ORDRE DES PERES CARMES AU LIBAN

رهبانية الآباء الكرمليين في لبنان

 

Conseils et souvenirs

Recueillis par soeur Geneviève

 

 

{ Conseils et souvenirs, p.  } CS008-T0 CSG 8

Conseils et Souvenirs recueillis par soeur Geneviève, p. 8

 

 

Un jour, dans un doux épanchement, Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus me dit :

« Le temps que j'ai passé à m'occuper des novices a été pour moi une vie de guerre, de lutte. Le bon Dieu a travaillé pour moi..., je travaillais pour Lui et jamais mon âme n'a tant avancé... je ne cherchais pas à être aimée, je ne m'occupais pas de ce qu'on pouvait dire ou penser de moi, je ne cherchais qu'à contenter le bon Dieu, sans désirer que mes efforts portent leur fruit. Oui, il faut semer le bien autour de soi sans s'inquiéter s'il lève. A nous le travail, à Jésus le succès. Ne pas craindre la bataille quand il s'agit du bien du prochain, reprendre en dépit de sa tranquillité personnelle et beaucoup moins dans le but de réussir à ouvrir les yeux des novices, que dans celui de servir le bon Dieu. Et pour qu'une réprimande porte du fruit, il faut que cela coûte de la faire et n'avoir pas une ombre de passion dans le coeur. »

 

{ Conseils et souvenirs, p. 77 } CS077-T0 CSG 77

Conseils et Souvenirs recueillis par soeur Geneviève, p. 77

 

 

Un jour que la communauté était occupée au lavage quand l'oraison sonna et qu'il lui fallait continuer l'ouvrage, Soeur Thérèse qui m'observait, travaillant avec ardeur, me demanda : « Que faites-vous ? ─ Je lave, répondis-je. ─ C'est bien, reprit-elle, mais vous devez intérieurement faire oraison, c'est le temps du bon Dieu, il ne faut pas le lui prendre. »

 

***

 

Comme je lui demandais si elle perdait quelquefois la présence de Dieu, elle me répondit très simplement : « Oh ! non, je crois bien que je n'ai jamais été trois minutes sans penser au bon Dieu. » Je lui témoignai ma surprise qu'une telle application soit possible. Elle reprit : « On pense naturellement à quelqu'un que l'on aime. »

 

 

{ DE 477 du 30 septembre 1897 (?), de soeur Marie de la Trinité } DE477-TB DE 477

De soeur Marie de la Trinité.

 

Note sur feuille volante, date inconnue (?)

 

  Un jour, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus me dit : « Je vous assure que je vous aime comme si j'avais un coeur pour vous toute seule. » - « Mais, repris-je, vous aimez beaucoup votre Petite Mère et vos autres soeurs et il n'est pas possible que vous m'aimiez davantage et même autant. » - « Oh ! mais cela ne doit pas se comparer ! Notre coeur est fait à l'image du bon Dieu qui aime chaque créature comme si elle était seule au monde. De même l'amour que j'ai pour ma Petite Mère et mes autres soeurs ne nuit en rien à celui que j'ai pour vous. J'ai un coeur particulier et tout entier pour chacune et malgré cela mon coeur est tout entier au bon Dieu. »

 

{ L 32 du 20 juillet 1897, de soeur Marie de l'Eucharistie à Mme Gaston Pottier (Céline Maudelonde) } L32-T0 L 32

De soeur Marie de l'Eucharistie.

A Mme Gaston Pottier (Céline Maudelonde).

 

20 juillet 97

 

  Ma chère petite Céline,

 

(...)

Je lui demandais l'autre jour : Avez-vous quelquefois refusé quelque chose au bon Dieu ?... elle m'a répondu : « Non je ne m'en rappelle pas ; même lorsque j'étais toute petite, dès l'âge de trois ans, j'ai commencé à ne rien refuser de ce que le bon Dieu me demandait. »

(...)

Elle m'a dit bien des fois, « ce n'est pas dire qu'il ne faut pas ressentir la peine, la souffrance ; où serait le mérite si on ne la ressentait pas ? On peut la ressentir très vivement même, mais l'offrir au bon Dieu et trouver dans cette offrande au milieu des plus grandes souffrances une grande paix. »

Je lui ai lu ta petite lettre et elle m'a chargée de te faire cette réponse : « Dites à Céline que je n'oublierai jamais ma petite amie d'enfance, et quand je serai au Ciel, je veillerai sur elle d'une manière toute particulière. Dites-lui que le bon Dieu l'appelle à être une vraie sainte dans le monde et qu'Il a sur elle des vues et un amour tout particuliers. »

 

 

(Derniers Entretiens, p. 717)

 

{ L 42 du 31 juillet 1897, de soeur Marie de l'Eucharistie à M. Guérin à Thérèse } L42-TB L 42

De soeur Marie de l'Eucharistie

A M. Guérin.

 

31 juillet 97

 

  Mon cher petit Père,

 

  Je t'écris deux mots simplement pour te donner des nouvelles de petite Reine. Elles sont toujours bien mauvaises ; cependant aujourd'hui elle a un peu moins craché le sang, mais hier nous croyions bien qu'elle ne passerait pas la nuit. Mr de Cornière lui-même le craignait, car lorsqu'à sa visite de 4 heures il a vu que le sang n'avait pas arrêté depuis la veille, il a dit à notre Mère de ne pas attendre au lendemain pour lui faire donner l'Extrême-Onction.

  Notre Père est arrivé à 6 heures, il lui a administré l'Extrême Onction et après il lui a apporté le bon Dieu... C'était bien touchant, je t'assure, de voir notre petite malade toujours avec son air calme et pur ; lorsqu'elle a demandé pardon à toute la Communauté, plus d'une a fondu en larmes. Hier soir elle a encore craché le sang ; cette nuit aussi, la nuit n'a pas été bonne mais pas aussi mauvaise qu'on aurait pu le supposer d'après la journée. La matinée a été passable ; pas de crachement de sang jusqu'à 3 heures cet après-midi où il y en a eu un. Elle est toujours aussi brûlante de fièvre et souffre d'oppression et de douleurs dans le côté ; enfin elle est bien malade et je crois qu'il est préférable que vous retardiez votre voyage à Vichy, car elle ne peut aller bien des jours comme cela surtout si elle a des journées semblables à hier.

