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PREMIERS VEPRES |
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La prière dans le danger Lecture: Ps 140, 1-4.8-9 1. Au cours des précédentes catéchèses, nous avons jeté un regard d'ensemble sur la structure et la valeur de la Liturgie des Vêpres, la grande prière ecclésiale du soir. A présent, nous pénétrons à l'intérieur de celle-ci. Ce sera comme accomplir un pèlerinage dans cette sorte de "terre sainte" constituée par des Psaumes et des Cantiques. Nous nous arrêterons tour à tour devant chacune de ces oraisons poétiques, que Dieu a scellées par son inspiration. Ce sont les invocations que le Seigneur lui-même désire qu'on lui adresse. C'est pourquoi il aime les écouter, en entendant vibrer dans celles-ci le coeur de ses fils bien-aimés. Nous commencerons par le Psaume 140, qui ouvre les Vêpres dominicales de la première des quatre semaines selon lesquelles, après le Concile, a été articulée la prière du soir de l'Eglise. 2. "Que monte ma prière, en encens devant ta face, les mains que j'élève, en offrande du soir". Le verset 2 de ce Psaume peut être considéré comme le signe distinctif de tout le chant et la justification évidente du fait qu'il ait été placé au sein même de la Liturgie des Vêpres. L'idée exprimée reflète l'esprit de la théologie prophétique qui unit intimement le culte à la vie, la prière à l'existence. Cette même oraison faite avec un coeur pur et sincère devient un sacrifice offert à Dieu. Tout l'être de la personne qui prie devient un acte sacrificiel, préludant ainsi à ce que suggérera saint Paul, lorsqu'il invitera les chrétiens à offrir leurs corps comme sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu: tel est le sacrifice spirituel qu'Il accepte (cf. Rm 12, 1). Les mains levées dans la prière sont un pont de communication avec Dieu, comme l'est la fumée qui s'élève en un doux parfum de la victime au cours du rite sacrificiel vespéral. 3. Le Psaume se poursuit en prenant le ton d'une supplique, qui nous a été transmise par un texte qui, dans l'original hébreu, présente de nombreuses difficultés et des problèmes d'interprétation (en particulier dans les versets 4-7). Le sens général peut, quoi qu'il en soit, être identifié et transformé en méditation et en oraison. Tout d'abord, l'orant supplie le Seigneur afin qu'il empêche que ses lèvres (cf. v. 3) et les sentiments de son coeur ne soient attirés et capturés par le mal et ne le poussent à accomplir des "actions impies" (cf. v. 4). En effet, les paroles et les oeuvres sont l'expression du choix moral de la personne. Il est facile que le mal exerce un fort attrait, au point de pousser également les fidèles à goûter "les plaisirs" que les pécheurs peuvent offrir, en s'asseyant à leur table, c'est-à-dire en participant à leurs actions perverses. Le Psaume acquiert presque la valeur d'un examen de conscience, que suit l'engagement de choisir toujours les voies de Dieu. 4. A ce point, cependant, l'orant est pris d'un tressaillement qui le fait s'exprimer en une déclaration passionnée de refus de toute complicité avec l'impie: il ne veut absolument pas être l'hôte de l'impie, ni permettre que l'huile parfumée