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Introduction Générale à la Litrugie des Heures Pape Jean Paul II |
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Les Psaumes dans la Tradition de l'Eglise Lecture: Ps 150 1. Dans la Lettre apostolique Novo millennio ineunte, j'ai souhaité que l'Eglise se distingue davantage dans l'"art de la prière", en l'apprenant toujours à nouveau des lèvres du divin Maître (cf. n. 32). Cet engagement doit être vécu en particulier dans la Liturgie, source et sommet de la vie ecclésiale. Dans cette optique, il est important de réserver une plus grande attention pastorale à la promotion de la Liturgie des Heures comme prière de tout le Peuple de Dieu (cf. Ibid., n. 34). En effet, si les prêtres et les religieux ont le mandat précis de la célébrer, elle est cependant vivement recommandée également aux laïcs. C'est à cela que visait, il y a un peu plus de trente ans, mon vénéré prédécesseur Paul VI, à travers la Constitution Laudis canticum dans laquelle il déterminait le modèle en vigueur de cette prière, souhaitant que les Psaumes et les Cantiques, structure portante de la Liturgie des Heures, soient compris "avec un amour renouvelé par le Peuple de Dieu" (AAS 63 [1971], 532). Il est encourageant de savoir que de nombreux laïcs, tant dans les paroisses que dans les groupes ecclésiaux, ont appris à la valoriser. Elle reste toutefois une prière qui suppose une formation catéchétique et biblique adaptée, afin de pouvoir l'apprécier totalement. Dans ce but, nous commençons aujourd'hui une série de catéchèses sur les Psaumes et sur les Cantiques proposés dans la prière matinale des Laudes. Je désire, de cette façon, encourager et aider toutes les personnes présentes à prier avec les mêmes paroles utilisées par Jésus et présentes depuis des millénaires dans la prière d'Israël et dans celle de l'Eglise. 2. Nous pourrions entreprendre l'étude des Psaumes de diverses façons. La première consisterait à présenter leur structure littéraire, leurs auteurs, leur formation, les contextes dans lesquels ils sont nés. Ensuite, une lecture qui en soulignerait le caractère poétique, qui atteint parfois de très hauts niveaux d'intuition lyrique et d'expression symbolique, serait suggestive. Il serait tout aussi intéressant de reparcourir les Psaumes en considérant les divers sentiments de l'âme humaine qu'ils manifestent: joie, reconnaissance, action de grâce, amour, tendresse, enthousiasme, mais également souffrance intense, récrimination, demande d'aide et de justice, qui débouchent parfois sur de la rage et des imprécations. Dans les Psaumes, l'être humain se retrouve entièrement lui-même. Notre lecture cherchera surtout à faire apparaître la signification religieuse des Psaumes, en montrant comment ceux-ci, bien qu'ayant été écrits il y a de nombreux siècles par des croyants juifs, peuvent être utilisés dans la prière des disciples du Christ. Nous serons aidés en cela par les conclusions de l'exégèse, mais, dans le même temps, nous nous mettrons à l'écoute de la Tradition, en particulier nous nous placerons à l'écoute des Pères de l'Eglise. 3. Ces derniers, en effet, avec une profonde pénétration spirituelle, ont su discerner et indiquer la grande "clef" de lecture des Psaumes dans le Christ lui-même, dans la plénitude de son mystère. Les Pères en étaient tout à fait convaincus: dans les Psaumes, il est question du Christ. En effet, Jésus ressuscité applique à lui-même les Psaumes lors-qu'il dit à ses disciples: "Il faut que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes" (Lc 24, 44). Les Pères ajoutent que dans les Psaumes, on parle au Christ, ou que c'est le Christ lui-même qui parle. En affirmant cela, ils ne pensaient pas seulement à la personne individuelle de Jésus, mais au Christus totus, à tout le Christ, formé par le Christ tête et par ses membres. C'est ainsi que naît, pour le chrétien, la possibilité de lire le Psautier à la lumière de tout le mystère du Christ. C'est précisément cette optique qui en fait également apparaître la dimension ecclésiale, qui est particulièrement mise