  Il est impossible de te figurer son bonheur de mourir, c'est comme une enfant qui désire de tout son coeur aller retrouver son Père, jamais on n'a vu mourir avec tant de calme. « Que voulez-vous, nous dit-elle, pourquoi la mort me ferait-elle peur, je n'ai jamais agi que pour le bon Dieu... » Et lorsqu'on lui dit : « Vous mourrez peut-être le jour de telle fête... ─ Je n'ai pas besoin de choisir un jour de fête pour mourir, nous répond-elle, le jour de ma mort sera le plus grand de tous les jours de fête pour moi... » Aujourd'hui comme elle crachait un peu moins le sang et que dans son crachoir il n'y avait que quelques crachats depuis le matin, elle ne faisait que de les regarder d'un air navré... « Si peu, faisait-elle, pour souffrir tant » et puis : « Si peu ah ! cela ne va donc pas être pour aujourd'hui... je ne sais pas mourir... Je pense qu'il faut que je sois bien mignonne maintenant, et que j'attende le « Voleur » bien gentiment. »

  Comme l'on craignait beaucoup hier qu'elle ne passe pas la nuit on avait apprêté dans l'appartement à côté un cierge bénit et de l'eau bénite ; elle regarde tout le temps ces deux objets du coin de l'oeil d'un air de complaisance et nous dit : « Voyez-vous ce cierge-là, quand le voleur m'emportera on me le mettra dans la main, mais faudra pas me donner le chandelier il est trop laid » ; puis elle s'amuse à nous parler de tout ce qui arrivera après sa mort. De la manière dont elle nous raconte cela, là où l'on devrait pleurer on rit aux éclats tellement elle est amusante... Elle passe tout en revue, c'est son bonheur et nous en fait part dans des termes qui nous font bien rire. Je crois qu'elle mourra en riant tellement elle est gaie.

  J'avais interrompu ma lettre ayant entendu sonner Mr de Cornière. Après la journée d'aujourd'hui il est bien embarrassé, voyant que tous ces crachements de sang ne l'affaiblissent pas de manière à la faire passer dans une trop grande faiblesse. Il dit qu'à son avis il y a tant de vie qu'on ne saurait trop dire si cela peut aller peu de jours ou longtemps.

  Je vous écrirai tous les jours et puisque le départ de la Musse est retardé vous saurez peut-être à la fin de la semaine à quoi vous en tenir pour votre voyage de Vichy. Peut-être aurez-vous le temps de le faire. Tout cela est problématique.

  Mr l'Abbé est arrivé en bonne santé et heureux, heureux de sa réception et de son voyage. Auguste ne l'est pas moins. Merci, merci mon cher petit Père.

  Merci à maman pour tout ce qu'elle nous envoie, herbes et fleurs tout a fait le plus grand plaisir.

  Je t'envoie mon plus gros baiser du coeur ainsi qu'à ma chère petite Mère. ─ Que je vous aime donc tous les deux ! !... C'est impossible que vous puissiez le savoir sur la terre. Petite Reine vous envoie toute son affection à tous.

 

Ta petite fille qui te chérit

Marie de l'Eucharistie

r.c.i.

 

{ L 51 du 17 août 1897, de soeur Marie de l'Eucharistie à M. Guérin } L51-T0 L 51

De soeur Marie de l'Eucharistie.

A M. Guérin.

 

17 Août 97

 

  Mon cher petit Père,

 

Il ne faut pas croire que son désir d'aller au Ciel soit un enthousiasme, oh ! non c'est bien paisible. Elle me disait ce matin : « Si l'on me disait que je vais guérir ne croyez pas que je serais attrapée ; je serais contente tout autant que de mourir. J'ai un grand désir du Ciel, mais c'est surtout parce que je suis dans une grande paix que je suis heureuse, car pour ressentir une joie immense comme quelquefois lorsque le coeur vous bat de bonheur, oh ! non... je suis en paix, voilà pourquoi je suis heureuse. »

 

 

{ L 67 du 01 septembre 1897, de soeur Geneviève à Mme Guérin } L67-T0 L 67

De soeur Geneviève.

A Mme Guérin.

 

Début septembre 1897

 

  Ma chère petite Tante

 

Voici ce que ma petite malade me dit à l'instant : « J'aurais bien envie de quelque chose, mais il n'y a que ma Tante ou Léonie qui pourraient me le donner ; puisque je mange maintenant je voudrais bien un petit gâteau au chocolat, c'est mou dedans. » Je lui cite une bouchée au chocolat, « Oh ! non c'est bien meilleur, c'est long, étroit, je crois que c'est ce qu'on nommait un éclair. » Seulement j'ai bien vu qu'elle croyait que c'était du chocolat qui était au milieu. En tout cas si elle en avait beaucoup en dessus ça ferait la même chose. « Mais un seul », dit-elle.

Merci, merci.

 

 

{ LC 4 du 1 novembre 1882 (?), de soeur Agnès de Jésus à Thérèse } LC004-TB LC 4

De soeur Agnès de Jésus.

A Thérèse.

 

Novembre 1882 (?)

 

 

  Ma chère petite Thérèse,

 

Tu m'as fait de la peine ce matin en pleurant comme un bébé ! Mais puisque je t'ai déjà sermonnée et grondée, il faut que je fasse la petite soeur-gâteau, n'est-ce pas ?

Je viens te dire un bonjour sur le papier puisque c'est si joli, si envié ! Moi, si j'étais une petite Thérèse et que j'aurais une Pauline au Carmel, il me semble que j'aimerais mieux entendre et voir ma Pauline que lire à grand'peine un mot de son coeur. Enfin, ma chérie, puisque tu veux les deux bonheurs, les voici. Je deviens faible dans mon couvent, faible comme une vieille grand'mère. Cela tient à ma tendresse pour mes petites filles bien-aimées. Oh ! je pense bien à elles. Je prie le bon Jésus de rendre ma petite Thérèse une autre Sainte Thérèse, à cela près qu'elle n'aille pas chercher le martyre par les chemins ! Oh ! non, ce que je lui demande c'est de chercher tous les jours les moyens de plaire à l'Enfant Jésus et pour cela de lui offrir toutes les fleurs de son chemin !

 

Adieu mon petit Benjamin, oui, cueille bien toutes ces petites fleurs mystérieuses dont nous parlions tant autrefois, celles-là ne se faneront pas comme les fleurs de la terre, mais seront conservées par les Anges pour embaumer les jardins du Ciel et former un jour ta couronne.

