PRESENTATION DE L’ICONE DE LA MERE DE DIEU « REGINA DECOR CARMELI »

Introduction :

Dès sa genèse l’homme est image et ressemblance de Dieu. Cette similitude est aussi manifestation. « La Gloire de Dieu – dit Saint Irénée – c’est l’homme vivant ». Or l’homme n’est vraiment vivant que s’il est vivifié par l’Esprit du Christ pour devenir « très-ressemblant » à celui qui a pris notre ressemblance pour nous diviniser.

Le Verbe fait chair est l’Icône véritable du Père, sa parfaite manifestation : « qui me voit, voit le Père ». Son Avènement sur la terre des hommes a scellé la vocation de l’homme à refléter la Splendeur de Dieu, bien plus : il l’a menée à son accomplissement.

Depuis sa chute, l’homme est à la recherche du paradis perdu. Banni de la présence divine il est en quête de son identité propre qui est référence ontologique à son divin Archétype. Celui qui fut créé roi de la création et qui donna à chaque créature son nom par la connaissance intime de son être cherche à présent à tâtons les vestiges de la Vérité invisible enfouies dans le monde visible. Coupé de celui qui donne un Sens à tout homme (cf. prol. de St. Jean), il cherche dans les figures : – signes et symboles – des moyens pour exprimer la réalité et son mystère.

En instituant l’Eglise, le Christ rouvre à l’homme l’accès au Paradis, mais désormais ce sera un cheminement dans la Foi, comme à travers un miroir et non dans la claire vision (1 Cor 3,12). Cependant, en inaugurant l’ère sacramentelle, le Christ, dans son Amour, réalise cette merveille de donner aux ombres et aux symboles de notre monde leur pleine efficacité d’expression – signes de la Réalité –. Dans les sacrements les signes coïncident pleinement avec la Réalité divine qu’ils expriment : le mur d’inimitié est reversé, la terre est réconciliée avec le ciel, et ses éléments – pour modestes qu’ils soient – deviennent des instruments de déification.

L’icône appartient à cette sphère du sacramentel. Bien qu’elle ne jouisse pas de leur pleine efficacité, elle possède cependant un dynamisme qui dérive des sacrements. Elle est une médiation privilégiée dans ce chemin de retour vers le Paradis perdu. A travers des signes et des symboles « réconciliés », elle s’adresse à la Foi et « exerce » à la Vision future. Miroir de la Lumière de Dieu qui resplendit sur la Face du Verbe incarné, l’icône nous montre quelque chose de la Gloire de la Jérusalem céleste dans l’éclat du 8ème jour, Ce Jour qui inaugure pour nous l’Aujourd’hui éternel de Dieu n’est plus celui du repos sabbatique (le 7ème, terme de la « création ») mais bien celui de la Fête : il est le terme de la Rédemption ou « nouvelle création ». La ténèbre et le silence du Shabbat font place à la Lumière de Gloire, Flambeau de l’Agneau et au Chant nouveau des élus.

Approchons-nous de notre icône : elle est « signe » proposé à notre foi. Chargée de symboles, il convient de l’élucider afin de jouir de toute la sève de son message.

La composition et son contexte

La Composition est nouvelle et adaptée au mystère de la Mère de Dieu « Regina Decor Carmeli » qu’elle cherche à exprimer ; elle est cependant construite sur un type iconographique traditionnel : celui de la Vierge « Rempart de la Cité », vénérée très tôt à Constantinople et connue plus tard sous le vocable de « Vierge du Signe » (cf. Isaïe 7,12). La Théotokos y est représentée en attitude d’orante, portant sur sa poitrine « l’imago clipeata », l’icône-bouclier, avec l’Emmanuel.

Différents éléments symboliques du cosmos et de la Bible intègrent la Composition et suggèrent les lignes maîtresses de son message. La Mère de Dieu s’élève sur une nuée au-dessus de la mer. Derrière elle le Mont Carmel est orné de différents symboles biblico-cosmiques. La figure centrale de la Mère de Dieu qui occupe pratiquement tout l’espace de l’icône est symétrique ; sa structure repose sur une croix surmontée d’un triangle à côtés égaux. La croix divise verticalement l’icône en deux parties égales tandis que son axe horizontal part d’une poignée à l’autre de la Vierge, le point d’intersection étant à 1/12ème de sa stature. Des extrémités de la croix au sommet de la tête de la Vierge un triangle peut être tracé aux côtés égaux.

Cette structure en pointe de flèche suggère un mouvement ascensionnel de plus en plus glorieux comme il convient à celle qui est Immaculée Conception et qui a été enlevée dans une glorieuse Assomption.

