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LES PRIÈRES DE STE THÉRÈSE.
Prière n 1
Ma bonne Sainte Vierge, faites que votre petite Thérèse ne se tourmente plus jamais.
Prière n 2 (Billet de Profession)
8 septembre 1890
O Jésus, mon divin époux! que jamais je ne perde la seconde robe de mon Baptême, prends-moi avant-que je fasse la plus légère faute volontaire. Que je ne cherche et ne trouve jamais que toi seul, que les créatures ne soient rien pour moi et que je ne sois rien pour elles mais toi Jésus soit tout!... Que les choses de la terre ne puissent jamais troubler mon âme que rien ne trouble ma paix, Jésus je ne te demande que la paix, et aussi l'amour, l'amour infini sans limite autre que toi, l'amour qui ne soit plus moi mais toi mon Jésus. Jésus que pour toi je meure martyre, le martyre du coeur ou du corps, ou plutôt tous les deux..... Donne-moi de remplir mes voeux dans toute leur perfection et fais-moi comprendre ce que doit être une épouse à toi. Fais que je ne sois jamais à charge à la communauté mais que personne ne s'occupe de moi, que je sois regardée foulée aux pieds oubliée comme un petit grain de sable à toi, Jésus. Que ta volonté soit faite en moi parfaitement, que j'arrive à la place que tu as été devant me préparer...... () Jésus fais que je sauve beaucoup d'âmes, qu'aujourd'hui il n'y en ait pas une seule de damnée et que toutes les âmes du purgatoire soient sauvées.... Jésus pardonne-moi si je dis des choses qu'il ne faut pas dire, je ne veux que te réjouir et te consoler.
Prière n 3 Regards d'amour vers Jésus (181r )
Jésus, vos petites épouses prennent la résolution de tenir les yeux baissés pendant le réfectoire afin d'honorer et d'imiter l'exemple que Vous leur avez donné chez Hérode () Quand ce prince impie se moquait de Vous, ô Beauté infinie, pas une plainte ne sortait de vos lèvres divines. Vous ne daigniez pas même fixer sur lui vos yeux adorables. Oh! sans doute, divin Jésus, Hérode ne méritait pas d'être regardé de Vous, mais nous qui sommes vos épouses, nous voulons attirer sur nous votre regard divin; nous Vous demandons de nous récompenser par un regard d'amour à chaque fois que nous nous priverons de lever les yeux, et même nous Vous prions de ne pas nous refuser ce doux regard quand nous serons tombées puisque nous compterons nos défaillances. Nous formerons un bouquet que vous ne rejetterez pas, nous en avons la confiance. Vous verrez dans ces fleurs notre désir de Vous aimer, de Vous ressembler et Vous bénirez vos pauvres enfants. O Jésus! regardez-nous avec amour et donnez-nous (181v ) votre doux baiser. Ainsi soit-il.
Prière n 4 Hommage à la Très Sainte Trinité (180v )
O mon Dieu, nous voici prosternées devant Vous. Nous venons implorer la grâce de travailler pour Votre gloire. Les blasphèmes des pécheurs ont retenti douloureusement à nos oreilles; pour Vous consoler et réparer les injures que vous font souffrir les âmes rachetées par vous, ô Trinité adorable! nous voulons former un concert de tous les petits sacrifices que nous ferons pour votre amour. Pendant quinze jours, nous Vous offrirons le chant des petits oiseaux du Ciel qui ne cessent de vous louer et de reprocher aux hommes leur ingratitude. Nous vous offrons aussi, ô mon Dieu! la mélodie des instruments de musique et nous espérons que notre âme méritera d'être une lyre harmonieuse que Vous ferez vibrer pour Vous consoler de l'indifférence de tant d'âmes qui ne pensent pas à Vous. Nous voulons aussi pendant huit jours qui répareront l'empressement des pauvres mortels (181r ) qui poursuivent les richesses passagères sans songer à celles de l'éternité. O mon Dieu! faites-nous la grâce d'être plus vigilantes à la recherche des sacrifices, que les âmes qui ne vous aiment pas le sont à la poursuite des biens de la terre. Enfin, pendant huit jours, le parfum des fleurs sera recueilli par vos enfants qui veulent, par là, réparer toutes les indélicatesses que vous font souffrir les âmes sacerdotales et religieuses. O bienheureuse Trinité, accordez-nous d'être fidèles et faites-nous la grâce de vous posséder après l'exil de cette vie... Ainsi soit-il
Prière n 5 « Fleurs Mystiques »
Couverture
Madeleine! Mon Epouse Bien-Aimée! Je suis tout à toi et tu es à moi pour toujours ()
Page de titre (1r ) Fleurs Mystiques destinées à former ma Corbeille de Noces.
Une voix s'est fait entendre: « Voici l'Epoux qui vient, allez au-devant de Lui " (Evangile) () Aspirations (Pour le libellé complet de chaque page, cf. Prières p. 73. On omet ici l'énoncé du jour et la mention « Aspirations », répétée seize fois.)
(2r ) Des Roses Blanches. O Jésus! purifiez mon âme afin qu'elle devienne digne d'être votre épouse!
(2v ) Des Pâquerettes. O Jésus! faites-moi la grâce de faire toutes mes actions pour plaire à Vous seul.
(3r ) Des Violettes Blanches. Jésus, doux et humble de Coeur, rendez mon coeur semblable au vôtre! ()
(3v ) Du Muguet. Sainte Thérèse, ma Mère, apprenez-moi à sauver les âmes afin que je devienne une vraie carmélite.
(4r ) Des Eglantines. O Jésus! c'est vous seul que je sers en servant mes Mères et mes Soeurs.
(4v ) Des Roses Thé. Jésus, Marie, Joseph, faites-moi la grâce de faire une bonne retraite et préparez mon âme pour le beau jour de ma profession.
(5r ) Des Clochettes Blanches. O Sainte Madeleine! obtenez-moi que ma vie ne soit qu'un acte d'amour.
(5v ) Du Chèvrefeuille. O Jésus! apprenez-moi à me renoncer toujours pour faire plaisir à mes soeurs.
(6r ) Des Pervenches Blanches. Mon Dieu, je vous aime de tout mon coeur.
(6v ) Des Pivoines Blanches. O mon Dieu, regardez la Face de Jésus, et des pauvres pécheurs faites autant d'élus.
(7r ) Du Jasmin. O Jésus, je ne veux goûter de joie qu'en vous seul!...
(7v ) Des Myosotis Blancs. O mon Saint Ange gardien! couvrez-moi toujours de vos ailes afin que je n'aie jamais le malheur d'offenser Jésus. ()
(8r ) De la Reine des Prés. O Marie! ma bonne Mère, faites-moi la grâce de ne jamais ternir la robe d'innocence que vous me donnerez au jour de ma profession.
(8v ) Des Verveines Blanches. Mon Dieu, je crois en vous, j'espère en vous, je vous aime de tout mon coeur.
(9r ) Des Iris Blancs. Mon Dieu, je vous remercie de toutes les grâces que vous m'avez faites pendant ma retraite.
(9v ) Le Grand Jour est Arrivé . () Des Lys. Mon Jésus Bien-Aimé, vous êtes maintenant tout à moi et moi je suis pour toujours votre petite Epouse!!!..... ()
Prière n 6 Acte d'Offrande (01r ) J.M.J.T.
