{ LT 101 du 31 Décembre 1889, à Céline } LT101-TB LT 101

A Céline.

 

J.M.J.T.

 

Jésus ╬

Le 31 Décembre 89.

 

 

            Ma Céline chérie,

 

            C'est toi qui as mon dernier adieu de cette année !... Dans quelques heures elle sera passée pour toujours... elle sera dans l'éternité !...

            Puisque ma Céline est dans son dodo, c'est à moi d'aller la trouver pour lui souhaiter une bonne année...

            Te rappelles-tu autrefois ?... L'année qui vient de s'écouler a été bonne, oui elle a été précieuse pour le ciel, puisse celle qui va suivre lui ressembler !...

            Céline, je ne suis pas étonnée de te voir dans le lit après une pareille année, à la fin d'un jour comme celui-là il y de quoi se reposer !... Comprends-tu ?... Peut-être l'année qui va commencer sera-t-elle la dernière !!! ah ! profitons, profitons des plus courts instants, faisons comme les avares, soyons jalouses des plus petites choses pour le bien-Aimé !... Notre jour de l'an est bien triste cette année... c'est le coeur rempli de souvenirs que je vais veiller en attendant minuit... Je me rappelle tout... maintenant nous sommes orphelines, mais nous pouvons dire avec amour « Notre Père qui êtes aux Cieux ». Oui, il nous reste encore l'unique tout de nos âmes !...

            Encore une année de passée ! Céline ! elle est passée, passée, elle ne reviendra jamais ; comme cette année a passé notre vie aussi passera et bientôt nous dirons : « Elle est passée », ne perdons pas notre temps, bientôt l'éternité luira pour nous !... Céline, si tu veux, convertissons les âmes, il faut que cette année nous fassions beaucoup de prêtres qui sachent aimer Jésus !... qui le touchent avec la même délicatesse que Marie le touchait dans son berceau !...

 

Ta petite Soeur Thérèse de l'Enfant Jésus

de la Ste Face

nov.carm.ind.

 

            Je souhaite aussi une bonne année à Lolo mais je crois bien que je la verrai !... Remercie beaucoup mon oncle et ma tante, dis-leur que je suis bien touchée de tous leurs cadeaux, remercie aussi beaucoup Jeanne et Marie, elles sont vraiment trop gentilles.

{ LT 102 du 27 Avril 1890, à Céline } LT102-TB LT 102

A Céline.

 

27 avril 1890

 

J.M.J.T.

 

Jésus ╬

 

 

            Ma Céline chérie,

 

            Moi qui me réjouissais de t'écrire une longue lettre pour tes 21 ans, et voilà que j'ai à peine quelques instants !... Céline, croyais-tu que ta Th. pouvait oublier le 28 avril ?... Céline, mon coeur est rempli de souvenirs... il me semble qu'il y a des siècles que je t'aime, et pourtant il n'y a pas 21 ans... mais maintenant j'ai l'éternité devant moi...

            Céline, la lyre de mon coeur chantera pour toi le 28, ton nom résonnera souvent aux oreilles chéries de mon Jésus !... Ah ! puisque notre coeur est le même donnons-le tout entier à Jésus, il faut que nous allions ensemble car Jésus ne peut habiter dans un demi coeur !... Demande que ta Th. ne reste pas en arrière...

            En voyant l'image de la Ste Face, les larmes me sont venues dans les yeux, n'est-ce pas l'image de notre famille ? oui, notre famille est une branche de lis et le Lis sans nom réside au milieu, il y réside en roi et il nous fait partager les honneurs de sa royauté, son sang divin arrose nos corolles, et ses épines en nous déchirant laissent exhaler le parfum de notre amour.

            Adieu Céline, on vient rompre mon entretien, comprends tout

 

Thérèse

{ LT 103 du 4 (?) mai 1890, à soeur Agnès de Jésus } LT103-TB LT 103

A soeur Agnès de Jésus.

 

4 (?) mai 1890

 

J.M.J.T.

Jésus ╬

 

            Petit agneau chéri, mon coeur vous suit dans la solitude, vous savez « alouette légère » que vous avez un fil à la patte, et si haut que vous montiez il faudra entraîner votre fardeau... mais un grain de sable n'est pas lourd, et puis il sera plus léger si vous le demandez à Jésus... Oh ! comme il désire d'être réduit à rien, d'être inconnu de toutes les créatures, pauvre petit, il ne désire plus rien, rien que l'OUBLI... non pas les mépris, les injures, ce serait trop glorieux pour un grain de sable. Si on le méprisait, il faudrait bien le voir. Mais l'OUBLI !... Oui je désire d'être oubliée, et non seulement des créatures mais aussi de moi-même, je voudrais être tellement réduite au néant que je n'aie aucun désir... La gloire de mon Jésus, voilà tout ; pour la mienne, je la lui abandonne, et s'il semble m'oublier, eh bien ! il est libre, puisque je ne suis plus à moi, mais à lui... Il se lassera plus vite de me faire attendre que moi de l'attendre !...

            Agneau chéri, comprenez-vous ?... Comprenez tout, même ce que mon coeur ne peut exprimer. Vous qui êtes un flambeau lumineux que Jésus m'a donné pour éclairer mes pas dans les sentiers ténébreux de l'exil, ayez pitié de ma faiblesse, cachez-moi sous votre voile afin que j'aie part à votre lumière... Dites à Jésus de me regarder, que les belles de nuit pénètrent de leurs lumineux rayons le coeur du grain de sable, et si ce n'est pas trop, demandez aussi que la Fleur des fleurs entrouvre sa corolle et que le son mélodieux qui s'en échappe fasse vibrer dans mon coeur ses mystérieux enseignements... Agneau chéri, n'oubliez pas le grain de sable !...

{ LT 104 du 5-6 mai 1890, à soeur Agnès de Jésus } LT104-TB LT 104

A soeur Agnès de Jésus. (Fragments.)

 

5-6 mai 1890

 

J.M.J.T.

 

            Merci de votre lettre, ah ! merci !...

            Cela ne m'étonne pas que vous n'ayez pas de consolation, car Jésus est si peu consolé qu'il est heureux de trouver une âme où il puisse se reposer sans faire de cérémonies...

            Que je suis fière d'être votre soeur ! Et aussi votre petite fille car c'est vous qui m'avez appris à aimer Jésus, à ne chercher que Lui.

            (...) et à mépriser toutes les créatures...