L’icône est basée théologiquement sur une vision de Foi. Cette vision n’est pas une réalité palpable pour émouvoir les sens mais elle offre des signes qui pointent vers l’Insaisissable. Elle se rattache directement à la tradition prophétique dont Elie est le Patriarche et le Carmel l’héritier. Cette Foi, que les Maîtres du Carmel présentent comme l’unique moyen adapté à la Transcendance divine et permettant de s’y unir, nous a été transmise par le Nouvel Adam et la Nouvelle Eve, Jésus et sa Mère, premiers-nés de l’Humanité nouvelle créée selon Dieu dans l’Esprit. Jésus n’est-il pas le « Chef de notre Foi qui la mène à sa perfection ? » (Heb. 12, 2) et Marie n’est-elle pas la Bienheureuse « parce qu’elle a cru », méritant ainsi les arrhes de notre propre béatitude ? D’ailleurs l’Economie entière du salut, « l’Œuvre de Dieu » comme dit Jésus ne consiste-t-elle pas à nous amener à « croire en celui qu’Il a envoyé ? »

C’est dans cet éclairage qu’il faut – pensons-nous – nous approcher d’une icône qui voudrait condenser quelque chose de la sève si riche du Carmel qu’il puise dans le mystère même de la Mère de Dieu « Regina Decor Carmeli ».

En paraphrasant le passage de l’Epître aux Hébreux nous pouvons introduire ainsi à la contemplation de notre icône : « Vous ne vous approcherez pas d’une réalité palpable : feu ardent, obscurité, ténèbres, ouragan, bruit de trompette et clameur de paroles s’adressant à des sens corruptibles dont l’accès à la Montagne est interdit, mais comme Elie sur l’Horeb, vous vous approcherez de la Montagne de Sion et du carmel, de la cité et du jardin du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste et de myriades d’anges qui assurent la hiérarchie des communications mystiques, réunion de fête, et de l’assemblée des premiers-nés de l’Humanité Nouvelle qui sont inscrits dans les cieux comme étant fils de Marie – la Nouvelle Eve – ; d’un Dieu juge universel purifiant l’homme de ses souillures et des esprits des justes qui ont été rendus parfaits par la purification des sens et de l’esprit, de Jésus médiateur d’une Alliance nouvelle scellée pour chaque homme dans l’Union transformante et d’un sang purificateur plus éloquent que celui d’Abel qui fonde notre intercession et donne un sens à notre oblation sacrificielle. » (cf. Heb.12, 18-24)

Parcourons à présent les différents éléments de notre Composition :

La Nuée

L’icône illustre un épisode biblique : le « signe » de la pluie qu’obtint Elie priant sur le Carmel, recroquevillé en forme d’embryon comme pour représenter l’homme dans sa pauvreté intrinsèque. L’icône représente ce « signe » d’après l’exégèse carmélitaine du passage biblique. Comme il arrive souvent dans le Texte sacré, le signe de la pluie ne se référait pas uniquement à celle qui allait faire cesser la sécheresse, il visait une réalité plus haute à savoir : la naissance d’une Femme Immaculée bien qu’issue de la mer amère et stérile de l’humanité corrompue. De cette « nuée » jaillirait la pluie fécondante qu’est le Messie.

Notons que, dans le contexte de notre icône, la nuée est une réponse à l’impuissance de l’home devant la sécheresse, la pluie descend pour féconder le désert. De fait le désert où l’homme chemine depuis son exil au Paradis est le lieu qui ne peut être fécondé que par la pluie qui « descend d’en-haut ». La terre aride et dont le sein est desséché attend du ciel son salut. Cette pluie symbolise la Parole de Dieu (cf. Is. 55,10) agissante et fécondante, elle est issue de la Nuée qui est la Vierge à l’ombre de l’esprit, nuée calquée sur la Nuée. Dans le Cantique spirituel de Saint Jean de la Croix c’est le vent « Austro » qui suscite la pluie et symbolise l’Esprit-Saint.

C’est grâce à cette pluie et à cette fécondité que le désert deviendra jardin selon la prophétie : « De nouveau sera répandu sur nous l’Esprit venu d’en-haut, alors le désert deviendra « verger » (Is. 32,15) « verger » est dit « Eden » dans le texte hébreu, un peu plus loin il est question de la « splendeur du Carmel » donnée au désert, à la steppe qui fleurit comme un jardin (Is. 35, 1 ss.) d’où on voit la correspondance étroite entre le mystère du Paradis perdu et celui du Carmel.

Sur l’icône la Mère de Dieu est « portée » par la nuée qui la symbolise. Elle surgit de la mer mais c’est pour distiller sur la terre l’eau douce du salut. Notons que, alors que le ciel et la terre seront renouvelés et que les luminaires seront substitués par la lumière divine, la mer est l’élément cosmique qui n’existera plus dans le siècle à venir (cf. Ap.21,1). Elle a le même sort que les ténèbres et la nuit. Ceci confirme l’exégèse carmélitaine qui voit dans la mer le symbole de l’humanité envahie par la corruption et qui ne peut être régénérée qu’à partir d’une « immaculée conception » d’où jaillira le « Saint » Fils de Dieu. La mer n’est-elle pas l’habitat du Dragon ? C’est d’elle aussi que surgit la Bête qui incarnera l’action du Dragon parmi les hommes. (cf. Ap.13, 1).

L’icône représente cette mer comme un abîme aux traits fuyants.

