PERE MICHEL HADDAD OCD
Il existe beaucoup de liens entre la beauté du Mont Carmel, sa fécondité et ceux du Liban, de sa gloire. C'est ce que nous dit Isaïe: "Que soient pleins d'allégresse désert et terre aride, que la steppe exulte et fleurisse; comme l'asphodèle qu'elle se couvre de fleurs, qu'elle exulte de joie et pousse des cris, la gloire du Liban lui a été donnée, la splendeur du Carmel et de Saron. C'est eux qui verront la gloire de Yahvé, la splendeur de notre Dieu." (Is 35,1-2)
Ce qui pousse le Prophète Isaïe à chanter la gloire et la beauté du Carmel c'est la présence de ces grottes obscures dans ces deux montagnes qui se sont transformées en cellules et ermitages rayonnants d'où s'élève quotidiennement la louange et se tendent des bras implorants la miséricorde de Dieu. Ces terres arides ont été transformées en jardins féconds (cf. Michée 7,14), ce qui poussa l'auteur du livre des cantiques des cantiques à les comparer à la tête de la Bien-aimée en disant: "Ton chef se dresse, semblable au Carmel, et ses nattes sont comme la pourpre" (Cantique des cantiques 7,6).
L'orient est donc le berceau des Carmes. Ils sont les enfants du Mont Carmel et les descendants des prophètes, donc les fils de l'Orient, lieu des religions. Ils y sont nés, et de là ils sont partis dans toutes ses contrées. Ils y ont fondé des monastères, des églises et des ermitages, surtout au Liban qui est limitrophe avec la Terre Sainte.
Le Liban est la première région où s'est répandue la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Il demeure encore jusqu'à nos jours le refuge et la forteresse des chrétiens persécutés en Orient.
C'est pour cela que l'expansion des Carmes vers le Liban était une chose logique et toute naturelle. Nous trouvons des traces de leur présence dès avant 1209 et ce dans quatre endroits au Liban: Tyr, Sarepta-Sidon, Tripoli, le Beau lieu. La preuve de la présence de ces monastères est la réception de la Règle du Carmel (1209) par ces quatre monastères au Liban et par le monastère d'Antioche (Montagne noire) comme l'indiquent les archives des Carmes à Rome.
Guillaume de Sanvic est un ermite qui a séjourné au Moyen-Orient une quarantaine d'années (1250-1291). Il a participé au Chapitre des Carmes de Montpellier (France) en 1287 comme délégué et conseiller de la Terre Sainte. En 1291, après la chute d'Acre dans les mains des musulmans, il a fuit vers Chypre et de là il s'est dirigé vers l'Angleterre où il rédigea ces événements dont nous donnons ici quelques extraits.
Dans le chapitre deuxième de sa Chronique, il parle des ermites Carmes au Monte Carmel qui entreprennent de fonder des monastères après avoir reçu leur Règle des mains du Patriarche de Jérusalem Albert (1209):
" [. . .] depuis lors, grâce à la munificence d'hommes nobles et à la libéralité des fidèles, ils commencèrent à construire pareillement dans diverses solitudes ou cités de la Syrie, des monastères de leur Ordre adaptés à l'observance de la vie solitaire selon la Règle précitée. Je vais énumérer maintenant les plus célèbres de ces monastères.
Dans la province de la Syrie nommée Phénicie, en allant du Mont Carmel vers le nord s'élève à quatre milles Saint Jean d’Acre, grande ville sur la mer, qui dans la Sainte Écriture est appelée d'une autre nom, Ptolémaïs; là lesdits religieux bâtirent et possédèrent un monastère de leur Ordre.
En continuant de Ptolémaïs vers le nord, à dix lieues, se trouve Tyr, cité en pleine mer très bien fortifiée, la plaine qui l'avoisine est arrosée par des cours d'eaux qui viennent du Puits-des-Eaux-Vives mentionné par Salomon dans le Cantique des Cantiques et situé à moins d'une lieue de Tyr. Dans cette cité aussi, les frères bâtirent et possédèrent un monastère de leur religion.
