J.M + J.T

ICÔNE DE SAINTE THÉRÈSE DE JÉSUS, LA SÉRAPHIQUE.

INTRODUCTION

L’homme, depuis l’Incarnation, la Mort, la Résurrection et l’Ascension du Fils de Dieu, est appelé à participer à la vie divine et à partager la gloire de Dieu. Selon ce que disent les saints Synodes et la tradition de l’Eglise, l’icône transmet “par des moyens matériels, visibles aux yeux charnels, la beauté et la gloire divine”. Elle représente ceux qui nous ont précédés et qui sont déjà les “héritiers de l’incorruptibilité”. Théologie en lignes et couleurs, l’icône est parole de l’Eglise à l’Eglise. Elle ne se contente pas de représenter un être humain comme dans un portrait mais un être humain transfiguré. Elle se distingue du portrait par son contenu même. L’icône indique la sainteté de telle façon qu’elle n’est ni sous-entendue, ni surajoutée par notre pensée, mais visible à nos yeux... elle représente l’état déifié de son prototype et porte son nom, c’est pour cela que la grâce, propre à son prototype s’y trouve présente. Que nous livre Sainte Thérèse à travers son icône ? Toute la personne de Thérèse de Jésus voudrait se révéler à travers les traits qui se dégagent de cette icône:

-       Elle retrace l’attitude des Prophètes qui sont toujours représentés en état d’éveil pour écouter la Parole de Dieu, recevoir ses ordres et les exécuter. Comme Elie, qui avait pour mission de restaurer l’autel de Yahvé, Thérèse, étant de sa lignée et comptée parmi les fils des prophètes, restaure l’Ordre de la Vierge et l’autel de Dieu dans les âmes.

-       Par le feu du Séraphin, Sainte Thérèse est purifiée, embrasée et élevée à l’état contemplatif et à l’immaculée transparence de Marie la Toute Sainte Mère de Dieu.

-       Revêtue de Marie et de son Saint Habit, Sainte Thérèse a réformé l’Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel et lui a donné une nouvelle dimension apostolique. Dans la Réforme, la Carmélite ne cherche pas seulement sa propre sanctification et le salut des âmes, mais la sanctification des membres de l’Eglise.

LECTURE DE L’ICÔNE

LA SAINTE

PROPHÈTE

Son nom, “Teresa de Jesús la Serafica”, inscrit dans la gloire, est enveloppé d’une éblouissante lumière divine symbolisée par l’or. Ce nom révèle déjà son amour à Jésus et à sa Très Sainte Humanité. Sainte Thérèse avait dans son cœur une soif brûlante du Dieu Vivant qui la faisait vivre dans une recherche inlassable de sa Face. Encore enfant, elle voulait mourir “pour voir Dieu”. A l’instar du Prophète Elie, l’homme de la Théophanie, nous la voyons sur l’icône tournée vers l’Ineffable, l’Insaisissable représenté par la partie visible du cercle. Le mouvement spontané de son âme était un regard vers Jésus dans la foi et l’amour. Pour elle, l’oraison n’est pas une abstraction, encore moins un exercice mental mais ce n’est “rien d’autre qu’un commerce d’amitié où on s’entretient souvent et intimement avec Celui dont nous savons qu’Il nous aime”. Cet Ami par excellence est Jésus : “II est la porte, si nous voulons que la Majesté souveraine nous révèle de grands secrets. Ne cherchez donc pas un autre chemin, même si vous êtes au sommet de la contemplation ; car ici vous êtes en sûreté. Tous les biens nous viennent de ce Seigneur, le nôtre”. Sainte Thérèse est tout accueil, sa main droite est ouverte pour recevoir l’action agissante et continuelle de Dieu le Père, le Fils et l’Esprit Saint dans sa vie et dans son âme. Généreuse comme elle le fut, elle correspondait à ces grâces avec un dynamisme toujours croissant et ceci est symbolisé par le mouvement de son voile noir qui se meut avec souplesse en synergie avec l’action divine.