La blancheur de la nuée fait contraste avec l’obscurité de la mer et symbolise non seulement la pureté ontologique de l’Immaculée Conception mais aussi l’intégrité existentielle de celle qui est la première vierge consacrée au Seigneur, « à l’imitation d’Elie » dira très audacieusement l’Institution des premiers moines. C’est à cause de sa consécration virginale qu’Elie est considéré comme le Père des moines en général et comme Fondateur des Carmes en particulier. Le Carmel est, de par sa relation charismatique à la Mère de Dieu et au Prophète Elie, un témoin privilégié de la mission prophétique inhérente à l’état de virginité consacrée, par vocation il manifeste dans l’Eglise les ultimes conséquences de cet état qui anticipe l’ère eschatologique.

Le Signe et la Foi :

a)    Fils des prophètes

Il y a signes et Signes. Aux juifs « génération mauvaise et adultère » qui demandaient par incrédulité et suspicion un « signe » Jésus ne donne que le Signe qui s’adresse à la Foi de l’homme. A celui qui « n’a pas » - la Foi- les signes sont refusés et même ce qui pourrait lui servir de signe lui est ôté, mais à celui qui a la Foi les signes de Dieu ne manquent pas qui l’interpellent, la suscitent et la font grandir. (cf. Mt. 16, 1-4 ; Mc. 4,24-25 etc…)

La Mère de Dieu apparaît sur l’icône comme étant le « signe » par excellence révélé aux prophètes et proposé à notre Foi. Le passage biblique de la petite nuée n’est pas épisodique au Carmel. Il appartient à sa veine charismatique la plus profonde : celle qui veut que le Carme soit « fils des prophètes ». Or n’est pas prophète qui « prédit » l’avenir mais le vrai prophète est celui qui reçoit la Révélation de la part de Dieu et transmet l’oracle en son Nom. Cette révélation est toute tendue vers le Christ. Notre Père Saint Jean de la Croix le rappellera avec force : il est la clé et le contenu ultime de toute vision et de toute prophétie (cf. II Montée, ch. 22). Sur l’icône l’Emmanuel tient le rouleau des prophéties dont il est l’accomplissement, Lui, l’Amen de Dieu. (cf. Lc 4,17 ; II Cor.20).

Le prophète est donc celui qui, par révélation, discerne la venue du Christ et en témoigne : « le témoignage de Jésus, voilà l’esprit de prophétie » (Ap. 19,10). Jean- Baptiste fut le dernier et le plus grand des prophètes car Celui qu’ils avaient annoncé il pouvait enfin le montrer du doigt, Dieu fait chair. Or Jean-Baptiste est rattaché directement – même par le Christ- au prophète Elie que l’Office Byzantin désigne à la fois comme « socle des prophètes » et « 2ème Précurseur de la Venue du Messie » (Tropaire) : nous pouvons expliciter qu’il est le socle des prophètes parce qu’il fut le 2ème Précurseur de la Venue du Christ, la discernant et en transmettant la prophétie à ses fils.

Le Carmel est, par vocation, investi de l’esprit prophétique d’Elie. Si les yeux acérés du grand prophète ont su reconnaître dans la nuée le « signe » livrant la révélation divine, le message dont il est dépositaire n’a pas disparu avec son enlèvement au ciel. Il a transmis à Elisée et à toute sa postérité spirituelle son « double esprit » signifié par sa melote.

Dire que Jean-Baptiste est le dernier des prophètes ne signifie pas que l’esprit de prophétie se soit éteint dans le Nouveau Testament. Comme toutes les autres fonctions de l’Ancien Israël, la prophétie est passée à un nouveau registre. Lorsque le Christ, par son premier Avènement, eut donné leur accomplissement aux prophéties, celles-ci ne perdirent pas pour autant leur signification. La Parole de Dieu est incommensurable et vise toute l’Economie du salut qui se réalise dans la succession des temps. Ce qui trouva dans le premier Avènement du Christ un accomplissement continue à viser le deuxième Avènement car toute l’Ecriture est tendue vers la Parousie où le Christ Tête et Corps règnera dans la Jérusalem céleste. Dans la fin des temps les « fils des prophètes » reçoivent la grâce de continuer à scruter, dans la Foi, les « signes » donnés par Dieu afin de les faire accéder à des profondeurs nouvelles de l’incommensurable mystère du Christ – Plérome, révélé une fois pour toutes mais jamais épuisé.

C’est ainsi qu’à la suite d’Elie, d’Isaïe (qui parle précisément de la « jeune fille mettant au monde l’Emmanuel » comme « signe » donné par Yahvé) et des autres « frères prophètes », Jean contemple – mais d’une manière nouvelle – le même signe qu’eux et, au fond, la même « Parole » (cf.Ap. 1,12 où Jean se « retourne pour regarder la Voix – qui – parle ») : « Un « signe » grandiose apparut au ciel, c’est une Femme, elle est enceinte et crie dans les douleurs de l’enfantement… or la femme mit au monde un enfant mâle … » (Ap. 12, 2.5). Le « signe » de la Vierge enfantant sans douleur à Bethléem s’élargit et vise à la fois Marie, Mère des douleurs, enfantant sous la Croix chaque membre de son Fils et l’Eglise en gestation douloureuse jusqu’à la fin des siècles.