Ensuite au-delà de Tyr, à cinq lieues sur le bord de la mer, se trouve Sarepta des Sidoniens, dominant la mer, cité autrefois fameuse, mais qui actuellement, compte à peine huit maisons. Devant la porte méridionale, les frères de cette religion élevèrent une chapelle dédiée à la Vierge Marie et qui existe encore; à cet endroit même Élie rencontra la veuve chez laquelle il logea- Sarepta et dont il ressuscita le fils appelé Jonas.
Si nous avançons encore, à vingt-six lieues de Sarepta nous rencontrons Tripoli, noble cité bâtie en pleine mer,' la plaine voisine est arrosée par le fleuve qui vient de la Fontaine-des-Jardins dont parle aussi Salomon dans le Cantique des Cantiques: on dirait en effet le paradis terrestre. Dans cette cité aussi les frères bâtirent et possédèrent un monastère de leur Ordre.
En se portant de Tripoli vers l'Orient, nous trouvons à trois lieues le mont Liban, au pied duquel prend sa source la Fontaine-des-Jardins aux flots abondants et impétueux; jaillissant soudainement, elle forme un grand et large fleuve dont les eaux limpides, douces, fraîches et excellentes arrosent les jardins et toute la plaine de la ville de Tripoli. En ces lieux, dans la solitude, aux pieds du Mont Liban, près de la Fontaine-des-Jardins, les frères bâtirent et possédèrent un monastère appelé du nom de Bel-Loc, à cause de la beauté du site.
Tous ces monastères dont nous venons de parler s'établirent dans la province phénicienne de la Syrie.
C'est par cette phrase que Guillaume de Sanvic achève de nous informer à propos de la présence des Pères Carmes - qu'il nomme "frères" - au Liban. Il ne nous reste qu'à situer ces couvents. Mais vu le peu de documents que nous possédons' entre nos mains, nous allons essayer de découvrir le monastère de Tripoli et celui du ~eau Lieu.
En 1099, le prince de Toulouse, Raymond de Saint Gilles, a assiégé la ville de Tripoli durant dix années consécutives. Elle fut détruite après avoir été pillée. Les Croisés s'y sont installés et l'ont transformée en une cité de commerce de choix vu sa situation unique et son ouverture vers la mer. Elle devint aussi la capitale des principautés de Terre Sainte. Les Croisés y construisirent un grand nombre d'églises, d'écoles et d'hôpitaux au point où elle fut surnommée "vallée des églises" ou "cité des églises".
L'explorateur BURCHARD visita la ville de Tripoli en 1253, et il indiqua avec clarté le nombre d'églises et de monastères présents sur les rives du fleuve "Abou Ali" qui dérive du fleuve "Qadicha".
L'entrée des Carmes à Tripoli est contemporaine de la venue des Croisés. Ils s'installèrent dans un endroit appelé "Bellus locus" (Beau lieu) au milieu des jardins irrigués de Tripoli, à "Bab el Rami", où se trouvait un temple romain en ruines dédié à Zeus. Les Carmes le restaurèrent en le transformant en Église pour y célébrer la Messe et les offices et ce durant tout le temps de la présence des Croisés dans cette ville. Dès que cette cité tomba entre les mains des musulmans, en 1289, le nombre des religieux se réduisit ainsi que que nombre des monastères et des Églises car les musulmans transformèrent quelques unes en mosquées. Ils transformèrent par exemple l'Église sainte Marie de la Tour en une mosquée portant le nom de "Jâmii al Mansouri" du nom du Sultan Mansour Kalaoun[8].
"Allez dans le monde entier, proclamez l'Évangile à toute la création." (Mc 16,15)
Partir en mission pour évangéliser le monde entier est un précepte sacré que Notre Seigneur Jésus-Christ nous a laissé. C'est donc la préoccupation constante de l'Église Mère et Maîtresse. Elle a toujours envoyé des missionnaires et des évangélisateurs dans tous les coins du monde pour semer la Bonne Nouvelle.
L'Ordre des Carmes qui est fondamentalement contemplatif, a accepté les missions en s'inspirant du zèle et du désir fervent de sainte Thérèse de Jésus de répandre la connaissance du Christ partout. Le Chapitre des Carmes de 1605 qui a eu lieu à Rome au Couvent Santa Maria della Scala a opté pour les missions. Plusieurs missionnaires partirent en Inde, Afrique, les deux Amériques, l'extrême et le moyen orient. Dans cette dernière région les Carmes se rendirent en Palestine, en Iran, en Syrie, en Irak et au Liban. Voyons cela de plus près.