L’âme “se fait une habitude de ne pas s’éloigner du Christ notre Seigneur, elle s’attache à ses pas, selon un mode admirable par lequel, humain et divin à la fois, Il demeure en sa compagnie”. Cette intimité avec l’humanité du Christ qui se fait plus profonde la fait pénétrer dans le Mystère de l’Eglise : Corps Mystique du Christ, prolongement, dans le temps, de son Incarnation Rédemptrice. Son itinéraire spirituelle se résume en ces deux mots : le “bon Jésus” et “l’Eglise”, cette dernière étant désignée par le Christ lui-même, lors de l’insigne faveur du Mariage spirituel, comme le point de rencontre éternel de Jésus et de Thérèse : “Désormais mon honneur sera tien et ton honneur sera mien”. Cet honneur, n’est-il pas l’Eglise, objet unique de cette miséricorde divine, qui coule désormais à l’unisson, en Thérèse, dans le Christ et par Lui ?

Son amour est devenu l’amour même qui porta l’Agneau de Dieu à donner sa vie pour sauver la multitude. Thérèse était prête à endurer mille morts pour délivrer une seule âme de la damnation, communiant ainsi aux sentiments et aux désirs de Jésus sous la mouvance de l’Esprit, lui qui est l’Amour. Les traits d’or, qui traversent le cercle, symbolisent les énergies de l’Esprit Saint qui infusaient dans l’âme de la sainte cette immense compassion et ce désir ardent pour venir au secours de l’Eglise. Comme le prophète Elie, la souffrance de Dieu est devenue sienne devant le drame du péché du peuple. Elle est consumée de zèle pour Yahvé le Dieu des Armées. Avec Elie elle peut dire : “Je suis remplie d’un zèle jaloux pour Yahvé Sabaot, car les enfants d’Israël ont abandonné ton alliance, ils ont renversé tes autels…” L’Eglise est au centre de ses préoccupations. Que fera-t-elle pour lui venir en aide et restaurer l’Autel de Yahvé ?

Tout d’abord, “mon premier soin devrait être de répondre à sa Majesté qui m’avait appelée à la vie religieuse en observant ma règle aussi parfaitement que possible.”Ainsi, elle commence la restauration de l’Autel de Yahvé en son âme. C’est le chemin direct de la déification. L’empressement avec lequel elle répond à cet “impétueux élan d’être utile aux âmes”, est exprimé par l’attitude de son corps. Nous savons que “la bonne nouvelle du christianisme est la restauration de la dignité primitive de l’homme”. Sainte Thérèse restaure cette image tombée, ou plutôt se laisse faire par 1’Esprit Saint, l’Iconographe par excellence de notre déification. “De même que la puissance de voir se trouve dans l’œil sain, il en est ainsi de l’opération de l’Esprit dans l’âme purifiée”. La sainte se laisse saisir par Lui, “ce n’est pas seulement Sa grâce, c’est l’Esprit lui-même qu’elle possède demeurant en elle.” En effet, “dans l’âme des justes, l’Esprit grave spirituellement et mystérieusement la beauté de sa propre nature.” Ainsi, nous voyons la sainte transformée, transfigurée, irradiante de cette lumière thaborique, telle une épouse parée d’une splendeur éclatante et consommée dans l’Amour. Plusieurs témoins attestent avoir vu Sainte Thérèse, en plusieurs occasions, entourée de lumière surnaturelle. “J’admire la splendeur de Sa Beauté... je prends part à la lumière, je participe aussi a la gloire, et mon visage resplendit comme celui de mon Bien-aimé et tous mes membres deviennent porteurs de lumière”.