L’icône nous propose cette contemplation prophétique toujours nouvelle qui sait creuser les « signes » avec la lumière de l’Esprit - Saint. Or le signe est donné par Dieu pour susciter notre Foi et la mûrir dans l’accueil du Don de Dieu et l’action de grâce en don de soi confiant. En nous présentant, en lignes et couleurs, des symboles rattachés à de tels signes l’icône devient un instrument du Christ et de son Esprit pour éduquer notre Foi et la mener à sa Perfection.

Le Carmel vit de Foi, comme la Bienheureuse Mère du Seigneur qui a cru à ce qui lui fut signifié de la part de Dieu. La mystique chrétienne n’est pas une auto-réalisation. Elle est référence à un Dieu ineffable qui dépasse infiniment la pensée, les projets et les bornes humaines. Le rencontrer signifie pour l’homme subir l’épreuve du Feu, car notre Dieu est un Feu consumant : feu d’amour et mer de douceur mais amour et douceur intolérables à la nature endurcie et égocentrique de l’homme. Les maîtres du Carmel expriment toute la réalité apophatique de la vie spirituelle par la notion de Foi : elle est vraiment le milieu vital de l’homme en état d’exode, cheminant vers la Terre Promise. Nuit du désert éclairée par la colonne obscure de Feu et nuit du tombeau où se forge avec les fruits de la Croix la lumière du Face à Face, la Foi ne pénètre pas l’Impénétrable mais elle seule lui permet de pénétrer dans le cœur de l’homme pour le convertir en cœur de chair consumé de feu. En attendant le Face à Face de la vision il faut passer par le corps – à – corps de la nuit du gué du Yaboq où seule la Foi peut se mesurer à Dieu et, contre toute espérance, obtenir sa Bénédiction qui scelle l’Alliance. (cf. Gen. 32, 25-30).

Comme nous le verrons cette réalité de la Foi a une place importante dans la symbolique de notre icône.

b)    Frères de la Vierge

Si le Carmel est l’héritier charismatique du prophète Elie, il est, par le fait même spécialement rattachée à la « Venue du Christ » dont Elie fut le Précurseur. De cette venue Marie est la Porte, le Trône est le Char, suivant la symbolique des Pères de l’Eglise. Ce n’est donc par hasard que le filiation élianique du Carmel – rattachée à l’épisode de la nuée – est comme couronnée par une référence nouvelle à la Mère de Dieu : « TOTUS MARIANUS EST CARMELUS’.

Celle qui est tout au Carmel apparaît sur l’icône revêtue de l’habit carmélitain qui a hérité des melotes des prophètes et des Pères du désert. Cette similitude dans la livrée suggère une identité commune de vie et de vocation. Les Carmes ont très tôt exprimé cette réalité en appelant la Vierge « notre grande sœur ». Les ermites du Mont-Carmel, exilés en Europe, furent violemment critiqués pour oser s’appeler « Frères de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel ». Ce fut la Mère de Dieu elle-même qui confirma l’Ordre naissant dans cet élan charismatique à « s’apparenter » à son Mystère. Elle adopta pour ainsi dire l’Habit des Carmes ou plutôt manifesta qu’il était le sien, le leur redonnant chargé d’une fonction quasi-sacramentelle : « Reçois, dit-elle à Saint Simon Stock dans la célèbre apparition, ce Scapulaire : voici le privilège que je te donne, à toi et à tous les enfants du Carmel : quiconque meurt revêtu de cet habit sera sauvé. » C’était le 16 juillet 1251 (cf. Sanctoral du XIIIe siècle).

Sur l’icône la Reine du Carmel nous donne ce scapulaire dans le même mouvement d’intercession qui l’a arraché au Cœur de Dieu comme preuve suprême de sa sollicitude maternelle pour le salut de chacun de ses enfants.

La bure brune de la robe et du scapulaire que porte la Vierge est caractérisée par une sobriété quasi austère. Ceci exprime la participation de la Vierge à tous les états de l’homme déchu hormis le péché. A l’instar du Christ, agneau portant le péché du monde, Marie a eut le Cœur transpercé devant la contradiction subie par son Fils de la part des pécheurs. Elle a vécu le « désert » de la Foi et a souffert ses purifications jusqu’à la pleine maturation de son mystère en Dieu.

Le manteau blanc dont l’éclat tranche avec la sobriété de la robe symbolise les privilèges que Marie a reçus de Dieu et dont elle orne ses enfants en tant que Mère de la Grâce.

Les traits de la robe et du scapulaire sont effacés et tranquilles, ceux du manteau sont fougueux et décidés. La masse des plis du manteau sur la poitrine se déverse comme une cascade en direction et l’Emmanuel. Il est vraiment le centre d’où tout part et où tout reflue. Tel est bien la fonction de la Mère.