réservée aux hôtes de marque (cf. Ps 22, 5) atteste sa connivence avec celui qui commet le mal (cf. Ps 140, 5). Afin d'exprimer avec une plus grande véhémence sa dissociation radicale d'avec le méchant, le Psalmiste proclame ensuite à son égard une condamnation indignée, exprimée en utilisant des images expressives de jugement véhément. Il s'agit de l'une des imprécations typiques du Psautier (cf. Ps 57 et 108), qui ont pour but d'affirmer de façon imagée et même pittoresque l'hostilité à l'égard du mal, le choix du bien et la certitude que Dieu intervient dans l'histoire par son jugement de sévère condamnation de l'injustice (cf. vv. 6-7). 5. Le Psaume se termine par une ultime invocation confiante (cf. vv. 8-9): c'est un chant de foi, de gratitude et de joie, dans la certitude que le fidèle ne sera pas touché par la haine que les pervers lui réservent et qu'il ne tombera pas dans le piège qu'ils lui tendent, après avoir exprimé son choix décidé en faveur du bien. Le juste pourra ainsi surmonter de façon indemne toute tromperie, comme il est dit dans un autre Psaume: "Notre âme comme un oiseau s'est échappée du filet de l'oiseleur. Le filet s'est rompu et nous avons échappé" (Ps 123, 7). Nous concluons notre lecture du Psaume 140 en revenant à l'image du départ, celle de la prière du soir comme sacrifice agréable à Dieu. Un grand maître spirituel qui vécut entre le IV et le V siècle, Jean Cassien, et qui, originaire de l'Orient, s'installa en Gaule méridionale au cours la dernière partie de sa vie, relisait ces paroles selon une interprétation christologique: "Dans celles-ci, en effet, on peut comprendre plus spirituellement une allusion au sacrifice du soir, accompli par le Seigneur et Sauveur au cours de sa dernière Cène et remis aux apôtres, alors qu'il marquait le début des saints mystères de l'Eglise, ou bien (on peut saisir une allusion) à ce même sacrifice que, le jour suivant, il offrit le soir, en lui-même, par l'élévation de ses mains, un sacrifice qui se poursuivra jusqu'à la fin des siècles pour le salut du monde entier" (Des instituts des Cénobites, Abbaye de Praglia, Padoue, 1989, p. 92). AUDIENCE GÉNÉRALE JEAN-PAUL II Mercredi 5 novembre 2003 Premières Vêpres - dimanche de la 1 semaine Lecture: Ps 141, 2-3.6-8 1. Le soir du 3 octobre 1226, saint François d'Assise était en train de s'éteindre: sa dernière prière fut précisément la récitation du Psaume 141, que nous venons d'écouter. Saint Bonaventure rappelle que saint François "se mit à réciter avec force le Psaume: "A Yahvé mon cri! J'implore! A Yahvé mon cri! Je supplie" et il le récita jusqu'au dernier verset: "Autour de moi les justes feront cercle, à cause du bien que tu m'as fait"" (Legenda maior, XIV, 5, in: Fonti Francescane, Padoue - Assise 1980, p. 958). Le Psaume est une intense supplication, rythmée par une série de verbes d'imploration adressés au Seigneur: "J'implore à l'aide", "Je supplie Yahvé", "Je déverse ma plainte", "ma détresse, je la mets devant lui" (vv. 2-3). La partie centrale du Psaume est dominée par la confiance en Dieu qui n'est pas indifférent à la souffrance du fidèle (cf. vv. 4-8). C'est dans cette attitude que saint François alla vers la mort.