Offrande de moi-même comme Victime d'Holocauste () à l'Amour Miséricordieux du Bon Dieu
O mon Dieu! Trinité Bienheureuse, je désire vous Aimer et vous faire Aimer, travailler à la glorification de la Sainte Eglise en sauvant les âmes qui sont sur la terre et (en) délivrant celles qui souffrent dans le purgatoire. Je désire accomplir parfaitement votre volonté et arriver au degré de gloire que vous m'avez préparé dans votre royaume, () en un mot, je désire être Sainte, mais je sens mon impuissance et je vous demande, ô mon Dieu! d'être vous-même ma Sainteté . () Puisque vous m'avez aimée jusqu'à me donner votre Fils unique pour être mon Sauveur et mon Epoux, les trésors infinis de ses mérites sont à moi, je vous les offre avec bonheur, vous suppliant de ne me regarder qu'à travers la Face de Jésus et dans son Coeur brûlant d'Amour . Je vous offre encore tous les mérites des Saints (qui sont au Ciel et sur la terre) leurs actes d'Amour et ceux des Saints Anges; enfin je vous offre, ô Bienheureuse Trinité! L'Amour et les mérites de la Sainte Vierge, ma Mère chérie, c'est à elle que j'abandonne mon offrande la priant de vous la présenter. Son divin Fils, mon Epoux Bien-Aimé, aux jours de sa vie mortelle, nous a dit: « Tout ce que vous demanderez à mon Père, en mon nom, il vous le donnera! » () Je suis donc certaine que vous exaucerez mes désirs; je le sais, ô mon Dieu! (plus vous voulez donner, plus vous faites désirer). Je sens en mon coeur des désirs immenses et c'est avec confiance que je vous demande de venir prendre possession de mon âme. Ah! je ne puis recevoir la Sainte Communion aussi souvent que je le désire, mais, Seigneur, n'êtes-vous pas Tout-Puissant?... Restez en moi, comme au tabernacle, ne vous éloignez jamais de votre petite hostie...... Je voudrais vous consoler de l'ingratitude des méchants et je vous supplie de m'ôter la liberté de vous déplaire, si par faiblesse je tombe quelquefois qu'aussitôt votre Divin Regard purifie mon âme consumant toutes mes imperfections, comme le feu qui transforme toute chose en lui-même.... Je vous remercie, ô mon Dieu! de toutes les grâces que vous m'avez accordées, en particulier de m'avoir fait passer par le creuset de la souffrance. C'est avec joie que je vous contemplerai () au dernier jour portant le sceptre de la Croix; puisque vous (avez) daigné me donner en partage cette Croix si précieuse, j'espère au Ciel vous ressembler et voir briller sur mon corps glorifié les sacrés stigmates de votre Passion... () Après l'exil de la terre, j'espère aller jouir de vous dans la Patrie, mais je ne veux pas amasser de mérites pour le Ciel, je veux travailler pour votre seul Amour, dans l'unique but de vous faire plaisir, de consoler votre Coeur Sacré et de sauver des âmes qui vous aimeront éternellement. Au soir de cette vie je paraîtrai devant vous les mains vides car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes oeuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux. () Je veux donc me revêtir de votre propre Justice et recevoir de votre Amour la possession éternelle de Vous-même. Je ne veux point d'autre Trône et d'autre Couronne que Vous, ô mon Bien-Aimé!...... A vos yeux le temps n'est rien, un seul jour est comme mille ans, vous pouvez donc en un instant me préparer à paraître devant vous... () Afin de vivre dans un acte de parfait Amour je m'offre comme victime d'holocauste à votre Amour miséricordieux, vous suppliant de me consumer (2v ) sans cesse, () laissant déborder en mon âme les flots de tendresse infinie qui sont renfermés en vous et qu'ainsi je devienne Martyre de votre Amour, ô mon Dieu!... Que ce martyre après m'avoir préparée à paraître devant vous me fasse enfin mourir et que mon âme s'élance sans retard dans l'éternel embrassement de Votre Miséricordieux Amour... Je veux, ô mon Bien-Aimé, à chaque battement de mon coeur vous renouveler cette offrande un nombre infini de fois, jusqu'à ce que les ombres s'étant évanouies je puisse vous redire mon Amour dans un Face à Face Eternel!... ()
Marie, Françoise, Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face rel. carm. ind.
Fête de la Très Sainte Trinité Le 9 juin de l'an de grâce 1895.
Prière n 7 Prière a Jésus au tabernacle (180r ) Jésus + 16 juillet 1895.
O Dieu caché dans la prison du tabernacle! c'est avec bonheur que je reviens près de vous chaque soir, afin de vous remercier des grâces que vous m'avez accordées et d'implorer mon pardon pour les fautes que j'ai commises pendant la journée qui vient de s'écouler comme un songe.... () O Jésus! que je serais heureuse si j'avais été bien fidèle, mais hélas! souvent le soir je suis triste car je sens que j'aurais pu mieux répondre à vos grâces... Si j'étais plus unie à Vous, plus charitable avec mes soeurs, plus humble et plus mortifiée, j'aurais moins de peine à m'entretenir avec vous dans l'oraison. Cependant, ô mon Dieu! bien loin de me décourager par la vue de mes misères, je viens à vous avec confiance, me souvenant que: « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. » () Je vous supplie donc de me guérir, de me pardonner, et moi je me souviendrai, Seigneur, « que l'âme à laquelle vous avez remis davantage, doit aussi vous aimer plus que les autres!...» () Je vous offre tous les battements de mon coeur comme autant d'actes d'amour et de réparation et je les unis à vos mérites infinis. Je vous supplie, ô mon Divin Epoux, d'être vous-même le Réparateur de mon âme, (180v ) d'agir en moi sans tenir compte de mes résistances, enfin je ne veux plus avoir d'autre volonté que la vôtre; et demain, avec le secours de votre grâce, je recommencerai une nouvelle vie dont chaque instant sera un acte d'amour et de renoncement. Après être ainsi venue chaque soir au pied de votre Autel, j'arriverai enfin au dernier soir de ma vie, alors commencera pour moi le jour sans couchant de l'éternité où je me reposerai sur votre Divin Coeur des luttes de l'exil!...... Ainsi soit-il.
Prière n 8 (Prière pour l'abbé Bellière)
J.M.J.T.
O mon Jésus! je vous remercie de combler un de mes plus grands désirs, celui d'avoir un frère, prêtre et apôtre... Je me sens bien indigne de cette faveur, cependant puisque vous daignez accorder à votre pauvre petite épouse la grâce de travailler spécialement à la sanctification d'une âme destinée au sacerdoce, je vous offre pour elle avec bonheur, toutes les prières et les sacrifices dont je puis disposer; je vous demande, ô mon Dieu! de ne pas regarder ce que je suis, mais ce que je devrais et voudrais être, c'est-à-dire une religieuse tout embrasée de votre amour. Vous le savez, Seigneur, mon unique ambition est de vous faire connaître et aimer, maintenant mon désir sera réalisé; je ne puis que prier et souffrir mais l'âme à laquelle vous daignez m'unir par les doux liens de la (1v ) charité ira combattre dans la plaine pour vous gagner des coeurs, et moi sur la montagne du Carmel je vous supplierai de lui donner la victoire. () Divin Jésus, écoutez la prière que je vous adresse pour celui qui veut être votre Missionnaire, () gardez-le au milieu des dangers du monde, faites-lui sentir de plus en plus le néant et la vanité des choses passagères et le bonheur de savoir les mépriser pour votre amour. Que déjà son sublime apostolat s'exerce sur ceux qui l'entourent, qu'il soit un apôtre, digne de votre Coeur Sacré.... O Marie! douce Reine du Carmel, c'est à vous que je confie l'âme du futur prêtre dont je suis l'indigne petite soeur. Daignez lui enseigner déjà avec quel amour vous touchiez le Divin Enfant Jésus et l'enveloppiez de langes, afin qu'il puisse un jour monter au Saint Autel et porter en ses mains le Roi des Cieux. Je vous demande encore de le garder toujours à l'ombre de votre manteau virginal, jusqu'au (2r ) moment heureux où quittant cette vallée de larmes, il pourra contempler votre splendeur () et jouir pendant toute l'éternité des fruits de son glorieux apostolat.... Thérèse de l'Enfant Jésus rel. carm. ind.