Notons que la robe et le scapulaire sont rehaussés de glacis bleus. Ce n’est pas pur hasard. Le bleu a été considéré dès l’Antiquité comme la couleur qui exprime l’impénétrable de la transcendance divine. Cette transcendance implique de la part de l’homme une approche apophatique de Dieu. On ne saurait connaître de Dieu que ce qu’il n’est pas. Ce qu’il est par essence est ineffable, incommunicable et insaisissable autrement que par la Foi. Marie est donc comme illuminée par cette Foi avec laquelle elle a attendu et accueilli le Don de Dieu dans le désert de sa vie terrestre. Cette lumière jaillit de sa vie intérieure, toute livrée, mais elle l’enveloppe aussi toute entière.

Le manteau blanc est orné lui aussi des reflets de la Foi. Une « assiste » d’argent lui donne une luminosité miroitante comme la lune en son plein. Dans la symbolique biblique et sanjuaniste l’argent signifie la Foi. Le Docteur Mystique parle dans le Cantique spirituel des « surfaces argentées » de la fontaine cristalline qui symbolisent la vie de Foi. Le manteau de Marie qu’elle ouvre comme une tente pour abriter ses enfants est tissé de cette Foi qu’elle transmet à ceux qui suivent ses traces. Faisant écho à la voix du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le », elle complète la consigne divine de la Foi par ses mots : « Tout ce qu’il Vous dira faites-le ». Ecouter la Parole, l’accueillir, la mettre en pratique : voilà le chemin de la vraie mystique chrétienne, celle qui aboutit par l’union transformante à la déification de l’homme.

L’Humanité du Christ

Prendre la Mère de Dieu pour Reine, Patronne, Mère et – surtout – grande sœur c’est affirmer une relation privilégiée à l’Humanité du Christ dont Marie est la voie d’accès.

Cette relation au Verbe fait chair ne s’est jamais démentie au Carmel. La fonction prophétique qui est une écoute de la Parole inspiratrice en vue d’un « service » a toujours été accompagnée d’une intimité de plus en plus grande avec le Christ jusqu’à la pleine conformité avec l’Homme-Dieu. Le serviteur est appelé à devenir ami, le prophète doit devenir un mystique et le mystique est appelé à témoigner jusqu’au martyr.

La relation explicite à l’Humanité du Christ comme chemin vers la plus haute union à Dieu – déjà amorcée par le prophète Elie – trouvera une expression autorisée dans le magistère des Docteurs Mystiques du Carmel. L’homme ne peut accéder à la divinisation intégrale qui est Retour au Père qu’à travers son Fils qui est le Chemin et la Porte. En fait tel fut le cheminement de la Vierge Marie.

Sur l’icône elle porte l’Emmanuel « Dieu-avec-nous » et apparaît comme le Trône, mieux comme la vraie Cité du Dieu vivant qu’Ezéquiel nommera « Yahvé-Sham » (Dieu est là). Notons que seul l’Emmanuel est habillé d’or. La Vierge n’en a que sur les bandes ornementales qui soulignent son appartenance à l’ordre hypostatique par sa fonction de Théotokos et sur ses chaussures que l’iconographie byzantine lui a toujours fait porter car elles montrent qu’elle est la Reine qui a toujours fait porter car elles montrent qu’elle est la Reine qui a toujours accès auprès du Roi de Gloire, non comme Moïse qui devait se déchausser avant de fouler la terre sacrée : or Marie est la terre sacrée par excellence où habite Dieu et d’où il surgit comme Soleil de Justice. Rappelons que l’or est la couleur du soleil et il symbolise la Gloire et la Majesté royale de Dieu.

La relation privilégiée à l’Humanité du Christ sera vécue par le Carmel – à l’imitation de la Nouvelle Eve et dans le sillage d’Elie – comme une communion effective au devenir eschatologique du Nouvel Adam. Quel est ce devenir eschatologique ?

a)    La Nouvelle Humanité

Pour le Christ et pour sa Mère, l’Ascension est la pleine manifestation de la vie divine qui envahit l’Homme Nouveau créé selon Dieu. Né âme vivante, le Christ est rendu par la Pâque esprit vivifiant dont la Gloire rejaillit sur tout le Corps.

Le mystère de l’Ascension comme divinisation intégrale de l’homme est fondamental au Carmel car il rejoint sa vocation propre, avant tout eschatologique. Le but de la vie érémitique, religieuse et prophétique qui est celle d’Elie – nous dit l’Institution – est double : « offrir tout d’abord à Dieu un cœur saint et pur… » c’est la voie ascétique, « ensuite recevoir le Don de Dieu qui nous permet de goûter d’une certaine manière en notre cœur, expérimenter  dans notre esprit la force de la divine présence et la douceur de la gloire d’en-haut, non seulement après la mort mais même en cette vie mortelle ». Or goûter la gloire d’en-haut ne signifie pas un but égoïste ou jouisseur qui exclue la dimension oblative. Pour avoir une conception authentiquement chrétienne de la gloire et de notre participation à l’être de Dieu il ne faut pas oublier que recevoir le Don de Dieu est l’obligation primordiale de l’homme qui entend la Bonne Nouvelle. Or, recevoir le Don de Dieu implique de passer par le double creuset de la purification :

