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L’ICONE DE SAINT CHARBEL
Par le Carmel de la Theotokos-Harissa Liban
Introduction
A travers ses lignes libérées du temps et de l’espace et par ses lumières qui veulent transmettre le rayonnement thaborique une icône exprime le mystère du personnage qu’elle représente. Elle révèle son “nom nouveau”. Elle est une fenêtre ouverte sur l’univers de gloire de la Jérusalem céleste là où se vit en plénitude la Communion au Père, au Fils et au Saint Esprit, là où l’homme devient dans le Christ un participant à la Nature divine, trouvant ainsi sa véritable identité qui est référence personnelle à Dieu.
Charbel Makhlouf fut l’Homme de la Communion, de l’intimité avec Dieu. Enseveli et mort à tout, il a laissé la vie de Dieu jaillir dans son coeur purifié, son esprit pacifié. Qui pourra décrire la grandeur de sa vie cachée, brûlée pour le Seigneur dans l’émerveillement du face-à-face ténébreux de la Foi? Son contact permanent avec Celui qui devint le seul horizon de sa vie accumula en lui une stupéfiante énergie qui, loin de s’étioler avec le temps, ne fait que croître par-delà les frontières de la mort et de l’oubli. Charbel qui vécut comme un mort durant son pélerinage terrestre, ressuscite après sa mort et acquiert des dimensions universelles et pan-cosmiques.
L’icône
Notre icône montre le Saint debout, les mains levées en un geste d’ardente intercession. Sa silhouette immense semble flotter sur les Monts. Charbel est semblable à cette colonne de fumée, vapeur de myrrhe et d’encens dont parle l’Ecriture et qui symbolise l’âme remplie, ivre de Dieu, qui se livre incessamment à Lui par la prière adorante et un amour oblatif et sacrificiel.
Le visage
Charbel est “habité”. Une force mystérieuse le parcourt tout entier. Elle se condense dans son visage de lumière aux yeux profonds comme l’Infini qu’ils contemplent. Tout le corps, austère et dépouillé, semble se concentrer dans ces yeux à la fois introvertis et extrovertis. On dirait qu’ils se ferment, recueillis, happés vers l’intérieur; mais pourtant ils fixent celui qui les regarde. Le regard de Charbel n’est pas impérieux, il ne s’impose pas, il ne fait pas peur. C’est un appel, une invitation qui est aussi supplication aimante. Le Saint veut nous communiquer quelque chose de cet attrait irrésistible qui l’entraîne lui-même vers son Centre le plus profond, là où Dieu nous attend, là où il nous régénère par l’Esprit. Ce regard transmet le cri divin : “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à Moi... de son sein couleront des fleuves d’eau vive (Jn 7,37 ss). Les yeux du Saint regardent vers le dedans et nous regardent à partir dedans. C’est un regard transfiguré devenu source. Depuis que dans la Lumière du Verbe incarné Charbel a vu cette lumière qui éclaire tout homme il est devenu lui-même messager de lumière, fils du jour.
Le visage du Saint est serein et grave à la fois. Charbel jouit déjà de la Paix béatifique mais il continue à être présent à notre détresse. Il est entre ciel et terre. Le visage empreint d’une ineffable majesté parle le langage du silence et de l’amour qu’une vie de silence et d’amour a inscrit sur chacun de ses traits. La bouche est petite et close: Charbel est un “telos”, un parfait qui a dompté sa langue (cf.Jacq.3, 2b) et avec elle le flot désordonné des passions tapageuses qui divisent l’âme et la dissipent gaspillant ses énergies vitales. Les traits de la barbe font esquisser au Saint un sourire doux et humble: le sourire de celui en qui la Grâce de Dieu a triomphé. Dans l’iconographie, le Saint est celui qui écouté la Parole de Dieu et la garde, un veilleur. Les oreilles sont donc toujours visibles symbolisant cette attitude théologale: le Saint guette toute Parole qui sort de la bouche de Dieu, il s’en nourrit.
Bien que de face le visage n’est pas monotone. Grâce à l’assymétrie des traits et des lumières il est palpitant de vie, expressif dans son retrait et sa modestie. Le capuchon qui surplombe la tête du Saint renforce le recueillement sacré qui émane de toute son attitude: Charbel est un moine, un solitaire pour qui la Communion à Dieu constitue sa raison d’être, toute son identité.
Physionomie générale
Seul avec le Seul, le moine n’est pas pour autant indifférent au sort de ses frères les hommes. L’ermite porte dans son coeur l’humanité entière. Il se sent responsable de son devenir divin. C’est pour elle qu’il livre son combat contre les puissances des ténèbres. Plus il communie à Dieu plus croît en lui le désir, la soif que tous les hommes participent à cette communion. Solitaire, il devient solidaire pour intercéder en faveur de ses frères et les introduire dans le Cercle trinitaire de l’Agapé divine.