            Pour Céline, je n'en sais pas plus long que vous, et même moins, car je ne savais pas qu'elle souffre, si ce n'est dans (...) ennuyeux, d'abord Céline nous a parlé de ce pauvre petit Père, elle a remarqué que c'est

            (...)

elle nous (...) de Jeanne. Elle nous a dit aussi de beaucoup prier pour Léonie, car elle souffre de son mal et je crois que mon oncle trouve cela dangereux, c'est enflé tout autour.

            Céline nous a parlé de ce pauvre petit Père, elle a remarqué que c'est samedi, jour de l'Invention de la Sainte Croix que nous aussi nous avons retrouvé notre croix ! Léonie était là. Elle espère être guérie à la Ste Face ou à Lourdes. Elle descendra dans la piscine. Pauvre Léonie, elle était bien bonne et voulait se priver de ses parloirs pour faire plaisir à Céline... Vêpres ayant sonné, je suis partie. Je ne sais pas quand elles seront à Tours, mais je crois que la semaine prochaine, elles seront à Lourdes. Il faut écrire lundi ou mardi avant midi, afin que la lettre arrive samedi.

            Oh ! que la terre est exil !... Il n'y a aucun appui à chercher en dehors de Jésus car Lui seul est immuable. Quel bonheur de penser qu'il ne peut changer... Quelle joie pour notre coeur de penser que notre petite famille aime si tendrement Jésus ; c'est toujours ma consolation ; notre famille n'est-elle pas une famille virginale, une famille de lys ?... Demandez à Jésus que le plus petit, que le dernier ne soit pas le dernier à l'aimer de toute sa puissance d'aimer !...

{ LT 105 du 10 Mai 1890, à Céline } LT105-TB LT 105

A Céline.

 

10 Mai 1890

 

J.M.J.T.

 

Jésus ╬

 

 

            Ma Céline chérie,

 

            Es-tu contente de ton voyage ?... J'espère que la Ste Vierge te comble de ses grâces, si ce ne sont pas des grâces de consolation, ce sont sans doute des grâces de lumière !... Et la Ste Face !... Céline, sais-tu que c'est une grande grâce de visiter tous ces lieux bénis... Mon coeur voudrait te suivre partout, mais hélas ! je ne connais pas l'itinéraire du voyage, je croyais même que vous ne seriez à Lourdes que la semaine prochaine.

            Céline, tu dois être bien heureuse de contempler la belle nature, les montagnes... les rivières argentées, tout cela est si grandiose, si bien fait pour élever nos âmes... Ah ! petite soeur, détachons-nous de la terre, volons sur la montagne de l'amour où se trouve le beau Lys de nos âmes... Détachons-nous des consolations de Jésus, pour nous attacher à Lui !...

            Et la Ste Vierge ! Ah ! Céline, cache-toi bien à l'ombre de son manteau virginal afin qu'elle te virginise !... La pureté c'est si beau, si blanc !... Bienheureux les coeurs purs car ils verront Dieu !... Oui, ils le verront même sur la terre, où rien n'est pur, mais où toutes les créatures deviennent limpides quand elles sont vues à travers la Face du plus beau et du plus blanc des Lys !...

            Céline, les coeurs purs sont parfois environnés d'épines... Ils sont souvent dans les ténèbres, alors ces Lys croient avoir perdu leur blancheur, ils pensent que les épines qui les entourent sont parvenues à déchirer leur corolle !... Céline, comprends-tu ?... Les lys au milieu des épines sont les bien-aimés de Jésus, c'est au milieu d'eux qu'il prend ses délices !...

            Bienheureux celui qui a été trouvé digne de souffrir la tentation !...

 

Th. de l'Enfant Jésus de la Ste Face

nov.carm.ind.

{ LT 106 du 10 mai 1890, à soeur Agnès de Jésus } LT106-TB LT 106

A soeur Agnès de Jésus.

 

10 mai 1890

 

J.M.J.T.

 

Jésus ╬

 

            Agneau chéri, encore un jour et vous reviendrez combattre dans la plaine !... Le pauvre agnelet retrouvera enfin sa Maman... Que je suis heureuse d'être pour toujours prisonnière au Carmel, je n'ai pas envie d'aller à Lourdes pour avoir des extases, je préfère « la monotonie du sacrifice » ! Quel bonheur d'être si bien cachée que personne ne pense à vous !... d'être inconnue même aux personnes qui vivent avec vous...

            Agneau chéri, comme je remercie Jésus de m'avoir donnée à vous, de faire que vous compreniez si bien mon âme !... Je ne puis vous dire tout ce que je pense... Ah ! le CIEL !!! Alors un seul regard et tout sera dit et compris !...

            Le Silence, voilà le langage qui peut vous dire seul ce qui se passe dans mon âme !...

{ LT 107 du 19-20 Mai 1890, à Céline } LT107-TB LT 107

A Céline.

 

19-20 mai 1890

 

J.M.J.T.

 

Jésus ╬

Mai 90

 

 

            Ma petite Céline chérie,

 

            Je suis chargée de t'écrire un petit mot pour te dire de ne pas venir nous donner des nouvelles de Papa pendant la retraite de la Pentecôte ; si tu voulais nous écrire un petit mot tu serais bien gentille, et puis tu viendrais Lundi pour nous voir. Céline chérie, je suis heureuse d'être chargée de la commission, car j'ai besoin de te dire combien je trouve que le bon Dieu t'aime et te traite en privilégiée... Ah ! tu peux bien dire que ta récompense est grande dans les Cieux, puisqu'il est dit : « Vous serez heureux quand on vous persécutera et qu'on dira faussement toute sorte de mal contre vous. » Alors réjouis-toi et tressaille de joie !...

            Céline, quel privilège d'être méconnue sur la terre !... Ah ! les pensées du bon Dieu ne sont pas nos pensées, si elles l'étaient notre vie ne serait qu'une hymne de reconnaissance !...

            Céline, penses-tu que Ste Thérèse ait reçu plus de grâces que toi ?... pour moi je ne te dirai pas de viser à sa sainteté séraphique, mais bien d'être parfaite comme ton Père céleste est parfait !... Ah ! Céline, nos désirs infinis ne sont donc ni des rêves ni des chimères puisque Jésus nous a lui-même fait ce commandement !...

            Céline, ne trouves-tu pas que sur la terre il ne nous reste rien ! Jésus veut nous faire boire son calice jusqu'à la lie en laissant notre cher petit Père là-bas, ah ! ne lui refusons rien, il a tant besoin d'amour et il est si altéré qu'il attend de nous la goutte d'eau qui doit le rafraîchir !... Ah ! donnons sans compter, un jour il saura nous dire : « maintenant mon tour. »

            Remercie beaucoup ma chère petite Marie de son ravissant bouquet, dis-lui que je l'offre à Jésus de sa part, et lui demande en retour d'orner son âme d'autant de vertus qu'il y a de boutons de rose !...