2. Dieu est interpellé par un "Tu", comme une personne qui donne la
sécurité: "Toi, mon abri" (v. 6). "Toi, tu connais mon sentier",
c'est-à-dire l'itinéraire de ma vie, un parcours marqué par le choix
de la justice. Sur cette voie, les impies lui ont cependant tendu un
piège (cf. v. 4): il s'agit de l'image typique tirée des scènes de
chasse et fréquente dans les supplications des Psaumes pour indiquer
les dangers et les menaces auxquels le juste doit faire face. 3. Immédiatement après, un cri révèle l'espérance qui demeure dans le coeur de l'orant. Désormais, l'unique protection et la seule présence efficace est celle de Dieu: "Toi, mon abri, ma part dans la terre des vivants" (v. 6). Le "sort" ou la "part", dans le langage biblique, est le don de la terre promise, signe de l'amour divin à l'égard de son peuple. Le Seigneur reste désormais le dernier et l'unique fondement sur lequel se baser, la seule possibilité de vie, l'espérance suprême. Le Psalmiste l'invoque avec insistance, car "il est à bout de force" (v. 7). Il le supplie d'intervenir pour briser la chaîne de sa prison de solitude et d'hostilité (cf. v. 8) et le tirer de l'abîme de l'épreuve. 4. Comme dans d'autres Psaumes de supplication, la perspective finale est celle d'une action de grâce, qui sera offerte à Dieu lorsque le fidèle aura été exaucé: "Fais sortir de prison mon âme, que je rende grâce à ton nom" (ibid.). Lorsqu'il aura été sauvé, le fidèle se rendra au milieu de l'assemblée liturgique pour rendre grâce à Dieu (cf. Ibid.). Les justes l'entoureront, car il considéreront le salut de leur frère comme un don qui leur a également été fait. Cette atmosphère devrait régner également dans les célébrations chrétiennes. La douleur de chaque personne doit trouver un écho dans le coeur de tous; la joie de chacun doit également être vécue par toute la communauté de prière. En effet, qu'il est "bon et doux d'habiter en frères tous ensemble" (Ps 132, 1) et le Seigneur Jésus a dit: "Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d'eux" (Mt 18, 20). 5. La tradition chrétienne a appliqué le Psaume 141 au Christ persécuté et souffrant. Dans cette perspective, l'objectif lumineux de la supplication du Psaume se transfigure en un signe pascal, sur la base de l'issue glorieuse de la vie du Christ et de notre destin de résurrection avec lui. C'est ce qu'affirme saint Hilaire de Poitiers, célèbre Docteur de l'Eglise du IV siècle, dans son Traité sur les Psaumes. Il commente la traduction latine du dernier verset du Psaume, qui parle de récompense pour l'orant et d'attente des justes: "Me expectant iusti, donec retribuas mihi". Saint Hilaire explique: "L'Apôtre nous enseigne quelle récompense le Père a donnée au Christ: "Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout au nom de Jésus, s'agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu'il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père" (Ph 2, 9-11). Telle est la récompense: au corps, qu'il a assumé, est donnée l'éternité de la gloire du Père. Le même Apôtre nous enseigne ensuite ce qu'est l'attente des justes, en disant: "Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d'où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire" (Ph 3, 20-21). Les justes, en effet, l'attendent pour qu'il les récompense, en les rendant conformes à la gloire de son corps, qui est béni pour les siècles des siècles. Amen" (PL 9, 833-837). AUDIENCE GÉNÉRALE JEAN-PAUL II Mercredi 12 novembre 2003 Christ, serviteur de Dieu Lecture: Ph 2, 6-9 1. La Liturgie des Vêpres comprend, outre les Psaumes, également quelques cantiques bibliques. Celui qui vient d'être proclamé est certainement l'un des plus significatifs et de forte teneur théologique. Il s'agit d'un hymne inséré dans le deuxième chapitre de la Lettre de saint Paul aux chrétiens de Philippes, la ville grecque qui fut la première étape de l'annonce missionnaire de l'Apôtre en Europe. Le Cantique est considéré comme l'expression de la liturgie chrétienne des origines et c'est une joie pour notre génération de pouvoir s'associer, après deux millénaires, à la prière de l'Eglise apostolique. Le Cantique révèle une double trajectoire verticale, un mouvement tout d'abord descendant, puis ascendant. En effet, d'un côté, il y a la descente humiliante du Fils de Dieu quand, dans l'Incarnation, il devient homme par amour des hommes. Il tombe dans la kenosis, c'est-à-dire dans le "dépouillement" de sa gloire divine, poussé jusqu'à la mort sur la croix, le supplice des esclaves qui en a fait le dernier des hommes, le transformant en véritable frère de l'humanité souffrante, pécheresse et rejetée. 