En réponse au désir du Pape Clément VIII, les Carmes envoyèrent des missionnaires en Iran. Ils s’installèrent d'abord à Ispahan en 1607. Ensuite ils élargirent leur présence. Ils se rendirent à la capitale Téhéran vers la fin de cette même année. Et très rapidement, la mission carmélitaine a eu un siège épiscopal (septembre 1632). Six évêques Carmes se succédèrent sur ce siège. Les Carmes furent au total six centres: Ispahan (1607), Ahvaz (1609), Chiraz (1623), Masqat (1625), Bandar Abbas (1668), Joulfa (Banlieue d'Ispahan) (1679).
Leurs activités s'étendirent ensuite à l'île de "Kharj" en 1754 et à "Bochir" en 1766. Les Carmes travaillèrent dans ces villes à répandre la Bonne nouvelle par la prédication, la catéchèse et l'aide rendue aux églises locales. Leur activité se concentra surtout dans le service des chrétiens occidentaux qui se rendaient à ces ports et villes pour le commerce et l'exploration.
Les Carmes se rendirent à Bassora en 1623. Le premier missionnaire qui y alla fut le P. Basile de saint François. Il est inutile de souligner l'importance de cette ville pour toutes le flottes et bateaux européens vu son emplacement géographique et son immense port. Elle était une importante halte pour les missions d'Inde et d'extrême orient ainsi que pour les commerces de tous genres qui y transitaient.
Dès leur arrivée à Bassora, les Carmes s'occupèrent de la vie spirituelle des chrétiens résidants et ceux de passage. Messes, prédications, sacrements, enseigner à lire et à écrire, langues, mathématiques et géométrie furent leurs tâches communes et ils ouvrirent des écoles qui contribuèrent à répandre la science et la foi.
Environ un siècle après, en 1721, ils se dirigèrent vers Bagdad. Ils y construisirent un couvent d'où ils servirent la population chrétienne et ce jusqu'à ce jour!
Alep a été un lieu spirituel central pour les missionnaires européens qui se rendaient en Orient. Les Carmes s'y installèrent en 1627 et y servaient les pèlerins venant d'occident et les dirigeaient vers la Terre Sainte. Le premier missionnaire Carme venu à Alep, le P Prospère, espagnol, arrivé en 1627, y construisit un couvent dédié à Notre Dame du Mont Carmel. Il travailla avec ses frères à aider les prêtres locaux dans leurs activités: prédication, confessions, retraites. Il ramena beaucoup de chrétiens séparés au bercail (les Jacobites).
En 1632, le P. Célestin de sainte Ludwine, Hollandais, demanda et obtint de se rendre à Alep. Son frère de sang le P. Jacques l'avait précédé en 1628 et y avait passé une année et demie. Dès l'arrivée du P. Célestin à Alep, il se mit à étudier les langues orientales, et s'adonna à la prédication en arabe à partir de 1635. Il reçut un très bon accueil de la part des églises locales et surtout de la part de l'évêque Maronite Isaac ALCHIDRAWI. Le P. Célestin traduisit /'Imitation de Jésus Christ en 1638. Ensuite, en 1642, il manifesta son désir d'aller en Iran ou au Liban. Il savait que le Patriarche Maronite Girgis 'AMIRA (1633-1644) de Ehden désirait la venue des Carmes au Mont Liban après avoir entendu tout le bien qu'ils faisaient à Alep. Il leur présenta toutes les facilités: couvent, église, aide morale et matérielle.