 

Ta petite Soeur

Agnès de Jésus.

 

{ LC 10 du 2 avril 1883 (?), de soeur Agnès de Jésus à Thérèse } LC010-TB LC 10

De soeur Agnès de Jésus.

A Thérèse.

 

Aux environs du 2 avril 1883 (?)

 

J.M.J.T.

Vive Jésus !

 

  Ma pauvre petite malade

 

  Que c'est méchant de me mettre comme cela en pénitence et en souffrance depuis huit jours déjà. Je suis un peu fâchée, presque beaucoup ; et a preuve c'est que si je te tenais dans mes bras, il faudrait me surveiller pour m'empêcher de t'étouffer. Allons, Mademoiselle la baigneuse, mademoiselle la trembleuse, mademoiselle la fiévreuse, mademoiselle la dormeuse, mademoiselle la buveuse, il ne faut pas vous aviser de porter Vendredi tous ces titres de noblesse terreuse et véreuse... il faut vous guérir bien vit pour venir embrasser la pauvre boudeuse et la remettre en joie car savez-vous qu'elle n'est plus rieuse mais toute songeuse et pleureuse depuis le commencement de votre maladie.

Oui, petit Poupon chéri, je veux te voir toute remise le jour de mes noces, et ce vouloir je l'obtiendrai de la bonté de Dieu, de la Sainte Vierge et de ton bon vouloir à toi aussi. Mange beaucoup, beaucoup, c'est comme cela qu'on se guérit ; la petite nièce de ta Mère Marie de Gonzague était malade comme toi, tout à fait comme toi, et les bonnes tranches de rôti l'on guérie et rendue fraîche comme une rose.

 

  Adieu petite rose blanche, je prie le bon Jésus de prendre sa palette et son pinceau pour colorer d'un carmin céleste et durable la pâleur de tes joues mignonnes.

  Ton Agnès qui t'embrasse de tout son coeur.

 

{ LC 36 de décembre 1884 (?), de soeur Agnès de Jésus à Thérèse } LC036-TB LC 36

De soeur Agnès de Jésus.

A Thérèse.

 

Décembre 1884 (?)

 

J.M.J.T.

Vive Jésus !

 

  Ma petite Thérèse chérie,

 

  Ta jolie lettre bleue m'a fait beaucoup de plaisir, et d'autant plus qu'elle est parfaitement écrite. Je viens te griffonner, moi (car je n'ai pas le temps de si bien écrire) une petite lettre non pas bleue, mais noire et j'en fais la récompense de la tienne encore !

  Sois toujours bien bonne ma chérie, il ne suffit pas de fabriquer de jolies petites crèches dans son jardin. C'est très-bien sans doute, mais la plus jolie doit être dans ton coeur. C'est là que le petit Jésus aime à venir se reposer et non seulement pour quelque temps, mais pour toujours. Un petit coeur bien innocent, bien doux, plein de bonne volonté et de désir de lui plaire, oh ! quelle délicieuse demeure, quelle douce crèche pour Lui !...

  Chère petite, mets ton bonheur dès maintenant dans la piété, dans l'amour de Jésus ! Plus tard tu verras par l'expérience de toutes choses que sur la terre on ne peut être vraiment heureux que de ce seul bonheur.

  Adieu ma petite fille chérie, je te donne tous les baisers de mon coeur.

Ton Agnès

 

{ LC 46 de novembre (?) 1886, de soeur Marie du Sacré-Coeur à Thérèse } LC46-TB LC 46

De soeur Marie du Sacré-Coeur.

A Thérèse.

 

Novembre 1886

 

 

  (A Thérèse)

 

  Je ne veux pas que ma chérie pleure comme cela mais qu'elle devienne bien sage et raisonnable. Ne dirait-on pas aujourd'hui que c'était la dernière fois de sa vie qu'elle me voyait ! Et quand on pense que Jeudi matin ce bébé-là reviendra au parloir et Vendredi encore ! N'aura-t-on pas le temps de se dire bien des choses. Allons, dis-moi bien vite que tu n'as plus de peine et embrassez-vous toutes deux Céline et Thérèse. Vous êtes pourtant mes bijoux. Petits bijoux chéris, embellissez-vous pour le Ciel avec les larmes et les petits sacrifices d'ici-bas. Voilà ce qui devient diamant quand vous savez en profiter.

A bientôt mon amour... Mais je ne veux pas que mon chéri se désespère quand le bon Dieu l'a tant... tant gâtée. Quelle réfléchisse un peu sur les gâteries du bon Dieu. Voilà de quoi sécher toutes ses larmes.

Ta petite Marraine qui te chérit.

M. du S.C.

 

{ LC 52 de septembre (?) 1887, de soeur Agnès de Jésus à Thérèse } LC052-TB LC 52

De soeur Agnès de Jésus.

A Thérèse.

 

Septembre (?) 1887

 

J.M.J.T.

 

  Mon chérubin,

 

  J'ai peur d'avoir fait de la peine à ton petit coeur, et je t'aime tant que cela me fait souffrir. Sois bien courageuse mon petit Benjamin chéri. Ne te tourmente de rien et pour rien, cela ne plaît pas au bon Dieu qui aime à voir toujours joyeux les petits coeurs de ses enfants.

  Quand on a mal à la tête il faut manger quand même, ou bien, pas de Carmel. Notre Mère va t'écrire cela aussi, je n'en dis pas plus long.

  Ne te fais pas de peine pour le parloir. C'est bien convenu que tous les Mardis et Vendredis, les deux petites Carmélites des Buissonnets verront les deux vraies Carmélites de la Rue de Livarot.

  On restera 3 grands quarts d'heure et puis Papa viendra prendre son petit parloir, ce qui fera une heure en tout ou à peu près car on ne regardera pas à quelques minutes de plus, en cas de grandes confidences ou grandes peines.

  Voilà ce qui a été tout à fait arrêté à la récréation ce midi.

  Allons mon petit Benjamin, du courage, le Carmel te récompensera de tous les sacrifices que tu fais en ce moment et puis le Ciel viendra après le Carmel !... Que nous sommes incroyables de nous faire tant de chagrin pour si peu de temps. C'est vrai qu'il est bien permis de souffrir sur cette pauvre terre, mais il ne faudrait pas souffrir de souffrir, car c'est cela qui gâte la sauce. Comprends-tu ? Adieu mes petites filles bien-aimées. Vous avez tout mon coeur pour vous.

