MISSION DE
SAINTE THERESE DE L’ENFANT JESUS
ET DE LA Ste. FACE OCD
Soeur Marie Thérèse de la Nativité,
CARMEL SAINT JOSEPH
Soeur Marie Thérèse de la Nativité (Thérèse Descamps).
Née à St André -les - Lille, en 1921, entrée au Carmel St Joseph en août 1945, elle fait sa première profession religieuse à St. Martin Belle Roche (Seine et Loire), le 21 février 1948, et prononce ses vœux perpétuels à Casablanca, le 11 février 1951.
Après avoir enseigné la littérature française et la philosophie (de 1948 à 1954 et de 1962 à 1965), elle obtient un magistère en sciences sacrées (Regina Mundi/ Rome, 1954 -1957).
Elue prieure à Casablanca (1957 – 1958 ; 1966 – 1968), à Rome (1958 – 1961 ; 1968 – 1971) et à Chaville (1987 – 1996), elle fait partie pendant plusieurs années du Conseil Général de la Congrégation du Carmel Saint Joseph (1968 – 1974 ; 1986 – 1992) et sera élue Prieure Générale de 1974 à 1986.
Depuis 1997, Sr Marie -Thérèse se trouve dans la communauté du Carmel Saint Joseph à Mechref, au Liban.
Ce texte est extrait d’un cours sur sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, carmélite et docteur de l’Eglise, donné au Centre carmélitain de spiritualité, à Hazmieh, Beyrouth- Liban, en 2004-2005.
Si vous souhaitez communiquer avec Sr Marie-Thérèse, nous serions heureux de lui faire parvenir vos messages ou questions concernant son travail sur Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.
Notre adresse : ndcarmel@yahoo.com
Introduction:
« Le plus important chez un grand saint, c’est sa mission, le charisme nouveau donné par l’Esprit dans l’Eglise » (U. von Balthasar)
Sa mission c’est-à-dire ce pour quoi il est envoyé, donné par Dieu à l’Eglise.
Quelle est la mission de Thérèse ?
« Le but général de sa vie » (selon son expression dans le ms C 33v°), c’est de contribuer au salut du monde en vraie fille de l’Eglise. « Le zèle d’une carmélite doit embraser[1] le monde »- « Je suis venue pour sauver les âmes » dit-elle de sa vocation au Carmel et elle ajoute, selon la caractéristique propre au Carmel thérésien « et surtout afin de prier pour les prêtres » (A 56r°).
Thérèse a été nommée Patronne des Missions exactement au même titre que St François Xavier. C’est assez étonnant quand on pense que le jésuite (+ 1552) a parcouru, en Extrême Orient, plus de 100 000 kms dans des conditions très difficiles. Thérèse, elle, est entrée au carmel de Lisieux à 15 ans et y est restée jusqu'à sa mort (1897).
Certes, Thérèse a été missionnaire, elle l’a été par la prière, par le sacrifice, par l’offrande d’elle-même, par son désir passionné, sans limite d’espace ni de temps : « Je voudrais en même temps annoncer l’Evangile dans les 5 parties du monde et jusque dans les îles les plus reculées... je voudrais être missionnaire non seulement pendant quelques années, mais je voudrais l’avoir été depuis la création du monde et jusqu'à la consommation des siècles... ». (B 3r°).
Mais cette flamme missionnaire ne révèle pas son charisme nouveau.
Proclamée docteur de l’Eglise universelle depuis octobre 1997, elle est désormais reconnue comme une maîtresse spirituelle chargée de transmettre un enseignement dans l’Eglise. Non pas un enseignement spéculatif, mais une théologie sapientielle, une doctrine de sagesse, « une science d’amour », comme elle l’appelle. « ...Ste Thérèse de Lisieux que j’ai voulu proclamer docteur de l’Eglise justement comme experte en Scientia Amoris ». (Jean Paul II)[2]
C’est bien ainsi que Thérèse percevait les choses lorsque le 17 juillet 1897, 2 mois ½ avant sa mort, elle déclarait à sa sœur Agnès : « Je sens que ma mission va commencer - (affirmation quelque peu surprenante : n’a-t-elle pas commencé depuis longtemps à travailler dans le champ du Seigneur ?) - ma mission de faire aimer le Bon Dieu comme je l’aime, de donner ma petite voie aux âmes »
Voilà la mission propre de Thérèse. « Faire aimer le Bon Dieu comme je l’aime » est devenu synonyme de « donner ma petite voie aux âmes ».
Le « comme » ( aimer ...comme je l’aime) désigne davantage la manière que l’intensité de l’amour...mais la manière conduit à l’intensité... car Thérèse désire qu’on aime Jésus autant qu’elle l’aime et davantage...si possible.
Mission qui ne pouvait prendre sa dimension universelle, sans limite d’espace ni de temps, qu’une fois Thérèse au ciel « Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre ».
Le 10 août 1897, devant une photo la représentant dans le rôle de Jeanne d’Arc en prison, elle affirme « Les saints m’encouragent moi aussi dans ma prison. Ils me disent : tant que tu es dans les fers, tu ne peux remplir ta mission, mais plus tard, après la mort, ce sera le temps de tes travaux et de tes conquêtes ». Jean Guitton remarque que le jour des funérailles de Thérèse, ce n’est pas « requiem aeternam » qu’on aurait dû chanter, mais « actionem aeternam ».
Le 14 juillet 1897, elle écrivait au Père Roulland : « Ce qui m’attire vers la Patrie des Cieux, c’est l’appel du Seigneur, c’est l’espoir de l’aimer enfin comme je l’ai tant désiré et la pensée que je pourrai le faire aimer d’une multitude d’âmes qui le béniront éternellement ».
Si donc, Thérèse a très vite su que sa vocation de carmélite était au service d’une mission apostolique : le salut du monde, ce n’est que dans les tout derniers mois de sa vie qu’elle a trouvé sa mission propre et définitive. « Au début, Thérèse n’avait pas songé à devenir la dépositaire d’un message destiné à l’Eglise. Elle n’en prend conscience que lorsque l’œuvre est presque achevée, lorsqu’elle a vécu sa doctrine ».(U. von Balthasar)
La clef de la mission de Thérèse c’est son amour de Jésus. Pour lui, avec lui, elle vit la passion du salut du monde et cette passion trouve la possibilité de se prolonger, de s’étendre sans limites à travers la communication de son chemin d’amour : sa petite voie.
Petite voie à laquelle elle nous initie par la lecture de sa vie, essentiellement dans ses manuscrits autobiographiques.
PLAN
Il nous faut suivre d’une part la genèse, la découverte, l’approfondissement, la communication aux plus proches, l’authentification ... de la petite voie et d’autre part la naissance et la croissance de la passion du salut des âmes chez Thérèse : 2 lignes qui sont en constante synergie jusqu'à la synthèse finale où la communication de la petite voie sera le moyen privilégié pour faire aimer Jésus et contribuer aux salut des âmes.
I / - La genèse de la petite voie: ce qui l’a préparée dans la vie de Thérèse, ce qui a permis sa découverte et son accueil = Le temps des préparations divines. En même temps la naissance et le développement de la passion de Thérèse pour le salut des pécheurs. Période qui va de la naissance de Thérèse à la découverte de sa petite voie (fin 1894) que l’on peut diviser en 3 phases[3] :
A - De la naissance (2/1/73) à la mort de la maman (28/8/77)
B - De la mort de Mme Martin à la grâce de Noël 1886
C - De Noël 86 à fin 1894 (moment de la découverte)
Cette 3ème partie étant assez longue sera divisée également en 3 :
C1: de Noël 86 à l’entrée au Carmel (le 9 avril 1888)
C2: les 5 premières années au Carmel
C3: du début du priorat de M. Agnès (20/2/93) jusqu'à la fin de 1894.
II / La petite voie:
A - Découverte d’une « Petite voie toute nouvelle » : quelle est-elle ?
B - Approfondissement en particulier à travers :
- L’Offrande à l’Amour Miséricordieux
- Le Ms B
C - Communication aux plus proches oralement et à travers :
- Pièces récréatives, poésies, lettres...
D - Authentification par la vie de Thérèse
III / Dernières étapes :
A - Dernières lumières sur sa mission ici-bas
1 - Partage de la table des pécheurs
2 - « Attirez-moi, nous courrons »
B - Synthèse finale: La mission posthume
1 - Souci de Thérèse : pouvoir faire du bien après sa mort
2 - « Mon ciel se passera sur la terre jusqu'à la fin du monde »
Sa mission posthume : communiquer sa petite voie par le moyen de ses manuscrits.
