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Introduction Chapitre I: Les différentes interprétations du sésir de Thérèse (1929-2002) Chapitre III: Le vocabulaire relatif au sacrifice chez Thérèse |
« JE ME SENS LA VOCATION DE PRÊTRE » (Ms B, 2 v°)
Enquête sur le sacerdoce commun chez Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face et l’apport de son expérience pour l’accomplissement de cette vocation aujourd’hui
Mme. Baiba Brudere
Tesi di Laurea in Teologia
con specializzazione in Teologia Spirituale
“ Pour être l’épouse de Jésus, il faut ressembler à Jésus ”
(LT 87, du 4 avril 1889).
“ La seule chose que je vous prie de demander pour mon âme, c’est la grâce d’aimer Jésus et de le faire aimer autant que cela m’est possible ”
(LT 218, du 27 janvier 1897).
“ Travaillons ensemble au salut des âmes, nous n’avons que l’unique jour de cette vie pour les sauver et donner ainsi au Seigneur des preuves de notre amour ”
(LT 213, du 26 décembre 1896).
La vie et les écrits de Thérèse de Lisieux – dont on souligne volontiers le “ titre ” de plus grande sainte des temps modernes – constituent, depuis longtemps, l’objet des recherches théologiques. Pendant les dernières décennies les fruits en sont vraiment abondants, au point de pouvoir affirmer que Thérèse de l’Enfant Jésus est devenue aussi la sainte la plus universellement étudiée, des temps modernes[1]. La cause de son Doctorat a particulièrement mobilisé les théologiens dans un commun effort pour mettre en valeur l’éminence et l’universalité de sa doctrine, et a abouti, le 19 octobre 1997, à sa proclamation de Docteur de l’Église universelle. En présence de cette abondance de réflexions et de recherches, on peut se demander (et beaucoup le font avec étonnement) s’il y a encore dans sa doctrine quelque point qui ne soit déjà étudié ou pas suffisamment expliqué. Le fait même que de nombreuses recherches, sur des sujets divers, continuent à être poursuivies dans différents pays du monde est une réponse claire à cette question. Jean Paul II exprime dans sa Lettre apostolique Divini Amoris Scientia la constatation suivante: “ Même si Thérèse n’a pas un corps de doctrine proprement dit, de véritables éclairs de doctrine se dégagent de ses écrits qui, comme par un charisme de l’Esprit Saint, touchent au centre même du message de la Révélation dans une vision originale et inédite, présentant un enseignement de qualité éminente ”[2]. Ce même phénomène a conduit Hans Urs von Balthasar à conclure avec une certaine admiration de théologien expérimenté: “ Sa vie est pleine de germes de doctrine que la théologie n’a qu’à développer pour être richement fécondée ”[3].
Pourtant, tous ces “ germes ” en question ne trouvent pas une attention égale (et cela est compréhensible); certains de ceux-ci ont été perçus rapidement et reçus, avec enthousiasme; d’autres ont besoin de plus de temps pour être découverts, étudiés et appréciés. Le thème de notre exposé fait certainement partie de ces derniers. Il n’est abordé que rarement et avec une certaine prudence; prudence qui, quelque fois, peut aussi s’exprimer de manière exagérée lorsque, par exemple, en parlant des vocations multiples que Thérèse “ se sent ” après son Acte d’Offrande à l’Amour Miséricordieux, son attrait au sacerdoce n’est pas mentionné parmi d’autres[4]. Sans vouloir accuser une telle omission d’infidélité au message thérésien, il n’y a pas de doute que ce fait manifeste une difficulté à interpréter les paroles “ Je me sens la vocation de Prêtre ”[5] dites par une femme – une sainte canonisée et désormais proclamée Docteur de l’Église – sans étudier leur signification en profondeur. D’autre part, les racines de cette difficulté mènent aux réflexions et questionnements actuels sur la participation de la femme à l’apostolat de l’Église et plus largement sur sa place dans la société humaine.
En effet, la prudence avec laquelle est considérée la présence des aspirations sacerdotales chez Thérèse de Lisieux est une réaction aux mouvements actuels du monde moderne qui trouvent aussi un écho dans la vie de l’Église. Il s’agit du débat contemporain qui vise à obtenir l’égalité entre les femmes et les hommes, dans tous les domaines. Dans un certain sens, on peut dire que la discussion autour de la place de la femme dans la société et son rôle dans la vie de l’Église invite à réfléchir comment appliquer la vérité “ L’Église est dans le monde, mais elle n’est pas du monde ” à cette situation? Cela demande indubitablement une grande capacité de discernement et une prudence surnaturelle. “ Ce n’est pas sans hésitation, souligne avec insistance Monseigneur Boyce, que nous associons le nom de Thérèse Martin au mouvement actuel qui cherche à promouvoir et à amplifier la situation et la dignité de la femme. Le progrès et la libération en faveur desquels plaident à la fois sa vie et son enseignement sont très éloignés des objectifs recherchés par une bonne partie du féminisme contemporain. Pourtant pour ceux qui ont à cœur les intérêts véritables des femmes (...) selon les lois inhérentes à la nature et les perspectives de Dieu dans sa création, Thérèse est (...) un modèle et un exemple ”[6].
Ce qui est suggéré par ces paroles dans un contexte global de la dignité de la femme, peut nous éclairer aussi dans le contexte plus immédiatement lié aux aspirations sacerdotales et apostoliques de Thérèse, aspirations qui quelquefois sont mal interprétées par le mouvement féministe voire prises comme point de référence pour justifier la demande de l’accès des femmes au sacerdoce ministériel. Dans cette situation, les revendications en question qui se veulent expression d’égale dignité de l’homme et de la femme, manifestent non seulement un manque de compréhension de son itinéraire spirituel mais encore un manque de compréhension de la mission de la femme et, surtout, un regard purement humain sur le sacerdoce[7]. Quant à l’itinéraire de Thérèse, son étude approfondie nous permettra d’éclairer les véritables dimensions de son désir du sacerdoce au cours de tout notre exposé, mais au sujet de la mission de la femme et de l’accès au sacerdoce ministériel il est opportun de rappeler quelques explications fondamentales du Magistère de l’Église relatifs à ces questions.
Nous nous concentrerons sur deux documents du Magistère dont la lecture approfondie nous a apporté des lumières utiles pour notre enquête et dans lesquels la question de l’admission des femmes au sacerdoce est abordée explicitement.
Onze ans après le Concile Vatican II la Congrégation pour la Doctrine de la foi a publié la Déclaration sur la question de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel[8]. Il était en effet nécessaire de répondre à certains mouvements qui, tout en voulant mettre en pratique l’enseignement du Concile (plus concrètement, donner une part plus active aux femmes dans divers secteurs de l’apostolat de l’Église[9]), risquaient de prendre une fausse orientation. Il s’agissait notamment de la demande d’admettre les femmes au ministère sacerdotal suite à une expérience semblable dans les Communautés chrétiennes issues de la Réforme. C’est pourquoi il fallait préciser et expliquer la pensée de l’Église catholique sur cette question. De toutes ces explications, nous mettrons en relief celles qui sont plus directement liées à notre sujet.
Premièrement, il est indispensable de bien situer la question de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel. Il n’est pas rare qu’on se trompe sur l’essence même de la question car il s’agit de discerner quel est le domaine auquel appartient le sacerdoce ministériel. Est-ce vraiment le domaine des droits fondamentaux de la personne et donc, l’égale dignité de l’homme et de la femme, aujourd’hui reconnue comme norme, qui exige qu’on revoit la position de l’Église catholique qui n’a pas changée au cours des siècles (alors que la mentalité des hommes et des femmes a considérablement changé)? Les discussions accompagnées de recherches historiques, sociologiques et psychologiques[10] qui inclinent à penser dans ce sens font, pour ainsi dire, du sacerdoce ministériel un domaine parmi tant d’autres. Dans ce cas, le refus d’admettre les femmes au sacerdoce ministériel est perçu comme une forme de discrimination alors que le Concile avait souligné que toute discrimination doit être dépassée et éliminée, car contraire au dessein de Dieu[11]. “ Le mode actuel d’argumenter risque d’obscurcir des éléments essentiels ”[12], remarque la Déclaration de 1976. Et après avoir examiné les résultats des recherches dans le champ de l’exégèse, de la patristique et de l’histoire de l’Église, cette remarque est complétée par l’affirmation suivante: “ La Congrégation pour la Doctrine de la foi retient le devoir de rappeler que l’Église, en raison de la fidélité à l’exemple de son Seigneur, ne se considère pas autorisée d’admettre les femmes à l’Ordination sacerdotale ”[13].