en évidence par le chant choral des Psaumes. On comprend ainsi comment les Psaumes ont pu être utilisés, dès les premiers siècles, comme prière du Peuple de Dieu. Si, au cours de certaines périodes de l'histoire, est apparue une tendance à préférer d'autres prières, les moines ont eu le grand mérite de conserver allumée dans l'Eglise la flamme du Psautier. L'un d'eux, saint Romuald fondateur des Camaldules, à l'aube du second millénaire chrétien, arrivait à soutenir que - comme l'affirme son biographe Bruno de Querfurt - les Psaumes sont l'unique voie pour faire l'expérience d'une prière vraiment profonde: "Una via in psalmis" (Passio sanctorum Benedicti et Johannes ac sociorum eorundem: MPH VI, 1893, 427). 4. Avec cette affirmation, à première vue excessive, il restait en réalité ancré à la meilleure tradition des premiers siècles chrétiens, quand le Psautier était devenu le livre par excellence de la prière ecclésiale. Ce fut un choix juste face aux tendances hérétiques qui menaçaient sans cesse l'unité de foi et de communion. A ce propos, il est intéressant de mentionner une lettre merveilleuse que saint Athanase écrivit à Marcellin dans la première moitié du IVème siècle, alors que l'hérésie arienne sévissait, portant atteinte à la foi dans la divinité du Christ. Face aux hérétiques qui attiraient les gens à eux, notamment à travers des chants et des prières qui en gratifiaient les sentiments religieux, le grand Père de l'Eglise se consacra de toutes ses forces à enseigner le Psautier transmis par l'Ecriture (cf. PG 27, 12sq). Ce fut ainsi qu'au "Notre Père", la prière du Seigneur par antonomase, s'ajouta la pratique, vite devenue universelle parmi les baptisés, de la prière psalmodique. 5. Egalement grâce à la prière communautaire des Psaumes, la conscience chrétienne a rappelé et compris qu'il est impossible de s'adresser au Père qui habite dans les cieux sans une authentique communion de vie avec les frères et les soeurs qui habitent sur terre. De plus, en s'insérant de façon vitale dans la tradition de prière des juifs, les chrétiens apprirent à prier en racontant les magnalia Dei, c'est-à-dire les grandes merveilles accomplies par Dieu, que ce soit dans la création du monde et de l'humanité, ou dans l'histoire d'Israël et de l'Eglise. Cette forme de prière puisée à l'Ecriture n'exclut assurément pas des expressions plus libres, et celles-ci continueront non seulement à caractériser la prière personnelle, mais également à enrichir la prière liturgique elle-même, par exemple avec des hymnes et des tropaires. Le Livre du Psautier demeure toutefois la source idéale de la prière chrétienne, et l'Eglise continuera à s'en inspirer au cours du nouveau millénaire. JEAN PAUL II AUDIENCE GÉNÉRALE Mercredi 28 mars 2001 Lecture: Ps 69 [70], 2.5-6 Avant d'entreprendre le commentaire des Psaumes et des Cantiques des Laudes, nous complétons aujourd'hui notre réflexion introductive commencée au cours de la dernière catéchèse. Et nous le faisons en partant d'un aspect très cher à la tradition spirituelle: en chantant les Psaumes, le chrétien fait l'expérience d'une sorte d'harmonie entre l'Esprit présent dans les Ecritures et l'Esprit qui demeure en lui en vertu de la grâce baptismale. Plus que prier à travers des paroles propres, il se fait l'écho de ces "gémissements ineffables" dont parle saint Paul (cf. Rm 8, 26), à travers lesquels l'Esprit du Seigneur pousse les croyants à s'unir à l'invocation caractéristique de Jésus: "Abba! Père!" (Rm 8, 15; Ga 4, 6). Les antiques moines étaient tellement certains de cette vérité qu'ils ne se préoccupaient pas de chanter les Psaumes dans leur langue maternelle, car il leur suffisait d'avoir la conscience d'être, d'une certaine façon, des "instruments" de l'Esprit Saint. Ils étaient convaincus que leur foi permettait aux versets des Psaumes de faire jaillir une "énergie" particulière de l'Esprit Saint. La même conviction se manifeste dans l'utilisation caractéristique des Psaumes, qui fut appelée "prière jaculatoire" - du mot latin "iaculum", c'est-à-dire dard - pour indiquer de très brèves expressions psalmodiques qui pouvaient être "lancées", presque comme des pointes enflammées, par exemple contre les tentations. Jean Cassien, un écrivain qui vécut entre le IVème et le Vème siècle, rappelle que certains moines avaient découvert l'efficacité extraordinaire du très bref incipit du Psaume 69: "O Dieu, vite à mon secours, Yahvé, à mon aide!", qui est devenu depuis comme la porte d'entrée de la Liturgie des Heures (cf. Conlationes, 10, 10: CPL 512, 298sq). 