D’autre part, Thérèse restaure l’Ordre de la Vierge, comme le Seigneur le lui a ordonné, et instaure un nouveau genre de vie réformée et consacrée aux nécessités de l’Eglise. La contemplation douloureuse des malheurs de l’Eglise fait naître en elle les mêmes sentiments que ceux de la Miséricorde Divine : aimer plus et sauver par l’amour. Elle devient comme Elie le héraut du Dieu Vivant. Sans prêcher, dans la clôture avec ses filles, elle parle à Dieu du monde en le lui présentant pour qu’Il le sauve. Dans ce mouvement de solidarité mystique avec l’Epoux, pour restaurer l’autel de Dieu dans les âmes, Thérèse s’engage dans la grande bataille pour l’unique cause du Christ : son Eglise. “Oui, dans notre clôture nous combattons pour Lui”. Ainsi, elle entraîne ses filles dans cette entreprise spirituelle à laquelle elle s’est vouée.

LA SÉRAPHIQUE

L’Eglise nomme Sainte Thérèse de Jésus “la Séraphique”. A travers les lignes de cette icône nous voudrions exprimer, en partie, le pourquoi de ce titre. Séraphins, en hébreu veut dire “ceux qui brûlent”, “ceux qui échauffent”. Sur la poitrine de la Sainte nous apercevons des rayons qui échappent de son cœur transverbéré. Ceci pour manifester l’intervention du Séraphin qui l’avait laissée “toute embrasée d’un grand amour de Dieu”. Lors de cette intervention, la Sainte a reçu dans l’effusion de feu et de lumière la purification, l’illumination et la perfection. Elle a été élevée à un rang qui lui permet, toute proportion gardée, de participer aux propriétés des Séraphins, à savoir:

-       Ils brûlent sans relâche d’une ardeur débordante grâce à la vie divine qui ne cesse de les mouvoir.

-       Ils ont le pouvoir de s’élever vers l’Etre véritable par la contemplation.

-       Ils ont le pouvoir d’élever à leur ressemblance leurs inférieurs en les animant de la même ardeur, de la même flamme et de la même chaleur.

Saint Jean de la Croix décrit cette grâce en ces termes : “Cet esprit céleste (le Séraphin) armé d’une flèche ou d’un dard embrasé du feu de l’amour, transperce l’âme qui est déjà toute en feu comme un charbon rougi, ou plutôt qui n’est plus qu’une flamme ; il la brûle d’une manière sublime ; en même temps il la transperce de son dard, et alors la flamme de l’âme s’agite et monte avec force”. Le cœur de Sainte Thérèse a été transformée en une flamme ardente, un feu brûlant qui embrase quiconque l’approche si peu que ce soit. Le feu de l’Amour régénère les êtres par sa chaleur vivifiante, il les éclaire par ses éclatantes illuminations, il se meut lui-même et il meut les autres. La meilleure manifestation de cet amour ardent et de ce zèle apostolique est sa Réforme qui est la restauration de l’Ordre de la Vierge.

Les âmes qui sont arrivées à cet état sublime sont certains fondateurs des familles religieuses dont la vertu et l’esprit devaient se transmettre dans la succession de leurs disciples. Illuminée, Sainte Thérèse transmet désormais la science de Dieu et des Mystères divins à ses filles. Sur cette icône, le mouvement du membre inférieur gauche de la Santa Madre, rappelle la diligence, l’ardeur et l’ampleur avec lesquelles elle a transmis ce savoir. Ce mouvement est propre a celui de l’Archange Gabriel dans l’icône de l’Annonciation. Marie, à la parole de l’Ange, conçoit le Logos Eternel. En recueillant le message de Thérèse, ses filles et tout fidèle découvrent la vie de Dieu en eux. Par l’assimilation et la mise en pratique de cette doctrine, dans la coopération personnelle avec l’action divine, nous participons à la contemplation des réalités divines et nous accueillons le don divin. Ainsi Thérèse, Docteur de l’Eglise et Mère des spirituels, en qualité de messagère angélique, communique aux autres la connaissance lumineuse de la science de Dieu dans une unité doctrinale, vivante et magistrale.