Prière n 9 (Prière de Céline et de Thérèse)
Je vous le dis, si deux d'entre vous s'accordent sur la terre, () quelque chose qu'ils demandent, ils l'obtiendront de mon Père qui est dans les Cieux. Car là où deux sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux. St Matt. ch. XVIII v. 19-20
O mon Dieu! nous vous demandons que jamais vos deux lys ne soient séparés sur la terre Qu'ils vous consolent ensemble du peu d'amour que vous trouvez en cette vallée de larmes () et que pendant l'éternité leurs corolles brillent du même éclat et répandent le même parfum lorsqu'elles s'inclineront vers vous!... Céline et Thérèse Souvenir de la nuit de Noël 1895
Prière n 10 (Offrande de la journée)
Mon Dieu, je vous offre toutes les actions que je vais faire aujourd'hui, dans les intentions et pour la gloire du Coeur Sacré de Jésus; je veux sanctifier les battements de mon coeur, mes pensées et mes oeuvres les plus simples en les unissant à ses mérites infinis, et réparer mes fautes en les jetant dans la fournaise de son amour miséricordieux. O mon Dieu! je vous demande pour moi et pour ceux qui me sont chers la grâce d'accomplir parfaitement votre sainte volonté, d'accepter pour votre amour les joies et les peines de cette vie passagère afin que nous soyons un jour réunis dans les Cieux pendant toute l'éternité. () Ainsi soit-il.
Prière n 11 Fais que je t R.
Fais que je t R.
(Timbre de la Sainte Face de Tours )
Jésus!...
(ce qui signifie)
Fais que je te Ressemble, Jésus!...
Prière n 12 Consécration à la Sainte Face
(r ) Seigneur, cachez-nous dans le secret de votre Face!.. Sr C. Geneviève de Ste-Th.-Marie de la Sainte Face Sr L. J. Marie de la Trinité et de la Sainte Face Sr Marie F. Th. de l'Enf. Jésus et de la Sainte Face ()
Le plus petit mouvement de "pur Amour" est plus utile à l'Eglise que toutes les autres oeuvres réunies.... Il est donc de la plus haute importance que nos âmes s'exercent beaucoup à "l'Amour", Afin que se consommant rapidement elles ne s'arrêtent guère ici-bas et arrivent promptement à voir "Jésus, Face à Face"....
(v ) Consécration à la Sainte Face.
"O Face Adorable de Jésus!" puisque vous avez daigné choisir particulièrement nos âmes pour vous donner à elles, nous venons les consacrer à vous.... Il nous semble, "ô Jésus", vous entendre nous dire: « Ouvrez-moi mes soeurs, mes épouses bien-aimées, () car "ma Face" est couverte de rosée et "mes cheveux" des gouttes de la nuit. » Nos âmes comprennent votre langage "d'amour", nous voulons essuyer votre "doux visage" et vous consoler de l'oubli des méchants, à leurs yeux vous êtes encore comme caché, ils vous considèrent comme un objet de mépris....... () "O Visage" plus beau que les lys et les roses du printemps Vous n'êtes pas caché à nos yeux.... "les larmes" qui voilent votre "divin regard" nous apparaissent comme "des Diamants précieux" que nous voulons recueillir afin d'acheter avec leur valeur infinie "les âmes" de nos frères. De votre "Bouche Adorée" nous avons entendu "la plainte amoureuse"; comprenant que "la soif" qui vous consume est "une soif d'Amour", () nous voudrions pour vous "désaltérer" posséder "un Amour infini".... "Epoux Bien-Aimé" de nos âmes, si nous avions "l'amour" de tous les coeurs, tout cet "amour" serait à vous.... Eh bien! donnez-nous cet "amour" et venez vous "désaltérer" en vos petites épouses.... "Des âmes, Seigneur", il nous faut "des âmes" .... surtout "des âmes d'apôtres et de martyrs" afin que par elles nous "embrasions de votre Amour" la multitude des pauvres pécheurs. "O Face Adorable", nous saurons obtenir de vous cette grâce!... oubliant notre exil sur le bord des fleuves de Babylone nous chanterons à vos "Oreilles" les plus douces mélodies; puisque vous êtes la vraie, l'unique Patrie de nos coeurs, nos cantiques ne seront pas chantés sur une terre étrangère. () "O Face chérie de Jésus!" en attendant le jour éternel où nous contemplerons votre Gloire infinie notre unique désir est de charmer vos "Yeux Divins" en cachant aussi notre visage () afin qu'ici-bas, personne ne puisse nous reconnaître... votre "Regard voilé", voilà notre "Ciel" "ô Jésus!"...
Signé: Th. de l'Enf. Jésus et de la Ste Face M. de la Trinité et de la Ste Face G. de Ste Th. Marie de la Ste Face
Prière n 13 « Père Eternel, votre Fils unique »
« Père Eternel, votre Fils unique »
Tout ce que vous demanderez à mon Père, en mon Nom, Il vous le donnera.... () Père Eternel, votre Fils unique, le doux Enfant Jésus est à moi puisque vous me l'avez donné () Je vous offre les mérites infinis de sa divine Enfance et je vous demande en son Nom d'appeler aux joies du Ciel d'innombrables phalanges de petits enfants qui suivront éternellement Le Divin Agneau. ()
Prière n 14 Je suis le Jésus de Thérèse (Intr. aux prières 13-16) Je suis le Jésus de Thérèse
O Petit Enfant! mon unique Trésor, je m'abandonne à tes Divins Caprices, je ne veux pas d'autre joie que celle de te faire sourire. Imprime en moi tes grâces et tes vertus enfantines, afin qu'au jour de ma naissance au Ciel, les anges et les saints reconnaissent en ta petite épouse
Thérèse de l'Enfant Jésus.
Prière n 15 « Père Eternel, puisque vous m'avez donné » (Intr. aux prières 13-16)
« De même que dans un royaume, on se procure tout ce qu'on désire, avec l'effigie du prince, ainsi avec la pièce précieuse de ma Sainte Humanité, qui est mon Adorable Face, vous obtiendrez tout ce que vous voudrez. » (N.S. à Sr M. de St-Pierre.)
Père Eternel, puisque vous m'avez donné pour héritage la Face Adorable de votre Divin Fils, je vous l'offre et vous demande en échange de cette Pièce infiniment précieuse, d'oublier les ingratitudes des âmes qui vous sont consacrées et de pardonner aux pauvres pécheurs.
Prière n 16 Je suis le Jésus de Thérèse (Intr. aux prières 13-16) Je suis le Jésus de Thérèse
O Face Adorable de Jésus, seule Beauté qui ravit mon coeur, daigne imprimer en moi ta Divine Ressemblance, afin que tu ne puisses regarder l'âme de ta petite épouse sans te contempler Toi-Même. O mon Bien-Aimé, pour ton amour, j'accepte de ne pas voir ici-bas la douceur de ton Regard, de ne pas sentir l'inexprimable baiser de ta Bouche, () mais je te supplie de m'embraser de ton amour, afin qu'il me consume rapidement et fasse bientôt paraître devant toi:
Thérèse de la Sainte Face.
Prière n 17 (175r ) Prière inspirée par une image représentant la Vénérable Jeanne d'Arc
Seigneur, Dieu des armées () qui nous avez dit dans votre Evangile: « Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive » () armez-moi pour la lutte, je brûle de combattre pour votre gloire, () mais je vous en supplie, fortifiez mon courage... Alors avec le Saint roi David je pourrai m'écrier: " C'est Vous seul qui êtes mon bouclier, c'est Vous, Seigneur, qui dressez mes mains à la guerre... " O mon Bien-Aimé! je comprends à quel combat vous me destinez, ce n'est point sur les champs de bataille que je lutterai... Je suis prisonnière de votre Amour, j'ai librement rivé la chaîne qui m'unit à Vous et me sépare à jamais du monde que vous avez maudit... () Mon glaive n'est autre que l'Amour, avec lui je chasserai l'étranger du royaume. Je vous ferai proclamer Roi dans les âmes qui refusent de se soumettre à votre Divine Puissance. Sans doute, Seigneur, un aussi faible instrument que moi ne vous est pas nécessaire, () mais Jeanne votre virginale et valeureuse épouse l'a dit: « Il faut batailler pour que Dieu donne victoire . » mon Jésus, je bataillerai donc pour votre Amour jusqu'au soir de ma vie. Puisque vous n'avez pas voulu goûter de (175v ) repos sur la terre, je veux suivre votre exemple et j'espère ainsi que cette promesse sortie de vos lèvres Divines se réalisera pour moi: « Si quelqu'un me suit, en quelque lieu que je sois il y sera aussi, et mon Père l'élèvera en honneur. » () Etre avec vous, être en vous, voilà mon unique désir.... cette assurance que vous me donnez de sa réalisation me fait supporter l'exil en attendant le radieux jour du Face à Face éternel!... ()
Prière n 18
(r ) O Saints Innocents! que ma Palme et ma Couronne ressemblent aux vôtres! ()
O Saint Sébastien! obtenez-moi votre amour et votre vaillance afin que je puisse combattre comme vous pour la gloire de Dieu!...