Conclusion:
On peut, pour conclure, montrer par des exemples et des chiffres combien le désir de Thérèse de faire du bien sur la terre a été exaucé . Sa mission est mission universelle.
Peut-être vaudrait-il mieux réparer un manque : il a été très peu question de la Vierge Marie... Or elle a tenu une si grande place dans la vie de Thérèse... elle n’est pas étrangère à la mission de sa « petite fleur »... Aussi pour terminer, nous parlerons un peu de « Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face et de la Sainte Vierge », en particulier à travers le poème « Pourquoi je t’aime, ô Marie ».
PRELIMINAIRES:
1 / Parcours de la vie de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus de la Ste face
Importance de connaître sa vie :car vie et doctrine sont inséparables chez Thérèse. Il est significatif que ses trois principales oeuvres soient des manuscrits « autobiographiques ». Elle enseigne ce qu’elle vit et elle vit ce qu’elle enseigne, c’est-à-dire ce qu’elle a découvert sous l’inspiration de l’Esprit Saint et à la lumière de la Parole de Dieu. Si Thérèse est elle-même une « parole de Dieu » comme l’a dit Pie XI, c’est parce que l’Ecriture Sainte (et tout d’abord l’Evangile), a été reçue par elle comme « Parole de vie » qui fonde le récit de sa vie en écriture spirituelle . Son écriture personnelle est en quelque sorte tout entière enchâssée dans une Ecriture qui la précède, l’Ecriture Sainte[4].
Comme l’écrit le P. François de Ste Marie : « Thérèse ne semble avoir parlé que d’elle dans ses manuscrits mais parce qu’elle s’est placée dans une lumière très haute, ce qu’elle écrit prend une valeur universelle. L’histoire de cette âme privilégiée que l’Amour Miséricordieux a prévenue et accompagnée dans toutes ses démarches, devient l’histoire d’une âme avec tout ce que l’article indéfini comporte d’universel ». (Mss I p. 59)
Sa vie, brève, ne présente apparemment rien de très extraordinaire... Peu de temps avant sa mort, une sœur de sa communauté demandait : « Que pourra-t-on bien dire de ma sœur Thérèse de l’Enfant Jésus après sa mort ? ».
Thérèse distingue 3 périodes dans sa vie (A 13r, 45v) :
1/ De sa naissance à la mort de sa mère (28/08/77)
2/ De la mort de sa mère à la grâce de Noël 1886
3/ De Noël 86 à ...
3éme période que, pour plus de facilité, on peut subdiviser :
a - De Noël 86 à son entrée au Carmel (le 9 avril 1888)
b - Les 5 premières années au Carmel
c - Le priorat de mère Agnès du 20 février 1893 au 21 mars 1896
d - Du 21 mars 96 à sa mort, le 30 sept. 97
I
DE LA NAISSANCE DE THERESE A LA MORT DE MADAME MARTIN
2 janvier 1873 : Naissance de Marie, Françoise, Thérèse Martin à Alençon. La maman, Azélie Guérin, a 41 ans et le père, Louis Martin, presque 50. Thérèse est la dernière de 9 enfants dont 4 sont décédés en bas âge : Marie Joseph Louis + fév. 1867 ; Marie Joseph Jean Baptiste + août 68 ; la délicieuse petite Hélène + fév. 70 à 5ans ½ ; Mélanie Thérèse + oct. 70. Les 4 autres, des filles, accueillent avec joie la petite sœur : Marie 13 ans, Pauline 11 ans ½, Léonie 9 ans ½, Céline presque 4.
Azélie Guérin dirige une petite entreprise pour la fabrication du « point d’Alençon ». Elle s’épuise au travail et reste marquée par une enfance et une jeunesse sans joie :« Mon enfance, ma jeunesse ont été tristes comme un linceul... ».[5] Son mari, après avoir vendu son commerce d’horlogerie et bijouterie afin de pouvoir l’aider, s’occupe du côté administratif.
En mars 1873, l’enfant est mourante, elle ne supporte pas le lait maternel...mais doit être nourrie au sein...Elle est mise en nourrice chez Rose Taillé à Semallé à 8 kms d’Alençon. Dès l’aube du matin où Thérèse était mourante, Mme Martin était allée à pied à Semallé et revenue à pied avec la nourrice. Thérèse s’habitue très bien à la campagne, elle y est très heureuse , brouettée dans les champs... perchée sur des tas d’herbes... Lorsqu’elle revient à Alençon les jours de marché, elle n’est contente qu’au moment où elle retrouve sa nourrice qui vend légumes et produits de la ferme au marché.
Le 2 avril 1874, c’est le retour à la maison « je n’ai jamais eu d’enfant si forte, excepté la 1ère, elle paraît très intelligente, elle sera belle » écrit la maman au retour de sa petite fille de 15 mois.
Mais pas toujours facile, la petite Thérèse « ce pauvre bébé...se met dans des furies épouvantables quand les choses ne vont pas à son idée, elle se roule par terre comme une désespérée croyant que tout est perdu... ». D’autre part, c’est un cœur d’or, un heureux caractère, elle est très vive, très droite, une enfant entourée de tendresse et qui rend cette tendresse autour d’elle, une enfant bien intelligente qui observe tout, qui a des réparties étonnantes pour son âge. Elle en remontre à Céline qui a le double d’âge (A 10r°)[6].
Se souvenant à 22 ans de sa petite enfance, Thérèse écrit dans son Ms A : « Oh ! véritablement tout me souriait sur la terre, je trouvais des fleurs sous chacun de mes pas, et mon heureux caractère contribuait aussi à me rendre la vie agréable » (A 12r).
Un drame vint détruire ce bonheur : la mère meurt d’un cancer au sein le 28 août 1877.
Ebranlement psychologique pour Thérèse d’autant plus qu’elle n’exprime rien...
II
DE LA MORT DE MADAME MARTIN A NOËL 1886
Période qui peut se subdiviser en 2 temps : de sept. 1877 à oct. 1881
d’oct. 1881 à Noël 1886
Juste avant sa mort, madame Martin avait fait comprendre à son frère et à sa belle-sœur, monsieur et madame Guérin, combien elle comptait sur eux pour veiller sur ses enfants. Tous les deux prirent cette mission à cœur. L’oncle était pharmacien à Lisieux . Ils avaient 2 filles : Jeanne, un an de plus que Céline, et Marie, 2 ans ½ de plus que Thérèse. Mr Guérin se met en quête pour trouver une maison à Lisieux et le 15 nov. 1877, les 5 filles Martin partaient pour Lisieux afin de s’installer aux « Buissonnets ». Mr Martin devait les rejoindre un peu plus tard... Thérèse vécut ce changement plutôt avec joie.
De 1877 à oct. 1881, Thérèse reste à la maison et ses deux soeurs aînées deviennent ses institutrices. Pauline est sa seconde maman.[7] Son père est pour elle l’image de la tendresse, il est son « roi chéri », elle est sa « petite reine » ; il est aussi pour elle l’image de la sainteté . C’est une période encore relativement heureuse pour Thérèse...Dans son ms A, elle émaille le récit de ces années de quelques épisodes amusants en particulier avec la bonne, Victoire...anecdotes enfantines dont elle nous aurait sans doute privés si elle avait su que son manuscrit serait lu par d’autres que ses soeurs[8].
En octobre 1881, Thérèse a 8 ans ½ . Il est temps qu’elle aille en classe, qu’elle fréquente un cercle plus large que le cercle familial... Elle est mise comme ½ pensionnaire à l’Abbaye, école tenue par les bénédictines, où sont déjà Céline et ses 2 cousines. Elle est bonne élève, la plus jeune de sa classe, jalousée par des aînées qui lui font la vie dure : « Les 5 années que je passais à l’école furent les plus tristes de ma vie (A 22r)
Trois événements marquèrent particulièrement la vie de Thérèse à cette époque :
Le 2 octobre 1882 Pauline entre au Carmel de Lisieux, terrible épreuve pour Thérèse, épreuve qui réactive la souffrance de la mort de la Maman.
A Pâques 1883, (25 mars cette année-là), Thérèse tombe malade chez son oncle... (A 27v...)