2. A côté de la présence de l'Esprit Saint, une autre dimension importante est celle de l'action sacerdotale que le Christ accomplit dans cette prière en associant à lui l'Eglise, son épouse. A ce propos, précisément en se référant à la Liturgie des Heures, le Concile Vatican II enseigne: "Le Souverain Prêtre de la Nouvelle et Eternelle Alliance, le Christ Jésus [...] s'adjoint toute la communauté des hommes et se l'associe dans ce cantique de louange. En effet, il continue à exercer cette fonction sacerdotale par son Eglise elle-même qui, non seulement par la célébration de l'Eucharistie, mais aussi par d'autres moyens et surtout par l'accomplissement de l'office divin, loue sans cesse le Seigneur et intercède pour le salut du monde entier" (Sacrosanctum Concilium, n. 83). La Liturgie des Heures également, revêt donc un caractère de prière publique, dans laquelle l'Eglise est particulièrement impliquée. Il est alors illuminant de redécouvrir que l'Eglise a progressivement défini son implication spécifique de prière rythmée sur les différentes phases du jour. Il faut pour cela remonter aux premiers temps de la communauté apostolique, alors qu'il existait encore un lien étroit entre la prière chrétienne et celles que l'on appelait les "prières légales" - c'est-à-dire prescrites par la Loi mosaïque - qui s'accomplissaient à des heures déterminées dans le Temple de Jérusalem. Du Livre des Actes, nous savons que les Apôtres "d'un seul corps, fréquentaient assidûment le Temple" (2, 46) ou encore qu'"ils montaient au Temple pour la prière de la neuvième heure" (3, 1). Et d'autre part, nous savons également que les "prières légales" par excellence étaient précisément celles du matin et du soir. 3. Progressivement, les disciples de Jésus identifièrent certains Psaumes particulièrement appropriés à des moments déterminés de la journée, de la semaine ou de l'année, y saisissant un sens profond en rapport avec le mystère chrétien. Saint Cyprien est un témoin éminent de ce processus, et écrit dans la première moitié du troisième siècle: "Il faut en effet prier au début du jour pour célébrer dans la prière du matin la résurrection du Seigneur. Cela correspond à ce que jadis l'Esprit Saint indiquait dans les Psaumes à travers ces paroles: "O mon roi et mon Dieu! C'est toi que je prie, Yahvé! Au matin, tu écoutes ma voix; au matin je fais pour toi les apprêts et je reste aux aguets" (Ps 5, 2-4) [...] Lorsqu'ensuite, le soleil se couche et que le jour disparaît, il faut se mettre à nouveau à prier. En effet, puisque le Christ est le véritable soleil et le véritable jour, au moment où le soleil et le jour du monde disparaissent, en demandant à travers la prière que la lumière revienne vers nous, nous invoquons le retour du Christ pour nous apporter la grâce de la lumière éternelle" (De Oratione dominica, 35: PL 39, 655). 4. La tradition chrétienne ne se limita pas à perpétuer la tradition juive, mais apporta de nouveaux éléments qui finirent par caractériser différemment toute l'expérience de prière vécue par les disciples de Jésus. En effet, outre réciter, le matin et le soir, le Notre Père, les chrétiens choisirent avec liberté les Psaumes avec lesquels célébrer leur prière quotidienne. Tout au long de l'histoire, ce processus suggéra l'utilisation de Psaumes déterminés pour certains moments de foi particulièrement significatifs. Parmi ceux-ci, la première place était occupée par la prière de veillée, qui préparait au Jour du Seigneur, le Dimanche, au cours duquel on célébrait la Pâque de la Résurrection. Une caractéristique typiquement chrétienne a été ensuite l'ajout, à la fin