(v ) O Glorieux Soldat du Christ! vous qui pour l'honneur du Dieu des armées () avez victorieusement combattu et remporté la palme et la couronne du Martyre, écoutez mon secret: « Comme l'angélique Tarcisius je porte le Seigneur. » Je ne suis qu'une enfant et cependant je dois lutter chaque jour afin de conserver l'inestimable Trésor qui se cache en mon âme.... Souvent je dois rougir du sang de mon coeur l'arène du combat.... O Puissant Guerrier! soyez mon protecteur, soutenez-moi de votre bras victorieux et je ne redouterai pas les puissances ennemies. Avec votre secours je combattrai jusqu'au soir de la vie, alors vous me présenterez à Jésus et de sa main je recevrai la palme que vous m'aurez aidée à cueillir!...
Prière n 19 (Acte de foi)
Mon Dieu, avec le secours de votre grâce je suis prête à verser tout mon sang pour affirmer ma foi.
(Autre lecture: pour chacun des articles du Symbole.)
Prière n 20 Prière pour obtenir l'Humilité (181v ) Jésus! 16 juillet 1897.
Prière pour obtenir l'Humilité
O Jésus! lorsque vous étiez Voyageur sur la terre vous avez dit: « Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur et vous trouverez le repos de vos âmes. » () O Puissant Monarque des Cieux, oui mon âme trouve le repos en vous voyant, revêtu de la forme et de la nature d'esclave, () vous abaisser jusqu'à laver les pieds à vos apôtres. () Je me souviens alors de ces paroles que vous avez prononcées pour m'apprendre à pratiquer l'humilité: « Je vous ai donné l'exemple afin que vous fassiez vous-mêmes ce que j'ai fait, le disciple pas plus grand que le Maître.... Si vous comprenez ceci vous serez heureux en le pratiquant. » Je les comprends, Seigneur, ces paroles sorties de votre Coeur doux et humble, je veux les pratiquer avec le secours de votre grâce. () Je veux m'abaisser humblement et soumettre ma volonté à celle de mes soeurs, ne les contredisant en rien et sans rechercher si elles ont, oui ou non, le droit de me commander Personne, ô mon Bien-Aimé, n'avait ce droit envers vous et cependant vous avez obéi mais encore à vos bourreaux. () Maintenant c'est dans l'Hostie que je vous vois mettre le comble à vos anéantissements. Quelle n'est pas votre humilité, ô divin Roi de Gloire, de vous soumettre à tous vos prêtres () sans faire aucune distinction entre ceux qui vous aiment et ceux qui sont, hélas! tièdes ou froids dans votre service... A leur appel vous descendez du ciel, ils peuvent avancer, retarder l'heure du St Sacrifice, toujours vous êtes prêt... (183r ) O mon Bien-Aimé, sous le voile de la blanche Hostie que vous m'apparaissez doux et humble de coeur! () Pour m'enseigner l'humilité vous ne pouvez vous abaisser davantage, aussi je veux, afin de répondre à votre amour, désirer que mes soeurs me mettent toujours à la dernière place () et bien me persuader que cette place est la mienne. Je vous supplie, mon Divin Jésus, de m'envoyer une humiliation chaque fois que j'essaierai de m'élever au-dessus des autres. Je le sais, ô mon Dieu, vous abaissez l'âme orgueilleuse () mais à celle qui s'humilie vous donnez une éternité de gloire, je veux donc me mettre au dernier rang, () partager vos humiliations afin « d'avoir part avec vous » () dans le royaume des Cieux. Mais, Seigneur, ma faiblesse vous est connue; chaque matin je prends la résolution de pratiquer l'humilité et le soir je reconnais que j'ai commis encore bien des fautes d'orgueil, à cette vue je suis tentée de me décourager mais, je le sais, le découragement est aussi de l'orgueil, je veux donc, ô mon Dieu, fonder sur Vous seul mon espérance; puisque vous pouvez tout, daignez faire naître en mon âme la vertu que je désire. Pour obtenir cette grâce de votre infinie miséricorde je vous répéterai bien souvent: « O Jésus, doux et humble de coeur, rendez mon coeur semblable au vôtre! » ()
Prière n 21 « Si j'étais la Reine du Ciel »
O Marie, si j'étais la Reine du Ciel et que vous soyez Thérèse, je voudrais être Thérèse afin que vous soyez la Reine du Ciel!!!....
8 septembre 1897.
INTRODUCTION AUX PRIÈRES
Bien que Thérèse ait composé les vingt et une prières ici rassemblées elle n'a jamais été tentée de rivaliser avec l'intense créativité de son époque en ce domaine. Elle a même avoué ne pas tellement apprécier cette surproduction: « En dehors de l'Office divin que je suis bien indigne de réciter, je n'ai pas le courage de m'astreindre à chercher dans les livres de belles prières, cela me fait mal à la tête, il y en a tant!... et puis elles sont toutes plus belles les unes que les autres! » (r ). Ces lignes, écrites en juin 1897, laissent percer un certain humour; elle est pourtant bien malade lorsqu'elle rédige son dernier manuscrit. Non, elle n'a jamais voulu composer de « belles » prières. Elle est trop simple, trop enfant, trop « petite » depuis qu'elle suit la voie de la confiance et de l'amour. Seule compte à ses yeux la vérité. Attention à la «fausse monnaie » en matière spirituelle (). Toujours lucide, la jeune carmélite redoute l'inflation verbale: « Je ne méprise pas les pensées profondes qui nourrissent l'âme et l'unissent à Dieu, mais il y a longtemps que j'ai compris qu'il ne faut pas s'appuyer sur elles et faire consister la perfection à recevoir beaucoup de lumières. Les plus belles pensées ne sont rien sans les oeuvres. » (v ). Pour sa part, elle prie de la façon la plus simple: « Le bon Dieu ne se fatigue pas de m'entendre, lorsque je Lui dis tout simplement mes peines et mes joies comme s'Il ne les connaissait pas... » (v ). Tout ce qui jaillit du coeur et de la plume de soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus exprime la même authenticité intérieure. La seule « définition » qu'elle ait donnée exprime cette spontanéité: « Pour moi la prière, c'est un élan du coeur, c'est un simple regard jeté vers le Ciel, c'est un cri de reconnaissance et d'amour au sein de l'épreuve comme au sein de la joie; enfin c'est quelque chose de grand, de surnaturel, qui me dilate l'âme et m'unit à Jésus » (r ).
Ces vingt et une prières ne doivent évidemment pas faire oublier toutes celles que l'on trouve dans ses autres écrits. Ainsi, dans les Manuscrits autobiographiques, il arrive souvent que le récit glisse vers la prière (1). Au seul plan de l'écriture, Thérèse atteint des sommets lorsqu'elle s'adresse directement à Jésus. Ainsi dans le Manuscrit B: « En écrivant, c'est à Jésus que je parle, cela m'est plus facile pour exprimer mes pensées »v . Entraînée par son élan intérieur, elle se heurte aux limites du langage et déplore souvent de ne pouvoir exprimer ce qu'elle éprouve: « Que je voudrais pouvoir expliquer ce que je sens! » (v ) - « Il est impossible à la parole humaine de redire des choses que le coeur humain, peut à peine pressentir » (r )... Parvenue aux confins de l'indicible, Thérèse entre alors dans la prière silencieuse qui n'a plus de mots: « Souvent le silence seul est capable d'exprimer ma prière, mais l'hôte divin du tabernacle comprend tout; même le silence d'une âme d'enfant qui est remplie de reconnaissance!... » (). ------ (1) Note:r . cf.r;r; 9v; 16r: 34r /v; 35r . ------- On saisit ici l'importance des deux heures d'oraison quotidienne dans la vie carmélitaine de soeur Thérèse. Il suffira de relire la parabole du « petit oiseau »r pour saisir très concrètement l'attitude de la carmélite restant « à fixer son Divin Soleil » quels que soient les nuages et les orages.