En effet, l’Église ne se voit pas “ autorisée ” à ouvrir cette voie aux femmes pour la raison essentielle suivante: en appelant à l’Ordre sacré et au ministère proprement sacerdotal uniquement les hommes, elle entend rester fidèle au type du ministère ordonné voulu par le Seigneur et scrupuleusement conservé par les apôtres[14]. Cela revient à affirmer que la question de l’admission ou non des femmes au sacerdoce ministériel, appartenant au domaine du salut (donc domaine où Dieu a l’initiative absolue) ne relève pas de la compétence humaine et, par conséquent, ne dépend pas des mœurs humains, sujets au changement. La réponse fondamentale et suffisante à la question est l’Incarnation même du Fils de Dieu[15]. Le sacerdoce ministériel ne fait pas partie des droits de la personne, mais dépend de l’économie du mystère du Christ et de l’Église. “ La fonction du prêtre ne peut pas être ambitionnée comme terme d’une promotion sociale; aucun progrès purement humain de la société ou de la personne ne peut y donner accès: il s’agit d’un ordre divers ”[16].
Celle qui portait le nom de Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face et que la lumière du mystère de l’Incarnation et de la Rédemption avait guidée tout au long de son cheminement serait-elle en contradiction avec cette vérité?
Deuxièmement, la Déclaration indique, à trois reprises, que la question soulevée est à considérer dans un contexte plus large: celui des dynamismes et des richesses propres de l’hommes et de la femme. Cette invitation qui se trouve au début et à la fin du document (et faisant ainsi une inclusion)[17] n’est pas moins importante que l’explication que nous venons d’évoquer. Comme il est noté dans le texte, l’explication de cette position de l’Église sera peut-être ressentie douloureusement dans l’immédiat, mais sa valeur rejaillira en approfondissement des missions respectives de l’homme et de la femme. C’est dans cette perspective qu’une lumière complémentaire pour interpréter le désir profond de Thérèse nous est apportée par un autre document du Magistère récemment publié[18].
La Lettre sur la collaboration de l’homme et de la femme, publiée 28 ans plus tard[19], complète et approfondit, en effet, l’idée de la valeur de leurs dynamismes propres qui ne doivent donner lieu ni à la concurrence ni à la jalousie[20].
Face aux courants de la libération de la femme qui ont tendance à considérer “ comme sans importance et sans influence le fait que le Fils de Dieu ait assumé la nature humaine dans sa forme masculine ”, l’Église oriente vers “ une collaboration active entre l’homme et la femme, précisément dans la reconnaissance de leur différence elle-même ”, car cette différence est orientée vers la communion[21].
Quels sont les aspects du dynamisme féminin qui peuvent nous éclairer sur l’essentiel dans le désir de Thérèse et, surtout, sur la réalisation de ses aspirations apostoliques? À la lumière de ce nouveau document nous en discernons principalement deux.
C’est d’abord le dynamisme qualifié de capacité de l’autre. “ La femme garde l’intuition profonde, note le document de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, que le meilleur de sa vie est fait d’activités ordonnées à l’éveil de l’autre, à sa croissance, (...) malgré le fait qu’un certain discours féministe revendique les exigences "pour elle-même" ”[22]. Trois observations s’imposent à la lecture de cette affirmation. Premièrement, en considérant l’itinéraire de Thérèse, il n’y a pas de doute que ce dynamisme s’est manifesté chez elle avec une force particulière. Deuxièmement, en réfléchissant sur les capacités qui assurent la fécondité du sacerdoce (non seulement ministériel mais aussi baptismal), on peut affirmer avec certitude qu’une certaine “ capacité de l’autre ” en fait partie, car l’exercice du sacerdoce implique nécessairement la dimension ecclésiale, dimension tournée vers autrui; enfin, la remarque concernant l’égoïsme des revendications féministes, quand celles-ci sont marquées par un repliement sur soi (impropre à Thérèse), confirme qu’il serait faux de classer ses aspirations sacerdotales comme exprimant une tendance féministe.
Le deuxième aspect indique que l’intensité avec laquelle “ la capacité de l’autre ” s’est exprimée chez Thérèse a était nourrie par sa relation vivante avec la Vierge Marie. En effet, le document rappelle avec insistance la référence fondamentale à la figure de Marie en tout ce qui concerne le devoir de l’Église de “ demeurer en la présence du mystère d’amour de Dieu, manifesté par le Christ, de le contempler et de le célébrer ”[23]. Cette contemplation que l’on pourrait appeler “ vitale ” (en tant qu’elle conduit à vivre ce qui est contemplé) implique ainsi des attitudes concrètes qui “ deviennent, en Jésus et par Lui, la vocation de tout baptisé ”[24]. Or toutes ces attitudes, évoquées comme source de fécondité pour l’Église, attitudes qui ont était à un degré éminent celles de Marie, se retrouvent, en effet, chez la sainte de Lisieux: – l’écoute et l’accueil de la Parole de Dieu[25]; – la réceptivité filiale et l’ouverture à la grâce en tant que dynamisme essentiel de la foi[26]; – l’acceptation humble et aimante de la volonté de Dieu comme expression de l’approfondissement de la foi, foi qui renvoie sans cesse à Jésus. La clé de la fécondité de ces attitudes consiste dans le fait que celles-ci font connaître l’intimité du Christ et “ la puissance de l’amour, telle que Dieu la déploie et la manifeste dans la vie même de son Fils bien-aimé ”[27]. La vie de Thérèse, ne témoigne-t-elle pas de cette puissance de l’amour reconnue et accueillie personnellement? Ces aspirations, y compris apostoliques et sacerdotales, semblent s’inscrire dans ce mouvement d’amour avec toute sa puissance salvatrice. Sa référence “ vitale ” à Jésus et à Marie fait que son amour devient apostolique et demande à s’exprimer dans cette dimension.
Finalement, notons que la Lettre sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et dans le monde souligne que les attitudes évoquées déterminent un aspect essentiel de l’identité de la vie chrétienne; elles ne relèvent pas de manière exclusive du dynamisme proprement féminin. Toutefois le texte ajoute: “ Il appartient de manière caractéristique à la femme de les vivre avec une particulière intensité et avec naturel. Ainsi, les femmes ont un rôle de la plus grande importance dans la vie de l’Église, en rappelant ces attitudes à tous les baptisés et en contribuant de manière unique à manifester le vrai visage de l’Église, épouse du Christ et mère des croyants ”[28]. C’est dans cette perspective que le Magistère invite les femmes à voir, et à apprécier, leur mission au sein de l’Église et du monde. De là découle la conclusion dans laquelle est explicitement évoquée la question des aspirations des femmes au sacerdoce ministériel: “ Dans cette perspective, on comprend aussi en quoi le fait que le sacerdoce ministériel soit exclusivement réservé aux hommes n’empêche en rien les femmes d’accéder au cœur de la vie chrétienne. Pour tous les chrétiens, elles sont appelées à être des modèles et des témoins irremplaçables de la manière dont l’Épouse répond par l’amour à l’amour de son Époux ”[29].
Cette dernière remarque laisse spontanément entendre comme un écho à l’expérience de Thérèse qui désirait rendre Amour pour Amour[30]. En même temps, la conclusion met en relief la différence énorme qu’il y a entre des “ valeurs féminines ” et des “ revendications féministes ”.
Telle est, dans ses grandes lignes, la réponse du Magistère aux interrogations contemporaines sur la mission de la femme face au courant du féminisme. Il nous convient maintenant d’aborder quelques réflexions théologiques sur ce sujet.
L’actualité de la réponse aux aspirations sacerdotales des femmes a, en effet, été également confirmée par des études théologiques. Comme nous l’avons déjà évoqué, celles-ci n’étaient cependant pas nombreuses. Cela peut être expliqué d’une part par le fait qu’auparavant la question du rôle de la femme dans la vie ecclésiale n’était pas posée sous l’angle de l’admission des femmes au sacrement de l’Ordre sacré, considérant que cette question n’était pas discutable: le sacerdoce ministériel est réservé aux hommes de par le fait de la révélation et de la tradition. D’autre part, dans le contexte d’un féminisme qui cherchait à affirmer ses droits, des études de ce genre pouvaient paraître comme “ peu commodes ” ou moins fructueuses par rapport à d’autres sujets.
