VÊPRES

VEPRES

 

JEAN-PAUL IIAUDIENCE GÉNÉRALEMercredi 21 avril 2004 

Chers Frères et Sœurs,

Notre parcours à travers la liturgie des Vêpres reprend aujourd’hui avec le Psaume 26. La première partie du Psaume, que nous méditons, est marquée d’une grande sérénité, fondée sur la confiance en Dieu dans l’adversité. La vie du croyant est souvent soumise aux tensions et aux contestations, parfois aussi au refus et même à la persécution. Le fidèle est conscient que la cohérence de sa foi peut entraîner l’isolement et le conduire jusqu’au mépris et à l’hostilité, dans une société qui met en avant la promotion personnelle, le succès extérieur, la richesse, la jouissance effrénée. Mais il n’est pas seul et son cœur garde une surprenante paix intérieure. Il sait que le Seigneur lui donne la paix qui le protège du mal. La communion avec Dieu est source de sérénité, de joie et de tranquillité.

 

JEAN-PAUL IIAUDIENCE GÉNÉRALEMercredi 28 avril 2004 

Confiance en Dieu dans les situations de danger

LecturePs 26, 1.3-4

1. Notre itinéraire à travers la liturgie des Vêpres reprend aujourd'hui avec le Psaume 26, que la liturgie divise en deux passages différents. Nous suivrons à présent la première partie de ce diptyque poétique et spirituel (cf. vv. 1-6) qui a pour toile de fond le temple de Sion, siège du culte d'Israël. En effet, le Psalmiste parle explicitement de "maison de Yahvé", de "sanctuaire" (v. 4), de "refuge, demeure, maison" (cf. vv. 5-6). Dans l'original hébreu, ces termes indiquent d'ailleurs plus précisément le "tabernacle" et la "tente", c'est-à-dire le coeur même du temple, où le Seigneur se révèle à travers sa présence et sa parole. On évoque également le "roc" de Sion (cf. v. 5), lieu sûr permettant de se réfugier, et l'on fait allusion à la célébration des sacrifices d'action de grâce (cf. v. 6).

Si la liturgie est donc l'atmosphère spirituelle dans laquelle baigne le Psaume, le fil conducteur de la prière est la confiance en Dieu, que ce soit dans les moments de joie ou dans les moments de peur.

2. La première partie du Psaume, que nous méditons à présent, est marquée par une grande sérénité, fondée sur la confiance en Dieu le jour sombre de l'assaut des méchants. Les images utilisées pour décrire ces adversaires, qui sont le signe du mal qui corrompt l'histoire, sont de deux types. D'une part, il semble qu'il y ait l'image d'une chasse féroce:  les méchants sont comme des fauves qui avancent pour saisir leur proie et en arracher la chair, mais ils trébuchent et tombent (cf. v. 2). De l'autre côté, on trouve le symbole militaire d'un assaut accompli par une armée tout entière:  c'est une bataille qui éclate de façon impétueuse, semant la terreur et la mort (cf. v. 3).

La vie du croyant est souvent soumise à des tensions et à des contestations, parfois également à un refus, voire la persécution. Le comportement de l'homme juste dérange, parce qu'il retentit comme un avertissement à l'égard des violents et des pervers. Les impies décrits par le Livre de la Sagesse le reconnaissent de façon tout à fait franche:  le juste "est devenu un blâme pour nos pensées, sa vue même nous est à charge; car son genre de vie ne ressemble pas aux autres, et ses sentiers sont tout différents" (Sg 2, 14-15).

3. Le fidèle est conscient que la cohérence crée un isolement et provoque même le mépris et l'hostilité dans une société qui choisit souvent comme bannière l'intérêt personnel, le succès extérieur, la richesse, la jouissance effrénée. Toutefois, il n'est pas seul et son coeur conserve une paix intérieure surprenante, car - comme le dit la splendide "antienne" d'ouverture du Psaume - "Yahvé est ma lumière et mon salut, il est le rempart de la vie du juste" (cf. Ps 26, 1). Il répète sans cesse:  "De qui aurais-je crainte?... Devant qui tremblerais-je?... mon coeur est sans crainte... j'ai là ma confiance" (vv. 1.3).