Sr Agnès de Jésus

  Remerciez encore Papa pour les poissons. Il y en avait 180, les soeurs n'en finissaient pas de les faire frire. Quelle providence ! quel Père !

 

{ LC 57 du 9 novembre 1887, de soeur Agnès de Jésus à Thérèse } LC057-TB LC 57

De soeur Agnès de Jésus.

A Thérèse.

 

9 novembre 1887

 

J.M.J.T.

 

  Ma Thérésita chérie,

  Monseigneur attend la fin du voyage pour se prononcer. Aujourd'hui confie bien toute ton affaire à la Sainte Vierge. Là dans cette maison bénie où elle a travaillé, prié, souffert, que de choses délicieuses elle va faire comprendre à ton coeur. On ne va pas chez la Sainte Vierge sans se retirer les mains pleines de grâces. O petite Maison de Nazareth, tu vaux mille fois plus que tous les palais de ce monde ! C'est vraiment là le vestibule du Ciel !... Petite Amie et fiancée de Jésus petit, n'oublie pas qu'il a grandi sous ce toit de mystère... N'oublie pas qu'il y a pleuré souvent, bien souvent ; pleuré d'amour et de désir de voir toutes les âmes voler vers Lui, pleuré de douleur voyant que dans l'avenir si peu l'aimeraient !

  Quand la Sainte Vierge s'apercevait que son Chéri pleurait, c'est alors que bien vite elle mettait dans sa petite main la balle mystérieuse, et Lui de sourire aussitôt... sur la balle chérie était tracé ce nom : Thérésita de l'Enfant Jésus.

  Adieu, adieu petit pèlerin, petit jouet de Jésus, ne crains rien car Jésus te dit comme autrefois à Sainte Thérèse : « Personne ici-bas ne pourra jamais t'arracher de mes mains ! »

Ta confidente

Agnès de Jésus

r.c.ind.

 

  Il faut aussi prier le bon St Joseph car il a lui aussi travaillé et souffert dans cette petite maison trois fois sainte.

  Ta petite lettre m'a fait beaucoup beaucoup de plaisir, ne fais pas attention à l'écriture, en voyage c'est insignifiant.

 

{ LC 58 du 9 novembre 1887, de soeur Marie du Sacré-Coeur à Thérèse } LC058-TB LC 58

De soeur Marie du Sacré-Coeur.

A Thérèse.

 

9 novembre 1887

 

 

  Petite Thérèse chérie,

 

  Je fais un jugement téméraire car je me figure qu'avant de lire mon petit mot tu en as déjà parcouru un autre. Est-ce vrai ? Et pourtant elle a été bon prophète ta pauvre Marraine. Mgr a dit ce que je pensais : « Il me semble qu'on peut attendre à décider de tout après le voyage de Rome. » Je pense qu'il a l'intention d'en parler de nouveau avec Mr Révérony. En attendant, ma chérie, repose-toi dans le Coeur du bon Jésus, abandonne-toi à Lui et Il n'abandonnera pas sa petite Thérésita. A l'heure, à la minute qu'Il a voulue elle entrera dans sa maison à Lui, et il ne sera pas du tout embarrassé pour lui en faire ouvrir les portes. Je prie pour ma petite filleule tant aimée. Qu'elle mange bien surtout pour avoir la force de faire son beau et saint pèlerinage. Penses-tu que tu vas visiter la vraie maison de la Ste Vierge et du petit Jésus !... C'est cela qui est ravissant. Prie bien pour nous tous afin qu'un jour nous ne voyions plus seulement la maison mais Jésus Lui-même et son beau Paradis. J'embrasse ma Thérésita chérie, je lui dis d'espérer toujours, car le dernier mot n'est pas dit, c'est le bon Dieu qui se le réserve. Et Il fait bien, lui qui aime tant sa petite Thérèse. Il ne pourra lui faire de la peine

  « Je dors mais mon Coeur veille »

M. du S.C.

 

{ LC 59 du 10 novembre 1887, de soeur Agnès de Jésus à Thérèse } LC059-TB LC 59

De soeur Agnès de Jésus.

A Thérèse.

 

10 novembre 1887

 

J.M.J.T.

Lettre confidentielle

 

  Petit Jouet de Jésus,

 

  Je t'avais dit de ne rien demander au Saint Père ; aujourd'hui Notre Mère et la Mère Geneviève te conseillent de parler, en cas toutefois que tu en aies le désir. Je ne puis t'expliquer pourquoi, ce serait trop long.

  Si le Saint Père bénit chaque pèlerin en particulier, qu'y a-t-il de plus facile ? J'aurais peur qu'en t'empêchant de parler, le petit Jésus m'en veuille. L'occasion est si belle, puisque Sa petite balle chérie, Il l'a fait rouler jusqu'à Rome ! Ce n'est pas la peine de rien réclamer de ce pauvre petit Père chéri, il a fait assez pour toi, plus qu'aucun Père ne voudrait faire ; prie l'Enfant Jésus ton Fiancé chéri et c'est Lui qui t'aidera.

  Que ton petit coeur ne se trouble pas, ne fais pas attention à tout le monde qui se trouvera autour de toi, qu'est-ce que cela fait qu'on t'entende ? Rien du tout...

  Demande à Jésus comment t'y prendre. C'est à Lui de t'instruire puisque c'est pour son amour que tu parleras. Je crois qu'il serait bon de dire d'abord : O très Saint Père, j'ai une grande grâce à vous demander... S'Il n'entend pas et passe à un autre pèlerin sans faire attention, répète sans te lasser : Très Saint Père j'ai une grande grâce à vous demander. A la fin ce bon Saint Père finira bien par comprendre. Quand il aura l'air de t'écouter ou s'Il interroge, tu lui expliqueras alors en peu de mots le sujet de ta demande : Très Saint Père, en l'honneur de votre Jubilé, permettez-moi d'entrer au Carmel à 15 ans. On me trouve bien jeune mais puisque j'ai la vocation et que Papa veut bien !

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

  Tu verras ensuite ce qu'Il répondra... pense que c'est à Jésus lui-même que tu parles, cela t'aidera. Autrefois, dans sa vie mortelle, les Juifs n'avaient point honte de lui découvrir leurs besoins au milieu des foules, toi ne rougis pas non plus. Parle et ne crains rien.