de chaque Psaume et Cantique, de la doxologie trinitaire, "Gloire au Père et au Fils et à l'Esprit Saint". Ainsi, chaque Psaume et Cantique est illuminé par la plénitude de Dieu. 5. La prière chrétienne naît, se nourrit et se développe autour de l'événement par excellence de la foi, le Mystère pascal du Christ. Ainsi, le matin et le soir, au lever et au coucher du soleil, on rappelait la Pâque, le passage du Seigneur de la mort à la vie. Le symbole du Christ "lumière du monde", apparaît dans la lampe durant la prière des Vêpres, appelée pour cela également lucernaire. Les heures du jour rappellent à leur tour le récit de la passion du Seigneur et la troisième heure également la descente de l'Esprit Saint et de la Pentecôte. La prière de Complies, enfin, a un caractère eschatologique, et évoque la vigile recommandée par Jésus dans l'attente de son retour (cf. Mc 13, 35-37). En rythmant de cette façon leur prière, les chrétiens répondirent au commandement du Seigneur de "prier constamment" (Lc 18, 12; 21, 36; 1 Th 5, 17; Ep 6, 18), mais sans oublier que toute la vie doit en quelque sorte devenir une prière. A ce propos, Origène écrit: "Celui qui unit la prière aux oeuvres et les oeuvres à la prière prie sans cesse" (Sur la prière, XII, 2: PG 11, 452C). Cet horizon dans son ensemble constitue le milieu naturel de la récitation des Psaumes. Si ceux-ci sont entendus et vécus ainsi, la doxologie trinitaire qui couronne chaque Psaume, devient, pour chaque croyant dans le Christ, un plongeon permanent, sur la vague de de l'Esprit et en communion avec tout le Peuple de Dieu, dans l'océan de vie et de paix dans lequel il a été plongé à travers le Baptême, c'est-à-dire dans le mystère du Père, du Fils et de l'Esprit Saint. JEAN PAUL II AUDIENCE GÉNÉRALE Mercredi 4 avril 2001 La passion volontaire du Christ, serviteur de Dieu Lecture: cf. 1 P 2, 21.24 1. Après la pause des fêtes de Noël, nous reprenons aujourd'hui notre itinéraire de méditation sur la liturgie des Vêpres. Le Cantique qui vient d'être proclamé, tiré de la Première Epître de Pierre, s'arrête sur la Passion rédemptrice du Christ, déjà annoncée au moment du Baptême dans le Jourdain. Comme nous l'avons entendu dimanche dernier, Fête du Baptême du Seigneur, Jésus se révèle dès le début de son activité publique le "Fils bien-aimé" en qui le Père se complaît (cf. Lc 3, 22), et le véritable "Serviteur de Yahweh" (cf. Is 42, 1), qui libère l'homme du péché à travers sa Passion et la mort sur la Croix. Dans l'Epître de Pierre, que nous venons de citer, dans laquelle le Pêcheur de Galilée se définit comme le "témoin des souffrances du Christ" (5, 1), le souvenir de la Passion est très fréquent. Jésus est l'agneau sacrificiel sans tache, dont le sang précieux a été versé pour notre rachat (cf. 1, 18-19). Il est la "pierre angulaire" qui donne sa cohésion à l'"édifice spirituel", c'est-à-dire à l'Eglise (cf. 2, 6-8). Il est le juste qui se sacrifie pour les injustes afin de les reconduire à Dieu (cf. 3, 18-22). 2. Notre attention se concentre à présent sur le profil du Christ, esquissé dans le passage que nous avons écouté (cf. 2, 21-24). Il nous apparaît comme le modèle à contempler et à imiter, le "modèle", comme on le dit dans l'original grec (cf. 2, 21), à réaliser, l'exemple à suivre sans hésitation, en nous conformant à ses choix. C'est, en effet, le verbe grec qui signifie se "mettre à la suite", devenir disciple, se mettre en chemin sur les traces mêmes de Jésus qui est utilisé. Les pas du Maître divin empruntent une route escarpée et difficile, précisément comme on le lit dans l'Evangile: "Si quelqu'un veut venir à ma suite [...]qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive" (Mc 8, 24). A ce point, l'hymne pétrinien accomplit une synthèse admirable de la passion du Christ, reprenant les paroles et les images du Livre d'Isaïe appliquées à la figure du Serviteur souffrant (cf. Is 53), relue d'un point de vue messianique par l'antique tradition chrétienne. 