 

Ta petite Soeur Thérèse de l'Enfant Jésus de la Ste Face

nov.carm.ind.

{ LT 108 du 18 Juillet 1890, à Céline } LT108-TB LT 108

A Céline.

 

J.M.J.T.

 

Jésus ╬ !...

Au Carmel le 18 Juillet 90

 

 

            Céline chérie,

 

            Si tu savais ce que ta lettre a dit à mon âme !... Ah ! la joie inondait mon coeur comme un vaste océan !... Céline, tout ce que j'ai à te dire tu le sais, puisque toi c'est moi... Je t'envoie une feuille qui en dit bien long à mon âme, il me semble que la tienne va aussi s'y plonger...

            Céline il y a si longtemps... et déjà l'âme du prophète Isaïe se plongeait comme la nôtre dans les beautés cachées de Jésus... Ah ! Céline, quand je lis ces choses je me demande ce qu'est le temps ?... Le temps, ce n'est qu'un mirage, un rêve... déjà Dieu nous voit dans la gloire, il jouit de notre béatitude éternelle !... Ah ! que cette pensée fait de bien à mon âme, je comprends alors pourquoi il ne marchande pas avec nous... Il sent que nous le comprenons, et il nous traite comme ses amis, comme ses épouses les plus chères...

            Céline, puisque Jésus a été « seul à fouler le vin » qu'il nous donne à boire, à notre tour ne refusons pas de porter des vêtements teints de sang... foulons pour Jésus un vin nouveau qui le désaltère, qui lui rende amour pour amour, ah ! ne gardons pas une seule goutte du vin que nous pouvons lui donner... alors, regardant autour de Lui il verra que nous venons pour lui aider !... Son visage était comme caché !... Céline, il l'est encore aujourd'hui, car qui est-ce qui comprend les larmes de Jésus ?...

            Céline chérie, faisons dans notre coeur un petit tabernacle où Jésus puisse se réfugier, alors Il sera consolé et Il oubliera ce que nous ne pouvons oublier : « L'ingratitude des âmes qui l'abandonnent dans un tabernacle désert !... »

            « Ouvre-moi, ma soeur, mon épouse, car ma face est pleine de rosée et mes cheveux des gouttes de la nuit » (cant. des Can.) voilà ce que Jésus nous dit à l'âme quand il est abandonné et oublié !... Céline, l'oubli, il me semble que c'est ce qui lui fait le plus de peine !...

            Papa !... ah ! Céline je ne puis te dire tout ce que je pense, ce serait trop long, et comment dire des choses que la pensée même peut à peine traduire, des profondeurs qui sont dans les abîmes les plus intimes de l'âme !...

            Jésus nous a envoyé la croix la mieux choisie qu'il a pu inventer dans son amour immense... comment nous plaindre quand lui-même a été considéré comme un homme frappé de Dieu et humilié !... Le divin charme, charme mon âme et la console merveilleusement, à chaque instant du jour ! ah ! les larmes de Jésus quels sourires !...

            Embrasse tout le monde pour moi et dis-lui tout ce que tu voudras !... Je pense beaucoup à ma Léonie chérie, ma chère petite Visitandine. Dis à Marie du St Sacrement que Jésus demande d'elle beaucoup d'amour, il veut d'elle la réparation des froideurs qu'il reçoit, il faut que son coeur soit un brasier où Jésus puisse se réchauffer !... Il faut qu'elle s'oublie entièrement pour ne penser qu'à Lui seul !...

            Céline, prions pour les prêtres, ah ! prions pour eux. Que notre vie leur soit consacrée, Jésus me fait tous les jours sentir qu'il veut cela de nous deux

C.T.

 

 

J.M.J.T.

 

Du Prophète Isaïe (ch.53).

 

            Qui a cru à notre parole, et à qui la force du bras du Seigneur a-t-telle été révélée ? Le Christ s'élèvera devant le Seigneur comme un arbrisseau, comme un rejeton qui sort d'une terre sèche : Il est sans beauté ni éclat ; nous l'avons vu ; Il n'avait rien qui attirât les regards et nous l'avons méconnu. Il nous a paru un objet de mépris, le dernier des hommes, un homme de douleur qui sait ce que c'est de souffrir !... Son visage était comme caché !... Il paraissait méprisable et nous ne l'avons pas reconnu. Il a pris véritablement nos langueurs sur Lui et Il s'est chargé de nos douleurs. Nous l'avons considéré comme un lépreux, comme un homme frappé de Dieu et humilié !... Et cependant il a été percé de plaies pour nos iniquités, Il a été brisé pour nos crimes. Le châtiment qui nous devait procurer la paix est tombé sur Lui, et nous avons été guéris par ses meurtrissures.

 

──────────

 

Suite du ch. 53.

 

            Quel est celui qui vient d'Edom et de Bosra avec sa robe teinte de rouge ?... Quel est Celui qui éclate dans la beauté de ses vêtements, et qui marche avec une force toute Puissante ?... C'est moi dont la parole est une parole de justice, qui viens pour défendre et pour sauver. Pourquoi donc votre robe est-elle toute rouge, et pourquoi vos vêtements sont-ils comme les habits de ceux qui foulent le vin dans le pressoir ? J'ai été seul à fouler le vin sans qu'aucun homme d'entre tous les peuples fût avec moi. J'ai regardé autour de moi, et il n'y avait personne pour m'aider ; j'ai cherché et je n'ai point trouvé de secours !...

 

──────────

 

            Ceux-ci qui sont revêtus de robes blanches, qui sont-ils et d'où viennent-ils ? Ce sont ceux qui sont venus par de grandes tribulations et qui ont lavé leur robe dans le sang de l'Agneau. C'est pour cela qu'ils sont devant le trône de Dieu et ils le servent nuit et jour...

 

──────────

 

            Mon bien aimé est un bouquet de myrrhe, il reposera sur mon coeur !... Mon bien aimé brille par la blancheur et l'éclat de son visage, les cheveux de sa tête sont semblables à la pourpre royale. Mon bien aimé est tout aimable, son visage inspire l'amour, et sa face inclinée me presse de lui rendre amour pour Amour.

 

─────────‑

 

            Le visage penché sur mon bien Aimé je restai là et m'oubliai ; tout disparut pour moi et je m'abandonnai, laissant toutes mes sollicitudes perdues au milieu des Lys !... (Fragment d'un cantique de Notre Père St Jean de la Croix.)