En 1866, le couvent des Carmes à Alep a été fermé pour des raisons que l'on ignore. Ils se dirigèrent vers la ville d'Alexandrette en Turquie où ils construisirent un grand monastère et une très belle Église. Ils se donnèrent aux écoles en en fondant trois: la première pour les garçons, sous leur direction. La deuxième pour les jeunes filles, sous la direction des Carmélites apostoliques Italiennes et la troisième pour les filles aussi sous la direction des religieuses de saint Joseph de l'apparition. Ils élargirent leur action vers une petite ville du nom de Bylan non loin d'Alexandrette. Ils y fondèrent un orphelinat et un jardin d'enfants et ils les placèrent sous la direction des Carmélites Italiennes. Ces écoles eurent une grande prospérité. Mais à l'heure actuelle, et depuis la seconde guerre mondiale, la mission à Alexandrette s'est grandement affaiblie. Le dernier Carme à la quitter est le P. Renaldo (1985). Le couvent des Carmes y a été donné aux Pères Capucins.
Au Liban les traces des Carmes se perdent avec le départ des Croisés et la venue des musulmans. Mais les Carmes déchaux, fruits de la Réforme de sainte Thérèse de Jésus, revinrent à nouveau en Orient au XVIIème siècle comme nous l'avons vu plus haut.
Les bons échos de la présence bienfaisante des Carmes à Alep ne tardèrent pas à arriver au Patriarche Maronite Girgis 'AMIRA et aux maronites qui habitaient les vallées de Qadisha et de Qannubine. De plus, les pères Carmes résidants à Alep, en la personne du P Célestin, désiraient se rendre au pays des cèdres afin de les aider. Finalement, les Pères qui s'y rendirent furent au nombre de trois: le P Célestin de sainte Ludwine que nous avons évoqués plus haut. Le P Augustin qui était aussi médecin et qui avait soigné les gens de la région; il était donc médecin des âmes par sa prédication et son apostolat et médecin des corps par les soins qu'il procurait aux gens. Le frère Carlo qui se chargeait de l'aspect matériel au couvent mais aussi de la composition des médicaments. Il aidait ainsi ses deux compagnons dans l'accomplissement de leur mission. Ils arrivèrent donc à la Vallée Sainte le 18 mars 1643. Dès le lendemain on bénit le couvent et on commença les activités.
Les Carmes demeurèrent une cinquantaine d'années dans ce couvent. Ils ont par ailleurs aidé au renouveau de la vie monastique dans la région. Leur renommée grandit et ils décidèrent de monter de ce couvent vers un autre plus élevé, le couvent saint Sarkis (Mar Sarkis), côté Est de Bécharré, pour être plus proches des habitants. Il laissèrent le couvent aux moines maronites alépins.
Les Carmes ont été obligés de quitter Tripoli en 1336. Ils désiraient donc y revenir. Deux années après leur arrivée à la Vallée de Oadisha, c'est à dire en 1645, ils s'installèrent non plus à "Bab el raml" mais à "Tal el zehrieh" où ils y construisirent un temple. Ils s'y occupèrent des pèlerins de Terre Sainte et des commerçants venus d'occident. Leur influence s'étendit donc de la Vallée de Qadisha jusqu'à Tripoli en passant par les villages. Ils y répandirent le scapulaire (ou habit de la Vierge) et tâchèrent de répandre la spiritualité de sainte Thérèse de Jésus et de saint Jean de la Croix. C'est surtout les Pères Carlo et Élie qui se dépensèrent dans l'activité apostolique.
Après deux siècles de présence et d'activité, les Carmes pensèrent élargir leur influence dans Tripoli. Ils construisirent en 1907 un collège de grande dimension ainsi qu'une Église spacieuse. Ils demandèrent l'aide aux religieuses Carmélites apostoliques de sainte Thérèse (Italiennes) et les aidèrent à fonder un collège pour jeunes filles sur le chemin du port.
Ensuite, en 1922, les pères élargirent leur collège en achetant un morceau de terrain adjacent. L'école en ce temps avait 60 élèves. En 1928, grâce à un donateur, on l'élargit encore en achetant un autre terrain. Et à partir de ce moment jusqu'à nos jours, surtout durant les années 60 et 70, le collège des pères Carmes a eu une place de choix à Tripoli et une influence considérable parmi les autres écoles. Il joua un grand rôle pour former une élite: hommes de culture, des officiers, des hommes d'affaires etc. ... Le collège de Tripoli demeura jusqu'en 1970 la Maison Mère du Carmel au Liban. Ils contenaient des externes et des internes et des petits séminaristes. De même l'Église, qui fut construite et dédiée au Sacré cœur et à sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1938-1940), était à un moment don né une paroisse importante pour les Latins du Nord Liban. L'Église actuelle est l'une des plus belles qu'ait connu Tripoli. La guerre du Liban (1975-1990) a atteint de manière sérieuse le Collège. Et actuellement, il essaie de se remettre et de continuer la marche.