La sainte, le cœur brûlant, l’intelligence éclairée, l’âme parfaitement chaste, devient capacité pour accueillir les communications divines. Elle a atteint une union si profonde avec Jésus que cela lui permit de participer à l’immaculée transparence de Marie sa Mère, car “Ce qui a eu lieu dans la Toute Pure Marie, a lieu proportionnellement en toute âme chaste... ce n’est pas une venue corporelle qu’accomplit le Seigneur, mais une inhabitation spirituelle.”

APOSTOLAT MARIAL

Nous voyons Thérèse de Jésus revêtue de l’Habit de la Vierge. N’est ce pas “pour le service du Seigneur et pour l’honneur de l’Habit de sa glorieuse Mère” qu’elle entreprend sa Réforme ? La partie supérieure de la bure brune de la robe et du scapulaire est caractérisée par une sobriété quasi austère, les traits sont discrets et paisibles. Ceci pour souligner chez la Sainte Mère la communion aux souffrances de la Vierge Marie par des grâces mystiques mariales très élevées ; comme Elle, elle a eu le cœur transpercé comme Elle, elle a eu le Corps inanimé de Jésus “dans ses bras comme on le peint dans la Cinquième douleur de la Très Sainte Vierge”.

Le manteau blanc, dont l’éclat tranche avec la sobriété de l’Habit, est le signe de la succession prophétique et de l’identification à Marie. En effet, Sainte Thérèse a été transformée en Marie, sa Mère. Elle ne faisait plus qu’une avec Elle. Elle vivait de sa vie et la laissait vivre en elle. Pourquoi s’étonner si le Carmel est depuis ses origines “tout de Marie” et Sainte Thérèse a pour mission de le restaurer ? C’est en vue de cette mission qu’elle a été préparée. Elle a été la première à envisager la vie consacrée non seulement pour sauver son âme mais surtout pour la sanctification des prêtres, des théologiens, des défenseurs de l’Eglise... Elle a posé la base d’un apostolat marial. Comme Marie a soutenu les premiers apôtres et toute l’Eglise primitive, ainsi Sainte Thérèse et toutes ses filles après elle continuent dans l’Eglise cette mission mariale : cachées dans leur clôture, sans être connues de personne elles se consacrent, elles se sacrifient et elles prient pour sanctifier et élever les membres de l’Eglise vers l’union à Dieu. “C’est dans ce but qu’Il vous a réunies ici ; telle est votre vocation, telles doivent être vos affaires, tel doit être l’objet de vos désirs, celui de vos larmes et de vos instances.”

En synergie avec Marie, la main dans la main, elles ont œuvré ensemble depuis la grâce de l’investiture du manteau blanc et du collier en or, lorsque Notre-Dame lui prit les mains l’encourageant et la rassurant dans le projet de la Réforme de son Ordre. Sur l’icône, à travers les mains de la Sainte, nous voyons les grâces laissées par l’étreinte de celles de la Mère de Dieu dans ce double mouvement d’accueil et de don.

Nous voulons attirer l’attention sur la conformité de mouvement qui existe entre le scapulaire et le parchemin : même sérénité, même simplicité qui se laissent emporter comme par une brise qui n’est autre que le souffle de l’Esprit. N’y voit-on pas l’unité de l’être de la Madre avec son message et son œuvre ? Saint Jean de la Croix dans une exclamation audacieuse affirme : “... Dieu et son œuvre est Dieu”. Le miroitement du scapulaire sur le parchemin chante la plénitude de Dieu répandue dans Thérèse et son œuvre.