{ LT 109 du 27-29 juillet 1890, à Marie Guérin } LT109-TB LT 109

A Marie Guérin.

 

27-29 juillet 1890

 

J.M.J.T.

Jésus ╬

Au Carmel Juillet 90

 

            Ma chère petite Marie,

 

            Remercie bien le bon Dieu de toutes les grâces qu'il te fait et ne sois pas assez ingrate pour ne pas les reconnaître. Tu me fais l'effet d'une petite villageoise qu'un roi puissant viendrait demander en mariage et qui n'oserait accepter sous prétexte qu'elle n'est pas assez riche et assez formée aux usages de la cour, sans faire la réflexion que son royal fiancé connaît sa pauvreté et sa faiblesse beaucoup mieux qu'elle ne la connaît elle-même... Marie, si tu n'es rien il ne faut pas oublier que Jésus est tout, aussi il faut perdre ton petit rien dans son infini tout et ne plus penser qu'à ce tout uniquement aimable... Il ne faut pas désirer non plus de voir le fruit recueilli de tes efforts ; Jésus se plaît à garder pour lui seul ces petits riens qui le consolent... Tu te trompes, ma chérie, si tu crois que ta petite Thérèse marche toujours avec ardeur dans le chemin de la vertu, elle est faible et bien faible, tous les jours elle en fait une nouvelle expérience, mais Marie, Jésus se plaît à lui enseigner comme à St Paul la science de se glorifier dans ses infirmités, c'est une grande grâce que celle-là et je prie Jésus de te l'enseigner, car là seulement se trouve la paix et le repos du coeur, quand on se voit si misérable on ne veut plus se considérer et on ne regarde que l'unique Bien-Aimé !...

            Ma chère petite Marie, pour moi je ne connais pas d'autre moyen pour arriver à la perfection que « L'Amour »... Aimer, comme notre coeur est bien fait pour cela !... Parfois je cherche un autre mot pour exprimer l'amour, mais sur la terre d'exil les paroles sont impuissantes à rendre toutes les vibrations de l'âme, aussi il faut s'en tenir à ce mot unique : « Aimer !... »

            Mais à qui notre pauvre coeur affamé d'Amour le prodiguera-t-il ?... Ah ! qui sera assez grand pour cela... un être humain pourra-t-il le comprendre... et surtout saura-t-il le rendre ?... Marie, il n'y a qu'un être qui puisse comprendre la profondeur de ce mot : Aimer !... Il n'y a que notre Jésus qui sache nous rendre infiniment plus que nous lui donnons...

            Marie du St Sacrement !... ton nom te dit ta mission... Consoler Jésus, le faire aimer des âmes... Jésus est malade et il faut remarquer que la maladie de l'amour ne se guérit que par l'amour !... Marie, donne bien tout ton coeur à Jésus, il en a soif, il en est affamé, ton coeur, voilà ce qu'il ambitionne au point que pour l'avoir pour Lui, il consent à loger sous un réduit sale et obscur !... Ah ! comment ne pas aimer un ami qui se réduit à une si extrême indigence, comment oser alléguer encore sa pauvreté quand Jésus se rend semblable à sa Fiancée... Il était riche et il s'est fait pauvre pour unir sa pauvreté à la pauvreté de Marie du St Sacrement... Quel mystère d'amour !...

            Toutes mes amitiés à la chère Colonie.

            Mon coeur est toujours avec Marie du St Sacrement, le tabernacle est la maison d'amour où nos deux âmes sont enfermées... Ta petite Soeur qui te demande de ne pas l'oublier dans tes prières

 

Sr Thérèse de l'Enfant Jésus de la Ste Face

nov.carm.(ind.)

{ LT 110 du 30-31 août 1890, à soeur Agnès de Jésus } LT110-TB LT 110

A soeur Agnès de Jésus.

 

30-31 août 1890

 

J.M.J.T.

Jésus ╬

 

            Petite Maman à moi, merci, oh ! merci !... si vous saviez ce que votre lettre dit à mon âme !...

            Mais il faut que la petite solitaire vous dise l'itinéraire de son voyage, le voici. Avant de partir son Fiancé a semblé lui demander dans quel pays elle voulait voyager, quelle route elle désirait suivre, etc., etc. La petite Fiancée a répondu qu'elle n'avait qu'un désir, celui de se rendre au sommet de la montagne de l'Amour. Pour y parvenir, bien des routes s'offraient à elle, il y en avait tant de parfaites qu'elle se voyait incapable de choisir, alors elle a dit à son divin guide : « Vous savez où je désire me rendre, vous savez pour qui je veux gravir la montagne, pour qui je veux arriver au terme, vous savez celui que j'aime et celui que je veux contenter uniquement, c'est pour Lui seul que j'entreprends ce voyage, menez-moi donc par les sentiers qu'il aime à parcourir, pourvu qu'Il soit content je serai au comble du bonheur. Alors Jésus m'a prise par la main, et Il m'a fait entrer dans un souterrain où il ne fait ni froid ni chaud, où le soleil ne luit pas et que la pluie ni le vent ne visitent pas, un souterrain où je ne vois rien qu'une clarté à demi voilée, la clarté que répandent autour d'eux les yeux baissés de la face de mon Fiancé !...

            Mon Fiancé ne me dit rien et moi je ne lui dis rien non plus sinon que je l'aime plus que moi, et je sens au fond de mon coeur que c'est vrai car je suis plus à Lui qu'à moi !... Je ne vois pas que nous avancions vers le terme de la montagne puisque notre voyage se fait sous terre, mais pourtant il me semble que nous en approchons sans savoir comment. La route que je suis n'est d'aucune consolation pour moi et pourtant elle m'apporte toutes les consolations puisque c'est Jésus qui l'a choisie, et que je désire le consoler tout seul, tout seul !... Ah ! c'est bien vrai que si je lui donne du raisin de mon coeur, c'est le B et l'A car je n'y comprends rien moi-même.

            Faut-il écrire à M. Lepelletier et à M. Révérony que je fais profession ?...

 

-------------

 

            Surtout n'oubliez pas d'aller dans la cave prendre votre petit vin, en le prenant vous penserez à votre petite fille qui, bien sûr, ne boit pas non plus du bon vin sucré d'Engaddi... Demandez qu'elle sache en donner à son Epoux en sauvant les âmes et elle sera consolée...

{ LT 111 du 30-31 août 1890, à soeur Marie du Sacré-Coeur } LT111-TB LT 111

A soeur Marie du Sacré-Coeur.

 

30-31 août 1890

 

 

            Petite Marraine chérie, si vous saviez comme votre chant du Ciel a ravi l'âme de votre petite fille !...