Par ailleurs, n'est-il pas extrêmement révélateur que trente-trois Poésies sur cinquante-quatre soient des prières? Quant aux Récréations, elles en sont parsemées. Les lettres contiennent aussi des adresses à Jésus et de très nombreuses citations bibliques.
LES PRIÈRES DE THÉRÈSE
Thérèse a laissé vingt et une prières écrites, d'importance quantitative très inégale, puisque certaines n'ont qu'une ligne et que la plus longue en compte soixante-quinze. Sans trop d'artifices, on peut les regrouper selon des critères assez aisément discernables: -- prières spontanées écrites dans la détresse ou la joie (); -- prières « pédagogiques » composées pour des novices () et pour une laïque (); -- prières majeures à un moment décisif de la vie de Thérèse (profession,; Acte d'offrande, Pri 6; prière pour un frère spirituel,; consécration à la Sainte Face,.
A leur manière, ces prières ponctuent la route de Thérèse et rythment sa « course de géant ». (2) ------ (2) Note:v , citant le Psaume 18,5. ------- Leur importance ne se mesure pas à leur longueur. Quoi de plus poignant que ces « prières-cris » (), oraisons jaculatoires, disait-on à l'époque; flèches tirées vers le ciel, selon les Pères du désert. Il faut qu'elles aient jailli du plus profond d'un coeur en détresse pour que Thérèse ait voulu les écrire, afin de les relire, de les redire. L'appel à la Vierge Marie () qui lui avait souri « au matin de sa vie » le 13 mai 1883, fait sans doute écho à ces deux « peines d'âme »v qui l'éprouvent encore longtemps après sa guérison physique. Treize ans plus tard, plus angoissée, la (1897) illustre un passage du Manuscrit C: « Je crois avoir fait plus d'actes de foi depuis un an que pendant toute ma vie » (3). Ces deux lignes d'un brouillon dérisoire, attestant l'extrême rudesse du combat intérieur, sont plus éloquentes qu'un long discours. ------- Note: (3) Parmi ces actes de foi pathétiques faits pendant son épreuve, se rappeler le Credo écrit avec son sang (AJ/PAs p. 151) et l'inscription gravée dans sa dernière cellule: « Jésus est mon unique amour ». -------- Plus réduite encore, la qui surmonte une minuscule icône de la Sainte Face de Tours exprime l'intense désir de ressembler au Bien-Aimé annoncé par Isaïe 53. Dans le face à face Thérèse-Jésus, la carmélite implore la grâce de la ressemblance, selon le voeu de son maître saint Jean de la Croix: devenir semblable à l'époux du Cantique des Cantiques (4). Désir manifesté à nouveau dans la Prière 6: « Daigne imprimer en moi ta Divine Ressemblance. » -------- Note: (4) Cantique Spirituel, str. XXXVI . -------- Moins tendues d'une passion d'angoisse et d'amour impétueux apparaissent les prières des années 1893-1894 qu'on peut qualifier de « pédagogiques » à condition de ne pas croire que Thérèse ne les a écrites qu'à l'usage d'autrui. Certes, elle veut aider les novices qui lui ont été confiées, mais lorsqu'elle dit « nous », elle s'implique totalement. En prenant la tête du petit troupeau, elle l'entraîne dans un effort ascétique de réparation (), spécialement des blasphèmes (); pour garder les yeux baissés au réfectoire (), « s'entraîner aux prières et aux sacrifices (), « faire l'examen du soir » (), obtenir l'humilité (). Ce n'est sans doute pas une coïncidence si les Prières 11 à 16 (année 1896 et début de 1897) sont centrées sur la contemplation de la Sainte Face. Depuis le 10 janvier 1889 (date de sa prise d'habit), soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus a complété son nom de religion avec le vocable « (et) de la Sainte Face ». Bien souvent, elle a médité sur le mystérieux Serviteur du Second Isaïe. Cette fascination pour « la Face adorable de Jésus » ne s'est jamais estompée. Le cantique du 12 août 1895 témoigne de la permanence de cette contemplation:
« Ta Face est ma seule Patrie... « En elle, me cachant sans cesse, « Je te ressemblerai, Jésus... » ()
L'entrée brutale dans la nuit, à Pâques 1896, a ranimé l'attrait pour cette « Face chérie » et « voilée ». En découle, le 6 août de cette année, fête de la Transfiguration, la consécration à la Sainte Face (), dont l'importance n'a peut-être pas été assez soulignée par les exégètes thérésiens. Il n'est que de voir l'original, pour se rendre compte avec quel soin Thérèse a voulu le solenniser. On notera la forte inspiration apostolique (« il nous faut des âmes... ») qui, en cette période correspond bien à l'élargissement de son désir missionnaire.
Celui-ci a été fortement stimulé quelques mois auparavant par un événement imprévu qui l'a profondément touchée: Mère Agnès de Jésus lui a confié un séminariste, l'abbé Bellière, afin qu'elle l'aide spirituellement (r ). Une fois encore, un de ses désirs les plus chers - avoir un frère prêtre - vient d'être comblé d'une manière inespérée. Très vite elle rédige pour lui une prière apostolique qui est aussi, à sa manière, un acte d'offrande. Car pour ce futur missionnaire, elle « offre avec bonheur toutes les prières et les sacrifices » dont elle peut disposer (). Le 24 février 1897, elle lui demandera de faire « chaque jour » cette prière pour elle: « Père miséricordieux, au nom de notre Doux Jésus, de la Vierge Marie et des Saints, je vous demande d'embraser ma soeur de votre Esprit d'Amour et de lui accorder la grâce de vous faire beaucoup aimer. » (6) ------- Note (6). Elle avait demandé cette même prière au Père Roulland, LC 166, 171, 175 et. En (19/3/1897), elle modifie la formule. -------
L'image de la Sainte Face confectionnée par Thérèse pour son bréviaire (), parallèle à celle de l'Enfant-Jésus (), manifeste le désir renforcé de ressemblance, d'identification au Christ Enfant et souffrant. Devant l'appareil photographique de Céline, elle posera le 7 juin 1897 (7), bien qu'épuisée, pour laisser un testament visuel en deux portraits, son nom résumant sa vocation, et sa « mission » (): - « Je suis le Jésus de Thérèse », dit l'Enfant Jésus levant un doigt vers le ciel. - « Je suis le Jésus de Thérèse », murmure la Sainte Face les yeux baissés. - « Je suis Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face », répond en écho celle qui va bientôt entrer dans sa passion à la suite de Jésus à Gethsémani. ------- Note: (7) VTL, n 41, 42, 43. ------- Les prières inspirées par Jeanne d'Arc () - non encore canonisée -, saint Sébastien et les saints Innocents () ) expriment la lutte thérésienne entrée dans une phase aiguë, fin 1896 début 1897: combat contre la maladie dont certains symptômes peuvent annoncer une fin prochaine. En versant elle-même « le sang de (son) coeur », elle veut encourager sa soeur Céline qui, comme novice, mène aussi un rude combat pour suivre sa vocation carmélitaine (). A l'infirmerie, Thérèse, à bout de forces, rédige encore une prière pédagogique pour soeur Marthe, qui aura trente-deux ans en la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, « pour obtenir l'humilité » () Cette méditation sur les « anéantissements » de Jésus, sur sa propre faiblesse, l'appel à la Miséricorde sont autant de réalités que la malade est en train de vivre. Bientôt, en pleine agonie, elle osera cette parole audacieuse: « Oui, j'ai compris l'humilité du coeur... il me semble que je suis humble... » (). Trois semaines auparavant, elle avait tracé avec peine son dernier autographe, prière adressée à Marie, en la fête de la Nativité, septième anniversaire de sa profession (8). ------ Note (8) 8/9/1890, date de composition de Pri 2. ------