Docile aux motions de l’Esprit Saint, Sainte Thérèse de Jésus désirait être utilisée et épuisée jusqu’à la racine de son être, pour édifier les “colombiers de la Vierge”, lieux de délices pour Jésus, lieux de renfort et de soutien pour l’Eglise. Les pieds de la Sainte de même que les plis mouvementés de la partie inférieure de l’habit révèlent cette détermination déterminée et cette énergie entreprenante qui l’ont toujours animée lorsqu’il s’agissait des œuvres au service de Dieu. Ne l’a-t-on pas surnommée la “Andariega” ? “C’est Dieu seul qui meut de pareilles âmes à accomplir les œuvres qui sont conformes à sa volonté ou à ses desseins, sans qu’elles puissent se porter à d’autres  ; voilà pourquoi les œuvres et les prières de ces âmes sont toujours couronnées de succès.” Saint Jean de la Croix continue à décrire la dépendance et la docilité de l’âme parvenue à cet état élevé, en la comparant avec la Mère de Dieu : “Telles étaient celles (œuvres et prières) de l’auguste Mère de Dieu. Dès le premier instant de son existence, elle fut élevée à cet état suprême. Elle n’eut jamais dans son âme l’impression quelconque d’une créature qui put la détourner de Dieu ; elle ne se dirigea jamais d’après une impression de cette sorte, et l’Esprit Saint fut son guide.”

Le visage de Sainte Thérèse de Jésus révèle la douceur et la compassion de la Mère de Dieu. En effet, elle est Mère de la Réforme et transmet à ses filles cette vocation de la maternité spirituelle. Elle veut qu’elles imitent et prolongent la fécondité surnaturelle de la Vierge Mère et qu’elles continuent la fonction virginale et maternelle de l’Eglise même. Pour cela, elle les invite tout au long de ses écrits, à tourner les yeux vers Marie : “imitez-la, et considérez quelle doit être la grandeur de cette Dame et quelle est la grâce de l’avoir pour Patronne.” “Ressemblons un tout petit peu, mes filles, à cette Vierge très sainte dont nous portons l’habit.” Imiter, ressembler veut dire, selon le vocabulaire thérésien, revivre Sa vie, aimer son Fils comme Elle et avec son Cœur et pratiquer Ses vertus : son humilité, sa charité, sa foi, son obéissance généreuse, sa pauvreté... Plus on s’identifie à Marie en se laissant animer par ses sentiments, plus on perçoit les battements du cœur de l’Eglise, et plus on a le désir d’accélérer l’effusion de l’Esprit Saint sur les membres de l’Eglise. Ainsi la prière de chaque carmélite, pour être authentique, doit s’élargir, de personnelle elle doit devenir ecclésiale. Non seulement elle prie pour l’église mais elle devient elle-même Eglise qui prie dans l’Esprit Saint, toute vouée comme Marie à ce ministère de compassion envers le Corps Mystique du Christ.

DOCTEUR DE L’EGLISE ET MERE DES SPIRITUELS

CHÂTEAU, PARCHEMIN, ARBRE, SOURCE.

Sainte Thérèse désigne de sa main gauche les Demeures du Château intérieur et indique le moyen pour nous introduire dans “... la principale, où se passent les choses les plus secrètes entre Dieu et l’âme.” Nous lisons sur le parchemin : “La porte de ce château est l’oraison”. Pour elle, l’oraison est considérée non seulement comme un recueillement mais comme une intimité profonde avec Celui qu’elle garde et porte en elle comme Marie, “la Virgen María, Señora mía y Madre mía de mi alma... » Elle nous livre son secret et nous offre la clé pour entrer a l’intérieur des Demeures, “Je tâchais autant que possible de vivre en gardant en moi la présence de Jésus-Christ, notre bien et Seigneur, et c’était là mon mode d’oraison.” La trame qui soutient la vie de l’oraison est tissée dans l’ascèse par trois points fondamentaux que la Sainte expose dans le Chemin de la Perfection : “ Le premier est l’amour que nous devons avoir les unes pour les autres ; le second, le détachement de tout ce qui est créé; le troisième, l’humilité véritable qui bien que je le cite en dernier, est le principal et embrasse toutes les vertus.”

En Orient, de même que chez Sainte Thérèse, la prière et l’ascèse sont considérées comme la porte étroite qui mène à la vie qui s’ouvre sur un infini de plénitude sur la vie divine. Saint Macaire le Grand commente la progression spirituelle en ces termes : “Des portes s’ouvrent..., et l’homme entre à l’intérieur de beaucoup de demeures ; et à mesure qu’il entre, d’autres portes s’ouvrent devant lui... et il s’enrichit ; et dans la mesure où il s’enrichit, de nouvelles merveilles lui sont montrées.” Cette perspective sans fin était au commencement un point dans le cœur de l’homme aussi petit qu’un grain de sénevé qui a grandit et inversé sa perspective. L’âme n’est plus pour elle-même le point de départ ni le but, mais c’est Jésus qui est devenu son centre de gravité grâce à l’oraison et à l’exercice des vertus.