Il nous semble presque entendre la voix de saint Paul qui proclame:  "Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous?" (Rm 8, 31). Mais le calme intérieur, la force d'âme et la paix sont un don qui s'obtient en se réfugiant dans le temple, c'est-à-dire en ayant recours à la prière personnelle et communautaire.

4. L'orant, en effet, se confie à l'étreinte de Dieu et son rêve est exprimé également dans un autre Psaume (cf. 22, 6):  "Ma demeure est la maison de Yahvé en la longueur des jours". Là il pourra "savourer la douceur de Yahvé" (Ps 26, 4), contempler et admirer le mystère divin, participer à la liturgie sacrificielle et élever ses louanges au Dieu libérateur (cf. v. 6). Le Seigneur crée autour de son fidèle un horizon de paix, qui laisse à l'extérieur le fracas du mal. La communion avec Dieu est source de sérénité, de joie, de tranquillité; comme si l'on entrait dans une oasis de lumière et d'amour.

5. Pour terminer notre réflexion, écoutons à présent les paroles du moine Isaïe, d'origine syrienne, qui vécut dans le désert égyptien et qui mourut à Gaza vers 491. Dans son Asceticon, il applique notre Psaume à la prière qu'il faut prononcer face à la tentation:  "Si nous voyons les ennemis nous entourer de leur malice, c'est-à-dire de la paresse, que ce soit parce qu'ils affaiblissent notre âme dans le plaisir, ou parce que nous ne contenons pas notre colère contre notre prochain lorsqu'il agit contre son devoir, ou bien s'ils troublent nos yeux pour les conduire à la concupiscence, ou s'ils veulent nous conduire à goûter les plaisirs de la table, s'ils transforment en venin la parole du prochain, s'ils nous font mépriser la parole d'autrui, s'ils nous poussent à établir des différences entre nos frères en disant:  "Celui-ci est bon, celui-là est méchant":  si, donc, toutes ces choses nous entourent, ne perdons pas courage, mais exclamons-nous plutôt comme David, d'un coeur ferme:  "Yahvé est le rempart de ma vie!" (Ps 26, 1)".

 

JEAN-PAUL IIAUDIENCE GÉNÉRALEMercredi 5 mai 2004  

Le Christ fut engendré avant toute créature il est le premier-né de ceux qui ressuscitent d'entre les morts

LectureCol 1, 3.12-15.17

1. Nous venons d'entendre l'admirable hymne christologique de la Lettre aux Colossiens. La liturgie des Vêpres le propose pendant les quatre semaines au cours desquelles elle se déroule et l'offre aux fidèles comme un Cantique, en le présentant sous la forme que le texte possédait peut-être dès ses origines. En effet, un grand nombre de chercheurs considèrent que l'hymne pourrait être la citation d'un chant des Eglises de l'Asie mineure, inséré par Paul dans la Lettre adressée à la communauté chrétienne de Colosse, une ville alors florissante et peuplée.

L'Apôtre ne se rendit cependant jamais dans cette grande ville de Phrygie, une région de la Turquie actuelle. L'Eglise locale avait été fondée par l'un de ses disciples, originaire de cette terre, Epaphras. Ce dernier apparaît à la fin de la Lettre avec l'évangéliste Luc, "le cher médecin", comme l'appelle saint Paul (4, 14), et avec un autre personnage,  Marc, "cousin de Barnabé" (4, 10), peut-être le compagnon homonyme de Barnabé et de Paul (cf. Ac 12, 25; 13, 5.13), ensuite devenu évangéliste.

2. Puisque nous aurons l'occasion de revenir à plusieurs reprises par la suite sur ce Cantique, nous nous contentons à présent d'en offrir une vue d'ensemble et d'évoquer un commentaire spirituel, élaboré par un célèbre Père de l'Eglise, saint Jean Chrysostome (IV siècle ap. J.C.), célèbre orateur et Evêque de Constantinople. Dans l'hymne apparaît la figure grandiose du Christ, Seigneur du cosmos. Comme la divine Sagesse créatrice, exaltée par l'Ancien Testament (cf. par exemple Pr 8, 22-31), "il est avant toute chose et tout subsiste en lui"; ou encore, "c'est en lui qu'ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre" (Col 1, 16-17).