A la demande du Patriarche Estéphane ELDOUEHI (1670-1704) d'abandonner le couvent de Mar Elichaa situé au fond de la vallée de Qadisha, en 1701 les Carmes le laissèrent aux Moines Maronites Alépins et montèrent à Bécharré où ils s'installèrent.
Le couvent de Mar Sarkis lors de ses débuts était un lieu inhabitable. Les pères le détruisirent et construisirent un couvent adapté à la prière et à la solitude. Ils construisirent un ermitage et trouvèrent des solutions ingénieuses pour le relier au couvent, par un tunnel et des marches. L'ermitage devint l'Église. Les fidèles la fréquentaient surtout les dimanches et les fêtes. Certains parmi eux se rendaient à la messe tous les jours.
Les Carmes inaugurèrent une pharmacie au couvent Mar Sarkis; elle était très réputée dans toute la contrée. Ils ouvrirent une école primaire qui aida beaucoup à élever le niveau culturel de Bécharré et des alentours. Mais leur première mission était de prêcher et de confesser.
Il faut ajouter aussi le fait que les Carmes ont fait venir de l'occident des graines très variées. Ils enseignèrent aux habitant comment planter les haricots (liai loubieh al badrièh" (de Padri, Pères)), les patates, la vigne, les kakis, etc. ... ce qui poussa les habitants de Bécharré à s'occuper de leurs terres avec intérêt et éleva le niveau économique.
Durant 207 ans les pères ont maintenu leurs activités dans ce couvent. En 1907 ils songèrent à construire le couvent actuel au centre de la ville de Bécharré pour être le plus proche possible des habitants. En 1911 le nouveau couvent était achevé. L'Église fut construite de manière très belle et elle a été placée sous la protection de saint Joseph.
N'oublions pas de mentionner l'influence de la vallée ainsi que du couvent sur Gibran Khalil Gibran au point qu'il demanda dans son testament d'acquérir des Carmes le couvent et l'Église. Il voulait que le premier conserva ses œuvres et le second le lieu de son dernier repos. Malgré l'interdiction habituelle de vente, le Général de l'Ordre a concédé cette exception. C'est donc ce que fit sa sœur après son décès en avril 1931. Ensuite elle offrit l'ermitage et le couvent au Comité National de Gibran[11].
En 1909 on transféra le couvent et la pharmacie au nouveau couvent. La pharmacie a servi la population jusqu'en 1927 et l'école a été dirigée par les pères Carmes jusqu'en 1964. Ensuite elle a été louée au Ministère de l'éducation comme école secondaire officielle; ce qui est toujours en vigueur actuellement.
Quant au couvent, il joue encore son rôle spirituel à Bécharré et aux environs.
Durant plusieurs années, l'Église a été comme l'Église Mère du village, et la plus grande paroisse des environs. De nombreux fidèles s'y rendent les dimanches et fêtes et même durant la semaine. La prédication, les confessions, les messes et les retraites spirituelles sont parmi les services les plus importants. La dévotion à la Vierge et à son Habit, s'est répandue de manière inégalée. Le 16 juillet, fête de Notre Dame du Mont Carmel, fête patronale des Carmes, est toujours célébrée avec grand éclat. En 1998, le couvent a réalisé des travaux de réparation et renouvellement qui lui permettent de mieux recevoir les religieux.
Revenons à l'année 1836 et à la présence, la plus faible en nombre, des maronites à Akkar (Nord Liban): Kobayath. Les maronites étaient à Akkar abandonnés et négligés. Ils subissaient toutes sortes de persécutions de la part des ottomans. La pauvreté, les privations et la distance des villes, des hôpitaux et des écoles n'ont pas épargné cette population. Elle avait le plus grand besoin de religieux missionnaires afin qu'ils prissent soin d'elle à tous les niveaux: religieux, culturel et social. Le Patriarche maronite Youssef HOBEICH a délégué les pères Carmes pour fonder un cOtlvent à Kobayath. Celle-ci n'avait pas plus de mille habitants en ce temps-là (1836).