Le 6 avril, elle se trouve assez bien pour pouvoir aller embrasser sa sœur Pauline qui prenait l’habit au Carmel. On en profite pour la ramener aux Buissonnets. Le lendemain, l’état s’aggrave... on est très inquiet ! Voici la description qu’en donne Léonie (Sr Françoise Thérèse) au Procès apostolique :
« A la fin de mars 1883, la maladie se déclara par des crises de délire et de convulsions. Le mal, comme par une disposition providentielle, cessa pour 24 heures le jour de la prise d’habit de Pauline au Carmel... Cette bonne journée passée, le mal reprit aussitôt et dura sans rémission jusqu’au 10 mai, jour de la guérison miraculeuse. Ses crises se succédaient presque sans rémission. Elles nous apparaissaient comme des accès quasi continuels de frayeur délirante, accompagnés souvent de grands mouvements désordonnés. Elle jetait des cris affreux, avait les yeux terrifiés et les traits douloureusement contractés. Les clous enfoncés dans le mur prenaient à ses yeux des formes horribles qui la jetaient dans l’épouvante. Souvent elle ne reconnaissait pas les siens ; un soir surtout, à l’approche de notre père tenant à la main son chapeau : cet objet lui paraissait être une horrible bête. Lorsque se déclaraient ses crises convulsives, elle voulait se précipiter par-dessus la balustrade de son lit, et nous étions obligés de la maintenir ».
Interprétations :
n Une 1ère interprétation sur le plan psychologique et psychiatrique : névrose, angoisse provoquée par le sentiment d’abandon qui suscite chez Thérèse une sorte de régression infantile, bébé nerveux qui réclame à tout instant : soins, présence, consolations ... (Dr Gayral) - Maladie hystérique grave , selon le Dr Iseut Duff...
n Une autre interprétation est présentée par le psychiatre Robert Masson, interprétation située cette fois sur le plan organique : il s’agirait d’un encéphalite tuberculeuse suite à une primo infection non soignée...Les symptômes correspondraient...R. Masson reconnaît cependant chez Thérèse des traits d’une personnalité obsessionnelle proche de la psychasthénie...
n Une 3ème interprétation est celle de Thérèse qui y voit l’œuvre du démon « La maladie dont je fus atteinte, venait certainement du démon... »
mais cette 3ème n’élimine pas pour autant l’une ou l’autre des 2 premières...
Le 13 mai, jour de la fête de Pentecôte, Thérèse est guérie par le sourire de la Vierge Marie
(A 30r/31r)
Après sa maladie, elle traînera un double scrupule : d’avoir menti en parlant de l’intervention de la Vierge, d’avoir simulé sa maladie...
Trois mois après sa maladie, son père l’emmène à Alençon (A, 32v) : heureux séjour : « tout était joie, bonheur autour de moi, j’étais fêtée, choyée, admirée, en un mot ma vie pendant 15 jours ne fut semée que de fleurs... ».
Un 3ème événement, heureux cette fois : sa 1ère communion et sa confirmation
Le 8 mai 1884, Thérèse fait sa 1ère communion, après une fervente préparation et un long désir (A 35r) -
Elle prend 3 résolutions : 1- je ne me découragerai jamais
2- je dirai tous les jours un souvenez-vous
3 - j’essaierai d’humilier mon orgueil
Le 14 juin 1884, elle reçoit le sacrement de confirmation, dans un désir intense de la prise de possession de tout son être par l’Esprit d’amour. Sa maturité spirituelle contraste avec son immaturité affective.
L’année scolaire 83-84 se passe bien : « l’époque de ma 1ère communion est restée gravée dans mon cœur comme un souvenir sans nuage ».
Il n’en fut pas de même pour les 2 années suivantes.
Du 17 au 21 mai 1885, Thérèse est en retraite préparatoire au renouvellement de sa 1ère communion, retraite prêchée par l’abbé Domin, aumônier à l’Abbaye : « ce que nous a dit l’abbé était effrayant ». Thérèse tombe dans une « terrible » crise de scrupules.
En octobre 85, elle retourne à l’Abbaye, mais sans Céline qui a terminé sa scolarité. Dès février 86, il faut retirer Thérèse de l’école dans la crainte qu’elle ne tombe malade... elle va suivre des cours particuliers chez Mme Papineau (A 39r/v).
Cependant, par amour de la Vierge et pour obtenir le ruban d’enfant de Marie, Thérèse aura le courage de retourner 2 fois par semaine à l’Abbaye. (A 40v/41r). « Personne ne faisait attention à moi, aussi je montais à la tribune de la chapelle et je restais devant le St Sacrement jusqu’au moment où Papa venait me chercher, c’était ma seule consolation, Jésus n’était-il pas mon unique Ami ? ».
Elle est toujours aussi fragile : en vacances chez les Guérin à Trouville, mais sans aucune de ses soeurs, elle tombe malade. Il faut la rapatrier aux Buissonnets au bout de 3 jours[9]. C’est peu de temps après ce retour, août 86, qu’elle apprend le prochain départ de Marie pour le Carmel de Lisieux. Marie lui était devenue pour ainsi dire indispensable, c’était à elle qu’elle confiait tous ses scrupules... « je l’aimais tant que je ne pouvais vivre sans elle ». (A 41v ® 43r)
Le 15 octobre 86, Marie entre au Carmel - Léonie était entrée quelques jours auparavant chez les clarisses d’Alençon, elle en sortira le 1er décembre. Un mois avant l’entrée de Marie, M. Martin avait emmené ses 4 filles à Alençon : voyage qui fut loin de ressembler au 1er : « Tout y fut pour moi tristesse et amertume » ( y compris l’oubli d’un bouquet de bleuets qu’elle avait préparé pour fleurir la tombe de sa mère... et surtout l’entrée inattendue de Léonie chez les clarisses).
Au cours du mois de novembre, Thérèse, toujours torturée par ses scrupules, prie ses petits frères et soeurs décédés. Ils répondent à sa prière et elle se trouve guérie, au moins partiellement... (A 44r)
III
A /-GRACE DE NOËL 1886 - DE NOËL 86 A L’ENTREE AU CARMEL
Texte A 44v ® 45v (voir aussi LT 201 au P. Roulland)
Thérèse reçoit, à Noël 86, une grâce de force qui la transforme et lui permet d’envisager une entrée prochaine au Carmel. D’où la série de ses démarches en commençant par son père, puis son oncle, ensuite le supérieur du Carmel : Mr Delatroëtte, l’évêque de Bayeux : Mgr Hugonin, et pour terminer le pape, Léon XIII qui lui répondit avec bienveillance « vous entrerez si le Bon Dieu le veut »
En même temps, Thérèse sort d’elle-même, s’ouvre aux autres, se sent dévorée de la soif des âmes, s’ouvre aussi à la culture: science, histoire, art, oeuvres spirituelles, en particulier sa chère Imitation et le livre d’Arminjon sur la fin du monde présent et les mystères du monde futur qui corrige heureusement l’enseignement de l’Abbé Domin.
B / Les 5 premières années au Carmel : avril 1888 - février 1893
Le 9 avril 1888, Thérèse entre au Carmel de Lisieux. L’autorisation de l’évêque était arrivée pour le 28 décembre mais le Carmel lui-même avait retardé l’entrée : après la fête de Pâques ! « Cette épreuve eut pour moi un caractère tout particulier et cette fois c’était l’arche sainte qui refusait son entrée à la pauvre petite colombe » (A 68r°).
Au moment où Thérèse franchissait la porte de clôture, Mr Delatroëtte déclara « Eh bien, mes révérendes Mères, vous pouvez chanter un Te Deum ! Comme délégué de l’évêque, je vous présente cette enfant de 15 ans dont vous avez voulu l’entrée. Je souhaite qu’elle ne trompe pas vos espérances, mais je vous rappelle que s’il en est autrement, vous en porterez seules la responsabilité ».
Thérèse, malgré la souffrance, est heureuse... « ce bonheur n’était pas éphémère, il ne devait pas s’envoler avec les illusions des 1ers jours ... ».
Et pourtant la vie ne fut pas facile pour elle. On aurait pu croire qu’elle était l’enfant gâtée de la communauté, il n’en était rien. Mère Marie de Gonzague la reprenait souvent : « Le Bon Dieu permettait qu’à son insu, elle fut très sévère » (A 70 v°) [10] - « Mes 1ers pas ont rencontré plus d’épines que de roses...oui, la souffrance m’a tendu les bras, et je m’y suis jetée avec amour ». (A 69v).
Postulat : 1888
Comme emploi, elle est chargée d’aider à la lingerie et de balayer un dortoir.