Les réflexions théologiques relatives au sujet "la femme et le sacerdoce" dont nous avons pris connaissance, présentent trois objectifs: – certains auteurs se concentrent sur les origines et les raisons de l’interdiction de l’accès au sacerdoce ministériel aux femmes[31]; – une étude est dédiée à la participation de la femme à l’apostolat de l’Église et à la question d’une éventuelle restitution du ministère diaconal pour les femmes[32]; – enfin, plusieurs réflexions concernent plus ou moins directement les aspirations sacerdotales de Thérèse de Lisieux. Ce sont ces dernières qui retiendront davantage notre attention, en raison même d’un rapport explicite au sujet de notre enquête.
Les réflexions en question peuvent être subdivisées en deux groupes: celles qui traitent de ce sujet corrélativement à leur objectif central et celles qui abordent le désir du sacerdoce chez Thérèse directement, bien que là encore l’approche est plus ou moins profonde. Par conséquent, toutes ces études ne se situent pas sur le même plan et n’éclairent pas notre enquête d’une même intensité. Malgré ce fait, nous jugeons utile de les présenter brièvement afin de mieux situer l’évolution de l’interprétation du désir de Thérèse.
Même si l’on peut supposer qu’il soit plus facile de commenter le désir de Thérèse corrélativement à un autre sujet qui pourrait apporter une lumière complémentaire, ce genre d’études apparaît presque vingt ans après la première des études qui abordent ce désir directement.
1. En 1946, dans le cadre de l’introduction à la spiritualité de Thérèse de l’Enfant Jésus, A. Combes aborde brièvement ce désir de la sainte en le qualifiant de “ vocation sacerdotale ”[33]. Le contexte dans lequel apparaît cette conclusion est celui de la Rédemption universelle. Plus précisément, l’auteur identifie le désir du sacerdoce de Thérèse avec son désir de “ sauver les âmes ”. Deux autres précisions: premièrement, le point de référence principal de cette vocation sacerdotale de Thérèse est la grâce du “ sitio ” reçue en 1887[34]; à la lumière de ce point de départ, les paroles du Ms B, 2 v° apparaissent comme l’accomplissement de cet événement. Deuxièmement, le désir de sauver les âmes est considéré comme une “ mission ” reçue de Jésus Crucifié à participer étroitement à son œuvre, c’est pourquoi A. Combes n’hésite pas à lui donner le nom de “ l’élue du Crucifié ”: “ Sauver les âmes! Depuis un dimanche de juillet 1887, l’élue du Crucifié n’a pas d’autres missions à accomplir ”[35]. Enfin, l’accent mis sur le caractère dominant de la mission reçue, suggère que cette dimension sacerdotale joue un rôle important dans la spiritualité thérésienne vue dans son ensemble.
2. En 1970, cinq ans après le Concile, Thomas Lombard fait publier dans la Vie Thérésienne l’article “ Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et l’Église de Vatican II ”[36]. L’auteur aborde le sacerdoce de Thérèse à la lumière de l’ecclésiologie du Concile (approche qui sera aussi partie intégrante de notre démarche). Un tiers de l’article est dédié à ce sujet, l’auteur y attache donc une grande importance. Soulignons-en les éléments les plus suggestifs.
D’abord, un rôle essentiel est conféré à l’expérience vivante que Thérèse fait du mystère de l’Église et qui est le soubassement de toutes ses aspirations[37]. Sans hésiter Th. Lombard attribue à Thérèse la découverte du sacerdoce commun de tous les fidèles qu’elle vivait, il note, dans l’obéissance à l’Esprit Saint. C’est en suivant le mouvement de l’Esprit, que la dimension sacerdotale du Peuple de Dieu s’actualise en chacun de ses membres[38].
Parmi les textes qui sont choisis pour montrer les différents aspects du sacerdoce thérésien (tant l’aspect descendant qu’ascendant), c’est, une fois encore, le texte de la grâce du “ sitio ” qui est noté en premier. Cette grâce ouvre Thérèse à la perfection de la charité, perfection qui, remarque l’auteur, non seulement est étroitement liée à l’exercice du sacerdoce commun, mais “ c’est peut-être dans l’idée du sacerdoce commun à tous les fidèles qu’elle s’exprime le mieux ”[39].
La dimension universelle de l’amour (la charité apostolique) est celle qui est particulièrement mise en relief pour montrer comment le sacerdoce que Thérèse vit, est participation de celui du Christ lui-même, et comporte tous les aspects de son sacerdoce. Son expérience à la table de pécheurs est considérée comme celle où “ son être sacerdotal rejoint le cœur du Christ Prêtre, en se considérant solidaire des pauvres pécheurs ”[40]. Enfin, on peut résumer la vision de Th. Lombard dans cette triple définition du sacerdoce thérésien: – C’est dans la ligne de partage intégral que s’inscrit la perspective du sacerdoce des fidèles chez Thérèse, – c’est sa liberté dans la disposition de l’Amour du Christ, dans les richesses de grâce présentes en l’Église, – c’est le désir d’unir, d’être le lien, d’être celle qui, à la fois, reçoit et donne[41].
3. En 1994, l’étude de A. Wollbold présente une interprétation du désir de Thérèse à la lumière de tout son itinéraire, mais plus immédiatement dans le cadre de la quête de son identité féminine[42]. Le point de départ de la réflexion, qui reste aussi le point de référence principale, est le rapport de Thérèse avec le sacerdoce ministériel[43]; le terme de sacerdoce commun n’apparaît pas, bien que la réalité que celui-ci implique est sans doute présente et appréciée.
Trois aspects principaux marquent les étapes de l’analyse de l’auteur. Premièrement, l’attrait au sacerdoce s’enracine chez Thérèse dans la perception de la haute dignité du prêtre, dignité qui à l’époque est perçue comme une distinction particulière (“ eine besondere Auszeichnung ”) devant Dieu et devant les hommes[44]. Ce qui attire surtout Thérèse dans la vocation de prêtre, c’est son intimité particulière avec Dieu (“ Unmittelbarkeit zu Gott ”) et, son privilège de toucher l’hostie. Deuxièmement, il faut tenir compte également de l’arrière-fond de cet attrait: le désir de ses parents d’avoir un fils qui serait prêtre. Troisièmement, la vocation du Carmel, dans laquelle Thérèse découvre la complémentarité de la mission apostolique et contemplative, joue aussi un rôle important. Cependant cette complémentarité perçue, qui s’inscrit dans la ligne de la communion ecclésiale, n’efface pas complètement le désir du sacerdoce, car Thérèse est sans cesse attirée par cette relation d’intimité avec Jésus et par la tâche apostolique.
De là il s’ensuit, pour A. Wollbold, un certain déchirement entre la perception de la complémentarité des vocations (“ communio ”) et le désir de l’identification avec le sacerdoce, déchirement dont témoigne le Ms B, 2 v°[45]. Enfin, la découverte de sa vocation propre – vocation de l’amour au cœur de l’Église – conduit Thérèse à surmonter ce déchirement. Car, dans la charité, elle découvre de manière approfondie l’unité de toutes les vocations dans l’Église. C’est pourquoi elle peut vivre la vocation sacerdotale grâce et à travers la “ communion ecclésiale ”[46]. Thérèse comprend que, dans l’amour, la communion ecclésiale est beaucoup plus qu’un simple partage des rôles; la communion devient une réalité où les différentes vocations s’imbriquent les unes dans les autres.
Ainsi, la carmélite trouve dans l’amour, cette intimité désirée avec Dieu qu’elle percevait comme un privilège des prêtres: l’amour est le chemin éminent qui conduit à Dieu. D’autre part, Thérèse dépasse ainsi de beaucoup la vision restrictive selon laquelle la vocation au sacerdoce ministériel était perçue comme une distinction particulière d’une personne et de sa famille. Elle va à l’essentiel: Comment l’Église peut-elle, dans la symphonie des vocations multiples, répandre l’amour du Christ? Il s’ensuit que le sacerdoce de Thérèse se situe finalement sur le plan du sacerdoce commun, même si l’auteur ne le dit pas explicitement. Sa conclusion est la suivante: “ Le désir du sacerdoce chez Thérèse n’est pas une option pour le sacerdoce de la femme (et bien sûr pas non plus une option contre), mais l’expression de la quête d’une fille, de son identité féminine dans un milieu centré sur les clercs ”[47].
