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LAUDES |
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L'âme assoiffée du Seigneur Lecture: Ps 62, 2-9
1. Le Psaume 62, sur lequel
nous nous arrêtons aujourd'hui pour réfléchir, est le Psaume de
l'amour mystique, qui célèbre l'adhésion totale à Dieu, en partant
d'une aspiration presque physique et en rejoignant sa plénitude dans
une étreinte intime et éternelle. La prière devient désir, faim et
soif, car elle comprend l'âme et le corps.
2. Nous commençons alors notre
méditation avec le premier chant, celui de la soif de Dieu (cf. vv.
2-4). C'est l'aube, le soleil se lève dans le ciel limpide de la
Terre Sainte et le fidèle commence sa journée en se rendant au
temple pour chercher la lumière de Dieu. Il a besoin de cette
rencontre avec le Seigneur de façon presque instinctive, on dirait
"physique". De même que la terre aride est morte, tant qu'elle n'est
pas irriguée par la pluie, et que les crevasses du terrain semblent
une bouche assoiffée et desséchée, ainsi le fidèle aspire à Dieu
pour être empli par Lui et pour pouvoir ainsi exister en communion
avec Lui. 3. La prière du Psaume 62 se mêle, en ce qui concerne ce thème, au chant d'un autre Psaume merveilleux, le 41: "Comme languit une biche après les eaux vives, ainsi languit mon âme vers toi, mon Dieu. Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant" (vv. 2-3). Il faut savoir que dans la langue de l'Ancien Testament, l'hébreu, "l'âme" est exprimée par le terme nefesh, qui dans certains textes désigne la "gorge" et que dans beaucoup d'autres sa signification est plus large et indique la personne tout entière. Compris dans cette dimen-sion, le terme aide à comprendre combien le besoin de Dieu est essentiel et profond; sans lui le souffle manque, ainsi que la vie elle-même. C'est pourquoi le Psalmiste en arrive à mettre au deuxième plan l'existence physique elle-même, si l'union avec Dieu vient à manquer: "Meilleur que la vie, ton amour" (Ps 62, 4). Dans le Psaume 72 également, il est dit au Seigneur: "Avec toi, je suis sans désir sur la terre. Et ma chair et mon coeur sont consumés: roc de mon coeur, ma part, Dieu à jamais! [...] Pour moi approcher Dieu est mon bien" (vv. 25-28). 4. Après le chant de la soif, voilà qu'apparaît dans les paroles du Psalmiste le chant de la faim (cf. Ps 62, 6-9). Avec les images du "banquet abondant" et de la satiété, le suppliant renvoit probablement à l'un des sacrifices qui étaient célébrés dans le temple de Sion: celui que l'on appelle "de communion", c'est-à-dire un banquet sacré où les fidèles mangeaient la chair des victimes immolées. Une autre nécessité fondamentale de la vie est ici utilisée comme un symbole de la communion avec Dieu: la faim est rassasiée lorsqu'on écoute la Parole divine et que l'on rencontre le Seigneur. En effet, "l'homme ne vit pas seulement de pain, mais l'homme vit de tout ce qui sort de la bouche de Yahvé" (Dt 8, 3; cf. Mt 4, 4). La pensée du chrétien se tourne ici vers la table que le Christ a dressée le dernier soir de sa vie terrestre, et dont il avait déjà expliquée la valeur profonde dans le discours de Capharnaüm: "Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui" (Jn 6, 55-56). 5. A travers la nourriture mystique de la communion avec Dieu "l'âme se serre" contre Lui, comme le déclare le Psalmiste. Encore une fois, la parole "âme" évoque l'être humain dans son ensemble. Ce n'est pas pour rien si l'on parle d'une étreinte presque physique: désormais Dieu et l'homme sont en pleine communion et sur les lèvres de la créature ne peut que jaillir une louange joyeuse et reconnaissante. Même lorsqu'on se trouve dans la nuit obscure, on se sent protégés par les ailes de Dieu, comme l'arche de l'alliance est couverte des ailes des chérubins. C'est alors que fleurit l'expression extatique de la joie: "Je jubile à l'ombre de tes ailes". La peur se dissipe, l'étreinte ne serre pas le vide mais Dieu lui-même, notre main s'entrelace avec la force de sa droite (cf. Ps 62, 8-9).