            Je vous assure qu'elle n'entend guère les harmonies célestes. Son voyage de noces est bien aride, son fiancé lui fait, il est vrai, parcourir des pays fertiles et magnifiques mais la nuit lui empêche de rien admirer et surtout de jouir de toutes ces merveilles.

            Vous allez peut-être croire qu'elle s'en afflige mais non, au contraire, elle est heureuse de suivre son fiancé à cause de l'amour de Lui seul et non pas à cause de ses dons... Lui seul il est si beau, si ravissant ! même quand Il se tait... même quand il se cache !...

            Comprenez-vous votre petite fille ?...

            Elle est lasse des consolations de la terre, elle ne veut plus que son Bien-Aimé tout seul... N'oubliez pas de prier beaucoup pour la petite fille que vous avez élevée et qui est à vous.

{ LT 112 du 1 septembre 1890, à soeur Agnès de Jésus } LT112-TB LT 112

A soeur Agnès de Jésus.

 

1er septembre

1890

 

J.M.J.T.

Jésus ╬

Lundi

 

            Je vous donne la lettre que j'ai écrite pour Papa ; si vous trouvez qu'elle ne peut pas aller, vous allez bien vouloir me faire un petit brouillon, mais je crois bien qu'il ne comprendra pas... Ah ! quel mystère que l'amour de Jésus sur notre famille !... quel mystère que les larmes et l'amour de cet époux de sang...

            Demain je vais trouver M. Youf ; il m'a dit de lui faire une petite revue seulement depuis que je suis au Carmel ; priez bien afin que Jésus me laisse la paix qu'il M'A DONNEE. J'ai été bien heureuse de recevoir l'absolution Samedi... Mais je ne comprends pas la retraite que je fais, je ne pense à rien, en un mot je suis dans un souterrain bien obscur !... Oh ! demandez à Jésus, vous qui êtes ma lumière, qu'il ne permette pas que les âmes soient privées à cause de moi des lumières qui leur sont nécessaires, mais que mes ténèbres servent à les éclairer... Demandez-lui aussi que je fasse une bonne retraite et qu'il soit aussi content qu'il puisse l'être ; alors moi aussi je serai contente et je consentirai, si c'est sa volonté, à marcher toute ma vie dans la route obscure que je suis pourvu qu'un jour j'arrive au terme de la montagne de l'Amour, mais je crois que ce ne sera pas ici-bas.

            (Je vais prendre mon petit vin, le même ce matin aurait été bien de mon goût mais je n'ai pas pu trouver Notre Mère).

            Faut-il écrire à Mme Papinot ?... Il me semble que ce n'est pas la peine, elle ne comprendrait pas, il vaudrait peut-être mieux attendre à la prise de voile ?...

{ LT 113 du 2-3 septembre 1890, à soeur Marie du Sacré-Coeur } LT113-TB LT 113

A soeur Marie du Sacré-Coeur.

 

2-3 septembre

1890

J.M.J.T.

Jésus

 

            Si vous saviez comme vos petits mots me font du bien !... C'est pour moi une musique du Ciel, il me semble que j'entends la voix d'un ange...

            Mais aussi n'êtes-vous pas l'ange qui m'a conduite et guidée dans la route de l'exil jusqu'à mon entrée au Carmel ? Maintenant encore vous êtes toujours pour moi l'ange qui a consolé mon enfance et je vois en vous ce que les autres ne peuvent y voir car vous savez si bien cacher ce que vous êtes qu'au jour de l'éternité bien des personnes seront surprises.

            Mais votre petite fille ne sera surprise de rien, et si beau que soient votre trône et votre diadème, elle ne saura s'étonner de ce que l'amour de l'Epoux divin donnera à celle qui aura formé dans son coeur le même amour pour l'Epoux des vierges, et votre petite fille espère aussi être dans votre couronne une toute petite fleur qui prêtera son humble éclat à la gloire de son ange visible de la terre.

{ LT 114 du 3 septembre 1890, à soeur Agnès de Jésus } LT114-TB LT 114

A soeur Agnès de Jésus.

 

3 septembre 1890

 

J.M.J.T.

Jésus ╬

 

            Agneau chéri, oui, pour nous les joies seront toujours mêlées à la souffrance, la grâce d'hier demandait un couronnement et c'est à vous que Jésus l'a donné, et puis à moi en même temps, car tout ce qui vous fait souffrir me blesse profondément !... Je voudrais bien savoir si Notre Mère vous a consolée et si vous avez encore du chagrin ? Il me semble qu'il faudrait remercier le « St Vieillard Siméon » et lui dire que sa lettre est arrivée, qu'en pensez-vous ?... Je vous donne un petit mot de ma Sr Thérèse de Jésus, elle me l'a donné ce matin. Faut-il lui faire tout cela ?... Je n'ai pas de modèles et puis il me semble que le linge et la Ste Vierge sont plus pressés, mais je vais faire ce que vous allez me dire.

            Croyez-vous que Céline va vraiment mourir ?... Je lui ai promis hier de faire profession pour nous deux, mais je n'aurai pas le courage de demander à Jésus qu'Il la laisse sur la terre si ce n'est pas sa volonté. Il me semble que l'amour peut suppléer à une longue vie... Jésus ne regarde pas au temps puisqu'il n'y en a plus au Ciel, Il ne doit regarder qu'à l'amour. Demandez-lui de m'en donner beaucoup aussi à moi, je ne demande pas de l'amour sensible mais seulement senti de Jésus. Oh ! L'aimer et le faire aimer, que c'est doux !... Dites-lui aussi de me prendre le jour de ma profession si je dois encore l'offenser après, car je voudrais emporter au ciel la robe blanche de mon second baptême sans aucune souillure, mais il me semble que Jésus peut bien faire la grâce de ne plus l'offenser ou bien de ne faire que des fautes qui ne l'OFFENSENT pas mais ne font que d'humilier et de rendre l'amour plus fort. Si vous saviez comme je vous en dirais long si j'avais des paroles pour exprimer ce que je pense ou plutôt que je ne pense pas mais que je sens !... La vie est bien mystérieuse !... C'est un désert et un exil... mais au fond de l'âme on sent qu'il y aura un jour des LOINTAINS infinis, LOINTAINS qui feront oublier pour toujours les tristesses du désert et de l'exil...

 

le petit grain de sable.