4. En 1997, à l’occasion du centenaire, Virginia Azcuy aborde le désir de Thérèse dans le cadre de la théologie existentielle de la femme[48]. Bien que la question de la signification de ce désir n’est pas l’objectif premier de l’auteur, l’itinéraire de Thérèse est indiqué comme un modèle de “ sacerdoce féminin ”, le contenu de ce terme différant essentiellement d’une prétention au sacerdoce ministériel pour les femmes. En effet, l’essai de V. Azcuy se situe (avec celui de M. Schumacher) parmi les approches qui comparent explicitement le sacerdoce de Thérèse avec les attitudes de la Vierge Marie. Toutefois, de par le fait que la question n’est abordée que corrélativement à l’objectif central de la recherche, cette perspective n’est pas approfondie. Les deux affirmations qui la concernent, expriment d’abord la possibilité de considérer le désir de Thérèse à la lumière de la “ prêtrise spirituelle ” que Marie a vécue d’une façon remarquable[49], puis l’accomplissement du sacerdoce en question “ au pied de la croix ”, comme pour Marie[50].
La réflexion comporte encore d’autres aspects, relevés comme importants dans l’interprétation des aspirations sacerdotales de Thérèse: – le désir de ses parents d’avoir un fils pour qu’il soit prêtre; – l’expérience de la prière pour les prêtres; – la corrélation entre la clé de la vocation de Thérèse dans le manuscrit B et les vocations multiples qu’elle se sent. Finalement, la plus grande importance est attribuée à ce dernier aspect puisque V. Azcuy conclue: “ La clé du Manuscrit B se trouve dans la découverte de l’Amour: Thérèse se rend compte qu’elle sera tout en étant amour (3 v°), même prêtre. Cela veut dire qu’à sa vocation d’"épouse, carmélite, et mère des âmes", Thérèse incorpore dans l’amour toutes les autres vocations, en sous-entendant qu’elles le sont spirituellement ”[51].
5. La réflexion de Michèle Schumacher publiée un peu plus tard[52], va dans la même direction. Le désir d’être prêtre de Thérèse non seulement n’est pas considéré comme une revendication ministérielle, mais tout le discours sur le sacerdoce thérésien est construit, en quelque sorte, comme une réponse au courant féministe. Le titre de la section consacrée au sacerdoce le suggère déjà: Le “ tout ” thérésien de la grâce et de la mission: Au-delà de la problématique vocationnelle[53]. Même si la clé de l’interprétation est vue dans le même passage (Ms B, 3 v°), la conclusion comporte des accents différents. – L’auteur évoque d’abord la vocation de “ guerrier ” qui, dans l’énumération de toutes les vocations, précède celle de “ prêtre ” et, qui n’est pas à comprendre dans le sens direct de combat sur les champs de bataille: “ son glaive n’est autre que l’Amour ”[54]. Il semble bien que l’intention de M. Schumacher est de suggérer ainsi que la réalisation de la vocation de prêtre n’implique pas nécessairement une prétention au sacerdoce ministériel. Car, la découverte de sa vocation d’être l’amour domine et dépasse toutes les autres vocations énumérées. C’est pourquoi M. Schumacher invite à regarder au-delà d’une problématique vocationnelle “ particulière ” pour découvrir, avec Thérèse, l’aspect “ universel ” de toute vocation.
Thérèse demande d’être tout, mais cette demande implique, en même temps, le don total d’elle-même pour les autres. C’est dans cette lumière du don de soi pour les autres, par son union au Christ, qu’est considéré le sacerdoce thérésien. Thérèse le réalise “ dans un esprit semblable à la disponibilité complète de Marie, de son oui "ouvert" qui constitue le don d’elle-même au Seigneur pour ses desseins salvifiques ”[55]. Ce dernier aspect impliquant nécessairement la foi et l’abandon, M. Schumacher résume ce don de Thérèse comme “ sacrifice de foi ” dans lequel elle a reçu son “ tout ”. En effet, les multiples vocations de Thérèse, y compris celle de prêtre, sont perçues comme une nouvelle expression de son “ je choisis tout ” qui, par son union au Christ, dépasse toute limite. Son désir du sacerdoce signifie son “ unique préoccupation à sauver les âmes et de les attirer dans l’intimité de son Seigneur ”[56].
Des cinq études ici présentées, quatre seront analysées à part à cause de leur profondeur et leur importance pour notre enquête. Une seulement, en raison de sa brièveté (ce qui ne signifie point qu’elle manquerait de profondeur) ne dépassera pas le cadre de l’introduction générale. Elle sera présentée plus longuement; pour les quatre autres réflexions, nous n’indiquerons ici que leur accent principal.
1. La première des études qui pour ainsi dire “ ose ” aborder directement les aspirations sacerdotales d’une sainte canonisée, est L’Ange du sacerdoce du Père S. Navantès publié en 1929[57]. C’est une étude d’un grand équilibre qui n’a d’autre but que de montrer objectivement et sans préjudices l’évolution du rapport de Thérèse avec le sacerdoce. Grâce au regard réaliste, en même temps que surnaturel, de l’auteur, le désir d’être prêtre n’apparaît pas comme un aspect qui serait, en quelque sorte, à justifier. Pour S. Navantès, l’attrait de Thérèse au sacerdoce est réel, mais loin d’être incompréhensible, il représente une réalité sublime. “ Prêtre dans le désir ”, telle est la parole qui résume l’interprétation de Navantès.
2. En 1982, paraît l’article très suggestif du Père Emmanuel Renault “ Les aspirations sacerdotales des deux Thérèse ”[58]. L’originalité de cette recherche consiste dans le fait qu’elle permet d’entrevoir l’affinité des deux saintes dans leurs aspirations. Thérèse est bien la fille de la Madre. Connaissant la ferveur et la simplicité de la “ petite ” Thérèse, l’auteur ne s’étonne pas de l’audace et de la force de son désir. Parmi les points de ressemblance entre les deux Thérèse sont à noter: – “ une égale ardeur de témoigner pour le Christ à quelque prix et où que ce soit ”; – le fait “ qu’elles se rendent bien compte qu’elles "déraisonnent" (V. 34, 8, 252) et reconnaissent leur faiblesse et "incapacité" (C. 15, 6, 412) ou "petitesse" (Ms B, 2 v°) mais il n’est pas en leur pouvoir "d’étouffer l’Esprit" qui les anime ”[59]; – le même sens de totalité dans leur don. De même, la genèse de ces aspirations montre qu’elles ne sont pas le résultat d’une simple réflexion sur la situation de l’Église en leur temps, moins encore l’aboutissement d’un besoin naturel d’action, mais le fruit lentement mûri d’une maturation spirituelle guidée par l’Esprit Saint. Selon la conclusion de l’auteur, les paroles du Ms B, 2 v° “ Je me sens la vocation de Prêtre ” sont à situer dans la droite ligne de la grâce du “ sitio ” et constituent l’accomplissement de celle-ci. “ L’amour absolu de Thérèse pour "Jésus seul" est resté constamment et résolument centré sur le Christ en croix depuis cette "vision" du "sang qui tombait d'une de ses mains divines". C’est dans cette perspective qu’elle vivra tous les événements de sa vie religieuse ”[60]. Le désir d’être prêtre est ainsi l’aboutissement d’une expérience spirituelle intense d’amour de Dieu dans la personne du Christ.
Enfin, Emmanuel Renault donne une clé d’interprétation de ce désir car il n’y a pas de contradiction entre la soumission inconditionnelle à la volonté de Dieu, qui “ ne permet aucun doute sur son acceptation pleine et entière de l’impossibilité radicale de voir réaliser son "rêve" ici-bas ”[61] et, en même temps, la vivacité et la persistance de ce désir. – Pour l’interpréter, il faut éviter de se placer sur un plan purement humain. “ Il faut nécessairement se placer dans la perspective qui était celle des deux Thérèse, (...) entrer dans le climat exclusivement spirituel qui formait leur raison d’être et de vivre, essayer de les rejoindre jusqu’à ce centre intérieur où peuvent s’unir les contraires: la perfection de la charité où l’amour du Christ ne fait qu’un avec l’amour du prochain ”[62].