6. Dans une lecture du Psaume à
la lumière du mystère pascal, la soif et la faim qui nous poussent
vers Dieu, trouvent leur satisfaction dans le Christ crucifié et
ressuscité, dont nous parvient, à travers le don de l'Esprit et des
Sacrements, la vie nouvelle et l'aliment qui la soutient. JEAN PAUL II AUDIENCE GÉNÉRALE Mercredi 25 avril 2001 Que chaque créature loue le Seigneur Lecture: Cantique: Dn 3, 57-88.56 1. "Toutes les oeuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur" (Dn 3, 57). Un souffle cosmique parcourt ce Cantique tiré du Livre de Daniel, que la Liturgie des Heures propose pour les louanges du Dimanche de la première et de la troisième semaine. Cette merveilleuse prière litanique s'adapte bien au Dies Domini, au Jour du Seigneur, qui dans le Christ ressuscité nous fait contempler le sommet du dessein de Dieu sur le cosmos et sur l'histoire. En effet, c'est en Lui, l'alpha et l'oméga, le début et la fin de l'histoire (cf. Ap 22, 13), que la création elle-même prend un sens accompli, car, comme le rappelle Jean dans le prologue de l'Evangile, "Tout fut par lui" (Jn 1, 3). Dans la résurrection du Christ l'histoire du salut atteint son sommet, ouvrant les événements humains au don de l'Esprit et de l'adoption filiale, dans l'attente du retour de l'Epoux divin, qui remettra le monde à Dieu le Père (cf. 1 Co 15, 24). 2. Dans ce passage sous forme de litanie, toutes les choses sont comme passées en revue. Le regard se tourne vers le soleil, la lune, les astres; il se pose sur l'immense étendue des eaux, il s'élève vers les montagnes, il contemple les situations atmosphériques les plus diverses; il passe du chaud au froid, de la lumière aux ténèbres; il considère le monde minéral et le monde végétal, il s'arrête sur les diverses espèces d'animaux. L'appel devient ensuite universel: il interpelle les anges de Dieu, il atteint tous les "fils de l'homme", mais il touche de façon particulière le Peuple de Dieu, Israël, ses prêtres, les justes. C'est un choeur immense, une symphonie dont les diverses voix élèvent leur chant à Dieu, Créateur de l'univers et Seigneur de l'histoire. Récité à la lumière de la révélation chrétienne, il s'adresse à Dieu trinitaire, comme la liturgie nous invite à le faire, en ajoutant au Cantique une formule trinitaire: "Bénissons le Père et le Fils avec l'Esprit Saint".
3. Dans le Cantique se reflète d'une certaine façon
l'âme religieuse universelle, qui perçoit la trace de Dieu dans le
monde, et qui s'élève dans la contemplation du Créateur. Mais dans
le contexte du livre de Daniel, l'hymne se présente comme un
remerciement élevé par trois jeunes Israélites - Ananias, Azarias et
Misaël - condamnés à mourir brûlés dans une fournaise, pour avoir
refusé d'adorer la statue d'or de Nabuchodonosor, mais
miraculeusement sauvés des flammes. En arrière-plan de cet événement
se trouve l'histoire particulière du salut, dans laquelle Dieu
choisit Israël comme son Peuple et établit une alliance avec lui.
C'est précisément à cette alliance que les trois jeunes Israélites
veulent rester fidèles, même si le prix à payer est le martyre dans
la fournaise ardente. Leur fidélité rencontre la fidélité de Dieu,
qui envoie un ange pour éloigner d'eux les flammes (cf. Dn 3,
49).
4. Ce n'est pas un hasard si, lors de la solennelle
veillée pascale, la liturgie nous fait chaque année répéter l'hymne
chanté par les Israélites lors de l'Exode. Cette route ouverte pour
eux annonçait prophétiquement la nouvelle voie que le Christ
ressuscité a inaugurée pour l'humanité lors de la nuit sainte de sa
résurrection des morts. Notre passage symbolique à travers les eaux
baptismales nous permet de revivre une expérience analogue de
passage de la vie à la mort, grâce à la victoire sur la mort
remportée par Jésus, pour notre bénéfice à tous.