Dans l'univers se réalise donc un dessein transcendant que Dieu accomplit à travers l'oeuvre de son Fils. C'est également ce que proclame le Prologue de l'Evangile de Jean, lorsqu'il affirme que "tout fut par lui, et sans lui rien de ne fut" (Jn 1, 3). La matière, avec son énergie, la vie et la lumière portent aussi l'empreinte du Verbe de Dieu, "son Fils bien-aimé" (Col 1, 13). La révélation du Nouveau Testament jette une lumière nouvelle sur les paroles du sage de l'Ancien Testament, qui déclarait que "la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur auteur" (Sg 13, 5).

3. Le Cantique de la Lettre aux Colossiens présente une autre fonction du Christ:  Il est également le Seigneur de l'histoire du salut, qui se manifeste dans l'Eglise (cf. Col 1, 18) et qui s'accomplit  dans  le  "sang  de  sa croix" (v. 20), source de paix et d'harmonie pour toute l'histoire humaine.

Ce n'est donc pas seulement le monde qui nous entoure qui est marqué par la présence agissante du Christ, mais également la réalité plus spécifique de la créature humaine, c'est-à-dire l'histoire. Celle-ci n'est pas en proie à des forces aveugles et irrationnelles mais, malgré le péché et le mal, elle est soutenue et orientée - par l'action du Christ - vers la plénitude. C'est ainsi qu'au moyen de la Croix du Christ, toute la réalité est "réconciliée" avec le Père (cf. v. 20).

L'hymne trace ainsi une merveilleuse fresque de l'univers et de l'histoire, en nous invitant à la confiance. Nous ne sommes pas des grains de poussière inutiles, dispersés dans un espace et un temps qui n'a pas de sens, mais nous sommes partie prenante d'un projet sage, jailli de l'amour du Père.

4. Comme nous l'avons annoncé, nous donnons à présent la parole à saint Jean Chrysostome, afin qu'il couronne cette réflexion. Dans son Commentaire à la Lettre aux Colossiens, il s'arrête longuement sur ce Cantique. Au début, il souligne la gratuité du don de Dieu "qui nous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière" (v. 12). "Pourquoi l'appelle-t-il "sort"?", se demande saint Jean Chrysostome, et il répond:  "Pour montrer que personne ne peut obtenir le Royaume par ses propres oeuvres. Ici aussi, comme dans la plupart des cas, le "sort" a le sens de "chance". Personne n'a un comportement qui lui permet de mériter le Royaume, mais tout est don du  Seigneur. C'est pourquoi il dit:  "Lorsque vous avez accompli toutes choses, dites:  Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire"" (PG 62, 312).

Cette gratuité bienveillante et puissante réapparaît plus loin, lorsque nous lisons qu'à travers le Christ ont été créées toutes choses (cf. Col 1, 16). "De Lui dépend la substance de toute les choses - explique l'Evêque. Non seulement il les fit passer du non-être à l'être, mais c'est aussi lui qui les soutient, si bien que si elles étaient soustraites à sa providence, elles périraient et se dissoudraient... Elles dépendent de lui:  en effet, le seul fait de pencher vers lui est suffisant à les soutenir et à les renforcer" (PG 62, 319).

Ce que le Christ accomplit pour l'Eglise, dont il est la Tête, est à plus forte raison un signe d'amour gratuit. A ce point (cf. v. 18), explique saint Jean Chrysostome, "après avoir parlé de la dignité du Christ, l'Apôtre parle également de son amour pour les hommes:  "Il est la tête du corps, la tête de l'Eglise", pour montrer son intime communion avec nous. En effet, Celui qui est aussi élevé et au-dessus de tous, s'est uni à ceux qui sont en bas" (PG 62, 320).