  Surtout que M. Révérony ne sache rien de cette lettre, si tu savais comme cela ferait mal... Je ne t'écris ma pensée qu'après réflexion. La Mère Geneviève me disait hier : Ne l'empêchez pas surtout de parler au St Père, Notre Mère est de cet avis, c'était donc un devoir pour moi de lever la défense. D'ailleurs c'est pour toi, ne fais que ce que Jésus t'inspirera... C'est vrai que l'occasion est belle !

  Notre Mère bien aimée, la Mère Geneviève, tout le Carmel est en prière pour Thérésita. Courage !...

  Surtout ne te laisse pas rebuter par un premier refus, pense à la persévérance de la chananéenne. Si le St Père a l'air de dire non, toi reprends : O très Saint Père, vous ne pouvez me refuser, vous savez que Jésus a dit : Laissez venir à moi les petits enfants.

  Notre Père a dit que si le St Père disait oui on t'ouvrirait sans aucune difficulté.

  Tu peux montrer ma lettre à Céline avant de la déchirer.

 

{ LC 62 du 11 novembre 1887, de Mère Marie de Gonzague à Thérèse } LC062-TB LC 62

De Mère Marie de Gonzague.

A Thérèse.

 

11 novembre 1887

 

╬ J.M.J.T.

 

  Ma Thérésita de Jésus

 

  Le Jésus de Thérésita est tout heureux du bonheur de sa fiancée ! oui, confiance, enfant chérie de mon coeur ; tout ce que veux Jésus est marqué du sceau de la croix et il ne faut pas traîner cette crois mais la porter ! plus vous irez, trésor d'enfant, plus vous comprendrez tout ce que la grâce de la vocation, que Jésus vous a donnée, mérite de sacrifices pour son amour..... Monseigneur sera à la réunion au Vatican, ne vous laissez pas intimider et faites ce que vous allez pouvoir pour aller à confesse à Mr Révérony ; et ensuite mettez le tout sous la protection des Saints apôtres avec espoir, confiance et tout ira pour la plus grande gloire de Dieu et votre plus grand bien, enfant de nos tendresses ; nous avons hâte de savoir si vous avez reçu les trois lettres envoyées à Venise, à Lorette et à Rome ? il nous semble être avec vous dans la ville éternelle ; nous ne vous quittons pas, Père incomparable, et enfants si chers à nos coeurs, et l'éloignement nous fait penser plus que jamais à la réunion de la ville du ciel !!!

  En attendant le coeur ne comprend pas l'espace et il est avec vous, là où vous êtes !! Je vous bénis, je vous chéris, et la Trinité du Carmel s'unit à et embrasse la Trinité de Rome.

Votre Mère

M. de Gonzague

 

  Je suis toute heureuse des deux feuillets de mes deux enfants chéries !... Un grand merci de mon coeur de mère.

 

{ LC 64 du 20 novembre 1887, de soeur Agnès de Jésus à Thérèse } LC064-TB LC 64

De soeur Agnès de Jésus.

A Thérèse.

 

20 novembre 1887

 

J.M.J.T.

Carmel

Jésus ╬

Dimanche 20 novembre 87

 

  Petit Jouet chéri de Jésus,

 

  Oh ! que je prie pour toi ! Le sens-tu ? Ecoute, ma chérie, quoi qu'il arrive, sois bien sûre que tu es la petite privilégiée du Saint Enfant Jésus. Sais-tu pourquoi je dis cela ? Eh bien c'est parce que le petit Jésus n'envoie jamais que des croix à ses bien aimées... A ceux qui ne l'aiment pas tout à fait, Il donne des roses, ceux qui ne l'aiment pas tout à fait ne l'aimeraient pas du tout sans cela... Comprends-tu ? Oh ! qu'elle est heureuse la petite balle dont personne ne veut se servir que Jésus seul ! La petite balle qui ne veut trouver son plaisir que dans le plaisir de son Petit Maître adoré ! Oui elle est bien heureuse cette petite balle-là !...

  Chérie, je ne sais pourquoi je viens d'écrire ces lignes, car je n'ai reçu aucune nouvelle et ne sais même pas le jour de l'audience...

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . .

Aussitôt que je l'apprendrai je t'écrirai de nouveau (regarde à Florence, Pise et Gênes poste restante).

  Tu vois de bien belles choses à Rome, n'est-ce pas ? Est-ce que tout cela ne te fait pas rêver davantage la vertu et le Ciel ? Pense que la sainteté est synonyme de souffrance, pense que le petit coeur déchiré par les épines est plus près mille fois du Coeur de l'Enfant Jésus que le coeur rempli de joie, même de joie sainte. Ce n'est pas notre contentement qui contente notre Jésus mais la générosité à nous priver de tout contentement pour le contenter...

  « - O ma petite balle chérie, dit le Saint Enfant Jésus, ne crains rien, tu es bien en sûreté dans mes petites mains, en attendant le Carmel, fais ta retraite dans mon Coeur. Ne t'éloigne pas de moi car tu es le jouet que je préfère à tout. Veux-tu me permettre de m'amuser de toi ? ­ Et j'entends la petite balle qui répond en bondissant : ­ Jésus, Jésus, oui, oui, toujours !

  Adieu, ma petite âme à moi... dans la joie et dans la tristesse tu trouveras mon coeur pour se réjouir ou pleurer avec toi.

  J'espère recevoir bientôt une lettre de Rome. Que va-t-elle m'apprendre ?... Mais je n'attends rien et ne veux rien que la Volonté du Maître chéri de ma petite balle.

  A bientôt ! Tout passe, tout, tout excepté l'amour de Jésus pour Thérèse et l'amour de Thérèse pour Jésus !.....

 

Agnès de Jésus

 

  Notre Mère bien aimée est en retraite, elle prie pour son enfant du coeur.

 

{ LC 66 du 23 novembre 1887, de soeur Agnès de Jésus à Thérèse } LC066-TB LC 66

De soeur Agnès de Jésus.

A Thérèse.

 

J.M.J.T.

Thérèse

Mercredi soir 23 Nov.

 

  Oh ! que Jésus l'aime son petit jouet ! Oui il l'aime plus que l'univers tout ensemble, il pourrait s'amuser avec les fleurs des champs, se faire une balle avec les belles montagnes de la Suisse, avoir des joujoux d'or et de pierres précieuses ; il pourrait d'un regard appeler les étoiles et les étoiles viendraient autour de son berceau, il pourrait se créer des millions de créatures plus parfaites que celles qui ont existé et existeront jamais, il pourrait bien autre choses encore. Mais il ne veut rien, il ne désire rien, il ne demande rien que son petit jouet : Thérésita de l'Enfant Jésus... Avec sa petite balle chérie il sèche ses toutes larmes ! Quand il s'endort elle est là près de lui, toujours sa petite main la presse sur son coeur, toujours il la regarde, toujours...