Balisant ce parcours émergent deux prières spontanées, telles deux montagnes d'inégale hauteur dominant plaines et collines: le Billet de profession du 8 septembre 1890 et l'Acte d'offrande du 9 juin 1895. Le premier, avec sa graphie tourmentée, exprime « à la fois l'effroi d'une enfant et une décision de guerrier (9) ». Le nom de Jésus - que Thérèse tutoie - apparaît huit fois en vingt-trois lignes; elle implore que, seul, il soit tout pour elle; elle demande l'amour, « l'amour qui ne soit plus moi mais toi mon Jésus ». Ce jour-là, elle veut sauver « beaucoup d'âmes ». ------ Note (9) Mss, II p. 53. ------ Le second texte domine l'ensemble des Prières: il s'agit du célèbre « Acte d'offrande de moi-même comme Victime d'Holocauste à l'Amour Miséricordieux du Bon Dieu ». Les circonstances historiques rapportées dans ce volume confirment l'opinion de ceux qui, à la suite de l'abbé André Combes, voient dans cette orientation nouvelle de la spiritualité « une des révolutions les plus émouvantes et grandioses que l'Esprit Saint ait déclenchées dans l'évolution spirituelle de l'humanité (10) ». Mère Agnès de Jésus soumit le texte à l'approbation de l'Eglise avant de le laisser proposer aux carmélites. Thérèse l'avait spontanément proposé à Céline et à d'autres soeurs. Depuis, l'Acte d'offrande a été diffusé dans le monde à des centaines de milliers d'exemplaires dans toutes les langues. ------- Note (10) Introduction à la spiritualité de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Vrin, 1948, 2e édition, p. 184. ------- Afin d'en saisir toute la valeur, il faut replacer chacune des prières en son lieu chronologique. Comme dans tous ses autres écrits, Thérèse s'est profondément investie dans ces textes variés dont le langage parfois conventionnel ne peut cacher la justesse radicale. Ses prières ont jailli de la nécessité: nécessité intérieure pour les onze textes spontanés, nécessité de charité fraternelle pour aider ses soeurs, un séminariste, une femme mariée. Chaque fois Thérèse s'exprime en toute vérité. Voici donc le trésor qu'elle nous livre, la jeune carmélite qui écrivait dans son dernier manuscrit: « C'est la prière, c'est le sacrifice qui font toute ma force, ce sont les armes invincibles que Jésus m'a données, elles peuvent bien plus que les paroles toucher les âmes, j'en ai fait bien souvent l'expérience » (v ).
Introduction à la prière n 1
MA BONNE SAINTE VIERGE
-DOCUMENT: autographe. -DATE: juin (?) 1984. -PUBLICATION: Prières (1988)
Deux lignes à l'encre, de la main de Thérèse, à la suite d'une poésie copiée par soeur Agnès de Jésus en vue du 21 juin, fête de Mère Marie de Gonzague, et après la première communion de Thérèse (8 mai 1884, à laquelle il est fait allusion). C'est donc aux alentours du 21 juin que Thérèse (onze ans) aurait écrit son invocation. L'écriture est bien celle de 1884. Quelle peine « tourmente » alors Thérèse enfant pour justifier ce cri vers Marie? Le premier Manuscrit semble fournir la réponse: «... mais la Sainte Vierge a permis ce tourment pour le bien de mon âme » (r ). Rappelons les faits: le 13 mai 1883, Thérèse est guérie d'une maladie nerveuse par le sourire de la Sainte Vierge. Elle veut d'abord garder son secret. Mais sa soeur aînée Marie le découvre et le communique aux carmélites. L'enfant se prend à douter et croit « avoir menti ». On lui a volé son « bonheur ». Elle ne ressent plus qu'« humiliation » et « profonde horreur » (ibid). Sa souffrance dure donc depuis un an lorsque Thérèse conjure ici la Vierge de l'en délivrer. Elle va goûter en effet une accalmie « pendant près d'un an », 1884-1885 (cf.v ). Mais la libération définitive n'interviendra que le 4 novembre 1887, à Notre-Dame des Victoires; alors, « la Sainte Vierge m'a fait sentir que c'était vraiment elle qui m'avait souri » (v ). « Ma bonne Sainte Vierge »: Thérèse lancera encore le même appel sur son lit de mort ().
Introduction à la prière n 2:
BILLET DE PROFESSION
-DOCUMENT: autographe. -DATE: pour le 8 septembre 1890. -PUBLICATION: HA 98, pp. 127s. (retouché); Mss fac-similé 1956, et Manuscrits autobiographiques, 1957.
Sur les dispositions de Thérèse au moment de sa profession, cf.v et les lettres écrites pendant sa retraite préparatoire de dix jours ( à). En écrivant ce billet, Thérèse fait sienne une coutume reçue. Il est alors d'usage que la novice à sa vêture ou la professe au jour de ses voeux porte sur son coeur un tel billet, où elle demande pour elle et pour ses amis les grâces qu'elle désire obtenir. Une tradition assure que toute prière faite au moment de la grande prostration, bras en croix, sur le tapis de bure, est exaucée.
Note: 1. La profession consacre Thérèse «épouse» de Jésus. Ce thème revient souvent sous sa plume, en particulier dans la correspondance avec Céline.
Note: 2. Une longue tradition spirituelle voit dans la profession religieuse un « second baptême », qui rend à l'âme sa « robe d'innocence » ( ); cf. etr .
Note: 3. Echo sans doute de l'Imitation de Jésus-Christ, mais aussi de saint Jean de la Croix dont Thérèse s'est imprégnée tout au long de l'année 1890 (cf.r ).
Note: 4. Derrière un vocabulaire très simple, Thérèse demande en fait la « transformation d'amour » par laquelle le Bien-Aimé et l'âme « se changent l'un en l'autre » (Cantique spirituel de saint Jean de la Croix, par ex. str. XII, pp. 209 s.).
Note: 5. L'un des désirs profonds de Thérèse depuis l'enfance; cf.r . En 1896, elle affirmera que ces « désirs du martyre ne sont rien » (). Elle connaîtra cependant le « martyre du corps » par la maladie; et le «martyre du coeur » de maintes façons (cf.).
Note: 6. L'aspiration constante de Thérèse; cf.;r;; etc.
Note: 7. L'un des symboles privilégiés de Thérèse depuis mars 1888; cf. et. Mais après la profession, il ne reparaîtra qu'en juin 1897 (v ).
Note: 8. Déjà à sa prise d'habit, Thérèse exprimait le même souhait. Dans son examen canonique, le 2 septembre 1890, elle insiste sur l'orientation apostolique de sa vocation: « sauver les âmes » (v ). Jusqu'à l'infirmerie, Thérèse gardera le souci des « âmes du purgatoire »;;, etc. A une date inconnue, elle avait fait « l'acte héroïque » (ou abandon de ses mérites) en leur faveur (cf. PA, pp. 178 et 286s.).
Note: 9. Faire la joie de Jésus, lui faire plaisir, le rendre heureux, le consoler tel est le ressort ultime de toute l'existence de Thérèse.
Introduction à la prière n 3:
REGARDS D'AMOUR VERS JÉSUS
-DOC.: CE II, 181r /v . -DATE: juillet (?) 1893. -COMPOSÉE POUR: elle-même et soeur Marthe de Jésus. -PUBLICATION: HA 14, P. 267 (retouchée); HA 53, P. 256.
Cette prière fut composée par Thérèse, vraisemblablement en juillet 1893, pour soeur Marthe de Jésus et elle-même. Professes depuis septembre 1890, elles poursuivent leur noviciat sous la direction de Mère Marie de Gonzague. Au Carmel, pour conserver l'esprit de solitude, même dans les repas pris en commun, il était recommandé aux carmélites d'avoir toujours les yeux baissés. Thérèse se plie à cette ascèse: elle vit en présence d'une Personne, Jésus; c'est pour son amour qu'elle ne laisse échapper « aucun regard » (cf.r ). Ainsi s'explique son exigence sur ce point à l'égard, non seulement de soeur Marthe, mais aussi de toutes les novices.