Les pères Carmes répondirent avec empressement à cette demande et allèrent à Kobayath. Ils logèrent d'abord à Sayyedet AI Ghassalé ensuite dans la maison des HOBEICH. Ils commencèrent à construire le Monastère de Mar Doumith et l'Eglise (le salon actuel, attenant au couvent). Le rez-de-chaussée fut achevé en 1852 et le mérite en revient au P. Élisée de sainte Barbe, italien de naissance. Parmi les Pères les plus important qui lui succédèrent nous pouvons nommer: le P. Maurice, le frère Dominique, le P. Bernard etc...
Kobayath contient la dépouille du P. Stanislas INTRECCIALAGLI (1866-1928), italien d'origine. Il y a vécu trente années de labeur et de service. Il réalisa un grand renouveau dans la mission et libéra la population de Kobayath des féodaux et de la main mise sur les chrétiens. Il ouvrit un couvent de religieuses Carmélites apostoliques Italiennes en 1904. Il ouvrit aussi une pharmacie gratuite. Il compléta l'Église de Mar Doumith. La dédicace de l'Église eut lieu en 1914. Il demanda, dans son testament, d'être enterré à Kobayath (1928).
Kobayath aujourd'hui compte plus de quinze mille habitants et les Églises y sont au nombre de 9. Ses différents quartiers, au total sept, sont en fait autant de paroisses desservies par sept prêtres. Le couvent demeure le centre de toutes les paroisses. Les pères Carmes ont toujours offert toutes les aides spirituelles aux différents curés et à la population.
Par ailleurs, l'école fondée par les pères Carmes il y a un demi siècle n'a jamais cessé de fonctionner, même durant la première guerre mondiale. Elle a été à un moment donné gratuite. En 1981, pas loin du couvent, les pères ont construit une école primaire. Ils réparèrent l'ancien bâtiment qui devint à l'usage des complémentaires. De plus les pères ont restauré le monastère de manière à mettre en évidence la beauté de ses pierres et à assurer un minimum de confort sanitaire. Ils prêtèrent une partie de leur terrain à l'Ordre de Malte afin d'y construire un dispensaire. Les Filles de la charité, qui remplacent les religieuses italiennes, s'en chargent.
En 1996, les Pères Carmes construisirent une école complémentaire un peu plus haut que l'école primaire pour rassembler les deux écoles au même lieu. L'ancien emplacement de la complémentaire est devenu un musée pour les oiseaux (150 espèces) et les papillons (3200 papillons) et ce grâce aux deux pères: François Tomb et Ayyoub Yaacoub qui ont eux-mêmes préparé chaque élément.
Jusqu'à une époque très récente, le monastère de Mar Doumith a été le lieu du Noviciat. Après une période à Hazmieh, il y est revenu cette année (1999).
Beyrouth a toujours été riche en Congrégations religieuses et sièges patriarcaux pour différents rites. La Semi province des Carmes a toujours désiré avoir un centre dans la capitale qui puisse constituer un lien avec les différents couvents et les autres Institutions spirituelles et gouvernementales.
Les Pères, après avoir eu plusieurs pieds à terre dans la capitale, ont décidé en 1965 d'acheter un terrain dans la région de Hazmieh. La construction commença l'année même. Deux ans ont suffit pour que le couvent soit sur pied pour recevoir les religieux (1968).
Au début des années 70, les pères Carmes y ont ouvert une école primaire; très rapidement elle devint complémentaire puis secondaire. Le nombre des élèves ne dépassa point quatre cent. Cette année (1999), par une décision du P Général des Carmes, elle a été fermée en vue de la fondation d'un Institut de spiritualité. De cette manière les Pères Carmes pourront se consacrer de manière plus particulière à leur mission spirituelle pour le bien de tout le peuple de Dieu.
De même, ce couvent de Hazmieh est la maison Provinciale, la maison du Postulat et des petits séminaristes, et le siège des Éditions du Carmel (depuis 1977). En 1996 on avait commencé à construire un autre bâtiment face au couvent, côté ouest, afin d'y abriter l'école!