  Mais mon petit Jésus, qu'avez-vous donc fait aujourd'hui de votre petite balle ? Comment, vous qui l'aimez tant, l'avoir ainsi percée ? Regardez, elle ne va plus rebondir, vous ne pourrez plus vous amuser, mais c'est votre faute.

  ­ Ce que j'ai fait de ma petite balle, ah ! répond le Divin Enfant, c'est tout simple, j'ai voulu voir ce qu'il y a dedans !.....

  ­ Et qu'avez-vous vu mon Jésus ?

  ­ J'ai vu, j'ai entendu un soupir, et ce soupir m'a dit : Jésus, je t'aime. Non jamais ma petite balle ne m'avait fait tant de plaisir, jamais ; je l'ai déjà piquée plusieurs fois et chaque fois c'était un doux zéphir qui caressait mes boucles blondes ; aujourd'hui j'ai fait un trou plus grand et j'ai appris que ma petite balle n'était gonflée que de mon amour. J'ai appris qu'elle veut bien souffrir pour moi, j'ai appris qu'elle ne désire que moi, enfin j'ai tout appris !... A présent je vais la raccommoder et voici comment je vais faire ! Je vais la prendre dans mes deux petites mains et souffler dedans bien fort. Puis pour la fermer je ne vais pas faire autre chose que de déposer un baiser sur le trou que j'ai fait. Ce baiser sera le cachet de mon coeur, personne ne pourra le briser, personne... Oh ! que je suis content ! que j'aime ma petite balle ! je puis la percer, je puis en faire ce que je veux et toujours elle répète : Jésus je t'aime ! Jésus je t'aime ! Jouir, souffrir, souffrir encore ! tout ce que tu voudras mon petit Jésus chéri.

  O ma Thérèse chérie n'es-tu pas fière, n'es-tu pas heureuse de la préférence marquée que Jésus te témoigne. Aussi jeune, à 15 ans, il te trouve digne déjà de porter sa croix, il te trouve digne de souffrir ! Quel honneur pour toi ! Si tu savais ce que ces épreuves font avancer ton âme dans la voie de la Sainteté ! Tu veux être sainte, grande sainte, sois tranquille Jésus le veut aussi, il en donne la preuve aujourd'hui.

  Adieu chérie de mon coeur. Ce voyage est marqué du baiser de l'Enfant Jésus, marqué de ses bénédictions ! Ce voyage t'a fait faire plus de lieues vers le Ciel que tu n'en as fait sur la terre ; ce voyage est une perle à ta couronne... Oui tu entreras au Carmel quand le bon Dieu voudra ! oh ! quelle belle parole, quelle grâce de l'avoir entendue de la bouche de Jésus lui-même. C'est un acte d'abandon que tu dois faire, voilà la volonté de Dieu pour toi ! Que c'est beau ! Jésus semble dormir dans sa petite barque mais ne crains rien, son coeur veille.

  Celle qui t'aime plus qu'elle-même.

 

{ LC 67 du 23 novembre 1887, de soeur Marie du Sacré-Coeur à Thérèse } LC067-TB LC 67

De soeur Marie du Sacré-Coeur.

A Thérèse.

 

23 novembre 1887

 

  J.M.J.T.

 

  Ma Thérèse chérie,

 

  Tu peux dire en toute vérité comme la vierge Agnès : « Il a posé son signe sur mon front ! » Oui petite enfant chérie de Jésus, Il t'a marquée comme sa petite épouse du signe de la Croix. Mais tu ne serais pas sienne s'il n'en était ainsi. Tu ne serais pas des privilégiées si tu n'avais jamais approché tes lèvres de son calice amer. Mais enfant chérie, que de douceur Il te cache... Oui sous cette croix il y a des roses.. Ce n'est pas pour te consoler que je te dis cela : c'est ma conviction. As-tu remarqué la parole du St-Père à toi adressée : « Vous entrerez si le bon Dieu veut ! » C'est bien profond ma petite Thérèse, ah ! si tu savais ce qu'elle contient de mystères !... « Vous entrerez si le bon Dieu veut. » Une parole du St-Père est une parole de N.S. Lui-même ; c'est comme si Jésus te disait : « Mon enfant, si je veux tu entreras, si je veux malgré toutes les contradictions, malgré tous les non tu entreras, si je veux demain les coeurs seront changés car je les tiens tous entre mes mains ! » Oui enfant chérie le St-Père a dit vrai ; il ne pouvait te dire une parole plus consolante. « Vous entrerez si le bon Dieu veut ! » Pour moi c'est un baume et je la dirais toujours sans me lasser. Il ne t'a pas dit : Attendez mon enfant, écoutez la voix des supérieurs, il t'a dit : « Vous entrerez si le bon Dieu veut ! » Pour réjouir ton coeur je sais bien qu'il eût fallu entendre un oui. Mais Jésus veut éprouver jusqu'au bout la confiance et l'abandon de sa Thérésita. Il veut dorer sa petite balle et non point la briser... Ah ! Il l'aime bien trop pour cela. Que son coeur ne se trouble pas. Jésus lui dit comme autrefois à ses apôtres : « C'est moi ! ne craignez rien. » Non, ma Thérèse, non, il n'y a rien à craindre, il n'y a qu'à bénir Jésus ! Ce Jésus qui l'aime tant m'a donné ce soir une idée que je ne lui donnerai pas aujourd'hui. J'attendrai pour cela la prochaine lettre. Que la petite balle chérie repose doucement dans les mains de l'Enfant Jésus. Si elle savait comme elle lui est chère, comme Il la convoite pour Lui seul et comme Il l'aura bien à Noël s'Il l'a voulu ! ! !...

  Oui ma Thérèse, oui le Saint-Père s'est penché vers toi pour t'entendre. Et Jésus aussi... Ah ! comme il se penche avec amour vers son petit jouet chéri. Tu sais bien que moi je n'ai guère fait attention jusqu'ici à tes désirs. Je me demandais si l'heure du bon Dieu n'était point devancée par nous. Mais à présent je sais que non ! Il nous en a donné des preuves. Et je suis sûre que sa volonté se fera. C'est que bien souvent, ma pauvre chérie, elle ne se fait pas, sa volonté... bien souvent les hommes y mettent des obstacles. Mais pour toi ils n'en pourront mettre, le St-Père ne t'a-t-il pas dit : Vous entrerez si le bon Dieu veut !