 

            M. l'abbé Domin ne sait pas que je fais profession, faut-il lui dire ? Il me semble que si Notre Mère n'a pas encore écrit à l'Abbaye, elle pourrait dire à ces Dames de lui en faire part ? -

{ LT 115 du 4 septembre 1890, à soeur Agnès de Jésus } LT115-TB LT 115

A soeur Agnès de Jésus.

 

4 septembre 1890

 

J.M.J.T.

 

            Je vous donne la lettre de Rome pour que vous la donniez à Céline si vous voulez. Peut-être Papa ne comprendra-t-il pas, mais cela n'est pas difficile à emporter et si quelquefois il comprenait il serait si heureux. Faut-il aussi lui envoyer mes voeux pour qu'il les bénisse ? Si vous trouvez que oui, voudriez-vous me le dire demain matin pour que je les écrive bien vite. On les mettrait au milieu de la couronne, mais il vaut peut-être mieux ne rien faire ?...

            Merci de votre petite lettre, si vous saviez comme elle m'a fait plaisir !... Mon âme est toujours dans le souterrain mais elle y est bien heureuse, oui heureuse de n'avoir aucune consolation car je trouve qu'alors son amour n'est pas comme l'amour des fiancées de la terre qui regardent toujours aux mains de leur Fiancé pour voir s'il ne leur apporte pas quelques présents, ou bien à leur visage pour y surprendre un sourire d'amour qui les ravit...

            Mais la pauvre petite fiancée de Jésus sent qu'elle aime Jésus pour Lui seul, et elle ne veut regarder le visage de son bien-aimé que pour y surprendre les larmes qui coulent des yeux qui l'ont ravie par leurs charmes cachés !... Elle veut les essuyer, ces larmes, pour en faire sa parure au jour de ses noces, parure qui elle aussi sera cachée mais sera comprise du Bien-Aimé.

{ LT 116 du 7 septembre 1890, à soeur Marie du Sacré-Coeur } LT116-TB LT 116

A soeur Marie du Sacré-Coeur.

 

7 septembre 1890

 

J.M.J.T.

 

            Je voudrais bien que les bougies du petit Jésus soient allumées quand j'irai au chapitre, voudrez-vous y aller ?... Je vous en prie, n'oubliez pas... Je n'ai pas mis les bougies roses neuves car celles-ci m'en disent plus long à l'âme, elles ont commencé à brûler le jour de ma prise d'habit, alors elles étaient roses et fraîches. Papa (qui me les avait données) était là et tout était joie !... mais maintenant la couleur de rose est partie, y a-t-il encore pour l'orpheline de la Beresina des joies couleur de rose ici-bas ?... Oh ! non il n'y a plus pour elle que des joies célestes... des joies où tout le créé qui n'est rien fait place à l'incréé qui est la réalité...

            Comprenez-vous votre petite fille ?... Demain elle sera l'épouse de Jésus, demain elle sera l'épouse de celui dont le visage était caché et que personne n'a reconnu !... Quelle alliance, et quel avenir !... Oui, je le sens, mes noces seront environnées d'anges, il n'y aura que le Ciel qui se réjouira et aussi la petite épouse et ses soeurs chéries !...

{ LT 117 du 8 septembre 1890, à soeur Marie du Sacré-Coeur } LT117-TB LT 117

A soeur Marie du Sacré-Coeur.

 

Souvenir du 8 septembre 1890

 

            Jour d'éternel souvenir où votre petite fille est devenue comme vous l'épouse de celui qui a dit : « Mon royaume n'est pas de ce monde » et plus loin : « Mais au reste, bientôt vous verrez le fils de l'homme qui viendra sur les nuées du Ciel à la droite de Dieu. » Pour nous c'est ce jour que nous attendons... Jour des noces éternelles où notre Jésus essuiera toutes les larmes de nos yeux, où Il nous fera asseoir avec Lui sur son trône...

            Maintenant son visage est comme caché aux yeux des mortels, mais pour nous qui comprenons ses larmes en cette vallée d'exil, bientôt sa face resplendissante nous sera montrée dans la patrie et alors ce sera l'extase, l'union éternelle de gloire avec notre époux... Priez pour que celle que vous avez instruite dans les voies de la vertu soit un jour tout près de vous dans la patrie !...

 

Votre petite fille.

{ LT 118 du 8-20 septembre (?) 1890, Invitation aux Noces } LT118-TB LT 118

« Lettre d'Invitation aux Noces de soeur Thérèse

de l'Enfant Jésus de la Sainte Face »

 

8-20 septembre (?)

1890

 

J.M.J.T.

 

            Le Dieu tout-puissant, créateur du Ciel et de la terre, souverain dominateur du monde, et la très glorieuse Vierge Marie, Reine et princesse de la cour céleste, s'abaissent à vous faire part du mariage de leur fils Jésus Roi des Rois et Seigneur des Seigneurs, avec Mademoiselle Thérèse Martin maintenant dame et princesse des royaumes apportés en dot par son époux, savoir : L'enfance de Jésus et sa Passion, ses titres de noblesse étant de L'Enfant Jésus et de la Ste Face.

            Monsieur Louis Martin, propriétaire et maître des Seigneuries de la souffrance et de l'humiliation, et Madame Martin, princesse et dame d'honneur de la cour céleste, veulent bien vous faire part du mariage de leur fille Thérèse avec Jésus le Verbe de Dieu, seconde personne de la Ste Trinité qui, par l'opération du St Esprit, se faisant homme est né de la Vierge Marie.

            N'ayant pu vous inviter à assister à la bénédiction nuptiale qui leur a été donnée sur la montagne du Carmel (la cour céleste seule y étant admise), vous êtes néanmoins priés de vous rendre au retour de noces qui aura lieu demain jour de l'Eternité, auquel Jésus fils de Dieu viendra sur les nuées du Ciel pour juger les vivants et les morts (l'heure étant encore incertaine vous êtes invités à vous tenir prêts et à veiller).

{ LT 119 du 23 septembre 1890, à soeur Marthe de Jésus } LT119-TB LT 119

A soeur Marthe de Jésus.

 

23 septembre

1890

 

            A ma chère petite Compagne souvenir du plus beau jour de votre vie, jour unique auquel vous avez été consacrée à Jésus.

            Ensemble consolons Jésus de toutes les ingratitudes des âmes, et par notre amour faisons-lui oublier ses douleurs.

 

Votre indigne petite Soeur

Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Ste Face

rel.cam.ind.

{ LT 120 du 23 Septembre 1890, à Céline } LT120-TB LT 120

A Céline.

 

23 septembre

1890

 

J.M.J.T.

 

Jésus ╬

 

            Oh ! Céline, comment te dire ce qui se passe dans mon âme ?... Elle est déchirée mais je sens que cette blessure est faite par une main amie, mar une main divinement jalouse !...