3. La réflexion du Cardinal Jean-Marie Lustiger montre comment les paroles du Ms B, 2 v° expriment une intuition d’une grande justesse à l’égard de ce qu’est le sacerdoce catholique et à l’égard du mode dans lequel tout baptisé est appelé à participer au sacerdoce du Christ[63].
4. L’étude de Monseigneur Jean Sleiman éclaire le sacerdoce thérésien à la lumière de son désir d’aimer Jésus et de le faire aimer[64]. Il est situé dans la ligne du sacerdoce baptismal mais un fort accent est mis sur la vocation carmélitaine de Thérèse, vocation qui spécifie ce sacerdoce et le montre en tant que sacerdoce de l’épouse de Jésus.
5. Enfin, le point de vue de Claude Langlois diffère considérablement de toutes les réflexions présentées jusqu’ici[65]. Pour l’auteur de l’étude, Thérèse non seulement a désiré être prêtre “ pour dire la messe ”[66], mais encore la manière dont Thérèse répond à ce désir montre deux Thérèse radicalement opposées: l’une anticléricale, l’autre fraternelle aux prêtres. Malgré les conclusions qui malheureusement séparent le désir du sacerdoce de Thérèse de son évolution spirituelle, la réflexion de C. Langlois mérite d’être analysée de près.
Après avoir présenté ces différentes réflexions sur la signification des aspirations sacerdotales de la sainte de Lisieux – réflexions qui nous ont aidé à approfondir notre recherche – nous pouvons passer à quelques remarques préliminaires et à l’explication de notre démarche.
Comme le titre de notre travail l’exprime, notre intention est de clarifier avant tout la signification du désir du sacerdoce exprimé dans un passage précis du Ms B, 2 v°, passage qui énumère les vocations multiples que Thérèse “ se sent ” au moment de la rédaction du manuscrit. “ Je me sens la vocation de Prêtre (...) ”, dit-elle, toutefois cette affirmation fait partie de l’explicitation de la confidence livrée plus haut: “ Être ton épouse, ô Jésus, être carmélite, être par mon union avec toi, la mère des âmes, devrait me suffire... il n’en est pas ainsi... Sans doute, ces trois privilèges sont bien ma vocation, Carmélite, Épouse et Mère, cependant je sens en moi d’autres vocations (...) ”. C’est précisément à cet endroit que s’insère l’énumération de ces “ autres ” vocations: guerrier, prêtre, apôtre, docteur, martyr. Mais il y a plus, car le sentiment (ou la perception) de toutes ces vocations est résumé dans une constatation qui suit immédiatement: “ Enfin, je sens le besoin, le désir d’accomplir pour toi Jésus, toutes les œuvres les plus héroïques... ”.
De ce contexte découlent deux observations qui précisent le champ de notre recherche. Premièrement, la phrase qui résume l’essence des “ autres vocations ” – dont aussi celle de prêtre – indique l’orientation générale propre à la carmélite, à l’époque où ces paroles sont exprimées. Cette orientation est donc un besoin intérieur d’un don total et radical pour Jésus et aussi pour l’Église, puisque tout le contexte du manuscrit B est fortement marqué par la dimension ecclésiale[67]. Deuxièmement, la date de la rédaction du manuscrit nous renvoie au mois de septembre 1896 et donc à une époque précise de son évolution spirituelle. C’est le temps que l’on peut sommairement appeler “ temps d’après l’Offrande ”, temps de sommet de son épanouissement conforme aux grâces reçues. C’est dire que la parole “ Je me sens la vocation de Prêtre ” est une parole mûre et correspond à une expérience de plénitude. Il reste toutefois que Thérèse cherche comment l’exprimer plus précisément puisque, avant d’exprimer ce sentiment des nombreuses vocations qui l’habitent, elle dit: “ Ah! pardonne-moi Jésus, si je déraisonne en voulant redire mes désirs, mes espérances qui touchent à l’infini ”[68].
Cette expérience de plénitude qui cherche à se dire, nous permet de parler d’une “ intuition ” de la sainte; intuition qui, aujourd’hui, peut être explicitée davantage tant sur le fondement de l’étude de son itinéraire (considéré spécialement du point de vue de ce désir du sacerdoce) que sur le fondement de l’enseignement du Magistère de l’Église (qui concerne la problématique exprimée dans les passages cités ci-dessus). C’est ici que notre recherche va se concentrer.
Cela ne signifie pas que notre étude ne tiendra pas compte d’autres paroles de Thérèse relatives à son désir du sacerdoce; au contraire, nous considérons que celles-ci sont étroitement liées à l’affirmation du Ms B, 2 v°. Cependant ce n’est pas notre intention de les analyser à part ni d’en donner l’interprétation dans chaque cas concret; nous les rencontrerons au cours de la présentation des réflexions des quatre auteurs qui ont abordé de près le désir du sacerdoce chez Thérèse et nous exprimerons notre jugement à l’égard des conclusions de ces auteurs.
En indiquant comme orientation principale de notre enquête la correspondance de l’intuition de Thérèse au sacerdoce commun, nous partons de notre hypothèse initiale qui non seulement a donné un premier mouvement à notre recherche mais a été aussi confirmée par l’analyse effectuée. L’hypothèse comprend trois observations: 1) les aspirations sacerdotales de Thérèse s’inscrivent plutôt dans la ligne de la grâce du “ sitio ”[69] comme son aboutissement cohérent et n’expriment guère un rêve[70] (voire espoir) de pouvoir réaliser littéralement ce qu’elle dit, ce qui reviendrait à une volonté d’accéder au sacerdoce ministériel; 2) son attrait pour le sacerdoce a cependant un rapport étroit avec son idée du sacerdoce, connu seulement comme sacerdoce “ ministériel ” et ordonné à la perfection chrétienne – ce dernier fait ayant une grande importance; 3) le désir de ses parents d’avoir un fils prêtre a sans doute joué un rôle non négligeable quant à la force de ses aspirations, mais pouvait-il influencer Thérèse au point qu’elle finisse par être en contradiction avec elle-même et avec sa “ petite voie ”?
Enfin, l’analyse attentive des études déjà faites, dont plusieurs placent le désir en question dans le sens du sacerdoce baptismal, ne doit pas nous conduire à une reprise de leurs conclusions. Notre but est, en s’appuyant sur le meilleur de leur réflexion, et surtout sur les paroles de Thérèse elle-même, d’“ aiguiser notre sens de la vérité ”[71] et d’éviter de ramener la pensée de Thérèse à ce que nous en comprenons de prime abord[72].
Déjà en 1969, Conrad De Meester relevait ainsi les difficultés qu’on peut rencontrer en cherchant à approfondir la doctrine de Thérèse:
“ Thérèse de Lisieux se présente dans la théologie spirituelle un peu comme un cas à part. Profonde, elle est simple. Réfléchie, elle ne systématise pas. Intuitive, sa forme reste affective et imagée. Mystique, elle narre l’inénarrable. (...) Ce "genre littéraire", capable de révéler ses doctrines cruciales à l’homme de la rue, risque d’égarer ceux qui cherchent à les approfondir. Il nous semble qu’une bonne analyse de la doctrine thérésienne n’exige pas tant de capacité spéculative, que (...) de sensibilité à la structure et aux mouvements de l’esprit de notre carmélite. Chez elle, il faut comprendre un concept selon les formes dans lesquelles il se "conçoit", se "reçoit" en elle. (...) On doit connaître son passé, son tempérament et son éducation, son genre de vie et son milieu religieux, son esprit et son cœur, ses grâces et ses désirs ”[73].
Cette observation, qui laisse transparaître non seulement une longue familiarité avec les écrits de la sainte mais aussi une grande expérience dans leur interprétation, s’applique sans doute à tout le message thérésien; toutefois tous les aspects du message ne manifestent pas les mêmes “ mouvements de l’esprit ” de la carmélite. C’est pourquoi après avoir étudié le désir du sacerdoce chez Thérèse, en suivant les conseils ci-dessus, nous mettrons en relief ceux des éléments méthodologiques qui se sont avérés utiles plus particulièrement à l’égard de l’interprétation de ce désir concret et, notamment des paroles du Ms B, 2 v°.