  Adieu petite enfant chérie, que ton coeur se repose sur le Coeur de Jésus.

Ta Marie qui t'aime

 

{ LC 68 du 23 novembre 1887, de Mme Guérin à Thérèse } LC068-T0 LC 68

De Mme Guérin.

A Thérèse.

 

Lisieux 23 novembre 1887

 

  Ma Chère petite Thérèse,

 

  C'est pour toi ma lettre d'aujourd'hui, parce que je te sais un peu malheureuse et que mon coeur me dit que tu souffres. Je voudrais bien être auprès de toi, ma chérie, pour te consoler et te dire tout ce que je pense au sujet des épreuves qui t'arrivent. Si tu savais comme je vois bien en tout cela la main de Dieu. Sa Providence te conduit, sois-en sûre, et confie-toi bien. Tu fais tout ce que tu peux, tu le fais pour plaire à Dieu, et ce bon Père se plaît à éprouver son petit enfant. Ne sois pas surprise de ce qui t'arrive, ton bon oncle trouve cela tout naturel, et trouve même extraordinaire que vous vous alarmiez autant. Pourquoi donc vous faire ainsi de la peine ? Dieu ne peut-il pas changer en un instant les coeurs ? Et puis si sa volonté est différente de la nôtre ou tout au moins si elle veut nous exercer quelque temps, même longtemps, à la patience, devons-nous nous en plaindre ? N'as-tu pas fait tout ce que tu devais faire ? Crois donc bien, je t'en prie, ma chérie, que tout ce qui t'arrive vient de la main de Dieu. C'est lui qui permet tout cela et en te tourmentant tu lui fais de la peine, parce que c'est un sentiment trop humain, et Dieu veut que sa petite fille se laisse entièrement diriger par lui. Ton oncle est tellement convaincu de cela qu'il veut que je te le répète sur tous les tons.

  (...) Nous avons vu Marie et Pauline cet après-midi pour la dernière fois jusqu'à Noël. C'est elles qui nous ont fait part de toutes tes tribulations, ma Thérèse. Demain elles doivent fêter St Jean de la Croix, nous n'aurions pu les voir. ­ Toute la famille s'intéresse toujours beaucoup aux petites voyageuses. Chacun vous suit en esprit et vous trouve bien heureuses de voir de si belles choses. Il ne faut donc pas les faire mentir, il faut chasser loin de vous la tristesse et ne rien perdre de ce beau voyage. Voyons donc, ma Céline, toi qui es toujours si gaie, ne pourrais-tu consoler et réjouir ta petite Thérésita ? J'ai bonne confiance en toi et je suis sûre qu'aujourd'hui tu vas la faire rire un peu à mon intention.

  Adieu, ma petite Thérèse, nous pensons tous à toi et vous suivons toutes les deux en esprit, nous t'embrassons tous de tout notre coeur ainsi que ta chère Céline et nous te prions d'offrir nos amitiés à ton bon père.

Ta tante toute dévouée

C. Guérin

 

{ LC 69 du 25 novembre 1887, de soeur Agnès de Jésus à Thérèse } LC069-TB LC 69

De soeur Agnès de Jésus.

A Thérèse.

 

25 novembre 1887

 

J.M.J.T.

 

  Petit Jouet de Jésus,

 

  Tu vois que j'avais bien raison en pensant que Jésus allait raccommoder sa petite balle ! Je ne me serais jamais attendue qu'il l'eût fait si bien et si promptement. Rappelle-toi, ma chérie, que les heures désespérées sont toujours les heures de Dieu. C'est quand il n'y a plus aucun espoir, quand tout semble perdu que Jésus endormi se réveille et commande en Maître aux vents et à la tempête. Oui, petite amie intime du Divin Enfant, oui, tu es bien sa petite balle, abandonne-toi pour toujours entre ses mains. Tu souffriras bien dans ta vie, ton coeur est particulièrement bien fait pour souffrir, mais quand Jésus est là, quand c'est lui-même qui envoie sa petite balle au milieu des épines, les épines se changent en fleur.

  Prions, prions... l'Enfant Jésus s'occupe en ce moment de sa petite balle raccommodée par son baiser divin. Il a l'air vraiment de viser le Carmel pour l'y envoyer d'un seul coup et la faire rebondir dans sa crèche pour y demeurer toujours. Disons-lui à chaque instant : Que votre volonté soit faite ! Disons-lui : Jésus, arrangez toutes choses pour que votre petite balle soit bien envoyée où vous voulez, à l'heure que vous voulez et comme vous le voulez, ne lui permettez pas de s'échapper de vos petites mains malgré vous.

  Chérie de mon coeur, je sais bien que tu penses tout cela. Oh ! que Jésus t'aime, et sais-tu pourquoi je crois plus que jamais à son appel divin ? C'est parce que tu as souffert... sans la crois, on n'est sûr de rien, sans la croix c'est l'humain, le vulgaire, sans la croix Jésus n'est pas là. Mais console-toi, ta vocation est marquée de ce signe sacré. L'Enfant Jésus dans sa pauvre crèche ne soupirait qu'après la croix, ne rêvait que la croix et il a raconté son rêve à sa Thérésita chérie.

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Ta petite confidente qui a plus souffert

encore que toi pour toi

 

  Si tu savais combien Notre Mère t'aime

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{ LC 70 du 25 (?) novembre 1887, de soeur Marie du Sacré-Coeur à Thérèse } LC070-TB LC 70

De soeur Marie du Sacré-Coeur.

A Thérèse.