3. Cette histoire de la Passion sous forme d'hymne est formulée à travers quatre déclarations négatives (cf. 1 P 2, 22-23a) et trois positives (cf. 1, 23b-24), dans le but de décrire l'attitude de Jésus dans cet épisode à la fois terrible et grandiose. On commence par la double affirmation de son innocence absolue exprimée à travers les paroles d'Isaïe, 53, 9: "Lui qui n'a pas commis de faute - et il ne s'est pas trouvé de fourberie dans sa bouche" (1 P 2, 22). Suivent deux autres considérations sur son comportement exemplaire inspiré par la clémence et la douceur: "Lui qui insulté, ne rendait pas l'insulte, souffrant ne menaçait pas" (2, 23). Le silence patient du Seigneur n'est pas seulement un acte de courage et de générosité. Il s'agit également d'un geste de confiance à l'égard du Père, comme le suggère la première des trois affirmations positives: "Il s'en remettait à Celui qui juge avec justice" (ibid.). Sa confiance est une confiance totale et parfaite dans la justice divine qui guide l'histoire vers le triomphe de l'innocent. 4. On arrive ainsi au sommet du récit de la Passion qui met en évidence la valeur salvifique de l'acte suprême du don du Christ: "Lui, qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps, afin que, morts à nos fautes, nous vivions pour la justice" (2, 24). Cette deuxième affirmation positive, formulée à travers les expressions de la prophétie d'Isaïe (cf. 43, 12), précise que le Christ porta "dans son corps" "sur le bois", c'est-à-dire sur la croix, "nos péchés", pour pouvoir les détruire. De cette façon, nous aussi, libérés de l'homme ancien, avec son mal et sa misère, nous pouvons "vivre pour la justice", c'est-à-dire dans la sainteté. La pensée correspond, bien que dans des termes en grande partie différents, à la doctrine de saint Paul sur le baptême qui nous régénère comme des créatures nouvelles, en nous plongeant dans le mystère de la passion de la mort et de la gloire du Christ (cf. Rm 6, 3-11). La dernière phrase - "dont la meurtrissure vous a guéris" (1 P 2, 25) souligne la valeur salvifique de la souffrance du Christ, exprimée à travers les mêmes paroles utilisées par Isaïe pour exprimer la fécondité salvatrice de la douleur endurée par le Serviteur du Seigneur (cf. Is 53, 5). 5. En contemplant les plaies du Christ, par lesquelles nous avons été sauvés, saint Ambroise s'exprimait ainsi: "Je n'ai accompli aucune oeuvre dont je puisse me glorifier, je n'ai aucun motif de me vanter et donc, je me glorifierai dans le Christ. Je ne me glorifierai pas parce que je suis juste, mais parce que j'ai été racheté. Je ne me glorifierai pas car je suis exempt de péché, mais parce que mes péchés m'ont été pardonnés. Je ne me glorifierai pas parce que j'ai aidé à cela ou que quelqu'un m'a aidé, mais parce que le Christ est mon avocat auprès du Père, parce que le sang du Christ fut versé pour moi. Ma faute est devenue pour moi le prix de la rédemption, à travers laquelle le Christ est venu à moi. Pour moi, le Christ a goûté la mort. La faute de l'innocence est plus bénéfique. L'innocence m'avait rendu arrogant, la faute m'a rendu humble" (Jacob et la vie bienheureuse, I, 6, 21: SAEMO, III, Milan-Rome, 1982, pp. 251-253). JEAN PAUL II AUDIENCE GÉNÉRALE Mercredi 14 janvier 2004 |
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Christ, serviteur de Dieu Lecture: Ph 2, 6-9 1. La Liturgie des Vêpres comprend, outre les Psaumes, également quelques cantiques bibliques. Celui qui vient d'être proclamé est certainement l'un des plus significatifs et de forte teneur théologique. Il s'agit d'un hymne inséré dans le deuxième chapitre de la Lettre de saint Paul aux chrétiens de Philippes, la ville grecque qui fut la première étape de l'annonce missionnaire de l'Apôtre en Europe. Le Cantique est considéré comme l'expression de la liturgie chrétienne des origines et c'est une joie pour notre génération de pouvoir s'associer, après deux millénaires, à la prière de l'Eglise apostolique. Le Cantique révèle une double trajectoire verticale, un mouvement tout d'abord descendant, puis ascendant. En effet, d'un côté, il y a la descente humiliante du Fils de Dieu quand, dans l'Incarnation, il devient homme par amour des hommes. Il tombe dans la kenosis, c'est-à-dire dans le "dépouillement" de sa gloire divine, poussé jusqu'à la mort sur la croix, le supplice des esclaves qui en a fait le dernier des hommes, le transformant en véritable frère de l'humanité souffrante, pécheresse et rejetée. 