Le 22/05 - Sr Marie du S.C. fait profession . Le lendemain, c’est la prise de voile. Le père Pichon qui est présent et prêche une récollection du 24 au 28, rencontre Thérèse le 28 et la délivre de sa crainte d’avoir simulé sa maladie « sa seconde peine d’âme ». Elle avait été délivrée de sa 1ère (avoir menti en parlant du sourire de la Vierge) en priant à N.D. des Victoires, lors de son départ pour le pèlerinage à Rome.
Le 23/06 Mr Martin, atteint d’artériosclérose, fugue ... il est retrouvé au Havre par Mr Guérin et Céline. Il fait une rechute aux Buissonnets en août.
Le 22/08, mort de Mr David, cousin de Mme Guérin : héritage important pour les Guérin, entre autres le château de la Musse
Fin octobre, Thérèse est admise par le chapitre à la prise d’habit
Le 02/11 grave rechute de Mr Martin... La prise d’habit de Thérèse est retardée.
Noviciat : 1889-1890
Le 10 /01 Thérèse prend l’habit . Mr Martin est présent « Jamais, il n’avait été plus beau, plus digne... », « Ce jour fut son triomphe... ». Le Te Deum qui se chante à la profession et non à la prise d’habit, fut entonné par l’évêque... « Ne fallait-il pas que la fête fut complète puisqu’en elle se réunissaient toutes les autres ? »... « Rien n’y manquait, pas même la neige ! » (alors que la température était très douce.
Nouvel emploi de Thérèse : le réfectoire (avec Sr Agnès) (A 75r) + balayages.
12/02 : Hospitalisation de Mr Martin à l’hôpital psychiatrique de Caen[11]
13/02 Mère Marie de Gonzague est réélue prieure
18/06 Le tribunal de Lisieux nomme un administrateur pour les biens de Mr Martin : une des épreuves les plus douloureuses pour Thérèse.
En juillet : grâce mariale de Thérèse, semaine de quiétude (C.J. 11/7/2)
Des meubles des Buissonnets sont apportés au Carmel. Le chien de Thérèse, Tom, qui les accompagne, s’introduit en clôture et reconnaît Thérèse... « Elle fut obligée de soulever son grand voile et d’y abriter Tom qui ne se contenait plus de joie ».
A Noël, résiliation du bail des Buissonnets. Emotion et épreuve pour Thérèse et ses soeurs.
1890 :
La profession de Thérèse est différée par la volonté de Mr Delatroëtte. Pendant cette année et la suivante, Thérèse lit Jean de la Croix. « Ah ! que de lumières n’ai-je pas puisées dans les oeuvres de N. P. St Jean de la Croix... A l’âge de 17,18 ans, je n’avais pas d’autres nourritures spirituelles ». ( A 83r°)
08/09 : fête de la Nativité de La Vierge et profession de Thérèse après 10 jours de retraite marqués par l’aridité . La veille de sa profession, elle doute de sa vocation (A 76r). Le lendemain, elle est inondée d’un fleuve de paix...
24/08 : Prise de voile (A 75r/v) Grande déception de Thérèse qui avait espéré la présence de son père. Jour voilé de larmes. Céline avait tout arrangé pour que son père puisse venir au carmel...mais l’Oncle et Agnès s’y sont opposés par prudence...
01/10 : mariage de Jeanne Guérin et de Francis La Néele (A 77r°) : Thérèse relève la délicatesse de l’épouse pour son époux et elle fait la transposition dans sa relation à Jésus, elle compose même une lettre d’invitation à ses « noces » sur le modèle de la leur...
1891 :
L’hiver est très rigoureux . Thérèse a beaucoup souffert du froid au carmel.
en février : changement d’emploi, elle devient aide sacristine avec Sr Stanislas
d’avril à juillet : période de prière intense pour Hyacinthe Loison, ex-provincial des carmes, qui a quitté l’Eglise catholique...[12]
05/07 : Sr Marie du S.C. quitte le noviciat . Y restent Sr Marthe et Sr Thérèse, toutes deux professes.
Dans ce mois de juillet, Céline refuse la demande en mariage d’Henry Maudelonde (LT 130 du 23/07)
Du 07 au 15 octobre, le Père Alexis Prou prêche la retraite. Thérèse est « lancée sur les flots de la confiance et de l’amour » (A80v).
24/11 : Tricentenaire de la mort de St Jean de la Croix . Mgr Hugonin entre en clôture et se montre très paternel pour Thérèse qu’il appelle « sa petite fille ».
05/12 : Mort de Mère Geneviève, fondatrice du Carmel de Lisieux. Thérèse parle de son bonheur de l’avoir connue (A 78r ® 79r) et devant son cercueil, elle revoit celui de sa mère (A 12v°).
Le 28/12 commence l’épidémie d’influenza au Carmel (A 79r)
1892 :
Le 2 janvier, jour de l’anniversaire de Thérèse, meurt Sr St Joseph - le 4, meurt Sr Fébronie - le 7, meurt Sr Madeleine du St Sacrement. Thérèse, à peu près seule valide, fait face à tout. C’est alors que M. Delatroëtte reconnaît enfin l’authenticité de la vocation de Thérèse et qu’il n’est pas devant une enfant mais devant une femme.
En raison de l’influenza, les élections sont ajournées d’un an, M Marie de Gonzague reste prieure sur la décision des supérieurs...
10/05 : Mr Guérin ramène Mr Martin (paralysé des jambes) à Lisieux : grand soulagement pour ses filles.
12/05 : Dernière visite de Mr Martin au Carmel, ce jour-là il est lucide mais ne parle pas. Au moment de partir, en pleurant et en montrant le ciel, il parvint à dire ces 2 mots « au ciel ». Une lettre de Céline à sa cousine Jeanne du 25/7/92 montre la passion douloureuse que vivait son père (CG II, p. 662 note c)
22/07 : Entrée de Sr M. Madeleine du St Sacrement
Au mois d’août, le P. Pichon commence à pressentir Céline pour une fondation au Canada, mais il lui demande de garder le secret : elle ne peut en parler à ses soeurs. Il met Céline dans une situation pénible et embarrassante.
En décembre, Thérèse a le courage d’intervenir auprès de Sr Marthe pour l’éclairer sur son comportement à l’égard de sa prieure (« c’était elle-même qu’elle aimait »). Sr Agnès lui avait déconseillé cette intervention car elle n’était pas sans risque : du côté de Sr Marthe : qu’elle ne comprenne pas, n’accepte pas... du côté de M. M. de Gonzague qui, ombrageuse, aurait pu envoyer Thérèse dans un autre monastère ? ! « Je le sais bien, lui répliqua Thérèse, mais puisque je suis certaine maintenant que c’est mon devoir de parler, je ne dois pas regarder aux conséquences ». (cf C. G . II, p. 668)
1893 :
20/01 Thérèse reçoit une lettre du P. Pichon qui la rassure sur son état de grâce... ce qui prouve qu’elle était inquiète.
02/02 Elle écrit son 1er poème pour Sr Thérèse de St Augustin : PN1 « La rosée divine »
Le priorat de M.M. de Gonzague se termine le 20/02
Thérèse achève ses 5 premières années de Carmel, 5 années d’enfouissement. M. Agnès, dans le procès de l’Ordinaire, déclare : « la note caractéristique de cette période de sa vie... c’est l’humilité, le soin d’être fidèle dans les plus petites choses, malgré de constantes aridités ».
A la fin de ces années, Thérèse est plus ou moins dans une impasse : elle veut aimer autant qu’elle est aimée et elle expérimente son impuissance en face de ce désir.
C / Le priorat de M. Agnès : du 20/02/93 au 21/03/96
Le 20 février arrive un heureux événement pour Thérèse : l’élection de Sr Agnès de Jésus. « O ma Mère ! ce fut surtout depuis le jour béni de votre élection que je volais dans les voies de l’amour » (A 80v)
Elle reçoit l’emploi de peinture (elle peindra les fresques de l’oratoire) . Elle est chargée d’aider M. M. de Gonzague auprès des novices et de plus elle doit remplacer M. Agnès dans la préparation des fêtes ( monter une pièce... composer une poésie...) .
En cette année 93 (et en 94) son courrier avec Céline sera particulièrement important... Céline passant l’été en dehors de Lisieux, au château de La Musse, les occasions d’écrire sont plus nombreuses. (Importance du nombre de lettres, mais surtout de leur contenu).