2. De l'autre côté, voilà l'ascension triomphale qui s'accomplit dans la Pâque, lorsque le Christ est rétabli par le Père dans la splendeur de la divinité et est célébré comme le Seigneur par tout l'univers et par tous les hommes désormais rachetés. Nous nous trouvons face à une grandiose relecture du mystère du Christ, en particulier du mystère pascal. Saint Paul, outre à proclamer la résurrection (cf. 1 Co 15, 3-5), a également recours à la définition de la Pâque du Christ comme "exaltation", "élévation", "glorification". De l'horizon lumineux de la transcendance divine, le Fils de Dieu a donc franchi la distance infinie qui existe entre le Créateur et la créature. Il ne s'est pas accroché comme à une proie à sa "nature égale à Dieu", qui lui revient par nature et non par usurpation: il n'a pas voulu conserver jalousement cette prérogative comme un trésor, ni l'utiliser à son propre avantage. Au contraire, le Christ "dépouilla", "humilia" sa propre personne et apparut pauvre, faible, destiné à la mort infamante de la crucifixion. C'est précisément de cette humiliation extrême que part le grand mouvement ascensionnel décrit dans la deuxième partie de l'hymne paulinien (cf. Ph 2, 9-11). 3. Dieu "exalte" à présent son Fils en lui conférant un "nom" glorieux, qui, dans le langage biblique, indique la personne elle-même et sa dignité. Or, ce nom est "Kyrios", "Seigneur", le nom sacré du Dieu biblique, appliqué à présent au Christ ressuscité. Celui-ci place dans une attitude d'adoration l'univers, décrit selon la tripartition du ciel, de la terre et des enfers. Dans le final de l'hymne, le Christ glorieux apparaît ainsi comme le Pantokrator, c'est-à-dire le Seigneur tout-puissant qui trône de manière triomphale dans les absides des basiliques paléochrétiennes et byzantines. Il porte encore les signes de la passion, c'est-à-dire de sa véritable humanité, mais il se révèle à présent dans la splendeur de la divinité. Proche de nous dans la souffrance et dans la mort, le Christ nous attire à présent à Lui dans la gloire, en nous bénissant et en nous faisant participer à son éternité. 4. Nous concluons notre réflexion sur l'hymne paulinien en laissant la parole à saint Ambroise, qui reprend souvent l'image du Christ qui "se dépouilla lui-même", en s'humiliant et comme en s'annulant (exinanivit semetipsum) dans l'incarnation et dans l'offrande de sa propre personne sur la croix. En particulier, dans le Commentaire du Psaume CXVIII, l'Evêque de Milan s'exprime ainsi: "Le Christ, pendu sur la croix... fut transpercé par la lance et il s'en écoula du sang et de l'eau plus doux que tout onguent, victime agréable à Dieu, répandant dans le monde entier le parfum de la sanctification... Alors Jésus, transpercé, répandit le parfum du pardon des péchés et de la rédemption. En effet, devenu homme, de Verbe qu'il était, il avait été profondément limité, et il est devenu pauvre, bien qu'étant riche, pour nous enrichir de sa misère (cf. 2 Co 8, 9); il était puissant, il s'est manifesté comme un misérable, si bien qu'Hérode le méprisait et se moquait de lui; il savait ébranler la terre, et pourtant, il restait accroché à ce tronc; il enfermait le ciel dans une étreinte de ténèbres, il mettait le monde en croix, et pourtant, il avait été mis en croix; il baissait la tête, et pourtant, le Verbe en sortait; il avait été anéanti, et pourtant, il remplissait toute chose. Il est descendu étant Dieu, il est monté étant un homme; le Verbe est devenu chair afin que la chair puisse revendiquer pour elle le trône du Verbe à la droite de Dieu; il était entièrement couvert de plaies, et pourtant, un onguent s'en écoulait, il apparaissait déchu, et pourtant, on le reconnaissait comme Dieu" (III, 8, SAEMO IX, Milan-Rome 1987, pp. 131.133). AUDIENCE GÉNÉRALE JEAN-PAUL II Mercredi 19 novembre 2003 |