Note: 1. Luc ne parle que du silence de Jésus mais pour Thérèse, le Christ en sa Passion s'identifie à la Sainte Face, « yeux baissés » (;.
Note: 2. Le thème du « regard d'amour » est éminemment thérésien; il est probablement emprunté à Jean de la Croix. Ce regard réciproque entre Jésus et l'âme « épouse » est pour Thérèse comme le symbole de la vie contemplative.
Note: 3. Par goût, Thérèse répugne à « compter ». C'est « par charité » pour soeur Marthe qu'elle reprend en juillet 1893 son « chapelet de pratiques » (); Thérèse convient qu'à cette époque, cette ascèse lui est « très utile ».
Note: 4. « et même... nos défaillances »: c'est le trait de génie de cette prière d'allure si modeste, et déjà le secret du retournement thérésien qui dynamisera la « petite voie ». Cf. Prières, p. 66.
Introduction à la prière n 4:
HOMMAGE A LA TRÈS SAINTE TRINITÉ
-DOC.: CE 11, 180v /181r . -DATE: février 1894. -COMPOSÉE POUR: elle-même et soeur Marthe de Jésus. -PUBLICATION: HA 53, PP. 255s.
Pour situer cette prière de « réparation », il est intéressant de la replacer dans le grand courant de réparation qui s'est développé au XIXe siècle, encore sous le choc des violences antireligieuses de la Révolution de 1789. Disons tout de suite qu'à part sa destination à la Sainte Trinité, ce texte n'a rien de commun avec les formules répandues à l'époque. En 1885, Thérèse enfant a été affiliée à l'Archiconfrérie Réparatrice de Saint-Dizier (1847) et à la Confrérie de la Sainte-Face de Tours (1876). On sait le rôle important joué par M. Dupont, « le saint homme de Tours », et par soeur Marie de Saint-Pierre, de Tours aussi, dans le développement du mouvement réparateur. L'apparition de la Salette (19 septembre 1846) ne pouvait que renforcer cet élan. Thérèse a sûrement connu l'opuscule: « Association de prières contre le blasphème, les imprécations et la profanation des jours de dimanche et de fête ». Souvent exploités sans discrétion, sur fond apocalyptique, ces courants de piété ont favorisé la multiplication de « victimes de la Justice de Dieu » (r ). Cf..
Note: 1. En deux semaines, le « Nombre de toutes les mélodies chantées par les oiseaux » (c'est-à-dire les sacrifices de Thérèse et de Marthe, notés sur un feuillet) est de 208; même comptabilité pour les « instruments de musique », les « pierres précieuses » et le « parfum des fleurs ».
Note: 2. Allusion probable au travail du dimanche, profanation déplorée par la Vierge de la Salette.
Note: 3. Cf. où les « indélicatesses » sont le fait des « amis » de Jésus; les « âmes sacerdotales et religieuses » sont l'un des grands soucis de la prière de Thérèse; cf.v .
Introduction à la prière n 5:
FLEURS MYSTIQUES
-DOCUMENT: autographe. -DATE: pour le 20 novembre 1894. -COMPOSÉE POUR: soeur Marie-Madeleine. -PUBLICATION: Prières (1988).
Sur le carnet (10 x 8,3 cm), conservé dans une enveloppe, Mère Agnès a écrit: « Petit cahier écrit par Sr Thérèse de l'Enfant Jésus pour préparer Sr Marie-Madeleine à sa profession. » Première professe de Mère Agnès et très attachée à celle-ci, Marie-Madeleine fuit Thérèse, trop perspicace à son gré. Tenue à une grande discrétion à l'égard d'une compagne aussi ombrageuse, Thérèse lui propose un recueil des plus modestes. Il suit exactement le schéma de celui préparé en 1884 par soeur Agnès pour la première communion de Thérèse. Notons enfin qu'en 1910, soeur Marie-Madeleine a toujours « ce petit carnet dans sa cellule » (PA, p. 591).
Note: 1. Un adjectif rare chez Thérèse:r;; et ici.
Note: 2. Quelques-unes portent la marque de Thérèse, mais l'ensemble reste conventionnel.
Note: 3. Cf. « Une carmélite qui ne serait pas apôtre cesserait d'être fille de la Séraphique Sainte Thérèse » ().
Note: 4. Allusion délicate à la condition de soeur converse de Marie-Madeleine.
Note: 5. Selon une tradition orale, transmise par soeur Geneviève, Thérèse disait à l'élévation de l'hostie à la messe et elle faisait dire aux novices: « Père Saint, regardez la Face de votre Jésus, et de tous les pécheurs faites autant d'élus. » Nous savons également qu'à l'élévation du calice, Thérèse disait: « O Sang divin de Jésus, arrosez notre terre, faites germer les élus! », s'inspirant ici de soeur Marie de Saint-Pierre.
Note: 6. Même expression enr , pour la première communion de Céline.
Introduction à la prière n 6:
ACTE D'OFFRANDE A L'AMOUR MISERICORDIEUX
-DOCUMENT: autographe, ft C. -DATE: 9 juin 1895. -PUBLICATION.: HA 98 pp. 257-259.
Il existe dans les Archives du Carmel de Lisieux une première version de cet Acte d'Offrande, rédigée de la main de Thérèse, les 9-11 juin 1895. Ce texte a été reproduit en fac-similé dans les « Pièces jointes » de l'édition photocopique des Manuscrits autobiographiques, 1956. Il comporte quelques légères divergences avec la version définitive que nous donnons ici. Celle-ci a été rédigée par Thérèse pour Mère Agnès, fin 1896 ou début 1897, largement diffusée dans la suite et approuvée par l'Eglise. Pour l'étude détaillée des documents, voir Prières 1988, pp. 77s. Pour l'essentiel, l'offrande de Thérèse a été faite sans formule, en peu de mots, pendant la messe du 9 juin 1895, fête de la Sainte Trinité. Mais dès le début, elle prévoit la communication de cet appel, et d'abord à sa soeur Céline. D'où la nécessité d'un texte rédigé, qui puisse être par ailleurs soumis à l'autorisation des supérieurs. Ecoutons le témoignage de soeur Geneviève: « Au sortir de cette messe, elle m'entraîna à sa suite, à la recherche de notre Mère, elle semblait comme hors d'elle-même et ne me parlait pas. Enfin ayant trouvé notre Mère (Agnès de Jésus) elle lui demanda la permission de s'offrir avec moi en victime à l'Amour miséricordieux. Elle lui donna une courte explication. Notre Mère était pressée, elle ne sembla pas trop comprendre ce dont il s'agissait et permit tout, tant elle avait confiance en la discrétion de soeur Thérèse de l'Enfant Jésus » (PO, p. 281). Les deux soeurs se retrouvent le mardi 11 juin, agenouillées devant la statue de la Vierge du Sourire pour s'offrir « ensemble ». A la fin de 1895, Thérèse revient, dans son Manuscrit A (r /v ) sur l'illumination du 9 juin: « Je pensais, écrit-elle, aux âmes qui s'offrent comme victimes à la Justice de Dieu afin de détourner et d'attirer sur elles les châtiments réservés aux coupables ». On peut se demander si, le 9 juin 1895, Thérèse ne pense pas plus particulièrement à cette soeur Marie de Jésus, carmélite de Luçon, dont la circulaire vient justement d'arriver à Lisieux le 8 juin. Cette soeur « s'est bien souvent offerte comme victime à la Justice divine », révèle sa circulaire. Son agonie le Vendredi Saint 1895 est terrible. La mourante laisse échapper ce cri d'angoisse: « Je porte les rigueurs de la Justice divine... la Justice divine!... la Justice divine!... » Et encore: « Je n'ai pas assez de mérites, il faut en acquérir. » Le récit est impressionnant, il a pu frapper les auditrices (cf. Prières, p.84).