Le 8 septembre, Thérèse devrait normalement quitter le noviciat, mais elle demande à y rester sans doute pour plusieurs raisons : humilité, proximité avec les novices dont elle est chargée...et aussi, vu la présence de ses 2 soeurs aînées au chapitre, elle ne peut être capitulante : elle ferait donc partie de la communauté des professes sans en avoir les droits.
1894 :
Le 02/01 : Thérèse est majeure : elle jeûnera désormais Elle prend son écriture droite (ce qui est une aide pour la datation de ses écrits). Est-ce une affirmation en même temps qu’une quête de sa personnalité, de ce qu’elle est appelée à être c’est-à-dire de sa vocation... de son « nom propre » ?
Le 21/01 : Fête de la prieure : Thérèse joue et fait jouer une pièce qu’elle a composée « La mission de Jeanne d’Arc », sa 1ère pièce qui est aussi un succès - C’est l’année de Jeanne d’Arc en France - Léon XIII l’a déclarée vénérable.
Au printemps sa santé donne quelque inquiétude (enrouement...laryngite ? )
Le 16/06 : entrée de Sr Marie de la Trinité qui vient du Carmel de la rue de Messine à Paris (cf LT 167 du 18 juillet 94 à Céline...)
Le 29/07 : mort de Mr Martin à La Musse ( Thérèse retrouve son père qui est au ciel)
14/09 : entrée de Céline (« le plus grand des désirs » de Thérèse) après de très grandes difficultés aussi bien du côté de Céline que du côté de la communauté. Thérèse y reconnaît une intervention de son père au Ciel (cf A 82 v°)
Dans les derniers mois de 1894 : 2 événements très importants pour Thérèse...et sa mission :
· Elle découvre sa petite voie
· Elle reçoit l’ordre de M. Agnès d’écrire ses souvenirs d’enfance : ce qui sera une relecture de sa vie à la lumière de sa découverte de la petite voie et un chant d’action de grâces envers la Miséricorde du Seigneur.
1895:
Une année d’épanouissement
Tout au long de l’année , elle écrit le ms A : « Je ne vais faire qu’une seule chose : commencer à chanter ce que je dois redire éternellement, les miséricordes du Seigneur ». (A 2r)
21/01 : 2ème pièce sur Jeanne d’Arc « Jeanne d’Arc accomplissant sa mission ». De nouveau, un succès.
26/02 : elle écrit spontanément « Vivre d’amour » (PN 17) « le roi de ses cantiques » estime Céline. ( écrit un jour d’adoration du St Sacrement avant le carême).
09/06 : fête de la Trinité, pendant l’Eucharistie, Thérèse fait son « Offrande à l’Amour Miséricordieux ».
15/08 : entrée de Marie Guérin, Sr Marie de l’Eucharistie. Avec les 3 dernières entrées, il y a de la vie au noviciat.
17/10 : M. Agnès confie à Thérèse un frère spirituel, un futur missionnaire : Maurice Bellière (C 31v°/32r°)
1896 :
20/01 : Thérèse remet son manuscrit à M. Agnès qui le range sans le lire. Auparavant, elle a peint ses armoiries (A, 86r°)
21/01 : Fête de M.Agnès... Thérèse fait jouer par les novices sa pièce « La fuite en Egypte » RP6 - M. Agnès fait interrompre la représentation[13].
24/02 : Profession de Sr Geneviève (Céline). La date et le vote de cette profession ont présenté des difficultés qui n’ont pas été sans blesser Thérèse et Mère Agnès et Sr Geneviève... (cf CG II pp. 1182 à 1185). Ce qui explique la longue lettre de Thérèse pour la profession de Céline, elle renchérit sur les fêtes du Ciel pour faire oublier à sa sœur les nuages terrestres.
17/03 : Prise de voile de Sr Geneviève et prise d’habit de Sr Marie de l’Eucharistie
D / Les 18 derniers mois : de la réélection de M.M. de Gonzague à la mort de Thérèse
Le 21/03 a lieu la difficile réélection de M.M. de Gonzague
Thérèse est plus officiellement chargée des novices mais sans avoir le titre de maîtresse des novices. M.M. de Gonzague le garde tout en étant prieure.
Dans la nuit du 2 au 3 avril (nuit du jeudi saint) Thérèse a une 1ère hémoptysie (suivie d’une seconde la nuit suivante) « Jésus voulut me donner l’espoir d’aller bientôt au ciel » (C 4v/5r)
Pâques 96 : l’entrée dans les ténèbres (C 5v ® 7v) « Il faut avoir voyagé sous ce sombre tunnel pour en comprendre l’obscurité »
30/04 : Profession de Sr Marie de la Trinité - Grande joie pour Thérèse « Je me fais l’effet de Jeanne d’Arc assistant au sacre de Charles VII ». Et M. de la Trinité écrira : « Sr Thérèse de l’E.J. semblait aussi heureuse que moi ».
30/05 : reçoit un 2ème frère spirituel par M.M. de Gonzague, un missionnaire : l’Abbé Roulland.
21/06 : fête de la prieure , pièce de Thérèse : « le Triomphe de l’humilité »
29/06 : LT 190 à M.M. de Gonzague (éprouvée par son élection difficile et par l’impression d’un manque d’unité autour d’elle dans la communauté). La lettre de Thérèse est un modèle de délicatesse en même temps que de vérité et d’exigence spirituelle[14]. Elle prouve aussi combien M. de Gonzague avait confiance en Thérèse.
Du 7 au 18 / 09 : Thérèse est en retraite . Elle écrit son joyau spirituel : le ms B
17/09 : LT 197 à Sr Marie du S.C.
Fin novembre : on commence une neuvaine à Théophane Vénard pour la guérison de Thérèse et son éventuel départ à Saïgon. La réponse est claire : son état s’aggrave.
1897 :
« Cette année, ma Mère chérie, le Bon Dieu m’a fait la grâce de comprendre ce qu’est la charité ; avant je le comprenais, il est vrai, mais d’une manière imparfaite... » (C 11v)
08/02 : jubilé de Sr Stanislas - Thérèse compose sa pièce RP8 « St Stanislas Kostka »
25/03 : profession de Sr Marie de L’Eucharistie
Début avril : Thérèse tombe gravement malade
06/04 : Mère Agnès commence à noter les paroles de sa petite sœur, ce qui constituera les « Derniers Entretiens »
19/04 : (lundi de Pâques), il se produit un événement qui blessa profondément Thérèse. On parlait depuis 1895 d’une certaine Diana Vaughan qui, après avoir appartenu à une secte franc-maçonne virulente « le Palladisme », s’était convertie. Elle pensait entrer dans un monastère mais auparavant voulait dénoncer les aberrations de la secte... Le Carmel de Lisieux, comme beaucoup de prêtres et de laïcs chrétiens, s’était assez passionné pour cette affaire... A tel point que Thérèse y fait allusion dans une de ses pièces : le triomphe de l’humilité. De plus, sur le conseil ou l’ordre de M.Agnès, elle envoie, à D. Vaughan, sa photo en Jeanne d’Arc avec celle de sa sœur Geneviève qui tenait le rôle de Ste Catherine. M. Agnès lui avait également demandé une poésie, mais Thérèse s’était sentie incapable de la faire.
Ce 19 avril, Diana Vaughan devait enfin se montrer. Salle comble à la société de géographie à Paris où devait avoir lieu l’intervention... A la place de la jeune fille, apparaît un petit homme bedonnant, Léo Taxil (pseudonyme de Gabriel Jogand-Pagès) qui avait inventé de toutes pièces cet énorme canular qu’il appelait « la plus grandiose fumisterie de son existence ». Dans la salle, une seule projection alors qu’on en avait annoncé beaucoup : celle de Jeanne d’Arc et de Ste Catherine ( dont il était dit que c’était des carmélites)...
Thérèse, apprenant cela, se tait, mais va déchirer sur le fumier la lettre qu’elle avait reçue, en réponse, de la soi-disant D. Vaughan... et elle gratte ses écrits où il est question d’elle jusqu'à déchirer le papier.
02/06 : Prise de voile de Marie de l’Eucharistie
03/06 : A la suggestion de M.Agnès et à la demande de M.M. de Gonzague, Thérèse commence son ms C ...
07/06 : épuisante séance de photos. Malgré son épuisement, elle a dû poser longuement pour satisfaire aux exigences de sr Geneviève qui se serait impatientée. Le soir Thérèse lui envoie la lettre 243 qui répond sans doute aux regrets exprimés par Céline ( de vive voix ou par écrit ?).