            Tout était prêt pour mes noces, mais ne trouves-tu pas qu'il manquait quelque chose à la fête ? Il est vrai que Jésus avait déjà mis bien des joyaux dans ma corbeille, mais il en manquait sans doute un d'une beauté incomparable et ce diamant précieux Jésus me l'a donné aujourd'hui... Céline... en le recevant mes larmes ont coulé... elles coulent encore et je me les reprocherais presque si je ne savais pas « Qu'il existe un amour dont les larmes sont le seul gage ». C'est Jésus seul qui a conduit cette affaire, c'est Lui, et j'ai reconnu sa touche d'amour...

            Tu sais à quel point je désirais ce matin revoir notre Père chéri, eh bien ! maintenant je vois clairement que la volonté du bon Dieu est qu'il n'y soit pas ; Il a permis cela simplement pour éprouver notre amour... Jésus me veut orpheline, il veut que je sois seule avec Lui seul pour s'unir plus intimement à moi et Il veut aussi me rendre dans la Patrie les joies si légitimes qu'il m'a refusées dans l'exil !... Céline, console-toi, notre époux est un époux de larmes et non pas de sourires, donnons-lui nos larmes pour le consoler, et un jour ces larmes se changeront en sourires d'une douceur ineffable !...

            Céline, je ne sais si tu vas comprendre ma lettre, je puis à peine tenir ma plume... et puis une autre te ferait beaucoup d'explications du parloir de mon oncle, mais ta Thérèse ne sait te parler que le langage du Ciel. Céline, comprends ta Thérèse !...

            L'épreuve d'aujourd'hui est une douleur difficile à comprendre, on voit une joie qui nous est offerte, elle est possible, naturelle, nous avançons la main... et nous ne pouvons saisir cette consolation si désirée... mais Céline, que tout cela est mystérieux !... nous n'avons pas d'asile ici-bas ou du moins tu peux dire comme la Ste Vierge : « Quel asile ! » oui, quel asile... mais ce n'est pas une main humaine qui a fait cela, c'est Jésus, c'est son « regard voilé » qui est tombé sur nous !... J'ai reçu une lettre du Père exilé et en voici un passage : « Oh ! mon alleluia est imprégné de larmes. Ni l'un ni l'autre de vos pères ne sera là pour vous offrir à Jésus. Faut-il beaucoup vous plaindre ici-bas, quand là-haut les anges vous félicitent et les saints vous envient. C'est votre couronne d'épines qui les rend jaloux. Aimez donc ces piqûres comme autant de gages d'amour de votre divin époux. »

            Céline, acceptons de bon coeur l'épine que Jésus nous présente, la fête de demain sera une fête de larmes pour nous, mais je sens que Jésus sera si consolé !... Je voudrais t'en dire bien long mais les paroles me manquent !... Je suis chargée de t'écrire pour te consoler mais je m'en suis sans doute bien mal acquittée... Ah !... si je pouvais te communiquer la paix que Jésus a mise dans mon âme au plus fort de mes larmes, c'est ce que je Lui demande pour toi qui es moi !...

            Céline !... Les ombres déclinent et la figure de ce monde passe, bientôt, oui bientôt nous verrons le visage inconnu et aimé qui nous ravit par ses larmes

 

Sr Thérèse de l'Enfant Jésus, de la Ste Face

rel.carm.ind.

{ LT 121 du 28 septembre 1890, à soeur Marie-Joseph de la Croix } LT121-TB LT 121

A soeur Marie-Joseph de la Croix.

 

J.M.J.T.

Jésus ╬

Monastère du Carmel 28 Septembre 90

 

            Ma chère Soeur,

 

            J'ai été bien touchée de votre lettre, et je vous remercie des prières que vous avez faites pour moi. De mon côté je ne vous ai pas oubliée et j'ai recommandé au bon Dieu toutes vos intentions.

            Me voici enfin toute à Jésus ; malgré mon indignité Il a bien voulu me prendre pour sa petite épouse. Maintenant il faut que je lui donne des preuves de mon amour et je compte sur vous, ma chère Soeur, pour m'aider à remercier Notre Seigneur.

            Toutes les deux nous avons reçu de grandes grâces, et bientôt, je l'espère, le même lien nous unira pour toujours à Jésus.

            J'ai eu le bonheur de recevoir la bénédiction du Saint Père pour le jour de ma Profession. Le religieux qui me l'a procurée m'écrivait combien les ennemis de l'Eglise sont nombreux, à Rome la lutte ne cesse pas un instant à l'égard de notre Saint Père le Pape. C'est désolant...

            Comme il fait bon être religieuse pour prier et apaiser la justice du bon Dieu, oui la mission qui nous est confiée est bien belle et l'éternité ne sera pas assez longue pour remercier Notre Seigneur de la part qu'Il nous a donnée.

            Ma chère Soeur, je recommande à vos prières mon Père chéri, si éprouvé par la croix et si admirable dans sa résignation. J'ose aussi me recommander aux prières de votre sainte communauté.

            Veuillez croire, ma chère Soeur, à toute la religieuse affection de celle qui est si heureuse de se dire

 

Votre petite Soeur

Thérèse de l'Enfant Jésus

rel.carm.ind.

{ LT 122 du 14 Octobre 1890, à Céline } LT122-TB LT 122

A Céline.

 

J.M.J.T.

 

Jésus ╬

Le 14 Octobre 90

 

 

            Ma Céline chérie,

 

            Je ne veux pas laisser partir la lettre de Marie sans y ajouter un petit mot pour toi. Notre Mère chérie me permet de venir faire mon oraison avec toi... Céline, n'est-ce pas ce que nous faisons toujours ensemble ?...

            Céline chérie, c'est toujours la même chose que j'ai à te dire. Ah ! prions pour les prêtres, chaque jour montre combien les amis de Jésus sont rares... Il me semble que c'est ce qui lui doit être le plus sensible que l'ingratitude, surtout de voir les âmes qui lui sont consacrées donner à d'autres le coeur qui lui appartient de façon si absolue... Céline, faisons de notre coeur un petit parterre de délices où Jésus vienne se reposer... ne plantons que des Lys dans notre jardin, oui des Lys et ne souffrons pas d'autres fleurs, car les autres peuvent être cultivées par d'autres, mais des Lys, il n'y a que les vierges qui peuvent en donner à Jésus...

