière lettre au séminariste Bellière.  A côté d'une image représentant l'Enfant Jésus dans l'Hostie consacrée dans les mains du prêtre, Thérèse écrit: "Je ne puis craindre un Dieu qui s'est fait pour moi si petit. Je l'aime, car il n'est qu'Amour et Miséricorde" (LT 266).