09/06 : 2ème anniversaire de son Offrande, dans le ms C elle évoque son épreuve de la foi.
Elle écrit un billet d’adieu à l’abbé Bellière, LT 244, « je ne meurs pas, j’entre dans la vie ». Billet qui ne sera pas envoyé car Thérèse va mieux...
02/07 : Thérèse est à bout de forces, mais debout !
06/07 : Reprise des hémoptysies - pratiquement quotidiennes jusqu’au 5 août. Elle étouffe.
08/07 : Elle est descendue à l’infirmerie... écrit encore une page au crayon dans son ms C, puis abandonne...
28/07 : Début des très grandes souffrances (elle comprend la tentation du suicide)
Il y aura encore des temps plus ou moins de rémission : du 7 au 15 août et du 28 août au 13 sept. Il ne lui reste qu’un ½ poumon et les intestins sont pris aussi.
20/08 : « ...journée d’angoisses et de tentations que je devinais terribles » (D.E.) - (cf Cahiers verts cités en note dans C.J. - OC au 20/08 ).
29-30 / 09 C’est l’agonie dans des souffrances et des angoisses indicibles. Elle meurt un peu après 19h., après, semble-t-il, un moment d’extase l’espace d’un credo. Des témoins disent d’abord « elle semblait en extase »... puis aux procès, on passera à l’affirmation de l’extase.
2 / LES MANUSCRITS
(d’après les introductions aux manuscrits autobiographiques des PP. François de Ste Marie et Guy Gaucher).
Ce qui a été connu jusqu’en 1956 sous le nom d’ « Histoire d’une âme » est le recueil de 3 écrits différents, de longueur différente, adressés à des personnes différentes :
L’histoire printanière d’une petite fleur blanche écrite par elle-même et dédiée à la révérende Mère Agnès de Jésus, composée entre le début de janvier 1895 et le 20 janvier 1896 ( 85 folios autographes)
La Lettre à Sœur Marie du Sacré Cœur écrite à la demande de celle-ci, entre le 8 et le 13 septembre 1896 (5 folios autographes)
Le Cahier écrit pour la Révérende Mère Marie de Gonzague, commencé le 3 juin et achevé les premiers jours de juillet 1897 (37 folios autographes)
C’est à la sœur aînée de Thérèse, Marie du Sacré-Cœur, que l’on doit 2 de ces 3 textes inestimables (et indirectement, par ricochet, le 3ème). Elle en a fait le récit au procès de l’Ordinaire :
« Un soir d’hiver, après matines, nous nous chauffions, réunies avec sœur Thérèse, sœur Geneviève et notre R.M. prieure Agnès de Jésus. Sr Thérèse nous raconta 2 ou 3 traits de son enfance. Je dis alors à notre mère prieure... « Est-il possible que vous lui laissiez faire des petites poésies pour faire plaisir aux unes et aux autres, et qu’elle ne nous écrive rien de tous ses souvenirs d’enfance, Vous verrez, c’est un ange qui ne restera pas longtemps sur la terre, et nous aurons perdu tous ces détails si intéressants pour nous ». Notre mère prieure hésita d’abord, puis sur nos instances, elle dit à la servante de Dieu qu’elle lui ferait plaisir de lui remettre pour le jour de sa fête le récit de son enfance (Manuscrit A).
Plus tard, mère Agnès de Jésus, voyant sœur Thérèse très malade, persuada la R.M. M. de Gonzague, alors prieure, de faire écrire par sœur Thérèse, l’histoire de sa vie religieuse, qui est la 2nde partie du manuscrit (Manuscrit C). Enfin je lui demandai moi-même pendant sa dernière retraite (1896) de me mettre par écrit ce que j’appelais sa petite doctrine. Elle l’a fait, et on a ajouté ces pages, comme une 3ème partie quand on a imprimé l’histoire de sa vie (Manuscrit B) ».
Lorsque Thérèse comprit que l’ordre était sérieux, elle qui avait d’abord réagi en riant comme si l’on se moquait d’elle, elle eut de son propre aveu, un moment d’effroi, craignant la dissipation. A quoi bon relater des souvenirs déjà connus de ses interlocutrices ? « Que voulez-vous que j’écrive que vous ne sachiez déjà ? ». L’obéissance l’emporta cependant ... et au moment où elle prend la plume, elle a l’impression très vive que Jésus ratifie l’ordre donné et tient ce travail pour agréable. (cf 1er § du Ms A).
Le travail fut terminé à l’échéance fixée : le 20 / 1 / 96, veille de la fête de Ste Agnès. A l’oraison du soir, avant de gagner sa stalle, Thérèse remit le manuscrit à sa prieure. Celle-ci mit le cahier dans sa stalle et Thérèse n’en entendit plus parler... Seulement 2 mois plus tard lorsqu’elle fut remplacée au priorat, Mère Agnès retrouva le manuscrit, le lut et en donna communication à ses soeurs Marie du Sacré Cœur et Geneviève aux jours de licence ... mais elle le garda par devers elle. C’est seulement le 2 juin 1897 qu’elle mettra M.M. de Gonzague, prieure, au courant de son existence.
Arrivée aux derniers mois de sa vie, Thérèse commença à envisager sérieusement la publication de ses manuscrits, y voyant un moyen d’apostolat. Elle institua alors Mère Agnès comme son éditeur. Celle-ci a déclaré sous la foi du serment que sa sœur lui avait dit : « Ma Mère, tout ce que vous trouverez bon de retrancher ou d’ajouter au cahier de ma vie, c’est moi qui le retranche ou qui l’ajoute. Rappelez-vous cela plus tard, et n’ayez aucun scrupule à ce sujet ». ( P.O.) Et une autre fois, à propos du Ms C : « Je n’ai pas écrit ce que je voulais, il m’aurait fallu plus de solitude. Cependant ma pensée y est, vous n’aurez plus qu’à classer ». (P.A.)
Le Père François de Ste Marie commente : « Retrancher, ajouter, classer - les 3 opérations que l’auteur des manuscrits prévoyait et approuvait à l’avance, son éditrice les a effectuées très largement dans la suite. On peut certes discuter du nombre et de l’opportunité de ces modifications. Mais la question de droit ne fait pas de doute : le blanc-seing a été donné ». (Mss I p. 72)
Un an après la mort de Thérèse, jour pour jour, paraissait, par les soins de Mère Agnès, « L’Histoire d’une âme ».
La 1ère impression parut à 2 000 exemplaires...
La diffusion fut extraordinaire, inexplicable, comparée par certains témoins aux Procès à un incendie gigantesque déchaîné par une simple étincelle. Les éditions se multipliaient ...on n’imprimait pas assez vite pour satisfaire à la demande du public :
47 000 exemplaires dans les 12 premières années
164 000 de 1910 à 1915
Plus tard ce fut par millions (en tenant compte des traductions en langues étrangères).
En 1910, commence le procès pour la cause de béatification. A la question : « Le livre imprimé concorde-t-il tout à fait avec l’autographe de la Servante de Dieu, de sorte que l’on puisse lire l’un pour l’autre avec sécurité ? », Mère Agnès répond (le 17/8/1910) : « Il y a quelques changements, mais de peu d’importance et qui ne changent pas le sens général et substantiel du récit. Ces changements sont : 1° La suppression de quelques passages très courts, relatant des détails intimes de la vie de famille pendant son enfance ; 2° la suppression d’une ou deux pages dont le contenu me paraissait moins intéressant pour des lecteurs étrangers au Carmel ; 3° enfin, comme l’histoire manuscrite était composée de 3 parties, l’une s’adressant à moi, sa sœur Pauline, l’autre à sa sœur Marie et la dernière en date à la mère Marie de Gonzague, alors prieure, cette dernière qui présida à la publication du manuscrit, exigea certaines retouches de détail dans les parties adressées à ses soeurs, afin que, pour plus d’unité, le tout parût lui avoir été adressé à elle-même ».
Le P. Guy Gaucher donne une interprétation favorable (mais qu’il reconnaît hypothétique) de ce que M. Agnès appellera ensuite un « subterfuge » de la part de M. M. de Gonzague : « En 1898, M. M. de Gonzague était prieure et son autorité restait solide dans la communauté. N’était-ce pas une réaction de prudence, vis-à-vis des soeurs (de la part des 2 Mères conjointement), que de faire endosser à M. Marie de Gonzague la responsabilité non seulement de la publication mais aussi du devoir d’obéissance fait à Thérèse d’écrire ses souvenirs... Car cet ordre n’avait jamais été donné à personne d’autre jusqu’alors... Si la communauté avait appris que c’était une « histoire de famille »... est-ce que le Ms A n’en aurait pas perdu une part de son prestige, de sa valeur spirituelle, aux yeux des soeurs qui n’appréciaient pas tellement l’importance du « clan Martin » ?...