“ L’intelligence proportionne sa méthode à l’objet qu’elle étudie ”, note judicieusement Pascal Ide[74]. Compte tenu des difficultés évoquées à analyser et interpréter les paroles de Thérèse, chaque étape de notre recherche tente d’employer différentes approches afin d’explorer le contenu et les vraies dimensions du désir de la carmélite. Le choix méthodologique implique ainsi une diversité qui est voulue, et qui réunit tant analyse des textes de Thérèse, qu’étude approfondie de son vocabulaire et des événements de sa vie relatifs à ses aspirations sacerdotales, mais aussi analyse (et non seulement “ lecture ”) des réflexions – théologiques et historiques – sur la signification de ces aspirations.
Les remarques qui suivent présentent quelques aspects de la spécificité de l’interprétation; à chaque remarque correspond un chapitre de notre recherche.
1. Lorsque Thérèse exprime son désir du sacerdoce en septembre 1896, en rédigeant le Manuscrit B, et l’exprime précisément en termes de “ vocation qu’elle se sent ” (cf. 2 v°), cette expression est nouvelle, cependant le désir comme tel (avec son contenu bien réel) l’a habité déjà auparavant. Il y a donc l’expression et il y a la réalité qu’elle tente de décrire. Sans les dissocier, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il y ait une correspondance parfaite entre son expérience intérieure et son langage. Car Thérèse “ écrit avec le cœur ”[75], elle ne cherche pas à définir et à systématiser. Sa forme d’expression est plus “ spontanée ” que “ réfléchie ” au sens technique du terme, sans manquer pour autant, évidemment, de profondeur[76]. – Au contraire, le sens profond de ses paroles donne beaucoup de matière à réflexion. C’est pourquoi une conclusion hâtive sur la signification de son désir du sacerdoce – désir qui parmi d’autres constitue lui aussi “ comme un cas à part ” – peut conduire à une interprétation trop superficielle.
Il est donc utile de ne pas s’arrêter à une première conclusion, mais de la confronter à d’autres points de vue et réflexions, pour ainsi dire, “ tous azimuts ”. Cette approche s’avère profitable même dans le cas où une conception présente des conclusions erronées et semble, de prime abord, sans intérêt considérable, car un regard attentif sur ce qu’il peut y avoir d’erroné ou d’équivoque, aide à approfondir ces aspects et à se concentrer sur l’essentiel[77]. D’autre part, tenir compte des réflexions des auteurs qui nous ont précédés sur le chemin de l’interprétation du désir du sacerdoce chez Thérèse de Lisieux, suppose d’admettre que ces interprétations contiennent aussi des éléments subjectifs, car chacun regarde les réalités à travers son prisme personnel[78]. Pour comprendre pleinement, à 100 %, le désir du sacerdoce chez Thérèse, il faudrait pouvoir s’identifier entièrement avec la carmélite, mais cela serait-il possible, et une telle identification est-elle nécessaire? Car une réalisation concrète doit nous conduire à mieux comprendre ce qu’il peut y avoir d’universel et donc de valable pour tous[79].
Le chapitre I de notre recherche – Les différentes interprétations du désir de Thérèse (1929‑2002) – présente donc un premier pas vers une synthèse des éléments les plus essentiels qui caractérisent le désir du sacerdoce chez la sainte de Lisieux. En nous appuyant sur les réflexions de ceux qui nous ont précédé, notre intention est de percevoir le sens global dans lequel s’inscrit ce désir. L’analyse détaillée de chaque démarche dans son originalité nous permet de suivre les liens que les auteurs font entre les différents événements de la vie de Thérèse qui sont considérés comme déterminants pour la genèse de son désir ainsi que pour ses réalisations. Ce sont en effet ces liens qui laissent discerner la signification de ses aspirations profondes. Cependant la tâche n’est pas des plus faciles car il s’agit de considérer les aspirations de Thérèse dans le contexte qui est le sien et sans anticiper les conclusions: sans nier que Thérèse est fortement attirée par le sacerdoce et sans minimiser la force de l’idéal de la perfection chrétienne, idéal qui est radicalement suivi dans sa famille.
2. Affirmer que Thérèse écrit “ avec le cœur ” n’implique pas que ce qu’elle dit n’est qu’une impression affective qui ne fait sens que pour elle seule ou à proprement parler, qu’elle rêve. “ Il n’y a pas de rêverie sentimentale dans sa vie ”, note Ph. Boyce. “ Les saints sont tout sauf des rêveurs. Ils sont réalistes (...). Dans le cas de Thérèse, la simplicité évangélique de sa vie lui fit fuir tout ce qui était faux et affecté ”[80].
En effet, même en écrivant avec beaucoup d’émotion (et c’est le cas du passage Ms B, 2 v° et de son contexte immédiat), Thérèse a le souci d’être dans la vérité[81]. Quelques jours avant sa mort, elle dira: “ Je sens bien maintenant que ce que j’ai dit et écrit est vrai sur tout... ”[82]. En raison de cet esprit épris de vérité, Thérèse est placée parmi les “ témoins autorisés de la doctrine catholique ”[83]; le réalisme qui habite ce désir mérite donc être étudié avec sérieux; d’autre part, l’inverse est vrai aussi: la doctrine catholique est un moyen approprié pour éclairer les profondeurs de la doctrine de notre carmélite. Son désir du sacerdoce, ou plus exactement “ ses désirs immenses ” dont celui-ci fait partie, ont bien un sens dont l’explicitation, aujourd’hui, est actuelle. De plus, chez Thérèse, “ le désir apparaît toujours comme effectif ”[84]; c’est-à-dire qu’elle exprime ce qu’elle vit déjà. Son désir du sacerdoce, ne devrait pas être une exception à cet égard. Le contexte du manuscrit B va dans ce sens, en exprimant la certitude de l’accomplissement de ses désirs “ plus grands que l’univers ”, mais accomplissement donné par Jésus Lui-même[85]. La dimension surnaturelle doit donc tenir une place importante dans l’interprétation. Sa clé, n’est-elle pas à chercher dans le christocentrisme thérésien et dans son obéissance à l’Esprit Saint qui guide l’Église vers la vérité tout entière[86]?
Le chapitre II de notre recherche – La doctrine du Concile Vatican II et ses points de rencontre avec l’expérience de Thérèse – montre une correspondance de fond entre ce que la jeune carmélite a vécu et réalisé dans le sacerdoce qui était le sien (même si elle n’en avait pas entendu parler en termes de “ sacerdoce commun ”) et l’enseignement du Concile à l’égard de ce sacerdoce, qui non seulement est propre à tout le Peuple de Dieu, mais sa mise en œuvre est d’une importance capitale pour sa croissance jusqu’à l’accomplissement plénier du dessein divin.
3. Si l’affirmation de la présence des aspirations sacerdotales chez Thérèse implique l’unité de la “ réalité ” qui y correspond et du “ langage ” qui tente de l’exprimer, le vocabulaire qu’elle emploie joue un rôle fondamental dans l’explicitation de ces aspirations. L’analyse du vocabulaire constitue un “ passage obligé ” afin d’atteindre le niveau le plus concret de leurs réalisations. La dimension surnaturelle de ces aspirations, qui avons-nous noté, ne peut être outrepassée, s’inscrit cependant dans le naturel. Le vocabulaire est un lieu privilégié qui permet de suivre comment certaines expressions s’ajustent, progressivement, à la réalité vécue et en expriment les nuances multiples. Toute nuance peut être enrichissante pour la vision globale de ce que ce désir représentait.
La constatation globale concernant la terminologie de Thérèse qui n’est “ point du tout techniquement établie ”[87] est également valable à l’égard du vocabulaire qui relate son rapport avec le sacerdoce et son désir de contribuer au salut. Cependant, une étude attentive des mots et des expressions permet de clarifier de nombreux aspects utiles pour notre enquête.
Le chapitre III – Le vocabulaire relatif au sacrifice chez Thérèse – comprend deux parties. D’une part, le sens du mot “ sacrifice ”, important pour établir le contenu du sacerdoce en question ainsi que des autres mots qui s’y rattachent explicitement, exige d’être étudié dans leurs contextes immédiats. Cette approche est indispensable afin de pouvoir déduire la notion du sacrifice chez la sainte. D’autre part, il est nécessaire de tenir compte du “ mouvement global ” de sa vie en réponse à l’amour de Dieu, mouvement qui permet d’établir les caractéristiques du vocabulaire implicitement lié au sacrifice.