2. De l'autre côté, voilà l'ascension triomphale qui s'accomplit dans la Pâque, lorsque le Christ est rétabli par le Père dans la splendeur de la divinité et est célébré comme le Seigneur par tout l'univers et par tous les hommes désormais rachetés. Nous nous trouvons face à une grandiose relecture du mystère du Christ, en particulier du mystère pascal. Saint Paul, outre à proclamer la résurrection (cf. 1 Co 15, 3-5), a également recours à la définition de la Pâque du Christ comme "exaltation", "élévation", "glorification". De l'horizon lumineux de la transcendance divine, le Fils de Dieu a donc franchi la distance infinie qui existe entre le Créateur et la créature. Il ne s'est pas accroché comme à une proie à sa "nature égale à Dieu", qui lui revient par nature et non par usurpation: il n'a pas voulu conserver jalousement cette prérogative comme un trésor, ni l'utiliser à son propre avantage. Au contraire, le Christ "dépouilla", "humilia" sa propre personne et apparut pauvre, faible, destiné à la mort infamante de la crucifixion. C'est précisément de cette humiliation extrême que part le grand mouvement ascensionnel décrit dans la deuxième partie de l'hymne paulinien (cf. Ph 2, 9-11). 3. Dieu "exalte" à présent son Fils en lui conférant un "nom" glorieux, qui, dans le langage biblique, indique la personne elle-même et sa dignité. Or, ce nom est "Kyrios", "Seigneur", le nom sacré du Dieu biblique, appliqué à présent au Christ ressuscité. Celui-ci place dans une attitude d'adoration l'univers, décrit selon la tripartition du ciel, de la terre et des enfers. Dans le final de l'hymne, le Christ glorieux apparaît ainsi comme le Pantokrator, c'est-à-dire le Seigneur tout-puissant qui trône de manière triomphale dans les absides des basiliques paléochrétiennes et byzantines. Il porte encore les signes de la passion, c'est-à-dire de sa véritable humanité, mais il se révèle à présent dans la splendeur de la divinité. Proche de nous dans la souffrance et dans la mort, le Christ nous attire à présent à Lui dans la gloire, en nous bénissant et en nous faisant participer à son éternité. 4. Nous concluons notre réflexion sur l'hymne paulinien en laissant la parole à saint Ambroise, qui reprend souvent l'image du Christ qui "se dépouilla lui-même", en s'humiliant et comme en s'annulant (exinanivit semetipsum) dans l'incarnation et dans l'offrande de sa propre personne sur la croix. En particulier, dans le Commentaire du Psaume CXVIII, l'Evêque de Milan s'exprime ainsi: "Le Christ, pendu sur la croix... fut transpercé par la lance et il s'en écoula du sang et de l'eau plus doux que tout onguent, victime agréable à Dieu, répandant dans le monde entier le parfum de la sanctification... Alors Jésus, transpercé, répandit le parfum du pardon des péchés et de la rédemption. En effet, devenu homme, de Verbe qu'il était, il avait été profondément limité, et il est devenu pauvre, bien qu'étant riche, pour nous enrichir de sa misère (cf. 2 Co 8, 9); il était puissant, il s'est manifesté comme un misérable, si bien qu'Hérode le méprisait et se moquait de lui; il savait ébranler la terre, et pourtant, il restait accroché à ce tronc; il enfermait le ciel dans une étreinte de ténèbres, il mettait le monde en croix, et pourtant, il avait été mis en croix; il baissait la tête, et pourtant, le Verbe en sortait; il avait été anéanti, et pourtant, il remplissait toute chose. Il est descendu étant Dieu, il est monté étant un homme; le Verbe est devenu chair afin que la chair puisse revendiquer pour elle le trône du Verbe à la droite de Dieu; il était entièrement couvert de plaies, et pourtant, un onguent s'en écoulait, il apparaissait déchu, et pourtant, on le reconnaissait comme Dieu" (III, 8, SAEMO IX, Milan-Rome 1987, pp. 131.133). JEAN-PAUL II AUDIENCE GÉNÉRALE Mercredi 19 novembre 2003 |