En 1910, la gloire de Thérèse débordant largement le monastère et M.M. de Gonzague étant morte en 1904, il n’était plus besoin de prendre autant de précautions vis-à-vis de la communauté, alors que la nécessité était bien réelle de fournir une explication aux juges ecclésiastiques...
Quant aux changements de peu d’importance, voici ce qu’en pense le Père François de Ste Marie :
(Mss I p.78)
Parmi les options les plus discutables de Mère Agnès, on notera l’entorse à la chronologie, et donc le changement de perspective, que constitue l’utilisation de la lettre à sœur Marie du Sacré Cœur (MS B) comme conclusion de toute l’Histoire d’une Ame, présentée comme une « autobiographie » alors que le ms C, écrit peu avant sa mort, reflète le dernier visage de Thérèse. Même après le rétablissement des véritables destinataires de chacun des manuscrits, en 1914, cette anomalie subsistera jusqu’en 1955 ; l’édition du P. François de Ste Marie y mettra fin.
A la suite de la déposition de Mère Agnès, le tribunal décida fort opportunément de faire « établir un exemplaire authentique de l’Autographe, selon les règles du droit en la matière, et de l’insérer dans les documents du procès », ce qui fut fait le 29 aôut 1911.
Or les manuscrits eux-mêmes avaient subi des modifications, suite d’abord aux exigences de M. M. de Gonzague. Voici ce que M. Agnès écrit à ce sujet le 22 nov. 1907, sur le cahier même de Thérèse, à la 1ère page du Ms A :
« Le manuscrit de Sr Thérèse de l’Enfant Jésus contient 2 parties, c’est-à-dire deux cahiers différents. Le 1er fut écrit à la demande de sa sœur Pauline, Sr Agnès de Jésus élue prieure en 1893. Le 2ème cahier fut écrit à la demande de la Révérende Mère Marie de Gonzague, élue prieure en 1896. Cette Révérende Mère ne consentit à la publication du Manuscrit sous le titre : « Histoire d’une Ame » qu’à la condition que tout semblerait lui avoir été dédié. Quelque temps après la publication de l’ouvrage, une religieuse de la communauté demanda à Mère Marie de Gonzague de lui montrer le manuscrit original. Celle-ci ne voulant à aucun prix que, ni à ce moment, ni plus tard on sut que la première partie ne lui était pas adressée, décida (d’après un conseil qui lui fut donné) qu’on brûlerait le Manuscrit. Pour le sauver de la destruction, Mère Agnès de Jésus proposa d’effacer son nom et de le remplacer par celui de Mère Marie de Gonzague. Elle supprima en même temps, à l’aide d’un grattoir, certains passages absolument pour elle et qui ne pouvaient pas convenir à Mère Marie de Gonzague. C’est ce qui explique les nombreuses ratures de ce cahier, et les non-sens qui résultent inévitablement de ce subterfuge.
Au moment où l’on va s’occuper d’introduire la Cause de la Servante de Dieu... on a fait un devoir de conscience à Mère Agnès de Jésus de faire connaître la vérité... ».
(suivent les 4 signatures de M. Agnès et des 3 soeurs de son conseil).
Au verso de cette 1ère page du Ms A figure un autre avertissement de Mère Agnès du 28 mai 1910 :
« En avril 1910, Sœur Marie du Sacré Cœur (Marie) sœur aînée de la Servante de Dieu, rétablit sur des données certaines les passages de ce manuscrit qui avaient été effacés ».
Nouvelle source de ratures donc : la reconstitution du texte initial (notamment les corrections d’attribution) par Marie, qui n’a pas grande idée des exigences critiques... Elle oublie certaines corrections et profite de l’occasion pour apporter aussi quelques modifications de détail. Et Mère Agnès elle-même, toujours perfectionniste, relisant les manuscrits de sa sœur au long des années, fera de nouvelles retouches, de style, d’orthographe, de ponctuation, qui parfois affectent le sens. (cf Mss I, pp. 91-94).
D’autre part, Thérèse la première, avait gratté son texte. Elle écrivait très vite, se répétait, oubliait un mot ou le mutilait, préférait un synonyme lorsque le 1er mot était déjà à demi écrit...etc...Elle ajoute aussi des notes, soit parce qu’elle-même reçoit de nouveaux documents (des lettres de sa mère : cf 5r°/v°), soit pour faire plaisir, en particulier à l’oncle et à la tante Guérin ( cf 29r° et 52r°) . Et elle les ajoute à l’intérieur du texte !
En 1947 (le 3 sept.), le Père Marie Eugène, définiteur général de l’Ordre, écrit à M. Agnès pour obtenir l’édition des textes originaux : « ...Pour réfuter les interprétations erronées ou incomplètes, pour approfondir progressivement la doctrine et l’âme de la petite Sainte, les documents et textes qui nous sont fournis si généreusement ne nous suffisent pas, les textes originaux peuvent seuls permettre de découvrir le mouvement de la pensée, le rythme en quelque sorte de la vie et toute la lumière des formules ordinairement si précises et si fermes ».
Agée de 86 ans, Mère Agnès n’avait pas la force d’affronter cette publication qui atteignait en partie l’œuvre de sa vie et risquait de troubler vivement les fervents de l’Histoire d’une âme . Mais elle ne s’y opposait pas et déclara à Sœur Geneviève, le 2 novembre 1950 : « Après ma mort, je vous charge de le faire en mon nom ». Le carmel de Lisieux s’était donc engagé de façon irréversible dans l’édition critique et intégrale de l’œuvre thérésienne.
Succession des éditions :
1898 : 1ère édition de l’ « Histoire d’une âme »
1907 : La préface signale que la division en chapitres n’est pas de Thérèse
1914 : On rétablit la distinction de 3 manuscrits. (15ème édition) mais l’ordre chronologique n’est pas rétabli...
1956 : Edition des fac- similés et des Manuscrits Autobiographiques par le Père François de Sainte Marie qui avait pris la relève de l’Abbé Combes en 1950
1972 : Pour le centenaire de la naissance de Thérèse : Histoire d’une âme - Manuscrits Autobiographiques Ed. du Cerf.
On souhaitait une édition nouvelle des « Manuscrits Autobiographiques » qui, en gardant sa rigueur scientifique, répondît aux voeux du grand public et se présentât sous la forme d’une biographie de Thérèse, ce qu’était jadis l’Histoire d’une âme. L’association des 2 titres signifie la volonté de répondre à cette double exigence : fidélité au texte authentique , fidélité à la présentation biographique et à nouveau division en chapitres
1992 : Edition du Centenaire : Edition critique et 1ère édition des oeuvres complètes en un seul volume (Le Cerf - DDB)
LES LETTRES[15]
1 - Le temps des fragments:
« ...Considérant simplement ces textes (les lettres) comme d’utiles compléments au livre fondamental qu’était - et que reste - l’Histoire d’une âme, les soeurs de la Sainte les traitèrent comme un répertoire d’idées édifiantes dont il leur parut loisible d’extraire divers passages qui serviraient à éclairer et à préciser les positions essentielles fixées par l’Autobiographie. De ce point de vue, la chronologie, la teneur originale ou l’intégrité rigoureuse de chaque lettre ne présentaient guère d’importance. Rien même ne semblait s’opposer au rapprochement, parfois sous une même date, de phrases provenant de lettres différentes, mais toutes relatives au même sujet »[16] : Procédé de l’amalgame, courant à l’époque. Grâce à cette méthode, 18 fragments de lettres à Céline sont publiés dès 1898. La collection s’enrichit lors des éditions postérieures. Elle atteint 47 fragments en 1907, 51 en 1910.
2 / La copie des écrits 1910 pour le procès de béatification
Le 5 mars 1910, la Congrégation des Rites invite l’évêque de Bayeux, Mgr Lemonnier, à entreprendre la recherche des écrits.
Les directives données alors aux carmélites feront un jour le désespoir des éditeurs des Lettres. Le traitement subi par les autographes ( grattages, mutilations, destruction totale) a de quoi désoler...