La petite grotte de forme carrée à notre gauche symbolise la nuit des sens. Située au bas de la montagne elle est le premier creuset où l’argent, c'est-à-dire notre Foi va être purifié grâce à la réforme des facultés sensitives. Cette nuit peut être comparée à celle que traversa la Vierge lors de la première absence ou « éclipse » de Jésus, perdu 3 jours et 3 nuits dans le « labyrinthe » du temple, selon l’expression de Philoxène de Maboug. On peut aussi lui comparer le sacrifice d’Elie sur le Carmel qui, par le feu du ciel, prouva que Yahvé est Dieu et rétablit la Foi d’Israël. C’est cette Foi qui va engendrer, dans le processus de purification de l’homme, la nuit totale.

La nuit totale ou ténèbre de minuit (cf. Montée I, ch. 2, 5) est représentée par la grande grotte à notre droite, de forme triangulaire. Elle est signifiée aussi par l’absence de reflets d’argent sur les pans intérieurs du manteau de la Vierge, ceux qui sont les plus proches de l’austère zone brune rehaussée de bleu.

Cette nuit de l’esprit peut être comparée à celle – combien plus profonde – que traversa la Vierge des douleurs durant les 3 jours et les 3 nuits de la Grande Absence de son Fils. La grotte ouvre sur un abîme de ténèbres qui évoque les affres de la nuit de l’esprit si magistralement décrites par N.P. St Jean de la Croix. La caverne symbolise à la fois les entrailles du poisson qui engloutit Jonas et les entrailles de la terre tombeau où est enseveli le corps sans vie comme un grain de blé. C’est dans ces profondeurs et dans ces ténèbres que, comme la lumière créée à l’origine par Dieu à travers le tohu-bohu chaotique de l’abîme ténébreux, la Vie va germer, la Résurrection jaillir.

Entre les deux grottes il y a la pente escarpée du Mont-Carmel qui suggère une montée animée par l’Espérance qui, seule, engendre le dépouillement total, le Rien. Après 40 jours et 40 nuits – qui signifient la plénitude du temps de l’épreuve ou de l’attente – comme Elie, l’âme entrera dans cette grotte de pierre que nous venons de décrire et dont Jean de la Croix applique le symbolisme à la fois au mystère insondable du Christ que rien ne peut épuiser et à celui de la capacité abismale des facultés spirituelles de l’homme qui, lorsqu’elles sont établies dans le Rien par le « jeûne des puissances », ressentent une faim de Dieu intolérable. C’est la rencontre de ces deux abîmes : le Tout du Christ et le Rien affamé de l’âme qui provoque la collision ontologique de la nuit de l’esprit où les « contraires s’affrontent aux contraires, les grandeurs de Dieu aux misères de l’âme » (Nuit Obscure II/ch. 5) jusqu’à ce que celle-ci soit totalement adaptée et en synergie avec le mode ineffable d’être de Dieu de façon qu’elle puisse recevoir, refléter et communiquer sa Gloire sans obstacle.

C’est dans ces douleurs d’enfantement – dans « l’épaisseur » dira N.P. St Jean de la Croix – qu’a lieu la Rencontre avec le vrai visage de Dieu : la Miséricorde. Cette brise légère est la suprême manifestation du Dieu vivant (cf. 1 R 19, 11-13), son Esprit-Saint Miséricorde et entrailles maternelles de Dieu. La brise de l’Esprit  a accompagné l’âme tout au long de son cheminement, c’est même elle qui la mouvait secrètement, mais l’âme ne peut la percevoir et en jouir qu’une fois purifiée. Au-dessus de la petite grotte de gauche nous voyons un arbre dont les feuilles en forme de flammes sont dirigées par un vent invisible vers le sommet de la Montagne. Cet arbre, un térébinthe, symbolise l’âme mue par l’Esprit ; il plonge ses racines dans les profondeurs de la grotte.

Au-dessus de la grotte de droite nous voyons aussi un arbre : c’est la Croix, vrai arbre de vie, signe de la victoire de l’Amour sur toutes les formes de mort. Rappelons que la façon habituelle de désigner la Croix en grec est de l’appeler « to xylon – le bois, l’arbre – et non « to stavros » –la Croix –. La croix, arbre de vie, est gage du retour au Paradis perdu, son fruit est la Gloire, la vie éternelle.  