L’arbre portant beaucoup de fruits, se trouve sur la même ligne verticale que le parchemin. II symbolise l’âme chargée de vertus et arrosée par le fleuve d’Eau Vive qui représente le commerce d’amitié avec Dieu, source d’où dérivent tous les biens. “Quand une source est très claire, tous les petits ruisseaux qui en découlent le sont également, de même quand une âme est en état de grâce, ses œuvres sont très agréables aux yeux de Dieu et des hommes, parce qu’elles procèdent de cette source de vie où l’âme se trouve plantée comme un arbre et elle ne produirait ni fraîcheur, ni fruit si elle ne procédait pas de la source... ”. “O Dieu, Océan ineffable d’amour... de l’abondance de ta grâce fait couler sur nous les fleuves et arrose-nous des sources les plus douces de ta bonté. Rends-nous enfants de tranquillité et héritiers de paix.”

Au-dessus de la porte nous remarquons une miniature de Saint Joseph, gardien et protecteur de la Sainte Famille et guide de l’oraison de Thérèse. Elle qui est la Mère des spirituels nous le propose comme Maître d’oraison. “Je pris pour avocat et maître le glorieux Saint Joseph... ce glorieux saint nous secourt en toute circonstance... les âmes gagnent beaucoup à se confier à 1ui.”

Autour du château, nous voyons les bestioles qui représentent ce qui peut empêcher l’âme d’y entrer. Les couleurs des trois premières Demeures sont froides pour signifier l’assujettissement de l’âme aux sens extérieurs et intérieurs ainsi qu’à la raison. C’est pourquoi les couleurs de celles-ci sont froides. Nous distinguons dans les murailles de ces mêmes Demeures des fentes ouvertes vers l’extérieur, ceci pour symboliser l’amour de soi, le “philotímima”, qui est encore très accentué dans la vie spirituelle des commençants plus portés vers l’extérieur et exposés à tous les vents et les pluies. Ils ne sont pas encore établis dans l’enceinte du saint recueillement.

Les couleurs chaudes des quatrièmes Demeures et au-delà mettent en relief l’intervention du surnaturel. L’âme a déjà trouvé le trésor caché. Elle a déclaré la guerre contre son amour-propre, sa propre volonté et l’attachement à toutes les choses créées. Ses vertus sont plus solides et plus fermes. Elle fait des œuvres de pénitence, d’oraison, de mortification, d’obéissance etc. Dans les sixièmes Demeures, l’âme évolue avec la plus grande aisance et prend son vol. Elle acquiert rapidement une plus grande force accompagnée d’une persuasion intime d’être en contact avec Dieu. C’est ici qu’ont lieu les fiançailles spirituelles. Sur l’icône, nous constatons l’absence de séparation entre les sixièmes et les septièmes demeures “parce que de l’une à l’autre il n’y a pas de porte fermée” ; cependant, quelles “épreuves intérieures et extérieures n’endure-t-elle pas jusqu’à ce qu’elle entre dans la septième Demeure ! ” En effet La rencontre de l’âme avec le Christ ne peut se réaliser que sur la croix.

Les tours qui séparent les Demeures symbolisent l’humilité et la connaissance de soi qui sont les deux conditions indispensables que Sainte Thérèse de Jésus exige pour passer d’une demeure à l’autre. “... au sommet de cette tour de guet d’où l’on voit des vérités… “ Ces tours sont d’autant plus élevées que nous approchons du centre de l’âme. Au sommet du château nous remarquons aussi un drapeau hissé. Sur celui-ci se trouve l’icône de la Mère de Dieu, “force et forteresse de l’âme”, ainsi dénommée dans l’Hymne Acathiste, pour symboliser son intervention et sa protection dans la restauration de l’âme, jusqu’à retrouver sa beauté perdue.