4. Le mouvement global de l’amour marque fortement tout le manuscrit B, et donc aussi le passage qui exprime explicitement le sentiment de la “ vocation sacerdotale ” chez Thérèse[88]. Du fait que ce texte est écrit après l’Offrande à l’Amour Miséricordieux – cet événement charnière de sa vie – il convient d’examiner le rapport de l’Offrande avec ses aspirations sacerdotales. En outre, ce don de soi définitif pour “ aimer et faire aimer la Trinité Bienheureuse ”[89] conduit Thérèse à une façon nouvelle de vivre le don de soi à travers les tâches et les événements quotidiens. Par conséquent, son Offrande recouvre toute la période qui va jusqu’à la fin de sa vie. De ce point de vue, toutes les manifestations du don de Thérèse qui réalisent l’un ou l’autre aspect de ses aspirations sacerdotales en cette période de sommets, représentent un intérêt pour notre enquête.
Le chapitre IV – Les quatre “ sommets ” du sacerdoce thérésien – présente ainsi l’analyse de l’Acte d’Offrande à l’Amour Miséricordieux à la lumière des aspirations de Thérèse à contribuer au salut des âmes et, examine leur correspondance au sacerdoce baptismal dans sa dimension missionnaire. Renouvelée en permanence, l’Offrande a une grande fécondité qui se manifeste dans d’autres expressions de ce don du “ sommet ”; c’est pourquoi nous présentons ici également l’analyse détaillée des concrétisations ultérieures de son sacerdoce de la sainteté: – témoignage quotidien d’amour “ Jeter des fleurs ” (Ms B, 4 v°; PN 34), – intercession existentielle “ à la table des pécheurs ” (Ms C, 6 r°), – union à la prière sacerdotale de Jésus (Ms C, 34 r°‑v°).
5. Enfin, le désir du sacerdoce implique de point de vue de sa genèse plusieurs aspects; ceux-ci ressortent le mieux lorsqu’on les considère corrélativement à la croissance humaine et spirituelle de Thérèse. En effet, le désir de contribuer au salut des âmes, désir de la plus grande fidélité à Jésus, n’a pas exactement les mêmes implications en 1887, lors de la grâce du “ sitio ”, et en 1896, lorsque Thérèse se rend compte de ses désirs “ infinis ” et n’hésite pas à dire toutes les vocations qu’elle se “ sent ”, ou encore en 1897 quand la grâce du “ sitio ” aboutit à sa plus grande fécondité par l’union de Thérèse à la Passion du Christ. Cependant il y a bien un lien qui les relient et qui en assure une unité admirable. De plus, toutes les implications de ce désir s’enracinent dans le milieu familial de la sainte. On ne peut pas percevoir les dimensions du mouvement qui s’exprime dans ses aspirations sacerdotales et apostoliques sans considérer la source d’où il provient et le but vers lequel il tend.
Le chapitre V de notre recherche – Du “ je choisis tout ” au “ je donne tout ” – est consacré par conséquent à l’étude de la croissance de Thérèse dans le don de soi à Jésus et aux âmes, croissance qui indique tout une gamme d’influences relatives à ses aspirations. La première partie du chapitre montre l’influence considérable des parents de la sainte, mais aussi de ses sœurs et de sa tante, sur les futurs choix de Thérèse et la qualité du don avec lequel elle répondra “ aux avances du Seigneur ”. La deuxième partie du chapitre se concentre sur les différentes étapes de sa maturation au Carmel à travers les “ sacrifices de la vie ” dont l’un des plus grands a sans doute été la maladie de son père.
Comme nous l’avons indiqué, notre recherche ne part pas de zéro: elle s’appuie sur les études déjà faites. “ On peut entrer dans la synthèse de Thérèse par beaucoup de portes. Et chaque explication qui (...) ouvre une seule porte d’accès (...) fait une bonne œuvre ”[90], a noté Conrad De Meester. C’est en suivant quatre réflexions – et des plus profondes – sur le désir du sacerdoce chez Thérèse que nous commençons notre étude.
[1] Il n’y a pas si longtemps – en 1973 – à l’occasion du Centenaire de la naissance de Thérèse, Bernard Bro posait la question s’il n’y a pas paradoxe à parler d’actualité théologique de la sainte alors qu’elle a “ si peu ” intéressé les théologiens (cf. “ L’actualité théologique de Thérèse de Lisieux ”, in Conférences du Centenaire 1873‑1973, Institut Catholique de Paris, 1973, n° 2, p. 125). Cette constatation, que l’auteur fait en présentant des faits concrets, permet d’évaluer combien la situation a bien changé depuis lors.
[2] Éd. du Cerf, Paris, 1998, n° 8.
[3] Thérèse de Lisieux, Histoire d’une mission, traduit de l’allemand par l’abbé R. Givord, Apostolat des éd. / Éd. paulines, Paris/Montréal, 1973, p. 170.
[4] Cf. P. Blanchard, “ L’universalité du message thérésien. Une sainte œcuménique ”, in VT, juillet 1966, p. 117. En considérant le contexte et le thème de l’article, l’auteur semble omettre le désir du sacerdoce à dessein, probablement par crainte d’une fausse interprétation.
[5] Ms B, 2 v°.
[6] Ph. Boyce, “ Thérèse, modèle de la femme pour un nouveau millénaire ”, in Une sainte pour le troisième millénaire, Actes du Colloque international pour le Centenaire de la mort de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte-Face, Lisieux, 30 sept. – 4 oct. 1996, Éd. du Carmel, 1997, p. 81.
[7] Comme souligne Ph. Boyce, une étude approfondie de Thérèse conduit au contraire à admirer son amour passionné du Christ et à estimer sa grandeur féminine même d’un point de vue féministe contemporain (cf. art. cit. p. 83‑84). Voir pour plus de détail l’article de Joann Wolski Conn, “ A Feminist View of Thérèse ”, in Carmelite Studies: Experiencing Saint, Thérèse Today, Éd. by John Sullivan, o.c.d., Washington DC, ICS Publications, 1990.
[8] Sacra Congregazione per la dottrina della fede, Dichiarazione circa la questione dell’ammissione delle donne al sacerdozio ministeriale, Citta del Vaticano, 1976.
[9] Le texte se réfère à l’invitation explicite de AA, 9: “ Comme de nos jours les femmes ont une part de plus en plus active dans toute la vie de la société, il est très important que grandisse aussi leur participation dans les divers secteurs de l’apostolat de l’Église ”.
[10] Cf. Dichiarazione circa la questione dell’ammissione delle donne al sacerdozio ministeriale, p. 4.
[11] Cf. GS, 29.
[12] Ibid., p. 5.
[13] Idem.
[14] Cf. ibid., p. 6.
[15] Cf. op. cit., p. 12‑16. La Déclaration rappelle avec insistance que le prêtre agissant in persona Christi, non seulement le représente mais le représente au point d’être son image même. “ Le Christ Lui-même fut et reste un homme ” (p. 13).
[16] Dichiarazione circa la questione dell’ammissione delle donne al sacerdozio ministeriale, p. 17‑18.
[17] Cf. op. cit., p. 3, 5 et 18.
[18] http://www.vatican.va/roman_curia (31. 05. 2004). Entre 1976 et 2004, l’actualité de la question concernant la mission de la femme est aussi marquée par la publication de la Lettre apostolique de Jean Paul II Mulieris dignitatem (15 août 1988); ce document, d’une grande profondeur, n’aborde cependant pas explicitement la question que nous étudions.
[19] Cela prouve non seulement que le sujet dont nous traitons n’a pas perdu de son actualité, mais que les réponses à ces interrogations ont besoin de mûrir.
[20] Ou comme notait Monseigneur Boyce en 1996: “ Leur grandeur est de développer leurs propres capacités, pas d’imiter celles du sexe opposé ” (op. cit., p. 84).
[21] Op. cit., n° 3 et 4.
[22] Lettre aux évêques de l’Église catholique sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et dans le monde, n°13.
[23] Ibid., n° 15.
[24] Ibid., n° 16.
[25] Thérèse considère la Parole de Dieu comme une nourriture solide et toute pure (cf. Ms A, 83 v°). Sur ce point aussi l’attitude de la carmélite n’est peut aucunement être rapprochée du courant féministe qui recourt à la critique des Saintes Écritures afin de promouvoir ces idées (cf. Lettre sur la collaboration de l’homme et de la femme, n° 3).
[26] “ La foi n’est pas tant la quête de Dieu par l’être humain, que plutôt la reconnaissance par l’homme que Dieu vient à lui ” (op. cit., n° 15). L’itinéraire de Thérèse – et surtout son Offrande à l’Amour Miséricordieux – éclaire parfaitement cette définition.