L'idée de construire un couvent et une école en dehors de Tripoli est née à cause de l'exiguïté des lieux à Tripoli même. De fait le nombre des élèves avait beaucoup augmenté à l'école. En 1969 elle avait entre trois cent et quatre cent internes, sans compter les petits séminaristes, les religieux etc. .. L'école avait presque 1500 élèves externes. On choisit un lieu, en hauteur, pas loin de Zghorta, nommé Mejdlayya. On posa la première pierre en 1972 et on mit la future construction sous le patronage de Notre Dame du Mont Carmel et on l'appela: AI Carmaleyya. La construction fut imposante. Avant même de terminer les travaux (1974) on commença l'enseignement en 1973. En 1975 on est à 800 élèves!! Mais la guerre éclate et l'emplacement éminemment stratégique du Couvent école a réservé un sort des plus désastreux aux bâtiments. Ils furent occupés, pillés, détruits (en 1976 et en 1983) et assiégés. Plusieurs solutions furent cherchées pour assurer l'éducation des jeunes. Mais elles ne furent pas toutes couronnées de succès à cause de la férocité des attaques. Enfin les bâtiments furent reconstruits en 1984.
L'École demeure le point de référence éducatif de la région et attire encore un grand nombre d'élèves (1000 élèves environ).
Pour faciliter l'accès aux étudiants Carmes aux différentes universités catholiques les pères Carmes ont décidé de construire un couvent dans la région de Nahr Ibrahim et ce sur une hauteur de plus de quatre cent mètres. De fait la distance à parcourir tous les jours de Beyrouth à Jounieh devenait de plus en plus pénible. L'achat du terrain a eu lieu en 1989 et les constructions ont commencé en 1990. C'est en 1995 qu'il fut inauguré et qu'il abrite les frères étudiants. Ce couvent reçoit aussi des groupes ou des individus pour des retraites.
Pour finir évoquons la présence des moniales Carmélites cloîtrées de Harissa.
Fondé en 1962 par un groupe de moniales espagnoles le Carmel de la Théotokos et de l'Unité a eu pour mission particulière le "service de la Communion des Églises". C'est le motif principal de sa fondation et de son existence. Le Concile Vatican Il a confirmé la mission du Carmel de Harissa ainsi que l'adoption de la Liturgie Byzantine et l'insertion à part entière dans l'Église Grec melkite. Prier pour l'Unité c'est demander la pleine réalisation de la prière sacerdotale de Jésus "qu'ils soient tous UN", c'est laisser prier Jésus en chacun de ses membres. Le diocèse de Beyrouth a un rôle prépondérant à jouer en faveur de l'œcuménisme. Modèle typique d'un diocèse""de l'Église d'Antioche, Beyrouth réunit en son sein plusieurs sièges épiscopaux et les fidèles, de diverses confessions chrétiennes, vivent très près les uns des autres. Cette proximité met en évidence les blessures héritées par les siècles mais elle est une occasion favorable pour le rapprochement des cœurs.
De leur solitude les moniales du Carmel portent les blessures de l'Église indivise, elles souffrent lorsque l'unité est blessée par un nouveau trait, elles se réjouissent lorsque Esprit Saint fait triompher la charité. Elles intercèdent jour et nuit pour que l'Unité fasse son chemin dans les consciences et les cœurs, sachant que, seule une effusion de l'Esprit peut donner l'amour et la vérité nécessaires pour une telle démarche.
Au Carmel on vit du travail de ses mains, mais aussi de tout ce qu'envoie la Providence par le moyen des bienfaiteurs. Les moniales ont un atelier d'iconographie byzantine, un ouvroir pour la confection et la broderie d'ornements sacerdotaux. Elles coulent, en outre, des statuettes en plâtre, travaillent la réparation et à la restauration d'œuvres d'art et soignent en tout temps leur petit verger en terrasses qui leur fournit les légumes et les fruits dont elles se nourrissent.
Situé à l'ombre de la belle statue de Notre-Dame du Liban, le Carmel vit sous le regard et la protection de Marie. Le Carmel n'est-il pas son Ordre? Les Carmélites ne portent-elles pas son Habit? C'est aussi vers Elle que se dirigent les regards de tout le diocèse.
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