Entrer dans la Gloire de Dieu c’est donc goûter par l’amour à l’épaisseur des souffrances rédemptrices, consommer le fruit de la Croix. Il est hors de doute que la spiritualité du Carmel est loin de toute complaisance malsaine dans les douceurs divines. Le mystère du Christ a deux aspects inséparables : la Croix et la Gloire, la Gloire par la Croix. C’est ce qui nous est enseigné dans la Transfiguration : le Christ qui se manifeste dans les énergies de sa Gloire converse avec le serviteur Moïse et le prophète Elie, les deux témoins, précisément sur les souffrances rédemptrices. Il est intéressant de noter que la plus ancienne des mosaïques chrétiennes à Saint Apollinaire (VIe siècles) présente un symbolisme remarquable dans la magnifique scène de la Transfiguration : le Christ de Gloire y est remplacé par la Croix ! D’autre part la Croix elle-même est glorieuse puisque lorsqu’on souffre par amour c’est l’Esprit du Christ, l’Esprit de Gloire qui repose sur nous (IP. 4, 14).

La nuit de l’esprit est le creuset de l’or – c'est-à-dire de la charité qui envahit la substance de l’âme et la transforme en Dieu – Amour. En lui l’âme est tout et a tout. Cette charité apparaît au milieu de la grotte sous forme d’étoile, symbole royal, scintillante comme le Feu.

La Croix, sur l’icône, est entourée de deux autres étoiles en argent. Elles symbolisent la Foi et l’Espérance qui ont servi à attirer l’âme vers le haut jusqu’à la consommation de l’Alliance où seul subsistera l’Amour. C’est pour cette raison que l’étoile symbolisant la Charité est en or et les deux autres en argent.

C’est ainsi que l’icône de Notre-Dame « Regina Decor Carmeli » fait converger et culminer ses éléments symboliques vers le symbole officiel – dirions-nous – du Carmel qui est son blason.

b)    Ascension et Parousie

La reine du Carmel, Mère de la Grâce, veille à la genèse de l’Homme Nouveau dans chacun de ses enfants. Elle les attire sans cesse dans ce mouvement ascensionnel irrésistible qu’elle a expérimenté à la suite du Christ dans son Assomption. En effet l’Espérance chrétienne ne serait pas complète si elle n’était pas attente vigilante de la Venue du Seigneur et disposition libre de Le suivre dans sa Montée vers le Père. Lui-même nous convie à la « veille » et sa Mère, dans le mystère de sa Virginité et de son Assomption, est la source de notre fidélité au Maranatha.

En effet, le mystère de l’Ascension est intrinsèquement lié à celui de la Parousie et les deux impliquent la Pentecôte. Le mystère de l’Ascension n’est pas d’abord celui du départ du Christ, il est avant tout celui de sa venue continuelle pour nous entraîner à sa suite. C’est cette venue dont les signes – disions-nous – demandent le discernement continuel de la Foi par l’esprit de prophétie.

Aux Apôtres figés sur place contemplant le ciel vide les anges insistent : « Celui qui vous a été enlevé, ce même Jésus, viendra comme cela, de la même manière dont vous l’avez vu partir vers le ciel » (Ac 1, 11). Dans ce style répétitif les messagers célestes essayent d’exprimer la similitude et même la simultanéité du mouvement de l’Ascension et de celui de la Parousie. Saint Paul dira aux Ephésiens que « Il est monté au-dessus de tous les cieux afin de remplir toutes choses » (Eph. 4, 10).

L’image de la nuée qui « s’élève » vers le ciel, dans l’épisode élianique, et qui réapparaît précisément à l’Ascension (Ac. 1, 9) est particulièrement évocatrice de cette double réalité. En effet la nuée qui soustrait le Christ de l’Ascension aux yeux des Apôtres est paradoxalement l’élément théophanique qui accompagne la Parousie. C’est le Seigneur lui-même qui donnera le sens de la coïncidence du départ avec la venue continuelle : « si je ne pars pas l’Esprit-Saint ne viendra pas à vous, mais si je pars je vous l’enverrai… » (Jn 15, 7)

L’Ascension est donc l’inauguration de notre pédagogie par la Foi de l’Esprit-Saint, la Foi dont Il est le Guide et le Maître. Il s’agit d’une accoutumance progressive au mode d’être du Christ glorifié et c’est l’Esprit, envoyé par le Christ de l’Ascension, qui habitue l’Eglise à dire sans cesse « Viens Seigneur Jésus ». Sur le médaillon que porte la Vierge de notre icône l’Emmanuel esquisse le même geste de bénédiction que le Christ de l’Ascension. Cette bénédiction est le dernier « signe » qu’à opéré le Christ visible. Par elle il signifie son Œuvre auprès du Père en notre faveur jusqu’à la consommation des temps : nous envoyer l’Esprit de la Promesse, ne pas nous laisser « orphelins » mais venir à nous dans l’Esprit-Saint car c’est Lui qui unit le Corps à la Tête, Celui qui monte à Celui qui vient…

C’est cet Esprit qui enseigne l’Eglise à « entendre » les pas de l’époux qui vient et qui frappe à la porte, c’est Lui qui l’incite à ouvrir la porte à Celui dont les boucles sont baignées de la rosée de la nuit (cf. ct  5, 2), à l’attendre lorsqu’il semble se dérober, à veiller pendant son absence, lampe allumée, jusqu’à ce que le flux et le reflux continuel de la gloire ayant saturé le monde et que le dernier des élus ayant été enfanté à la vie éternelle le Seigneur se manifeste définitivement.