5. "Béni sois-tu dans le firmament du ciel, chanté,
glorifié éternellement" (Dn 3, 56). En chantant cet hymne, le
matin du Dimanche, le chrétien se sent non seulement reconnaissant
pour le don de la création, mais également parce qu'il est le
destinataire de l'attention paternelle de Dieu, qui, dans le Christ,
l'a élevé à la dignité de fils. JEAN PAUL II AUDIENCE GÉNÉRALE Mercredi 2 mai 2001 La fête des amis de Dieu Lecture: Ps 149 1. "Les siens jubilent de gloire, ils acclament depuis leur place". Cet appel du Psaume 149, qui vient d'être proclamé, renvoie à une aube qui va poindre et qui voit les fidèles prêts à entonner leur louange du matin. Cette louange est définie à travers une expression significative, "un chant nouveau" (v. 1), c'est-à-dire un hymne solennel et parfait, adapté aux jours de la fin, lorsque le Seigneur rassemblera les justes dans un monde renouvelé. Tout le Psaume est parcouru par une atmosphère de fête, déjà inaugurée par l'alleluia du début et ensuite rythmée par le chant, la louange, la joie, la danse, le son des tambours et des harpes. La prière que ce Psaume inspire est l'action de grâce d'un coeur comblé de joie religieuse.
2. Les protagonistes du Psaume
sont appelés, dans l'original hébreux de l'hymne, par deux termes
caractéristiques de la spiritualité de l'Ancien Testament. Ils sont
tout d'abord définis trois fois comme des hasidim (vv. 1.5.9.),
c'est-à-dire "les pieux, les fidèles", ceux qui répondent avec
fidélité et amour (hesed) à l'amour paternel du Seigneur. 3. Dans la perspective actuelle de notre prière, cette symbolique guerrière devient une image de notre engagement de croyants qui, après avoir chanté à Dieu la louange du matin, partent sur les routes du monde, affrontant le mal et l'injustice. Malheureusement, les forces qui s'opposent au Royaume de Dieu sont imposantes: le Psalmiste parle de "peuples, nations, rois et notables". Pourtant il est confiant, car il sait qu'à ses côtés se trouve le Seigneur qui est le vrai Roi de l'histoire (v. 2). Sa victoire sur le mal est donc certaine et ce sera le triomphe de l'amour. Tous les hasidim participent à cette lutte, tous les fidèles et les justes qui, avec la force de l'Esprit, mènent à bien l'oeuvre admirable qui porte le nom de Royaume de Dieu.
4. Saint Augustin, en partant
des références du Psaume au "choeur" et aux "tambours et aux
harpes", commente: "Qu'est-ce que représente un choeur? [...] Le
choeur est un ensemble de chanteurs qui chantent ensemble. Si nous
chantons en choeur, nous devons chanter en accord. Lorsque l'on
chante en choeur, une seule voix qui chante faux blesse l'auditeur
et sème la confusion dans le choeur lui-même" (Enarr. in Ps.
149: CCL 40, 7, 1-4). 5. Un deuxième terme définit les protagonistes de ce Psaume: ce sont les anawim, c'est-à-dire les "pauvres, les humbles" (v. 4). Cette expression est très fréquente dans le Psautier et indique non seulement les opprimés, les misérables, ceux qui sont persécutés pour la justice, mais également ceux qui, étant fidèles aux engagements moraux de l'Alliance avec Dieu, sont marginalisés par ceux qui choisissent la violence, la richesse et la puissance. Dans cette perspective, on comprend que les "pauvres" ne représentent pas seulement une catégorie sociale, mais un choix spirituel. Tel est le sens de la première et célèbre Béatitude: "Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des cieux est à eux" (Mt 5, 3). Le prophète Sophonie s'adressait déjà ainsi aux anawim: "Cherchez Yahvé, vous tous les humbles de la terre, qui accomplissez ses ordonnances. Cherchez la justice, cherchez l'humilité: peut-être serez-vous à l'abri au jour de la colère de Yahvé" (So 2, 3).
6. Le "jour de la colère de Yahvé" est précisément celui qui est
décrit dans la seconde partie du psaume lors-que les "pauvres" se
rangent du côté de Dieu pour lutter contre le mal. Seuls, ces
derniers n'ont pas la force suffisante, ni les moyens, ni les
stratégies nécessaires pour s'opposer à l'irruption du mal.
Pourtant, la phrase du Psalmiste n'admet pas d'hésitations: "Car
Yahvé se complaît en son peuple, de salut il pare les humbles (anawim)"
(v. 4). De façon idéale se dessine ce que l'Apôtre Paul déclare aux
Corinthiens: "Ce qui dans le monde est sans naissance et ce qu'on
méprise, voilà ce que Dieu a choisi; ce qui n'est pas, pour réduire
à rien ce qui est" (1 Co 1, 28). JEAN PAUL II AUDIENCE GÉNÉRALE Mercredi 23 mai 2001 |