Note: 1. A propos de ce titre de Thérèse, faisons trois remarques: - Le mot « offrande » figure dans le rappel de ses dates importantes: « Offrande de moi-même à l'Amour » (r ); à l'infirmerie: « mon offrande à l'Amour » (, « mon offrande » (. - Le mot «holocauste » signifie « entièrement brûlé ». Dans l'Ancien Testament, la victime d'holocauste offerte en sacrifice était brûlée entièrement, en l'honneur de Dieu. Cf.. - Et enfin, l'expression « Amour Miséricordieux » apparaît ici pour la première fois comme telle dans les Ecrits.
Note: 2. Formule qui revient fréquemment dans les lettres. Par exemple, en février 1897, Thérèse écrira: « Je désirerai au Ciel la même chose que sur la terre: Aimer Jésus et le faire aimer » ().
Note: 3. On a là le mouvement fondamental de la « petite voie »: désir incoercible, constat d'impossibilité, rebondissement dans l'espérance; à comparer avecr etv .
Note: 4. Après avoir invoqué la Trinité, Thérèse s'adresse ici au Père; plus loin elle parlera à Jésus (« la Sainte Communion, le sceptre de la Croix »).
Note: 5. « Et dans son Coeur brûlant d'Amour »: mots d'abord absents de la première rédaction, ajoutés sur la requête de soeur Marie du Sacré-Coeur (comme plus loin, l'expression « consoler votre Coeur sacré »). En réalité, Thérèse contemple bien, le 9 juin, le « Coeur » de Jésus: « O mon Dieu! votre Amour méprisé va-t-il rester en votre Coeur? »r ).
Note: 6. L'Acte sera lu aux pieds de la statue de Marie; et ce geste exprime une réalité constante de la vie de Thérèse qui remet tout à Dieu par les mains de Marie.
Note: 7. Sur cette citation de saint Jean de la Croix, voirr , n. 59 ().
Note: 8. Suivant le désir de Thérèse, Mère Agnès fit contrôler le texte de l'Acte d'Offrande par un théologien, dès 1895. Après l'avoir examiné, le P. Armand Lemmonier le soumit à son supérieur (et homonyme) qui fit changer l'expression « désirs infinis » en « désirs immenses ». Thérèse obéit, bien qu'elle ait déjà parlé de « désirs infinis » en et; voir aussi la demande de « l'amour infini » en. Théologiquement, Thérèse avait raison: elle ne restreint pas Dieu à la mesure de l'homme (que ce soit son péché ou ses désirs), mais elle ajuste l'homme à la mesure de Dieu, en l'ouvrant à l'infini (cf. Thomas d'Aquin et Catherine de Sienne).
Note: 9. Bien que Mère Agnès de Jésus et soeur Marie de la Trinité aient vu dans cette formule une demande de miracle (maintien de la présence réelle en Thérèse sous la forme des saintes espèces), il semble que la perspective de Thérèse soit autre. En fait, elle demande la prise de « possession » d'elle-même par Celui qui ne transforme le pain en son Corps que pour transformer le communiant en Lui-même. Cf. Prières, pp. 95s.
Note: 10. A rapprocher du récit de la première communion (r ).
Note: 11. Thérèse a pu lire cette idée en maints endroits du Cantique spirituel par exemple: «Quand il s'agit de Dieu, regarder c'est aimer » (Explication de la str. XXXII, t. II, p. 28; voir aussi, de saint Jean de la Croix, la Glose sur le Divin).
Note: 12. L'action de grâce pour toute sa vie passée est le mouvement même du Ms. A tout entier. Au printemps 1895, Thérèse rend grâce « en particulier » de cette « inexprimable grâce / D'avoir souffert » (). Elle n'en demande pas le renouvellement, ni ne le refuse d'ailleurs. Sur les réactions de soeur Marie du Sacré-Coeur et de soeur Geneviève, cf. Prières, p. 99.
Note: 13. Sainte de l'instant présent et de la pauvreté spirituelle, Thérèse ne fait aucune réserve: pas plus de dettes à expier au purgatoire que de mérites à faire valoir comme un droit à la récompense. Thérèse ne nie pas qu'elle ait des mérites (r /v ), mais elle refuse de thésauriser. Et surtout, il s'agit ici, comme dans l'offrande tout entière, moins de donner que de recevoir gratuitement.
Note: 14. Cf. la Maxime 70 de saint Jean de la Croix, citée par Thérèse en: « Au soir de cette vie, on vous examinera sur l'amour. »
Note: 15. Thérèse prend donc ses distances à l'égard même de sainte Thérèse d'Avila qui écrivait: « Coûte que coûte, Seigneur, ne me laissez pas plus longtemps paraître devant vous les mains vides puisque vous devez mesurer le salaire sur les oeuvres » (Vie par elle-même, chap. XXI, pp. 239s.). Cf. Conrad De Meester, Les mains vides. Le message de Thérèse de Lisieux, nlle édition, Cerf, 1988.
Note: 16. C'est l'une des formules stéréotypées qui terminent nombre de circulaires de carmélites, à cette époque.
Note: 17. Dès 1923, l'Eglise a attaché des Indulgences à la récitation de cette dernière partie de l'Acte d'Offrande, pour encourager les fidèles à la faire leur.
Note: 18. A l'infirmerie, Thérèse soulignera le retentissement de son offrande jusqu'en ses actes les plus simples: « Tout ce que je fais, - les mouvements, les regards, tout, depuis mon offrande, c'est par amour » (.
Note: 19. C'est l'un des souhaits les plus constants de Thérèse depuis sa jeunesse religieuse; elle y revient quelque vingt-cinq fois dans ses écrits; cf. les références en Prières, p. 101.
Note: 20. Cf.. Il est maintes fois question de la « mort d'amour » en saint Jean de la Croix dont Thérèse est si imprégnée. Cf. et.
Note: 21. Allusion probable au purgatoire. Cf.v .
Note: 22. Thérèse a fréquemment rencontré ce terme nuptial « d'embrassement » dans le Cantique spirituel à propos du mariage spirituel de l'âme avec Dieu.
Note: 23. Cf..
Introduction à la prière n 7:
PRIÈRE A JÉSUS AU TABERNACLE
-DOCUMENT: CE II 180r /V . -DATE: 16 juillet 1895. -COMPOSÉE POUR: soeur Marthe. -PUBLICATION: HA 53, P. 261.
Cette prière a été composée pour soeur Marthe de Jésus, à sa demande (PA, p. 590), pour ses trente ans. Comme elle est soeur converse, sa journée s'achève par une visite au Saint Sacrement, pendant le grand silence. Elle y inclut son examen de conscience, exercice souvent peu agréable, surtout pour un tempérament facilement « triste » et prompt à se « décourager » ().
Note: 1. On ne trouve pas de méthode d'oraison, à proprement parler, dans les écrits de Thérèse. Ces lignes n'en sont que plus précieuses, qui précisent l'attitude à garder en dehors de l'oraison: union à Dieu dans la journée, charité fraternelle, renoncement habituel.
Note: 2. Emploi unique de ce mot. Considérer Jésus comme le seul « Réparateur » de l'homme relève de la plus ancienne tradition patristique et monastique.
Note: 3. Mot très rare chez Thérèse (r etr ), même si elle vit la chose constamment.
Note: 4. Toute cette finale, et plusieurs touches de cette prière sont à rapprocher de la poésie Au Sacré-Coeur () qui est probablement de juin 1895.
Introduction à la prière n 8:
PRIÈRE POUR L'ABBÉ BELLIERE
-DOCUMENT: autographe. -DATE: entre le 17 et le 21 octobre 1895. -COMPOSÉE POUR: Maurice Bellière, séminariste. -PUBLICATION: HA 53, PP. 262s.
Thérèse a composé cette prière spontanément, à l'intention de son nouveau frère spirituel, confié à elle par Mère Agnès, en octobre 1895 (cf.v s.). Celle-ci joint la prière de Thérèse à sa réponse positive au séminariste.
Note: 1
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