Dans les septièmes Demeures, l’âme est transformée en Dieu. Unie a l’Esprit Saint, elle aime Dieu “comme elle est aimée de Lui”, en égalité d’amour et elle est ainsi élevée à l’état du Mariage Spirituel. II n’y a plus de distance entre Dieu et l’âme, ce qui est signifié par l’autel, déjà restauré, ouvert à l’infini. La Sainte Trinité, représentée en miniature, trône sur l’autel d’où, comme un Roi, Elle gouverne son palais. Des rayons de couleur or, bleu et blanche émanent de cette miniature. Ils représentent la propre expérience de la Santa Madre : “Car de ce Sein divin, où Dieu semble continuellement nourrir l’âme, jaillissent des rayons de lait... un jet d’eau... un soleil d’où provient une grande lumière…” II nous semble opportun de signaler ici que Sainte Thérèse avait dans son bréviaire quelques images de la Sainte Trinité qu’elle avait fait peindre.

Lors de la grâce du Mariage Spirituel, Notre Seigneur donna à Sainte Thérèse un clou lui disant “Regarde ce clou, c’est le signe que tu seras mon épouse à partir d’aujourd’hui”. N’oublions pas que le clou est l’un des instruments de la Passion du Sauveur. En le lui offrant, Jésus veut désormais la faire participer à sa souffrance rédemptrice en tant qu’épouse. Ces souffrances ne sont donc pas à comparer avec les précédentes puisque, dans ce nouvel état, c’est Jésus qui souffre en elle, ne faisant qu’un avec elle. Avec Lui, elle est invitée à porter les péchés du monde, comme sa Mère, et à entrer dans cette compassion de Jésus pour les pécheurs. La couleur pourpre violette qui recouvre l’autel et le ciborium, symbolise cette souffrance royale. Cet état de Mariage Spirituel semble incompatible avec la souffrance, mais Dieu veut que l’âme souffre afin de lui fournir l’occasion de gagner des mérites “comme il le fit pour la Vierge Sa Mère, Saint Paul et pour d’autres... ” Les dix dernières années qui ont suivi la grâce éminente du Mariage spirituel furent, en effet, des années de pures souffrances pour la Sainte et de grande fécondité pour l’Eglise mais aussi comblées “de ce pur amour qui est plus précieux aux yeux de Dieu et de l’âme, et plus profitable à l’Eglise que toutes ces autres œuvres ensemble, même si apparemment l’âme ne fait rien.”

CONCLUSION

Sainte Thérèse a traversé la mer orageuse de cette vie, parcourant les Demeures en se laissant porter par le souffle de l’Esprit Saint. Devant ce chef-d’œuvre de la grâce qu’elle est, nous pouvons nous rappeler les paroles de Saint Isaac de Syrie : “Le silence d’un homme libre est lui-même lumière. Le moindre mouvement de son cœur est comme une voix qui, silencieuse et secrète, chante pour l’Invisible”. Ainsi dans la paix de Dieu Thérèse est devenue une lyre pleine d’harmonie, un cœur où règne le silence, une source où l’on puise la vérité, un haut lieu de doctrine, l’“andariegua” infatigable, l’énamourée de Dieu. C’est pourquoi nous nous permettons de lui appliquer ces si belles paroles de la Liturgie byzantine:

“Comme un Ange du ciel tu parus sur la terre

Annonçant aux mortels les célestes mystères

Aux chœurs incorporels unissant ton esprit

Tu inspires à nos cœurs de te chanter ainsi:

Réjouis-toi par qui la nuit a disparu,

Réjouis-toi par qui le jour est apparu

Réjouis-toi par qui brille la vérité

Réjouis-toi par qui s’éteint la fausseté...”

L.D.V.M

Carmel de la Théotokos

Harissa - Liban