            « La virginité est un silence profond de tous les soins de la terre », non pas seulement de tous les soins inutiles, mais de tous les soins... Pour être vierge il faut ne plus penser qu'à l'époux qui ne souffre rien autour de lui qui ne soit vierge « puisqu'il a voulu naître d'une mère vierge, avoir un précurseur vierge, un tuteur vierge, un favori vierge et enfin un tombeau vierge ». Il veut aussi une petite épouse vierge, sa Céline !... Il est encore dit que « chacun aime naturellement sa terre natale, et comme la terre natale de Jésus est la vierge des vierges et que Jésus est né par la volonté d'un Lys, il aime à se trouver dans des coeurs vierges ». Et ton voyage je semble l'oublier... non, mon coeur te suit là-bas, je comprends tout ce que tu éprouves... je comprends tout !... Tout passe, le voyage de Rome avec ses déchirements est passé... notre vie d'autrefois est passée... La mort passera aussi, et alors nous jouirons de la vie non pas pour des siècles, mais des millions d'années passeront pour nous comme un jour et d'autres millions d'années leur succéderont, pleins de repos et de félicité... Céline...

            Prie bien le Sacré Coeur, tu sais, moi je ne vois pas le Sacré Coeur comme tout le monde, je pense que le coeur de mon époux est à moi seul comme le mien est à lui seul et je lui parle alors dans la solitude de ce délicieux coeur à coeur en attendant de le contempler face à face !...

            N'oublie pas ta Thérèse là-bas, murmure seulement son nom et Jésus comprendra, tant de grâces sont attachées là-bas, surtout pour un coeur qui souffre... Je voudrais bien écrire à Léonie mais cela est impossible, je n'ai même pas le temps de me relire, dis-lui combien je pense à elle, etc., etc., je suis sûre que le S.C. va lui accorder bien des grâces, etc., etc., dis-lui tout, tu comprends...

 

Thérèse de l'Enfant Jésus de la Ste Face

nov.carm.ind.

{ LT 123 du 15 octobre 1890, à Mme Guérin } LT123-TB LT 123

A Mme Guérin.

 

J.M.J.T.

 

Jésus ╬

Le 15 Octobre 1890.

 

            Ma chère Tante,

 

            J'ai été touchée de tout ce que vous m'avez envoyé pour ma fête, je ne sais comment vous remercier, ni par où commencer.

            D'abord ma chère petite Tante, vous m'avez envoyé votre charmante Marie qui au nom de tous ceux que j'aime m'a souhaité ma fête.

            Les deux jolis pots de fleurs offerts par mes deux petites soeurs chéries Jeanne et Marie m'ont fait un grand plaisir ; ils sont placés auprès du petit Jésus et à chaque heure du jour réclament pour mes deux petites soeurs autant de grâces et de bénédictions que chaque bruyère contient de petites fleurs...

            Enfin ma petite Tante chérie, vos délicieux gâteaux sont venus couronner la fête et remplir le coeur de votre petite Thérèse de reconnaissance pour vous qui me donnez toutes ces gâteries.

            Je suis d'autant plus touchée que je sais, ma chère petite Tante, combien vous êtes souffrante et malgré cela vous pensez encore à votre petite Thérèse. Mais si vous pensez à elle, elle pense aussi bien souvent à vous et ne cesse de prier le bon Dieu afin qu'il vous rende au centuple tout ce que vous faites pour nous. Je prie aussi beaucoup pour ma chère petite Jeanne, que le bon Dieu la rende heureuse autant qu'on peut l'être sur la terre. Je lui demande aussi de vous consoler du grand vide que doit faire le départ de cette soeur chérie. Je n'oublie pas non plus mon cher Oncle, et je vous prie de l'embrasser bien fort pour moi.

            Je vous quitte, ma chère petite Tante, ou plutôt je quitte la plume qui sait si mal remplir la mission que mon coeur lui confie. Pour lui, il ne s'éloigne pas un instant de vous.

 

Votre petite fille

Sr Thérèse de l'Enfant Jésus

rel.carm.ind.

{ LT 124 du 20 Octobre 1890, à Céline } LT124-TB LT 124

A Céline.

 

J.M.J.T.

 

Jésus ╬

Le 20 Octobre 90

 

 

            Ma Céline chérie,

 

            Ta Thérèse vient te souhaiter ta fête !... Depuis longtemps elle y pense, aussi cette année elle ne sera pas la dernière. Céline, c'est peut-être la dernière fois que ta fête sera fêtée sur la terre !... peut-être !... quel doux espoir... l'année prochaine la petite fleur Céline, ignorée sur la terre sera peut-être placée sur le coeur de l'agneau divin, mais les yeux ravis des anges contempleront alors au lieu d'une pauvre petite fleur sans beauté, un lys d'une blancheur éblouissante !... Céline, la vie est bien mystérieuse, nous ne savons rien... nous ne voyons rien... et pourtant Jésus a déjà découvert à nos âmes ce que l'oeil de l'homme n'a pas vu !... oui, notre coeur pressent ce que le coeur ne saurait comprendre puisque parfois nous sommes sans pensées pour exprimer un je ne sais quoi que nous sentons dans notre âme !...

            Céline, je t'envoie deux Céline pour ta fête, tu vas comprendre leur langage... une même tige les porte, un même soleil les a fait grandir ensemble, le même rayon les a fait s'épanouir, et sans doute le même jour les verra mourir !...

            Les yeux des créatures ne songent pas à s'arrêter sur une petite fleur Céline et pourtant sa corolle blanche est pleine de mystère, elle porte dans son coeur un grand nombre d'autres fleurs, sans doute les enfants de son âme (les âmes), et puis son calice blanc est vermeil à l'intérieur, on le dirait empourpré de son sang !...

            Céline !... Le soleil et la pluie peuvent tomber sans la flétrir sur cette petite fleur ignorée ! personne ne songe à la cueillir !... mais aussi n'est-elle pas vierge ?... oui puisque Jésus seul l'a vue, puisque c'est lui qui l'a créée pour Lui seul !... oh ! alors elle est plus heureuse que la rose brillante qui n'est pas pour Jésus seul !...

            Céline, je te souhaite ta fête d'une façon peu commune, on peut le dire, mais tu vas comprendre les paroles incohérentes de ta Thérèse !...

            Céline, il me semble que le bon Dieu n'a pas besoin d'années pour faire son oeuvre d'amour dans une âme, un rayon de son coeur peut en un instant faire épanouir sa fleur pour l'éternité !...

 

Ta Thérèse de l'Enfant Jésus

et de la Ste Face

rel.carm.ind.

{ LT 125 du 17 novembre 1890, à Mme Guérin } LT125-TB LT 125

A Mme Guérin.

 

J.M.J.T.

 </