[27] Idem.
[28] Op. cit., n° 16.
[29] Idem.
[30] Cf. Ms B, 4 r°.
[31] H. van der Meer, Priestertum der Frau? Eine theologische Untersuchung, Herder, Basel, 1969; D. H. Maes, La femme et le sacerdoce d’après G. Vazquez s.j. (1549‑1604), Dissertatio ad Lauream in theologia, Lateranum, Roma, 1973.
[32] M.‑J. Aubert, Des femmes diacres, Un nouveau chemin pour l’Église, Beauchesne, Paris, 1987.
[33] A. Combes, Introduction à la spiritualité de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, Vrin, Paris, 1946, p. 187.
[34] Cf. Ms A, 45 v°.
[35] Idem.
[36] VT, juillet 1970.
[37] “ Ce n’est pas d’abord dans les livres que Thérèse a découvert le mystère de l’Église dans sa dimension profonde... ”, remarque l’auteur (op. cit., p. 136).
[38] Cf. Th. Lombard, p. 137‑140.
[39] Op. cit., p. 140.
[40] Ibid., p. 144.
[41] Cf. op. cit., p. 142, 145 et 147.
[42] A. Wollbold, Therese von Lisieux, Eine mystagogische Deutung ihrer Biographie, Würzburg, 1994.
[43] “ C’est certainement une manière restrictive de considérer son désir du sacerdoce que d’affirmer a priori que Thérèse ne se soit jamais posé la question du sacerdoce ministériel; elle part plutôt de l’évidence que ce ministère est réservé aux hommes ” (op. cit., p. 183).
[44] Cf. A. Wollbold, p. 184.
[45] Cf. op. cit., p. 185.
[46] Elle ne doit pas choisir entre les deux; en étant l’amour elle peut être tout.
[47] Op. cit., p. 187.
[48] V. Azcuy, “ Thérèse, la théologie existentielle d’une femme ”, in Une Sainte pour le troisième millénaire, Actes du Colloque international pour le Centenaire de la mort de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte-Face, Lisieux, 30 sept. – 4 oct. 1996, Éd. du Carmel, 1997.
[49] Cf. op. cit., p. 48 avec des références aux textes de LG, 58 et 61‑63.
[50] Ibid., p. 50. L’auteur se réfère ici au poème marial PN 54, 23.
[51] Idem.
[52] “ Thérèse, femme dans l’Eglise ”, in Thérèse de Lisieux cent ans plus tard, Son actualité, son influence, Bellarmin, 1998.
[53] Op. cit., p. 75.
[54] Cf. Pri 17.
[55] Op. cit., p. 80.
[56] Ibid., p. 93.
[57] Sainte Thérèse de Lisieux: l’ange du sacerdoce, Office International d’Editions, Luttre, 1929. Voir l’analyse de cette étude infra dans la section 1. 1.
[58] Vie Thérésienne, avril 1982, p. 130‑146.
[59] Op. cit., p. 134.
[60] Op. cit., p. 136.
[61] Ibid., p. 143.
[62] E. Renault, op. cit., p. 143.
[63] J.‑M. Lustiger, “ "Je sens en moi la vocation de Prêtre" (Ms B, 2 v°) ”, in Une Sainte pour le troisième millénaire, Actes du Colloque international pour le Centenaire de la mort de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte-Face, Lisieux, 30 sept. – 4 oct. 1996, Éd. du Carmel, 1997. Voir l’analyse de l’étude dans la section 1. 2.
[64] J. Sleiman, “ Le sacerdoce de Thérèse ou "l’offrande du dernier soir" ”, in Thérèse au milieu des docteurs, Éd. du Carmel, 1998. Voir l’analyse de l’étude dans la section 1. 3.
[65] C. Langlois, Le désir de sacerdoce chez Thérèse de Lisieux, Salvator, Paris, 2002.
[66] Op. cit., p. 10.
[67] “ Je voudrais mourir sur un champ de bataille pour la défense de l’Église... ” (2 v°), “ je voudrais parcourir la terre, prêcher ton nom et planter sur le sol infidèle ta Croix glorieuse (...) ” (3 r°), “ je voudrais en même temps annoncer l’Évangile dans les cinq parties du monde... ” (ibid.). Ce sont quelques exemples seulement du texte qui est, en fait, pétri d’affirmations ayant une dimension ecclésiale.
[68] Ms B, 2 v°.
[69] Remarquons que, éloignée dans le temps (juillet 1887), cette grâce et ses effets sont “ relus ” plus tard à la lumière de tout son itinéraire lors de la rédaction du manuscrit A, en 1895. Ce fait peut rapprocher les deux expériences quant à leur contenu.
[70] Comme elle a parlé du “ rêve ” de sa jeunesse d’être martyre (cf. Ms B, 3 r°).
[71] L’expression est de Pascal Ide. Voir L’art de penser, Éd. Médialogue, Paris, 1992, p. 58.
[72] Voir les précisions sur les limites de chaque chapitre dans la présentation de la structure du travail.
[73] “ Notes méthodologiques pour l’étude de Thérèse de Lisieux ”, in VT, juillet 1969, p. 131‑132.
[74] Op. cit., p. 28.
[75] C. De Meester, op. cit., p. 134. Voir aussi sur le “ sentir spirituel ” de Thérèse chez J. Lafrance, Un chemin de confiance, Thérèse de Lisieux, Médiaspol, Paris, 1997, p. 237‑239; E. Renault, op. cit., p. 143.
[76] “ Je vais essayer de balbutier quelques mots, bien que je sente qu’il est impossible à la parole humaine de redire des choses que le cœur humain peut à peine pressentir... ”, avertit Thérèse au début du Ms B; et elle ajoute quelques lignes plus bas: “ Sans faire entendre sa voix Jésus m’instruit dans le secret, ce n’est pas par le moyen des livres, car je ne comprends pas ce que je lis (...) ” (1 r°). Il ne s’agit donc pas d’un savoir acquis, mais d’un vécu, et vécu en suivant Jésus.
[77] Autrement dit, tenir compte non seulement de ce que le désir de la carmélite impliquait réellement mais aussi de ce qu’il n’impliquait pas et n’était pas, aide à élargir le point de vue et à mieux percevoir l’enjeu de la question également au plan de la problématique actuelle.
[78] On le constate lorsqu’on rencontre quelques conclusions divergentes à propos des mêmes textes relatifs aux rapports de Thérèse avec le sacerdoce, comme nous le verrons dans le chapitre I.
[79] “ Des singularités individuelles portent en elles la présence et la valeur de l’universel ” (cf. Y. Péricot, “ Thérèse et les philosophes: la passion du réel ”, in Une Sainte pour le troisième millénaire, Actes du Colloque international pour le Centenaire de la mort de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte-Face, Lisieux, 30 sept.-4 oct. 1996, Éd. du Carmel, 1997, p. 132).
[80] Ph. Boyce, art. cit., p. 92.
[81] “ Mes immenses désirs ne sont-ils pas un rêve, une folie?... Ah! s’il en est ainsi, Jésus, éclaire-moi, tu le sais, je cherche la vérité... si mes désirs sont téméraires, fais-les disparaître car ces désirs sont pour moi le plus grand des martyres... ” (Ms B, 4 v°).
[82] CJ 25. 9. 2. En commentant ces paroles, H. U. von Balthasar disait: “ Il est significatif que, dans les terribles souffrances de ses derniers jours, Thérèse ait définitivement connu par expérience la vérité de sa doctrine ” (op. cit., p. 112).
[83] Divini Amoris Scientia, n° 10.
[84] J. Lafrance, op. cit., p. 240.
[85] “ O mon Jésus! à toutes mes folies que vas-tu répondre?... Y a-t-il une âme plus petite, plus impuissante que la mienne!... Cependant à cause même de ma faiblesse, tu t’es plu, Seigneur, à combler mes petits désirs enfantins, et tu veux aujourd’hui, combler d’autres désirs plus grands que l’univers... ” (3 r°).
[86] Cf. Divini Amoris Scientia, n° 7. Voir aussi l’observation de H. U. von Balthasar: “ Les grands saints sont assurément des signaux que l’Esprit Saint dispose au long de l’Histoire pour indiquer à l’Église la bonne route, doctrinale et pratique, qu’elle-même aurait du mal à trouver sans eux ” (cf. op. cit., p. 108).
[87] C.