 

25 (?) novembre 1887

 

 

  Ma Thérèse chérie,

 

  As-tu compris maintenant la parole du pape. Et sais-tu aujourd'hui qu'une parole du St-Père est une parole de Dieu Lui-même. Je ne savais rien de tout cela quand je t'ai écrit ma lettre. Eh bien ta pauvre Marie n'a-t-elle pas dit vrai ? Oui, enfant privilégiée de Jésus, oui « tu entreras si le bon Dieu le veut ». Et pour moi c'est à Noël qu'il te veut et c'est à Noël qu'il t'aura. Vois donc comme il a tourné les coeurs en un instant. Ah ! n'oublie jamais cette grâce insigne. N'oublie jamais qu'un jour aux pieds du St-Père, appuyée sur lui comme sur Jésus Lui-même, tu lui ouvris ton coeur et qu'il te bénit !... N'oublie jamais ces paroles du Ciel que tu ne compris pas d'abord parce qu'elles étaient comme enveloppées de mystère... Mystère plein de lumière, plein de l'amour particulier de Jésus. Ah ! qu'il est bon le Jésus de Thérèse ! Vois-tu comment il aime son petit jouet ? Vois-tu comment il fait bon être le petit jouet de Jésus. Diras-tu qu'il l'a brisé, son jouet ? Moi je recommence à dire qu'il a doré sa petite balle. Et que maintenant qu'elle est bien dorée, personne n'osera la lui disputer. Oh ! le bon petit Jésus. Petite balle chérie, crois-moi, ne va pas rouler un seul instant loin de son berceau. Il fait trop bon s'en approcher et y demeurer toujours.

  A bientôt heureuse enfant ! N'oublie jamais non plus ce que notre Père unique entre tous a fait pour toi. Et remercie Jésus de tant de biens dont il te comble par lui !...

M. du S.C.

 

{ LC 71 Hiver 1887-1888, de soeur Agnès de Jésus à Thérèse } LC071-TB LC 71

De soeur Agnès de Jésus.

A Thérèse.

(Fragments)

Hiver 1887-1888

 

(...)

voudrez.

  Que Thérésita console son petit coeur. L'épreuve est toujours précieuse, nous n'avons que cette vie pour souffrir et l'Eternité pour jouir.

  Embrassez

(...)

 

{ LC 170 du 17 (?) septembre 1896, de soeur Marie du Sacré-Coeur à Thérèse } LC170-TBLC 170

De soeur Marie du Sacré-Coeur.

A Thérèse.

 

17 (?) septembre 1896

 

╬ Jésus

 

  petite soeur chérie j'ai lu vos pages brûlantes d'amour pour Jésus, votre petite marraine est bien heureuse de posséder ce trésor et bien reconnaissante envers sa petite fille chérie qui lui a dévoilé ainsi les secrets de son âme. Oh ! que j'aurais à vous dire sur ces lignes marquées au sceau de l'amour. ─ Un mot seulement qui me regarde. Comme le jeune homme de l'Evangile un certain sentiment de tristesse m'a saisie devant vos désirs extraordinaires du martyre. Voilà bien la preuve de votre amour, oui vous le possédez l'amour, mais moi ! non jamais vous ne me ferez croire que je puis atteindre à ce but désiré. Car je redoute tout ce que vous aimez.

  Voilà bien une preuve que je n'aime pas Jésus comme vous. Ah ! vous dites que vous ne faites rien, que vous êtes un pauvre petit oiseau chétif, mais vos désirs pour quoi les comptez-vous ? Le bon Dieu Lui les regarde comme des oeuvres.

  Je ne puis vous en dire plus long, j'ai commencé ce petit mot ce matin et je n'ai pas eu une minute pour le finir, il est cinq heures. Je voudrais bien que vous disiez par écrit à votre petite marraine si elle peut aimer Jésus comme vous. Mais deux mots seulement car ce que j'ai suffit à mon bonheur et à ma peine. A mon bonheur en voyant à quel point vous êtes aimée et privilégiée, à ma peine en pressentant le désir qu'a Jésus de cueillir sa petite fleur chérie ! Oh ! j'avais bien envie de pleurer en lisant ces lignes qui ne sont pas de la terre, mais un écho du Coeur de Dieu... Voulez-vous que je vous dise ? Eh bien, vous êtes possédée par le bon Dieu, mais possédée, ce qui s'appelle... absolument comme les méchants le sont du vilain.

  Je voudrais bien être possédée moi aussi par le bon Jésus. Mais je vous aime tant que je me réjouis après tout de vous voir plus privilégiée que moi.

  Un petit mot pour petite marraine.

 

{ LD 342 du 4 avril 1877, de Pauline Martin à Louise Magdelaine } LD342TB LD 342

De Pauline Martin.

A Louise Magdelaine.

 

(Extraits)

Mercredi 4 avril 1877

 

Ma chère petite Louise

 

  (...) Thérèse et Céline sont dans le jardin, elles s'amusent à faire des bulles de savon, Maman est occupée à sermonner Léonie, Marie vient de sortir à l'instant pour aller travailler en bas avec ma petite Mère, Papa est au pavillon, enfin je suis dans une solitude complète et je n'entends rien que ma plume qui court sur mon papier. Je vais donc pouvoir tout à mon aise penser à ma chère Visitation et parler à ma petite Louise.

(...) A quoi employez-vous vos journées ? J'espère que vous voyez souvent ma soeur Marie de Sales. Je désire que vous lui disiez que dans quelques années elle aura une nouvelle novice, devinez qui ? Comme Madame de Sévigné je vous le donne en 10, en 30 et même en cent ?... Marie ? non... Léonie ? non... moi, vous, alors ?... Pas plus... Eh bien, cette nouvelle postulante c'est, c'est, c'est... Mademoiselle... Thérèse Martin... Voici les motifs qui la conduiront. Hier soir, elle m'a fait tous ses aveux, il y avait à en mourir de rire. « Moi je serai religieuse dans un cloître parce que Céline veut y aller, et puis aussi, ma Pauline, faut bien apprendre à lire aux gens, vois-tu ? mais c'est pas moi qui leur ferai la classe parce que ça m'ennuyerait trop, c'est Céline, moi je serai la mère, je me promènerai toute la journée dans le cloîtrage, et puis j'irai avec Céline, on jouera au sable et puis à la poupée... » J'ai bien vite abattu ses chateaux en Espagne. ─ « Tu crois donc, ma pauvre Thérèse, que tu parleras toute la journée, sais-tu bien qu'il faudra te taire ? » ─ « Vrai... Ah ! bien alors tampis, je ne dirai rien... » ─ « Que feras-tu donc, alors ? » ─ « C'est guère embarrassant, va, je prierai le bon Jésus, mais comment donc faire pour le prier sans rien dire, moi je ne sais pas, qui donc me montrera puisque je serai la mère, dis ? » J'avais une envie de rire épouvantable. Cependant je tenais mon sérieux. Ele me regardait avec un