Ce mystère de l’attente de l’Eglise – Epouse et son rattachement direct à l’Ascension – Parousie est bien exprimé dans la vision de Jean. Cette Femme-signe que nous pouvons contempler sur notre icône, portant dans son sein un enfant mâle : Marie ou l’Eglise, voici que son Enfant est « enlevé auprès du Trône de Dieu » tandis qu’elle se réfugie au désert pour y être nourrie par Dieu. Il est étonnant que sur l’icône de l’Ascension Marie soit dans la même attitude d’orante que la « Vierge du Signe » mais le médaillon qui porte l’Emmanuel n’est plus sur son sein, il est emporté par les Anges vers les cieux. La Mère-Eglise demeure au désert pour y vivre de vie sacramentelle car cette nourriture – tant de fois servie à Elie le Thesbite – symbolise l’Eucharistie mais aussi la Parole de Dieu, vrai pain qui fait vivre l’homme, ainsi que toutes les autres fonctions et médiation qui constituent la Liturgie et qui communiquent les énergies de Gloire du Christ. Tant qu’un seul de ses enfants n’a pas été emporté vers le Trône de Dieu, l’Eglise demeurera, suppliante, au désert se nourrissant de manne cachée.

Ce n’est donc pas une coïncidence si le prophète Elie – Père du Carmel – est l’unique homme de l’Ecriture dont il est dit qu’il a été enlevé avec son corps sur le char de feu du monde à venir. Puisqu’il était le père des prophètes et le Précurseur de l’Humanité Nouvelle dont le Christ et sa Mère sont les premiers-nés, il fallait qu’il communie aux états eschatologiques des fils de l’Eglise.

A la suite d’Elie, en compagnie du Christ et de Marie, les fils du Carmel savent qu’on peut lire au présent cette exhortation de Saint Paul : « Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en-haut, là où se trouve le Christ assis à la droite de Dieu… car vous êtes morts et votre vie se trouve désormais cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec Lui pleins de gloire » (Col 3, 1-4). Les mystiques du Carmel expérimentent dès cette vie cette manifestation du Christ liée à son Ascension et ils se voient déjà d’une certaine manière emportés dans la gloire. Ils peuvent témoigner que la glorification commence dès ici-bas par des assauts de plus en plus glorieux de l’Esprit-Saint, Vive Flamme. La mort et la béatitude qui la suit ne sont que des communications plus intenses de l’Esprit de Gloire qui achèvent de « rompre la toile de la vie naturelle ». Tel est le mystère des membres du Christ. Tous vivent de la même Réalité mais quelques-uns sont choisis – tels les prophètes – pour l’expérimenter d’une manière visible et intelligible, ils servent alors de « témoins » lumineux qui indiquent à tous les baptisés que le Feu est là même s’ils ne le voient pas : « Vous ne me verrez plus, c’est justice… » dit Jésus, mais avant de partir il affirme : « voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des siècles ».

L’icône nous présente la Vierge Marie comme le Témoin par excellence, elle qui « gardait toutes ces choses en son cœur ». Elle vient à nous dans la plénitude de son mystère d’Eve Nouvelle communiant aux états existentiels du Nouvel Adam et appelant ses fils à la suivre dans cette glorieuse carrière de l’Amour-source de Gloire.

Enfin si dans les textes bibliques la réalité de la Vierge-Mère s’identifie progressivement avec celle de l’Eglise-Mère, dont elle est l’Archétype, au Carmel cette relation est vécue d’une manière expérimentale. Le zèle qui dévorait Elie pour la Gloire de Dieu s’est explicitée jusqu’à devenir comme pour Jésus : « le zèle de ta maison me dévore ». Si N.M. Ste Thérèse de Jésus s’exclame « je suis fille de l’Eglise » et si elle met toute sa Réforme au service de sa Mère, elle le fait dans la même foulée qu’Elie le Thesbite dont la mission eschatologique est de « rétablir les tribus de Jacob » (Si 48, 10b) qui symbolisent l’Unité de l’Eglise dans sa diversité, mission qui accomplit la prière suprême du Christ : « Qu’ils soient UN afin que le monde croie ». Or cette Unité, Nous en Lui et Lui dans le Père n’est-elle pas la vraie Parousie du Christ Tête et Corps enfin rassemblé dans l’Esprit-Saint et manifesté ?

C’est vers ces hauteurs que nous attire la petite nuée entrevue par Elie sur le Carmel. Puisse la contemplation de l’icône de la vierge « Regina Decor Carmeli » susciter dans beaucoup de cœurs la Foi de la Vierge Fidèle qui a su reconnaître la Venue du Seigneur et l’a accueilli devenant par là Mère féconde emportée dans la Gloire pour l’honneur de l’Epoux et la Gloire du Père. Sur cette Montagne – dit le dessin symbolique de la Montée du Carmel – seuls résident l’honneur et la Gloire de Dieu. Amen.

 

L.D.V.M.

Carmel de la Théotokos

& de l’unité.-Harissa- Liban