Les 1ères instructions aux copistes sont données verbalement au parloir du carmel, le 17 mars 1910. Sœur Geneviève les transmet aussitôt à sa sœur visitandine (Sr Françoise-Thérèse) : « Maintenant, ma petite Léonie, je vais te dire un mot à propos des lettres que tu possèdes de Thérèse. Mgr Lemonnier va faire paraître sous peu une lettre qui devra être lue en chaire trois dimanches consécutifs, dans laquelle il demandera les écrits de la Servante de Dieu, et on sera obligé de les remettre à l’évêché, l’original ou la copie conforme. Mgr de Teil nous a dit de ne pas nous défaire de nos originaux, mais de les copier et d’avoir le courage de faire disparaître ce que nous ne voudrions pas livrer, secrets de famille, causeries intimes etc. Pour nous, nous nous dépêchons de rectifier les autographes avant l’appel de Mgr... N’aie pas de scrupule, nous avons tout droit, d’ailleurs Thérèse nous avait prophétiquement dit avant de mourir qu’elle se confiait en nous à ce sujet et que tout ce que nous ferions ce serait elle qui le ferait ».
Heureusement, les soeurs de Thérèse se montrèrent relativement modérées dans la rectification des originaux.
Les lettres collectées pour Rome occupe 184 folios...
De 1910 à 1946 : pas de changements par rapport aux lettres... c’est le statu quo.
3 / La première édition des Lettres 1946-1948
Le cinquantenaire de la mort de Thérèse (1947), sa récente promotion au patronage de la France (1944) suscitent un renouveau de ferveur à son endroit. L’abbé André Combes, historien, veut dégager la portée doctrinale de cette dévotion ... Le 15/8/1945, il entre en relation épistolaire avec Mère Agnès de Jésus et lui fait part de son intention de consacrer son cours[17] de l’année suivante, à la doctrine spirituelle de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus.
Il entend procéder « avec la rigoureuse méthode historique et l’analyse exacte des textes qu’il avait jusqu’ici appliquée aux docteurs du passé ». Il sollicite donc du Carmel une documentation appropriée et plus encore, la collaboration personnelle de Mère Agnès...Celle-ci, trop âgée, confie son correspondant à des secrétaires, mais, en fait c’est Sr Geneviève qui va devenir la véritable interlocutrice de l’Abbé Combes.
Celui-ci constate que dans les études thérésiennes qui ont précédé règne une « imprécision extrême sur l’ordre des événements et le rapport réel entre la vie et les oeuvres... ». C’est dire la nécessité primordiale d’une chronologie, base de tout itinéraire spirituel... or la correspondance offre un intérêt de 1er plan dans l’établissement de cette chronologie. Sa publication intégrale lui apparaît comme un préalable à tout progrès ultérieur, en particulier à la rédaction de l’ouvrage plus complet auquel il songe, après le succès remporté par ses leçons à l’Institut catholique. (« Introduction à la spiritualité de Ste Thérèse de l’E.J. »).
Pour assurer à son nouveau livre une information de 1ère main, il se fixe quelques mois à Lisieux.
La question de fond relativement aux lettres est abordée au parloir le 22 octobre 1946, avec Sr Geneviève. Celle-ci se résout à l’éventualité de leur publication en un recueil indépendant de l’Histoire d’une âme.
L’Abbé Combes ne peut envisager d’autre formule que l’édition « exacte et complète », selon une structure chronologique.
Sœur Geneviève a un sens indéniable de la chronologie...Pour le reste, ses habitudes mentales d’un ½ siècle ne sauraient se déraciner en un jour. Elle songe sans doute à une anthologie très élargie, n’excluant pas des retouches de forme.
L’Abbé Combes demande instamment que les premiers billets de Thérèse petite fille soient assimilés aux lettres...mais il n’obtient pas gain de cause...
Lorsque le corpus épistolaire semble parvenu à son terme, sr Geneviève lui réclame une Préface. A son tour il pose la question de confiance :
« Il est nécessaire de prévoir ce qui va arriver. Si je vous donne cette Préface, à peine l’édition aura-t-elle paru, je recevrai de partout cette question : « Vous couvrez cette édition de toute votre autorité scientifique ; mais avez-vous vu les autographes ? » ...
Le lundi de Pâques, 7/4/1947, l’Abbé Combes peut enfin examiner les autographes... Et ce qu’il craignait se vérifie : le texte dactylographié jusqu’ici n’est pas authentique !
Après discussion serrée, sœur Geneviève se rend aux raisons de son interlocuteur qui évoquera « ce parloir mémorable où fut prise la décision libératrice de revenir scrupuleusement aux autographes ». Fort de cette promesse, il rédige la Préface. (9/4/1947).
Douloureuse remise en cause : Rentré à Paris, l’Abbé Combes rencontre dans les copies du carmel, un extrait de la lettre de Thérèse à Marie du Sacré Cœur de sept. 96 (Ms B). Cette lettre était devenue, en 1898, le chapitre XI de l’Histoire d’une âme. Mais à l’époque, « diverses raisons avaient conduit à comprimer de façon assez notable le passage proche de la fin et, pratiquement, à réduire à des proportions tout à fait infimes « le petit oiseau » qui jouait un rôle capital dans la dialectique thérésienne ».[18]
L’hiver précédent, il avait persuadé les éditrices des lettres d’introduire la parabole du petit oiseau dans le corpus épistolaire, en le rétablissant dans sa teneur primitive : le texte qu’on lui propose ne répond pas à cette convention... Il écrit à sœur Geneviève lui rappelant la décision de respecter scrupuleusement les autographes : « ... n’y aura-t-il que celui-là qui restera en arrière ? Ce serait d’autant plus regrettable que je le cite en exemple dans la Préface ».
La requête est normale... mais en 1947, elle prend soudain des proportions dramatiques car on vient de glisser du problème des Lettres à celui de l’Histoire d’une âme. Concéder ce passage du « petit oiseau » c’est amorcer l’édition du texte original des Manuscrits Autobiographiques. C’est remettre en cause le travail de Mère Agnès... Par attachement à Mère Agnès, les carmélites résistent... par attachement à la vérité, l’historien, malgré sa vénération pour Mère Agnès, refuse toute concession.
Céline choisit la vérité : le « petit oiseau » figurera parmi les Lettres dans sa teneur originale.
Au début de 1948, nouvelle péripétie ! Le 19 janvier, après une entrevue avec Mgr Picaud, évêque de Bayeux, l’abbé Combes insère cette petite phrase au détour d’une lettre : « Il m’a dit - et il vous a dit, je pense - qu’il ne fallait aucune retouche, même de style. Donc je crois que tout va bien ».
A condition de distinguer ! Sr Geneviève concède, pour les lettres versées au Procès de 1910, la nécessité d’être fidèle à cette source. Quant aux textes qui doivent leur conservation à la seule copie de son carnet intime, ils restent sa propriété. Elle estime donc avoir le droit d’y opérer coupures et retouches, selon qu’elle le jugera opportun.
L’Abbé lui envoie une longue lettre persuasive (ce n’est pas la 1ère ) :
« ... Il est toutefois absolument sûr que vous êtes toujours libres de livrer, ou de ne pas livrer au public ces parties réservées. Seulement comme ma Préface annonce une édition sans retouches, la seule chose qu’il ne faille pas faire serait de retoucher les phrases qui ne vous plaisent pas...
Si donc vous jugez qu’il y a, dans les lettres d’enfant, des phrases indignes d’être publiées, mieux vaut les omettre, tout simplement, puisque la Préface avoue quelques omissions. Nul n’aura rien à dire ».
De l’argumentation, Geneviève retiendra surtout ce qui consacre sa liberté de décision. Elle use donc hardiment de son droit d’omission et ne se résigne pas à laisser publier les « vénérables » fautes d’orthographe. Pour le reste elle est allée de concession en concession...réalisant plus de « progrès d’ordre technique » en 2 ans à peine qu’en tout le reste de son existence.
Les conditions n’étaient pas mûres encore pour permettre l’édition rigoureusement authentique dont avait rêvé l’Abbé Combes... mais on comprend sa joie à la parution du premier volume des Lettres, la veille du 30 septembre 1948, un ½ siècle exactement après celle de l’Histoire d’une Ame.
4 / Vers l’édition définitive 1962 - 1972
Un premier projet était modeste : une simple « édition revue et corrigée ».
Mais en cours de réalisation, le projet se modifia :
D’une part, l’inventaire des sources faisait apparaître à propos des lettres de Thérèse un problème critique non moins complexe que celui du texte de l’autobiographie. D’autre part, le recul donné à l’histoire pa