Les mains de Saint Charbel sont levées en un seul geste de supplication et d’offrande. Comme Moïse sur la montagne il prie, il soutient. Or “prier -disait Silouane du Mont Athos - c’est donner le sang de son coeur”. Ces mains crucifiées par un amour universel, à l’exemple de celles du Christ -Agneau, ces yeux consumés par la soif de notre salut ont bien le droit de nous interpeller. Par delà le temps et l’histoire, la prière de cet homme qui s’abîma en Dieu nous atteint et nous interroge. Nous laisserons-nous toucher par cet amour crucifié et silencieux ?
Le Saint porte l’Habit de son Ordre. Dans l’icône un détail attire l’attention : Ce n’est pas le manteau qui est le plus éclairé (alors qu’il devrait l’être étant au premier plan). C’est la robe intérieure qui est toute lumineuse et elle se réverbère sur le pli du bas du manteau. Ce jaillissement imprévu de luminosité souligne la trajectoire de la puissance qui anime Charbel. Elle vient du dedans, des espaces de son coeur habité par Dieu, de la fine pointe de son esprit “libéré”. C’est une énergie surhumaine surnaturelle, pneumatique. De l’esprit divinisé elle sort au dehors et anime toutes les facultés humaines Jusqu’au corps. Les traits de lumière qui illustrent le vêtement du Saint manifestent l’invisible action de l’Esprit-Saint. Elle s’exerce dans la ténèbre de la Foi et est essentiellement de caractère “apophatique”: C’est une connaissance par voie de négation: tant que nous sommes ici-bas nous connaissons Dieu par ce qu’Il n’est pas (“INfini”, “INcommensurable”, “INsaisissable”). Les traits de lumière bleutée et couleur d’argent sur la grande “tâche” noire du manteau expriment cette “kénose” de la contemplation : “Aujourd’hui je connais d’une manière imparfaite; mais alors je connaîtrai comme Je suis connu” (I Cor.13, 12b).
Dans l’âme et dans l’histoire de Charbel c’est aussi un débordement de fécondité. Le manteau qui s’ouvre amplement vers le bas comme une cascade illustre cette surabondance de grâce et évoque le baume merveilleux qui ne cesse de couler à flot du corps divinisé du grand thaumaturge de Annaya.
Le genou droit est fortement marqué: symbole de la vie de piété. La vie de Charbel ne fut-elle pas un perpétuel fléchissement de genoux devant la Majesté du Dieu trois fois Saint à qui il rendait un culte spirituel par Son Fils durant le Saint Sacrifice de la Messe qu’il célébra jusqu’à son dernier souffle.
Le corps est démesuré. Il compte 9 têtes et indique par sa finesse et son élégance l’élévation spirituelle du Saint. Malgré le mouvement dynamique des bras, l’intensité du regard, l’envolée du manteau le Saint semble pourtant immuable. Les deux lignes droites qui vont de la ceinture jusqu’au pied gauche modèrent l’ouverture progressive du pli gauche du manteau et donnent une impression de “solidité” de fermeté, de consistance à toute la physionomie et à l’attitude du Saint. A l’image du Christ Charbel donne sans se vider puisqu’il participe à la plénitude même de Dieu.
Voici donc Charbel Makhlouf, l’ermite, l’homme de prière, l’homme du silence qui, par l’amour et l’oblation, a atteint des dimensions universelles. Il se dresse devant nous sur l’icône non comme Un personnage historique révolu mais comme un acteur contemporain sur la scène de l’Economie du salut. Il est présent, ici, maintenant, dans le Christ, habitant désormais l’éterne1 aujourd’hui de Dieu (le “simeron” de la Liturgie) voilà pourquoi il est toujours pour nous un message vivant et un appel silencieux mais combien éloquent a une vie plus parfaite, plus livrée.
Le message et sa souche
Bien qu’universel Charbel appartient avant tout à la terre qui l’e vit naître et qui fut le théâtre providentiel de son “histoire sainte”. Dans l’icône il se tient sur les rochers, les rochers du Mont-Liban, lieu de son colloque avec Dieu. Derrière lui un cèdre réduit a des dimensions symboliques. Charbel peut dire : “ Je me suis élevé comme le cèdre du Liban...”. Pour les libanais il est un rappel urgent, un messager céleste, un message vivant. Pour le monde il est le message le plus vrai du Liban.
Cette silhouette démesurée de l’ermite semble être un aboutissement de siècles de monachisme. Derrière Charbel semblent défiler tous les saints anachorètes et moines qui peuplèrent les déserts et les laures d’Orient, spécialement ceux de la tradition Antiochienne dont Théodoret de Cyr et St Jean Chrysostome nous ont laissé de si savoureux récits. Charbel est le descendant direct des consacrés et ermites qui peuplèrent très tôt la vallée Sainte (Wadi Kadisha) au Liban. Il incarne ainsi une facette irremplaçable du “charisme libanais” qui vivifie et donne un sens à toutes les autres. L’ermite de Annaya stimule ses compatriotes à être toujours fidèles à la vie de prière liturgique et personnelle. L’idéal qu’il incarne pour nous est Celui d’une vie civique menée en référence à Dieu qui se révèle dans le Christ fait chair pour nous sauver.
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Carmel de la Theotokos-Harissa Liban